‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 105 sur 208 · DISCOURS DE HIRON · texte numérisé non relu

DISCOURS DE HIRON

abus des droits seigneuriaux. « Défendez, Sire, les corvées qui chargent le peuple autant que les tailles : un pauvre homme est contraint de laisser ses semaill es, d'abandonner son août, et d'aller à la corvée pour le gentilhomme. Que tel acte soit déclaré roturier et puni avec toute rigueur, et roidissez-vous généreusement, Sire, contre toutes oppressions. »

« Combien de gentilshommes ont envoyé des gens d'armes chez leurs voisins, et quelquefois en leurs propres villages, pour se venger d'eux, ou de corvées non faites, ou de contributions non payées? Il s'est vu depuis quelque temps une seule compagnie de gens d'armes avoir ravagé quasi la moitié de la France ; et après avoir tout consommé, s'en retourner chacun en sa maison, enrichi de la substance du pauvre peuple, sans avoir donné un coup d'épée; de sorte, Sire, qu'à bien considérer tous les états de votre royaume, on trouvera les vertus de nos pères entièrement taries en nous; cette sainte humeur de la crainte de Dieu et du respect des lois, conservant la vertueuse générosité, piété et justice, est desséchée; il n'y a plus en nous de santé : la gangrène du vice a tantôt gagné les plus nobles parties du corps. Qui pourvoira donc à ces désordres? Sire, il faut que ce soit vous. Cest un coup de majesté. Vous avez assez de moyens de le faire ; votre pauvre peuple, qui n'a plus que 'la peau sur les os, qui se présente devant vous tout abattu, sans force, ayant plutôt l'image de morts que d'hommes, vous en supplie au nom de Dieu éternel qui vous a fait pour régner, qui vous a fait homme pour avoir pitié des hommes, qui vous a fait père de votre peuple pour avoir compassion de vos enfants. »

Après ce douloureux tableau des souffrances supportées par les habitants des campagnes, l'orateur

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attestait que des maux aussi cruels forçaient annuellement les paysans à quitter par milliers le sol natal, qui, loin de les nourrir, leur enlevait le plus clair de leur revenu. Enfin le prévôt des marchands termina son discours en présentant les cahiers « qui dévoient être résolus avant le départ des États, ainsi que Sa Majesté l'a assuré ».

A ces trois discours le roi répondit, en se découvrant : « Messieurs, je vous remercie de tant de peines qu'avez prises pour moi depuis quatre mois; je ferai voir vos cahiers, et les répondrai promptement et favorablement. »

Une promesse vague, tel était en dernière analyse le seul résultat d'une assemblée tenue dans un temps de calme et sans aucun de ces événements extérieurs qui avaient pu excuser à d'autres époques le défaut de persistance des députés. Plusieurs fois leur volonté avait faibli, ils recueillaient le triste fruit de leurs hésitations. Le châtiment des hommes qui n'ont pas su se montrer énergiques au moment opportun est de sentir bientôt le poids de la responsabilité qui les oppresse : la tristesse qui abattait depuis un mois les députés se changea subitement en remords.

Sur la foi des engagements de la reine, ils étaient déterminés à attendre à Paris la réponse aux cahiers. Le lendemain de la séance de clôture, ils reprirent tous le chemin des Augustins, par habitude autant que par le désir d'échanger leurs impressions sur la séance de la veille. Quelle ne fut pas leur surprise en trouvant la porte fermée î La salle était déjà dégarnie et les bancs enlevés, tant on avait craint une assemblée générale. Cette manœuvre dessilla les yeux des plus aveugles : on courut trouver le président Miron, qui était demeuré chez lui et qui se borna à répondre que l'ordre du roi était formel. Les députés revinrent

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