‹ Histoire des États-Généraux (volume 2)Chapitre 84 sur 226 · IV · texte numérisé non relu

IV

194 ÉTATS Dh TARIS, 1014 .

oubliant toute sorte de devoirs, sans aveu de ceux (juils représentent, se veulent comparer à nous. J'ai honte, Sire, de vous dire les termes qui de nouveau nous ont offensés ; ils comparent votre Etat à une famille composée de trois frères : ils disent l'ordre ecclésiastique être l'aîné, le nôtre le puîné, et eux les cadets, et qu'il advient souvent que les maisons ruinées par les aînés sont relevées par les cadets. En quelle misérable condition sommes-nous tombés, si cette parole est véritable? Eh quoi! tant de services rendus d'un temps immémorial, tant d'honneurs et de dignités transmises héréditairement à la noblesse et méritées par leurs labeurs et fidélité, rauroient-elles, au lieu de l'élever, tellement rabaissée qu'elle fût avec le vulgaire en la plus étroite sorte de société qui soit parmi les hommes, qui est la fraternité, et non content de se dire nos frères, ils s'attribuent la restauration de l'État, à quoi, comme la France sait assez, ils n'ont aucunement participé; aussi chacun connoit qu'ils ne peuvent en aucune façon se comparer à nous, et seroit insupportable une entreprise si mal fondée. Rendezen, Sire, le jugement, et par une déclaration pleine de justice faites-les mettre en leur devoir, et reconnoitre ce que nous sommes nés, et la différence qu'il y a; nous en supplions très humblement Votre Majesté au nom de toute la noblesse de France, puisque c'est d'elle que nous sommes ici députés, afin que, conservée en ses prééminences, elle porte comme elle a toujours fait son honneur et sa vie au service de Votre Majesté i. » Cet étrange discours répondait si bien aux passions de la noblesse, que le lieutenant civil put entendre, en entrant au Louvre, où l'appelait

1. Procès-verbal de la noblesse, séance du mercredi 26 novembre.

Page 1