‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 136 sur 208 · CAHIERS DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

CAHIERS DE LA NOBLESSE

qu'on recommencerait la lecture en séance générale : le cahier de TIle-de-France serait lu le premier. Aussitôt un article adopté, tout article semblable serait rayé |ur les autres cahiers, ce qui abrégerait la tâche en évitant les redites. Toutes les affaires concernant l'Eglise furent jugées suivant cette méthode, puis on passa au chapitre de la noblesse. Le 16 jauger, le roi, en faisant prier les ordres de hâter la rédaction des cahiers, eut soin de marquer sa satisfaction à la noblesse, qui était plus avancée que le clergé et le tiers.

Il est vrai que le style et Tordre de ce cahier sont très médiocres. S'il compte AM articles, la brièveté et la sécheresse des vœux frappent le lecteur * ; le dernier quart du cahier est composé d'articles empruntés aux provinces et qui n'ont pas été remaniés ; enfin l'ordre des matières est à peine suivi.

Le tiers travaillait à son cahier depuis un mois quand la noblesse avait commencé la rédaction du sien. Pour rendre compte de la procédure du tiers, suivons la marche adoptée par le gouvernement d'Orléans. Le 9 novembre, les députés de cette province s'assemblèrent sous la présidence de messirc François de Beauharnois, lieutenant général du bailliage d'Orléans. Ce gouvernement comprenait alors 29 bailliages *. Le cahier d'Orléans fut apporté et lecture en fut donnée. A chaque article, la délibération s'ouvrait et le vote était mentionné; on mettait en marge : bon, ou l'article était rayé. Il fut décidé que <( ce qui

4. Tandis que le cahier du clergé a 165 pages, le cahier du tiers, 206, celui de la noblesse en a 103 seulement.

2. Voici les principaux : Orléans, Chartres, Dreux, Mantes, Gien, Montargis, le Perche, Blois, Houdan, Étampes, Dourdan, Vendôme, Loudun, Chatellerault, la Rochelle, TAngoumois, le Poitou, TAnjou, le. Maine, la Touraine et le Berry.

seroit trouvé bon ou rayé sur le cahier d'Orléans seroit marqué sur les autres pour ne pas être mis de nouveau en délibération, afin de mieux user du temps * ». La minorité se plaignit : elle obtint qu'un vœu repoussé dans un gouvernement par la majorité des bailliages pût être repris sur la motion d'un autre gouvernement dans l'assemblée générale du tiers état.

En un mois, le travail fut achevé et les 103 cahiers du tiers réduits à douze. Il fallait fondre ces douze textes en un seul. Le 15 décembre, l'assemblée générale du tiers décida que le cahier de la province de l'Ile-de-France servirait de matière à la délibération. Des copies furent faites, pour que chaque gouvernement fût en mesure d'examiner les questions avant la séance générale ^.

Quand les discussions étaient closes, le vote était recueilli par province et souvent les députés d'un gouvernement se retiraient dans une salle voisine pour arrêter l'opinion qui réunissait la majorité des bailliages. Il arriva dans une discussion fort vive sur l'abus des grâces que les gouvernements furent partagés. Six défendaient l'article présenté par l'Ile-de- France, six le rejetaient. En vain les députés de Paris soutinrent que leur voix devait départager; l'article ne passa point dans le cahier ^.

Malgré l'assiduité des députés, le travail menaçait (le se prolonger fort longtemps. Le 8 janvier, la Bourgogne proposa de former une commission de douze membres, à raison d'un député par gouvernement, qui serait chargée de poursuivre et de mener à terme la fusion du cahier. Ces délégations de pouvoir soulevnicnt toujours les scrupules des députés : la discus-

4. Procès-verbal du tiers, 9 novembre, p. 40. 2. Procès- verbal du tiers, 15 décembre, p. 84. :i. Procès- verbal c\u V\erç>,^^ ^tç,ftvs\>ft^e,\N. 107.

CAHIERS DU TIKRS 290

sion fut longiio. L'assemblée dérida la nomination do la commission, et la chargea de préparer le chapitre de la réformation deTÉglise, pendant que rassemblée générale du tiers achèverait la lecture du cahier de rile-de-Francc *.

La commission se réunissait tous les jours; elle prépara sccessivement tous les chapitres.

Le 10 février, elle lit prévenir le clergé qu'elle avait enfin terminé sa tâche : le cahier était composé ile G65 articles.

Tels furent les travaux séparés des ordres * ; nous parlerons plus loiu des tentatives poursuivies par le clergé pour la rédaction d'articles généraux.

Quand les députés se séparèrent, aucune réponse n'avait été faite aux cahiers de doléances, malgré les réclamations tant de fois répétées des ordres * (T. 10).

Les mécontents se gardèrent de négliger un tel grief. Quand le prince de Condé se révolta, il se plaignit dans son manifeste que, « les Etats étant clos et leurs cahiers présentés, on n'eût pas répondu à tous leurs articles et qu'on n'observât rien de ce qui avoit été accordé en aucuns * ».

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