‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 130 sur 208 · États Généraux, t. XVIIÎ, p · texte numérisé non relu

États Généraux, t. XVIIÎ, p

Après la séance, les magistrats se réunirent, les esprits s'échauffèrent et on résolut de porter au roi des remontrances. Quand le greffier vint, dans la matinée du 8 décembre, présenter la copie du projet de règlement au premier président, celui-ci refusa de la recevoir. Le mémo jour, les magistrats étaient admis au Louvre dans le cabinet du roi. Les remontrances furent vives : les parlements ne pouvaient admettre qu'ils jouassent le rôle d'un tiers état si souvent vaincu par la coalition des deux ordres privilégiés; ils sentaient leur force, se vo valent en nombre et tenaient à jouir de l'influence que devait leur assurer la pluralité des voix. Le garde des sceaux répondit au nom du roi : le vote par ordre était maintenu, mais la délibération commune était accordée aux députés *.

A la séance du lendemain, le procureur général Mole apporta la première proposition sur les finances. Gaston d'Orléans rocuoillit les avis individuels, mais il compta les voix par ordre. Nouvelle protestation des magistrats. Le président leur imposa silence. Quelques-uns refusèrent de voter, se levèrent, et s'apprctèrcnt à sortir de la salle des séances, pour aller porter plainte au Louvre. Monsieur les retint en leur disant que « Sa Majesté étoit allée ce jour-là prendre le plaisir de la chasse à Versailles * ».

Toutefois ils s'abstinrent de paraître à l'assemblée,

j. AssevibUe des notables^ p. Vo.

2. Avant cette époque, le nom de Versailles est à peine prononcé. Louis Xlll venait d'y faire bâlir une assez médiocre habitation. Bassonipierre, parlant, dans une des discus-ions de l'assemblée, des goûts d'économie du jeune roi, disait : « Si ce n'est (ju'on lui veuille reprocher le chétif château de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre vanité. » {Mémoires de Bassompiet're, Soc. de l'histoire de France, t. 111, p. 286..

jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu du roi « de les faire opiner par tête >> en toutes délibérations.

Telle était la résolution des magistrats, que le 10 décembre il ne fut pas tenu de séance. Ni le 11, ni le 12, on ne put s'assembler. Il fallait mettre ordre à ce conflit qui suspendait les travaux de l'assemblée. Le roi tint conseil le 12 et fit dire aux notables qu'il se réservait de les faire délibérer, suivant les cas, par tète ou par ordre, qu'en leur adressant « ses propositions, il leur feroit dire de quelle sorte ils en opineroient ». Lorsque le procureur général Mole apporterait des propositions, les notables délibéreraient par tête; quand le roi enverrait directement les projets aux présidents, on voterait par corps *.

En fait, cette distinction ne servit qu'à couvrir la retraite. Le vote par tête fut pratiqué pendant tout le cours de la session.

Le 9 décembre, le procureur général Mole communiqua aux notables une proposition sur les finances. Le budget de 1624 avait présenté, à lui seul, un déficit de dix millions ; l'arriéré s'élevait à plus de cinquante millions. Il fallait absolument recourir à des économies. La maison du roi, le conseil, les pensions et les garnisons pouvaient subir des retranchements que le roi indiquait spontanément. La fin de décembre fut consacrée à un examen minutieux : l'assemblée réduisit la plupart des dépenses au taux de l'année 1607, prise comme type d'une sage administration. L'état des garnisons demandait plus de temps; cette question se liait étroitement à celle des châteaux et des forteresses, dont le tiers état avait si souvent réclamé la démolition. Les notables commencèrent une vaste enquête sur la situation spéciale de toutes les

places fortes ; ils prièrent le roi de leur communiquer les mémoires adressés par les parlements. Ceux de Provence et de Dauphiné avaient envoyé les premiers leurs avis; treize membres de l'assemblée composèrent une commission qui étudia attentivement la situation de chaque place. Pour le royaume entier, ce travail aurait exigé plusieurs mois, mais il ne s'étendit qu'à ces deux provinces, le gouvernement n'ayant pas reçu ou n'ayant pas jugé à propos de communiquer les autres mémoires.

Un mois s'était écoulé depuis le commencement de la session, lorsque le cardinal de Richelieu, voulant donner aux travaux des notables une direction plus précise, vint le 11 janvier apporter une série de propositions sur lesquelles il demandait, au nom du roi, l'avis de l'assemblée.

Sur les quinze propositions lues par le cardinal, six s'appllcjuaient aux moyens de réprimer les malversations des comptables, deux à l'organisation rnilitaire, une au développement du commerce et de la marine, deux enfin à la répression des crimes contre la sûreté de l'État. Deux commissions furent aussitôt formées pour étudier ces différentes matières.

Le renouvellement si fréquent depuis seize ans des intrigues princières, les révoltes préparées de longue main, les conspirations qui se tramaient à la cour rendaient nécessaires des mesures spéciales que Richelieu ne comptait pas laisser stériles. C'est à l'assemblée que présidait Gaston d'Orléans que le cardinal, quelques mois à peine après le complot de Chalais, tenait à soumettre ses projets. Il insiste avec affectation sur la rigueur excessive des peines qui empêche leur exécution et les énerve plutôt qu'elle ne les fortifie. 11 veut que toute « désobéissance au roy » soit wivic (le la prWaVvow VYUYvvédvaie de la charge pos-

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