DOULEUR DES DÉPUTÉS
alors dans le cloître des Augustins s'entretenir douloureusement de la situation de la France et des fautes qui Tavaient si profondément compromise ; ils s'accusaient mutuellement de faiblesse et de lâcheté; ils étaient « réveillés du profond sommeil qui les avoit tenus assoupis depuis quatre mois ». La vue de leur salle close irritait leur colère. « Sommes-nous autres, disaient-ils, que ceux qui entrèrent hier dans la salle de Bourbon, pour mettre fin à la suite d'une action la plus relevée qui se puisse faire dans le royaume? ou bien si une seule nuit nous a ainsi changés d'état, de condition et d'autorité *? Que veut dire que nous sommes sans chefs? que signifie cette porte fermée, et ce déménagement hâtif et précipité, sinon un congé honteux qu'on nous donne, nous ôtant les moyens de nous voir, et pourvoir au reste des affaires pour lesquelles nous avons été mandés? Ahl France, plus digne de servitude que de franchise, d'esclavage que de liberté *I »
Ainsi, dans leur découragement, les députés rejetaient sur la France une lâcheté qu'ils avaient seuls commise. Tant il est vrai que le langage des hommes faibles est le même dans tous les temps ! Quand leur conduite est inexcusable, ils accusent leurs ancêtres, leur patrie, leur race, jamais leur caractère.
Les membres du tiers vinrent « tous les jours battre le pavé du cloitre des Augustins pour savoir ce qu'on
1. Il est impossible de ne pas rapprocher de cette phrase qui était dans la bouche de tous les députés au lendemain de leur déception Je mot que prononça Sieyès au moment où, cent soixante-quatorze ans plus tard, la cour voulut diviser les États Généraux dont l'union Talarmait. a Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier. Délibérons. » En 1615, les députés se sentirent énergiques trop tard. En 1789, le courage ne leur manqua pas un seul jour.