‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 83 sur 226 · LA NOBLESSE ET LE TIERS · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE ET LE TIERS

lion, en se plaignant vivement que le tiers état, au lieu de donner la satisfaction promise, se fût permis de les offenser de nouveau. L'image de la fraternité des trois ordres révoltait surtout la vanité des nobles, et ils déclaraient hautement que, sans la présence des prélats, ils auraient, séance tenante, exigé du lieutenant civil une solennelle rétractation. A peine les évéques furent-ils sortis de la salle, que la noblesse décida tout d'une voix qu'elle se plaindrait au roi, dès le lendemain, du langage du tiers. Le clergé, voulant conserver entre les deux ordres une neutralité qui convenait à sa dignité comme à ses intérêts, refusa de se joindre à la protestation de la noblesse, mais promit de faire connaître au roi ce qui s'était passé. Ainsi finit au milieu de la plus vive effervescence une séance que la passion de tous avait prolongée jusqu'à neuf heures du soir '.

Le 25 novembre, la noblesse ne put pénétrer auprès du roi; elle fut reçue le lendemain. Un grand nombre de députés s'étaient joints à la dcputation de vingtquatre membres. Le baron de Senecey porta la parole : après s'être étendu sur les devoirs de la noblesse dont les armes victorieuses ont donné la tranquillité à l'Etat, l'orateur en vint au tiers état, qui se borne « à jouir des commodités que la paix lui apporte.... C'est cet ordre, s'écria-t-il, qui tient le dernier rang en cette assemblée, ordre composé du peuple des villes et de la campagne; ces derniers quasy tous hommagers et justiciables des deux premiers ordres; ceux de villes, bourgeois, marchands, artisans et ipielques officiers. Ce sont ceux-ci qui méconnoissent leurs conditions, et

1. La séance de 1 après-midi se tenait ordinairement de deux à quatre heures. Rapine dit que dès le soir même une première démarche fut faite auprès du roi, qui ne consentit pas à recevoir la noblesse, p. 226.

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