‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 72 sur 226 · t/i'w au lioi/..., p. (;;{. Règlement des tailles, g · texte numérisé non relu

t/i'w au lioi/..., p. (;;{. Règlement des tailles, g

2. Edit de janvier 1598. l-Mict du roy contenant règlement sur les exoiuplions et aiVranchissement de la taille, an soulagement du pauvre peuple.

Voici un passage du préambule qui rattache cet édit à l'assemblée de lo'.)7 : ■> ... et cependant ayant fait (Convoquer en nostre ville de Ilouen une grande et très notable compagnie des principaux des trois ordres de nostre dit Hoyaume, leur avons donné charge expresse et recommandé d'avoir soin, adviser et nous conseiller de ce qui se peut faire et ordonner pour mettre en ordre toute chose, et surtout à ce qu'il soit pourveu au soulagement de nostre pauvre peuple contribuable ù la taille. Sur quoy nous auroit esté remonstré par les princes et principaux seigneurs de nostre conseil, et autres grands et notables personnages de la dicte assemblée, qu'il est impossible non seulement que nos tailles soient levées, mais aussi

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Par cet acte, Henri IV répondait à la fois aux plaintes de la noblesse et aux légitimes doléances du tiers; il profitait ainsi du rare accord des deux ordres pour les satisfaire à la fois, en abolissant toute usurpation.

Fonctions diverses. — La noblesse ne se bornait pas à solliciter des privilèges : elle demandait instamment à exercer des charges publiques; après avoir rappelé que les compagnies d'ordonnance ne devaient être composées que de gentilshommes (N. 15), elle réclamait des sièges dans les cours souveraines (N. 14), insistait pour que les baillis et sénéchaux fussent tous nobles (N. 6), et enfin laissait entendre qu'au besoin elle se contenterait même des fonctions de lieutenant de bailliage 'N. 13). Au fond, elle était jalouse de cet office, dont limportance croissait sans cesse : désespérant de l'anéantir au profit des baillis, elle ne croyait pas déroger en tournant de ce cùté ses sollicitations.

Il ne suffisait pas à la noblesse de consacrer au roi les forces de l'âge mûr, elle voulait encore que le prince se chargeât de l'éducation des enfants des gentilshommes : « La première et plus signalée nourriture et instruction de vertu, en laquelle ceux de vostre noblesse désirent appeler leurs enfants, est d'avoir cet honneur, à ceux qui y peuvent parvenir, d'estre nourris pages au service de Vostre Majesté : en cette considération, ils supplient très humblement

l'agriculture continuée, si l'abus introduit depuis plusieurs années en ça n'est osté, d'autant que pl)is les charges et impositions ont esté augmentées, d'autant plus les riches et personnes aisées contribuables à nos tailles se sont elTorcées de s"en exempter : les uns ont acheté le privilège de Noblesse... » Suit une énumération qui résume on ne peut plus clairement la singulière anarchie à laquelle Henri IV et Sully allaient porter remède. — Fontanon. t. II, p. 876.

le roy en vouloir recevoir le plus grand nombre qu'il luy sera possible; et ordonner semblablement de la despense qu'il conviendra, pour les faire exercer à tout ce que \puv profession et l'honneur qu'ilz ont d'approcher de vostre service, peut désirer » (N. 5).

Tels furent les va?ux émis par les députés de la noblesse réunis à Rouen. Si une ambition légitime animait le cœur de certains gentilshommes, il y en avait un grand nombre qui vivaient dans la plus complète inaction. Sully voulait les en tirer. « Je ne nierai point, écrivait-il quelques années plus tard à Henri IV, que je n'aie quelquefois exhorté les princes, ducs, pairs, officiers de la couronne et autres seigneurs de quitter leurs cajoleries, fainéantises et baguenauderies de cour, de s'appli([uer aux choses vertueuses, et. par des occupations sérieuses et l'intelligence des affaires, se rendre dignes de leur naissance et capables d'être par vous honorablement employés. » Henri IV hésita : il craignait les menées ambitieuses de ceux qu'il avait vus si peu d'années auparavant troubler le royaume par leurs intrigues. Il voulait surtout maintenir à la tête du gouvernement et dans le sein des compagnies d'où il tirait ses conseillers cet esprit d'indépendance soumise au prince et cette passion d'égalité qui étaient la tradition constante du tiers état. Il craignait trop d'altérer ces maximes qui avaient servi de guide à la royauté pour laisser la noblesse envahir ses conseils '.

1. A la fin du règoc, il fit étudier par Sully un moyen de donner plus de vie au conseil du roi en le divisant en plusieurs sections et en y faisant entrer un certain nombre de gentilshommes. Henri IV voulait les retenir auprès de lui et les mêler au gouvernement, afin que leur esprit ne se gâtât pas dans l'inaction. iVoir sur ces projets peu connus les papiers inédits

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Nous avons inutilfmeni rfcborché dans les advia de rassemblée de Rouen les plaintes du tiers au sujet de l'oppression des seigneurs : les cahiers ne contiennent aucune doléancc précise. Un seul vœu se rattache à cette pensée.

Les députés du tiers, alarmés de la résistance que les forteresses seigneuriales pouvaient offrir durant une guerre civile, demandaient que « touttcs les fortiffications de chasteaux et maisons nouvellement faictes qui peuvent attendre le canon, fussent desmolies et remises en Testât qu'elles estoient auparavant » .

C'est la première fois que nous rencontrons ce vœu, destiné à occuper tant de place dans les doléances émises vingt ans plus tard ^

Il est probable que les violences des seigneurs étaient devenues plus rares : les gentilshommes avaient été éloignés de le\ir domaine par les soins dune guerre qui les groupait autour du roi ou sous les drapeaux de la Ligue. Ce n'étaient donc pas les exactions des nobles, mais celles des gens de guerre qui devaient attirer le plus vivement l'attention des députés. Nous allons voir dans le prochain chapitre ce qu'ils en pensèrent.

Discipline militaire.

L'assemblée se garda bien de traiter à fond de l'organisation militaire ; elle savait quelle expérience avait acquise le prince ({ui venait de conquérir la France : mieux que personne il connaissait les besoins

du marquis de Vogué, analysés par M. Noël Valois, bitroduction aux Arréf.t du Conseil d'Élat, p. xlv.) \. Voyez pins loin. p. 419 el 441.

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d'une armée qu'il avait vue à i'iein ro depuis près de dix ans.

Convaincus sur ce point de leur ineonipùtcnce, les notables s'occupèrent exclusivement de la discipline. Le premier de leurs soins fut d'obtenir le payement régulier des gens de guerre : malgré les eflbrts do Henri IV, le désordre des compagnies en marche avait continué. « Le Rôy sera très humblement supplié, disait le cahier, d'ordonner que les compagnies de gens de guerre, tant de cheval que de pied, seront paiées, et mo'iennanl le paiement, dcffenses seront faictes, sur peine de la vie, ausdietz gens de guerre, do tenir les champs, prendre vivres ny autres choses, sans payer. » Puis apparaissait de nouveau le di'oit do résistance : « en cas de contravention, permis au peuple de s'assembler, appel b- un officier du roy, sonner le tocsin et leur courir sus ».

Ce payement de la solde arriér(''e préoccupait vivement la noblesse : le tiers avait dcuiamb'' la remise aux populations de tout ce qui (''tait encor(^ dû sur la tailb' jusipi'en décembre loî)o. Or « l'enlretenement et la solde des garnisons et des appointements des gouverneurs leur avoient été payez par les trésoriers de l'extraordinaire de la guerre, en quittances à prendre » sur le reliquat dû de la taille. La plupart des gouverneurs avaient « faict avance de leur propre, en espérance d'estre payez en deniers comptans ». Cette difficulté ne pouvait être résolue qu'en rétablissant l'ordre dans les finances. Ainsi toutes les plaintes des notables eonveriieaient vers le même Itut.

Résumé.

La période qui s'écoule depuis les victoires décisives de Henri IV jusqu'à sa mort est marquée par la

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plus grande impulsion qu'ait reçue dans toutes les branches l'administration Française. Du chaos du xvi* siècle, où se trouvaient en germe tant d'idées, est sorti un gouvernement puissant et modéré. Conduite par un prince auquel la guerre avait donné la gloire des armes et qui devant la postérité est plus grand encore par les bienfaits de la paix, la France se sentait heureuse. Elle était lasse de vivre sous des princes faibles et corrompus : elle rêvait depuis longtemps un gouvernement sincère et honnête. Henri IV le lui donna : tout ce que la nation souhaitait à la fin du xv!*^ siècle, elle le trouva dans ce régne de vingt années. Les vœux des trois derniers États Généraux, renouvelés et rajeunis par l'assemblée de Rouen, furent successivement réalisés par un pouvoir qui voulait non seulement réparer les maux des dissensions religieuses, mais rélal)lir la paix des âmes, si profondément troublée.

Dans cette restauration de toutes les forces sociales, ce qui mérite de frapper tout d'abord la postérité, c'est la nouveauté des moyens employés par le prince. Henri lY lit peu do lois : sous son règne on ne voit ni ces énormes ordonnances, ni cet amas d'édits confus que multipliait l'irrésolution impatiente de ses prédécesseurs. A ne mesurer la valeur d'un prince que par le nombre des actes législatifs publiés pendant un règne, on risquerait fort de prendre pour le meilleur roi de cette période Charles IX ou Henri III. Henri IV écrivit peu, mais il sut agir. Il fit peu de lois, mais elles furent toutes strictement exécutées. Il préférait tirer de l'oubli les grandes ordonnances tombées en désuétude et reprendre ce qu'il y avait de meilleur dans leurs dispositions éprouvées par une première expérience que de mettre au jour quelque longue compilation à laquelle aurait manqué le près-

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tiy;e de l'ancienneté. Il pouvait ainsi entamer tour à tour les réformes qu'il méditait et porter successivement sur chacune délies l'effort complet de son inébranlable fermeté.

(]e fut là le secret de sa force. C'est ainsi que tous les réformateurs sont arrivés à leur but. L'ordre et la suite furent les premières qualités d'un prince qui, à vrai dire, posséda toutes celles qui font les grands souverains.

Comment résumer ses réformes? Elles embrassèrent toute la série des doléances que nous aAons analysées. Déjà, en examinant les cahiers de lo7G, nous nous sonuiies arrêté à cha(|ue page pour reconnaître que Henri IV seul avait satisfait les vœux populaires. En étudiant son action sur la France, nous assistons à l'ensemble des progrès dont nous avions naguère vu un à un les détails. L'Église tenant librement ses assemblées, ses prélats choisis avec discernement, sa discipline rétablie, la justice réformée, les règles de compétence protégées, les finances réglées, des dépenses admirablement productives remplaçant les folies des derniers Valois, le commerce étendu, l'industrie encouragée, tels furent les progrès de tout genre qui. dans l'espace de vingt ans, renouvelèrent le royaume.

Henri IV a eu la plus grande part dans cette révolution pacifique, mais les États fournirent les matériaux de cette œuvre. Ce fut un vaste édifice dont les États avaient posé les premières pierres et dont l'assemblée de Rouen facilita l'achèvement. La gloire de l'architecte n'en est pas diminuée : dans aucune partie de nos annales, on ne pourrait trouver de princes, quel que fût leur génie, qui n'aient mis à contribution la période qui les a précédés. Charles V et Louis XII nous avaient déjà montré quel parti la sagesse royale

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pouvait tirer des assemblées d'États. Nous revendiquons ce qui appartient légitimement aux assemblées du xvi« siècle en disant que les députés rédacteurs des doléances d'Orléans, de Blois et de Rouen avaient préparé de loin la grandeur du règne de Henri IV.

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