‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 36 sur 226 · RÉCEPTION DU CONCILE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DU CONCILE

dantes '. C'est dans ce chaos que vinrent se perdre définitivement, vers la fin de juillet, les négociations avec l'Espagne et les tentatives faites pour l'élection d'un roi.

Les députés de la noblesse et du tiers commençaient à perdre patience. Ils avaient voté en faveur de la trêve, ils avaient ajourné et en réalité refusé les ofl'res espagnoles. Leur tache sonihlait donc accomplie. Le clergé seul, dominé par les plus exaltés, voulait retarder une dissolution qui était aussi proi^haine qu'inévitable. Mayenne aurait désiré retenir à ses côtés les députés ou du moins un signe quelconque de la volonté nationale. Il leur fit promettre de demeurer assemblés.

Henri IV venait d'abjurer : des portes de Paris, on avait pu entendre le joyeux tintement des cloches de Saint-Denis, et les bourgeois admis à cette cérémonie avaient, dans la soirée du io juillet, répandu la nouvelle que le chef de la maison de Bourbon, l'héritier et le successeur de Henri 111, était désormais catholique. C'est sous le coup de cet événement f[ue fut signée la trêve.

Les dernières séances furent remplies par une proposition émanée du clergé, ([ui voulait obtenir la réception en France du concile de Trente. Depuis le commencement de la session, la motion avait été faite, mais les ordres laïques avaient opposé à ce projet toute leur force d'inei'tie. Au mois de juillet, on aurait pu croire que cette alfaire hérissée de difficultés serait mise décote d'un commun accord; mais ce qui aurait dû la faire oublier servit à la faire revivre. Les échecs du légat sur toutes les questions

1. Relation d'Odet Soret, du 15 au 22 juillet. Documents inédits.

OÙ il s'était prononcé s'étaient tellement multipliés (pie les États, mis en présence d'une nouvelle demande, n'osèrent pas lui refuser cette satisfaction. « Les assemblées, comme le dit M. Vivien, passent ordinairement d'un acte d'opposition à un acte de complaisance. L'occasion était bonne. » Aux scrupules du bas clergé, qui se préoccupait de la situation des chapitres, le légat promit lappui de la cour de Rome; aux ordres laïques qui venaient de voter purement et simplement la réception, on permit d'insérer dans leurs procés-verbaux une réserve en faveur des libertés de l'Église gallicane ^

La dernière assemblée générale se tint le 8 août pour célébrer la réception du concile et faire prêter aux députés le serment de revenir à Paris à l'expiration de la trêve.

Un petit nombre d'entre eux demeurèrent autour du duc de Mayenne : chaque ordre, en se séparant, avait nommé à cet effet quelques-uns de ses mem^ bres. On les vit pendant l'automne se réunir souvent, non pour travailler aux affaires publiques, mais pour se partager avec une révoltante avidité l'or espagnol. A chaque distribution nouvelle, les mêmes scènes se répétaient et mettaient à nu la basse cupi^ dite d'hommes si peu dignes de représenter la France^ Au milieu de ces hontes, la pensée se reporte avec consolation sur des citoyens honnêtes, tels que du

1. La noblesse et le tiers firent en quelque sorte des restrictions mentales. Après avoir publiquement adhéré à la réception, ils résolurent que « par articles séparés, leurs registres seroient chargés de supplier très humblement Sa Saincteté de conserver les privilèges, franchises et immunités de l'Église gallicane, et le Roy qu'il plairoit à Dieu donner à la France, de les garder, faire garder et observer. » Documents inédits sur l'histoire de France, ibid., p. 667. Voir, sur cette question, le chapitre des États de 1614 : Discipline ecclésiastique.

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Vair et Tliielemenl, (|iii lirent porter à l'Hùtel-Dieu, pour In nourriture di-s pauvros, l'ai-i^cnl qui l^ur rtait d<tnnc '.

Cette oml)re d'assemblée se dissipa dellc-uituuc au milieu de décembre. Chaque jour avait augmenté le mépris qu'inspiraient ses délibérations : la Satire Ménippée l'épanduo dans Paris courait de main en main. A défaut d'imprimerie, ou en muUipliait les copies manuscrites *. Elle avait achevé de perdre dans l'esprit d'une bourgeoisie railleuse les députés irrésolus qui composaient l'assemblée. Les contemporains rapportent que cet écrit fut le coup le plus fatal porté au.x. ligueurs. Les Etats succombèrent sous le ridicule. Parmi les députés, plusieurs étaient demeurés à Paris plus d'un an. Quand ils revinrent dans leurs villes, au lieu d'y trouver l'enthousiasme qui les avait accompagnés à leur di'pail, ils furent accueillis par l'indifférence ou h; mépris. Les plus honnêtes avaient perdu leur popularité dans le cours de cette session sans résultats.

Malgré la justice de ce sentiment général à cette époque, les États de 151)3, indignes à tant de titres des assemblées (pii les avaient précédés, ne méritent pas une condamnation sans réserve. Un grand nombre de leurs membres étaient corrompus; mais, dans im

1. Jean L'HuilIier, prévôt des marchands et président du tiers, avait fait une belle réponse à ceux de ses collègues qui réclamaient une députalion afin de demander au duc de Féria le payement des députés : » Ce n'estoit, dit-il, aux e^trangers d'entretenir les Estais; on avoit toujours présumé que l'argent qu'on avoit reçu provenoit de Mayenne et non des estraugers; cela ne pouvoit estre trouvé bon. » — Procès-verbal du tiers, p. 369.

2. Elle ne parut imprimée qu'en 1.j94. La date de 1j93 que portent les premières éditions paraît inexacte, mais dès la lin de l'année les copies manuscrites des différents discours circulaient dans Paris,

temps où toutes les passions étaient déchaînées, ces députés, élus au milieu des violences, entourés d'intrigues, poussés à tous les excès, ne se prêtèrent à aucune des combinaisons intéressées de Mayenne et Philippe II; ils rejetèrent à quatre reprises les propositions du roi d'Espagne, c'était là le plus grand service que pût rendre à la France une assemblée issue de la Ligue.

Ce n'est, dit-on, qu'un mérite négatif, mais quel autre pouvait-on raisonnablement attendre d'elle? Née des secousses des factions, sortie de la plus ardente d'entre elles, condamnée par son origine à repousser Henri IV, en quelques mois elle noue des relations avec les royalistes, convient d'une suspension d'armes, conclut une trêve, et pendant ce temps elle repousse successivement tous les candidats que lui soumettent tour à tour les Espagnols et Mayenne, jusqu'au jour oîi le Parlement, prenant l'initiative hardie dont les États étaient incapables, paralyse d'avance toute élection et donne ainsi au roi le temps de prononcer cette abjuration qui devait être le coup de mort de la Ligue. Considérée sous cet aspect, l'assemblée qui s'est réunie en 159.3 ne mérite point d'attirer sur elle les reproches qui lui ont été prodigués.

Si l'on se place à un point de vue absolu, si l'on veut substituer une fiction à la réalité des événements, il est beau de rêver une assemblée française appelant de ses vœux Henri de Bourbon et le faisant monter sur le trône en chassant l'étranger et en écrasant les derniers frémissements des partis. Mais ce n'est point ainsi que procède l'histoire. Après trente-cinq ans de corruption et de guerre civile, une nation ruinée, déchirée et abattue n'a point de ces élnns subits.

CARACTÈRK DK L'ASSFMBLKK 103

(Juaiul ou songe à quels périls la. France se trouvait exposée en janvier 1593 et qu'on rapproche du caractère des députés le résultat politique de la session, on peut assurer que les États de la Ligue n'ont (■■lé la cause directe d'aucun des malheurs de ce temps et que la lenteur même de leurs résolutions ainsi (|iu' la publicité de leurs débals ont largement conliibué à r(''vciller le senliment national cl à déjouer les jirojcls espagnols.

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