Étais Génihaux, l. XVII 1, page
sont maintenant, grâce à Dieu, en assez bon état, mais on n'oseroit se promettre qu'elles y demeurent toujours; et il faudroit n'avoir point de jugement, pour ne eonnoitre pas qu'il faut les pousser plus avant. Il faut par nécessité, ou laisser ce royaume exposé aux entreprises et aux mauvais desseins de ceux qui en méditent tous les jours l'abaissement et la ruine, ou trouver des expédients assurés pour l'en garantir
« Il est impossiblt; de toucher aux dépenses nécessaires pour la conservation de l'Etat; y penser, seulement, seroit un crime; c'est pourquoi Sa Majesté, préférant le bien public à son particulier, veut de son mouvement retrancher sa maison, es choses même qui touchent sa propre personne, vous laissant à juger comme il en faudra user au reste...
« Les règles les plus austères seront et senil)leront douces aux plus déréglés esprits quand elles n'ont en effet comme en apparence d'autre but que le bien public et le salut de l'État.
« Par tels ménages on pourra diminuer les dépenses ordinaires de plus de trois millions, sonmie considérable en elle-même, mais qui n'a point de proportion aux fonds qu'il faut trouver pour égaler la recette à la dépense.
« Reste donc à augmenter les recettes, non par nouvelles impositions (jue les peuples ne sauroient plus porter, mais par moyens innocents, qui donnent lieu au roi de continuer ce qu'il a commencé à pratiquer cette année, en déchargeant ses sujets par la diminution des tailles.
« Pour cet effet, il faut venir aux rachats des domaines, des greffes et autres droits engagés, qui montent à plus de vingt millions, comme à chose non •seulement utUe, mais juste et nécessaire.
DISCOUUS DE RICUELIEU 281
« Il u"est pas question de retirer par autorité ce dont les particuliers sont en possession de bonne foi; le plus grand gain que puissent faire les rois et les États est de garder la foi publique qui contient en soi un fonds inépuisable, puis(|u'ellc en fait toujours trouver; il faut subvenir aux nécessités présentes, par d'autres moyens
« On dira volontiers, et peul-étre le penserai-je moi-niènie. que c'est aisé de se j)ropos('r de si bons desseins, (ju'il est chose agréable d'en parler, mais (|ue l'exécution en est difficile, et cependant, après y avoir bien pensé, j'ose dire, en la présence du roi, qu'il se peut trouver des expédients par lesquels dans six ans on verra la fin et la perfection de cet ouvrage.
« Le roi, messieurs, V(Mis a asstunblés expressément pour les chercher, les trouver, les examiner et les résoudre avec vous; Sa Majesté vous assurant (|u'elle fera promptement et religieusement excM'uter ce (|u"('llc arrêtera sur les avis rjue vous lui doiiMcrez p(jur la restauration de cet Ëtat.
« Les malades mourant aussi bien (judipicfois [xiur être surchargés de remèdes {}ue pour en être entièrement privés, j'estime être obligé de dire, en passant, que pour rétablir cet État en sa première splendeur, il n'est pas besoin de beaucoup d'ordonnances, mais bien de réelles exécutions. »
Richelieu termina ce discours par une péroraison éloquente sur la gloire attachée aux réformes et sur l'honneur ([u'il y avait à faire renaître le bien de l'État.
« Vous devez beaucoup, dit-il aux notables, à la bonté du roi de ce qu'elle a daigné vous y donner part; et je me sentirois très particulièrement redevable à Dieu en cette occasion, s'il me prenoit deux
282 ASSK.MBLÉK DES NOTABLKS, 1620
heures après raccomplissemont d'un si haut, si glorieux et si saint dessein '. »
Le premier président du parlement, Nicolas de Verdun, fit une courte harangue dans laquelle « il supplia l'assemblée de n'être ni morte ni muette comme les autres »; puis le garde des sceaux promit aux notables de leur envoyer sans tarder les propositions du roi.
Cinq jours après, le luiiili 7 décembre, l'assemblée tint sa première séance. Monsieur le duc d'Orléans, prenant au sérieux, malgré son âge, la présidence qui lui avait été attribuée, exhorta les assistants à dire librement leur opinion sur tout ce qui serait proposé. Le procureur général Mole ' fit une courte harangue , puis le maréchal de Schomberg remit à l'assemblée un projet de règlement fort étendu sur les gens de guerre. Des commissaires pris dans chaque ordre furent nommés pour examiner avec soin une série de mesures qui intéressaient si vivement la sécurité des provinces. La plupart des dispositions présentées par le maréchal furent adoptées vers le milieu de décembre '.
La forme des délibérations souleva pendant quelques jours des discussions fort vives. A la fin de la séance d'ouverture, le garde des sceaux avait dit c|uo
1. Nous avons relevé le texte sur le manuscrit corrigé de lu main du cardinal. AIT. Étrang. F. France, 781, f 123. Il a été imprimé exactement : Papiers de Richelieu, t. II, p. 201 et avec quelques variantes. États Généraux, t. XVIII, pages 228 à 233.
2. L'éditeur des Mémoires de Mathieu Mole dit à tort que le procureur général ne fut pas mandé à l'Assemblée. Toutes les listes portent son nom. Richelieu lui renvoyait les mémoires à soumettre aux notables. Afl". Elr. F. France, t. 783, f" 127 au verso.
3. Assemblée des notables, p. 87 à 103. Voir pour les détails notre V<= volume : Orfjanisation nùlitaire.