‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 128 sur 208 · DISCOURS DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RICHELIEU

« Il n'est pas question de retirer par autorité ce dont les particuliers sont en possession de bonne foi; le plus grand gain que puissent faire les rois et les États est de garder la foi publique qui contient en soi un fonds inépuisable, puisqu'elle en fait toujours trouver; il faut subvenir aux nécessités présentes, par d'autres moyens

« On dira volontiers, et peut-être le penserai-je moi-même, que c'est aisé de se proposer de si bons desseins, qu'il est chose agréable d'en parler, mais que l'exécution en est difficile, et cependant, après y avoir bien pensé, j'ose dire, en la présence du roi, qu'il se peut trouver des expédients par lesquels dans six ans on verra la fin et la perfection de cet ouvrage.

« Le roi, messieurs, vous a assemblés expressément pour les chercher, les trouver, les examiner et les résoudre avec vous; Sa Majesté vous assurant qu'elle fera promptement et religieusement exécuter ce qu'elle arrêtera sur les avis que vous lui donnerez pour la restauration de cet État.

« Les malades mourant aussi bien quelquefois pour être surchargés de remèdes que pour en être entièrement privés, j'estime être obligé de dire, en passant, que pour rétablir cet État en sa première splendeur, il n'est pas besoin de beaucoup d'ordonnances, mais bien de réelles exécutions. »

Richelieu termina ce discours par une péroraison éloquente sur la gloire attachée aux réformes et sur l'honneur qu'il y avait à faire renaître le bien de l'État.

« Vous devez beaucoup, dit-il aux notables, à la bonté du roi de ce qu'elle a daigné vous y donner part; et je me sentirois très particulièrement redevable à Dieu en cette occasion, s'il me prenoit deux

heures après Taccomplissement d'un si haut, si glorieux et si saint dessein *. »

Le premier président du parlement, Nicolas de Verdun, fit une courte harangue dans laquelle « il supplia rassemblée de n'être ni morte ni muette comme les autres » ; puis le garde des sceaux promit aux notables de leur envoyer sans tarder les propositions du roi .

Cinq jours après, le lundi 7 décembre, rassemblée tint sa première séance. Monsieur le duc d'Orléans, prenant au sérieux, malgré son âge, la présidence qui lui avait été attribuée, exhorta les assistants à dire librement leur opinion sur tout ce qui serait proposé. Le procureur général Mole * fit une courte harangue, puis le maréchal de Schomberg remit à l'assemblée un projet de règlement fort étendu sur les gens de guerre. Des commissaires pris dans chaque ordre furent nommés pour examiner avec soin une série de mesures qui intéressaient si vivement la sécurité des provinces. La plupart des dispositions présentées par le maréchal furent adoptées vers le milieu de décembre ^.

La forme des délibérations souleva pendant quelques jours des discussions fort vives. A la fin de la séance d'ouverture, le garde des sceaux avait dit que

1. Nous avons relevé le texte sur le manuscrit corrigé de la main du cardinal. AIT. Étrang. F. France, 781, T 123. Il a été imprimé exactement : Papiers de Richelieu, t. II, p. 297 et avec quelques variantes. États Généraux, t. XVIII, pages 228 à 233.

2. L'éditeur des Mémoires de Mathieu Mole dit à tort que le procureur général ne fut pas mandé à l'Assemblée. Toutes les listes portent son nom. Richelieu lui renvoyait les mémoires à soumettre aux notables. Aff. Etr. F. France, t. 783, fo 127 au verso.

3. Assemblée des notables, p. 87 à 103. Voir pour les détails notre V<^ volume : Organisation militaire»

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