‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 168 sur 208 · Trognon, Hist, de France, t. III, p · texte numérisé non relu

Trognon, Hist, de France, t. III, p

2. Procès-verbaïui du clergé, t. 1, p. 653. Èdit. 1767. Les prdteslatioQS sont presque passées sous silence.

catliolique devait-elle être rétablie dans les villes de sûreté, et les ecclésiastiques devaient-ils être exemptés de la juridiction des chambres de TÉdit. Le Parlement l'obtint, ainsi qu'une liste des conseillers plus favorable aux catholiques *. La douleur des officiers du roi était profonde : le premier président de la Chambre des Comptes dit au roi que les membres de la chambre ne pouvaient « jeter les yeux sur cet édit qu'avec les ressentimens d'une extrême tristesse, les soupirs au cœur et les larmes aux yeux ' ».

Au premier moment, toutes les passions endormies de la Ligue parurent se réveiller, mais cet effort permit de voir combien les rangs étaient éclaircis : si (fuelques prédicateurs fulminèrent du haut des chaires contre cet acte qu'ils traitaient d'impie, leur voix demeura sans écho et leur ardeur fut impuissante à émouvoir la nation.

La sai^csse du roi offrait des garanties suffisantes aux calholiciucs : ils ne, se laissèrent pas séduire par des excitations Incticuses. Le pape lui-même, un instant inquiet, s(» rassura bientôt on voyant le roi de France imposer aux fougueux protestants du Midi la tolérance ((u'il exigeait des catholiques, et tout le règne de llcni'i IV nous montre la reconnaissance profonde (hi clergé poin^lc j)rince qui rendait à l'Église sa l)uissance morale en Tcpurant.

Si le corps du clergé garda vis-à-vis de l'édit de Nantes et des protestants un silence respectueux pour

1. Bonoisl, lllsL de PEdit de Natites^ t. I, p. 272 et siiiv.

2. C'est dans l'une de ces entrevues que le roi dit à la députation de la Chambre des Comptes « (pi'il avoit eu envie de faire deux mariap:es en France : le premier de sa sœur unique, el l'autre, de ses sujets les uns avec les autres », qu'il avait fait le premier et qu'il entendait exécuter le second. A. de Boislisle, Le.< p?'eniiers présid. de f'i Th. (tes ('uui(j^^.'>\ iu-i", p. 2l5-2tS.

le roi, s*il so montra satisfait de retrouver bous Henri IV la protection royale à laquelle il attachait tarit de prix, on ne doit pas croire qu'au fond de son cœur il ait jamais abdicjué Tcspôrance do l'unité religieuse qui demeurait le but et le couronnement de ses efforts. L'édil de Nantes était à ses yeux une concession nécessaire aux difficultés dumoment et jusqu'à un certain point la fin des luttes violentes entre catholiques et huguenots, mais il était loin de penser que cette transaction dût constituer l'état définitif et permanent du droit politi(iue. Il attendait de la bonté de Dieu et des révolutions humaines la disparition d'une religion dont l'exercice public lui avait toujours paru constituer un scandale ^

Après la mort de Henri IV, ces convictions apparurent avec une netteté qui ne laisse subsister aucun doute sur les desseins des partis.

Le cahier du clergé demande tout d'abord « que rexercice de la prétendue Religion réformée soit interdit et défendu dans le royaume ». C'est le principe posé dans toute sa netteté, le vaiu qui échappe du cœur mftme des ecclésiastiques; puis viennent au second plan les raisons politiques qui font plier la rigueur des principes : « au cas que, pour quelques considérations de l'Estat et repos public, le roi ne pust empêcher ledit exercice, qu'au moins et en attendant que la Bonté Divine y ait pourvu, il plaise à Sa Majesté ne rien permettre à ceux qui en font pro-

1. Pendant que les calholiques acceptaient cet acte comme un plu8 solennel édit de paciflcatioD ou la prolongation d'une suspension d'armes, tout démontre que, de leur côté, les protestants n'entrevoyaient, dans la puissance redoutable dont ils étaient maîtres, qu'un moyen d'arriver & l'indépendance absolue qu'ils rêvaient. Ainsi la grande pensée do Henri IV était dénaturée par les deux partis, et la tolérance religieuse, que lui sçul avait fondée, était méconnue dès sa naissance.

fession, que ce qui leur estoit permis et accordé lors du décès du feu roi, et casser et annuler tout ce qu'ils auroient obtenu ou entrepris durant le temps de sa minorité » (G. 271).

Ainsi le clergé proclame le principe comme par une sorte de devoir envers sa conscience, puis restreint tout aussitôt ses demandes à l'abolition des récentes concessions *. L'ensemble de ces vœux, tel que les cahiers du clergé nous le montrent, indique suffisamment qu'il se tenait à égale distance entre le renouvellement des guerres religieuses et une complète tolérance qui lui paraissait injurieuse pour sa foi.

En effet, le clergé ne demande ni poursuite légale, ni une peine contre les protestants, ni même l'abolition formelle de l'édit, mais il réclame la séparation des deux cultes : il veut qu'il soit défendu aux protestants de convertir les églises en temples (G. 150, 272, 278) , d'enterrer dans les cimetières catholiques (G. 273, 27i) et de prêcher assez près des églises pour que la voix des ministres puisse parvenir jusqu'aux oreilles des assistants (G. 280, 283, 291). Le clergé insiste pour que tout protestant soit prive du droit de collation (G. 281), aussi bien que de la jouissance d un bénéfice (G 285). Se préoccupant de la liberté du culte catholique dans les lieux où les huguenots sont en majorité, il réclame la défense de lever des contributions destinées au nouveau culte (G. 281), et en même temps il est forcé de demander aux protestants la tolérance qui lui coûte si fort à accorder (G. 277). Ne concevant pas la réciprocité des droits, il veut interdire à tout ministre protestant Tentrce des hôpitaux, même pour y visiter u un malade de sa reli-

1. Voir le détail de ces concessions : Drion, Hist. chrofi. d' /'Église prot. de France. Édvl de Nantes.

gion » (G. 270). Enfin, s'il ne propose pas d'abolir Tégalité des droits civils, il demande du moins que la mère protestante devenue veuve n'ait jamais la garde de ses enfants catholiques, faisant ainsi passer la différence du culte avant les droits et les devoirs de la famille (G. 293).

Le clergé sollicite également diverses mesures pour établir dans la justice la même démarcation et empêcher avant tout que les protestants ne soient juges des catholiques *. Toutes ces questions, qu'avait su résoudre la tolérance de Henri IV, étaient presque insolubles pour les ecclésiastiques. Les députés du clergé sentaient les premiers- combien étaient inapplicables les règles qu'ils proposaient au pouvoir. Eux-mêmes reculaient parfois devant Taccomplissement de cette tâche, et rien ne fera mieux comprendre le trouble de leur esprit que de rapporter un article qui formait le plus étrange contraste avec l'intolérance dont nous venons de constater les traces :

c Desquelles choses cy dessus, dit le cahier du clergé, et autres points qui en dépendent, V. M., s'il luy plaist, fera un Édit contenant règlement général entre lesdits catholiques, et ceux de ladite Religion prétendue Réformée, afin qu'ils puissent vivre en paix, union et tranquillité, sans entreprendre les uns sur les autres et sans appréhension, envie, ny jalousie. » (G. 143.)

Ainsi tous les sentiments se rencontrent dans le cahier du clergé, depuis la persécution jusqu'à la tolérance chrétienne. En somme, il est certain que les députés n'étaient plus inspirés par le détestable esprit de haine qui les animait sous la Ligue.

Le tiers ne parla pas des huguenots; la noblesse

1. Clergé, 279, 287 et suiv. Ord. 1629, 104 et 8uiv. Rapprocher également C. 288 de la déclaration du 2 janvier 1626. Ane» lois franc.

rappela en tête du cahier le serment^u sacre par lequel le roi promettait d'extirper llie^me. Le maréchal de Bois-Dauphin vint, de la part du roi, demander soit la radiation de rartidey soit rad<Ëiio& d'une réserve en faveur des édits de paeifioatioii. Le président de la noblesse répondit a que la compagnie pour maintenir la paix n'avoit voulu permeUre qu'on employât aucun article d^ns lé caliier qui eoneemât tant soit peu M" de la Religion prétendue i^omiée », mais qu'étant catholiques ils ne pouvaient pm se dispenser de demander le maintien de la ReÛgioa»

Cette déclaration, qui donne au silence du eai^sa véritable signification^ fut suivie d'une videnle protestation du vidame de Chartres, qui se retira avee^t députés huguenots ^ On n'était diçpoçé, ni éé part ni d'autre, à recommencer les guerres reHgieusea* Les protestants obtinrent une déclaration royale pmtaii^ que le serment du sacre ne s'appliquait pas aux huguenots ^. Le traité de Loudun (mai 1616) contint une confirmation expresse de Tédit de Nantes. Le projet d'édit de 1618 (art. 5) était non moins formel.

La religion catholique n'était pas rétablie dans toute la France. Le clergé prit l'initiative de doléances fort vives. Le Béarn, depuis Jeanne d'Albret, appartenait aux huguenots, la messe y était interdite depuis 1569 : les députés ecclésiastiques réclamaient le libre exercice de la religion, la restitution des biens confisqués, le recouvrement de la juridiction ecclésiastique usurpée par le conseil souverain de Pau, composé de protestants, et l'institution tout au moins

1. Procès-verbal de la noblesse, 20 janvier 1615. Arnauld d'Andilly raconte la scène avec force détails {Journal^ p. 54).

2. Déclaration du 22 mai 1616 (Isambert lui donrie par erreur la date du 20 juillet). Voir Docum. inédits : Conférences de Loudun i p. 784.

LIBRRTÉ RELIGIEUSE 389

d'une chambre mi-partio *, Pour alleindro ce but que les assemblées du clergé avaient en vain poursuivi depuis vingt ans, le premier ordre ne craignait pas de s'appuyer sur les édits de pacification et demandait la réunion inséparable du Béarn à la couronne * ; il prit la résolution de solliciter l'action commune de la noblesse et du tiers.

Le tiers état s'en était occupé déjà : il avait examiné la portée des édits de Henri IV, qui avait ordonné cette réunion ' ; il hésitait à agir, quand la démarche du clergé le décida à s'unir h lui. La noblesse, saisie depuis le 24 janvier par Bouteville Montmorency d'une proposition qu'elle avait adoptée, se joignit tout d'une voix à la sollicitation du clergé, et les trois ordres portèrent leur requête au roi *. Richelieu insista sur ce point dans sa harangue "; deux ans après, rassemblée du clergé (1617) étant revenue à la charge, le roi ordonna le rétablissement de la religion catholique dans le Béarn et la restitution des biens du clergé ® ; enfin, en 1(520, la réunion de la Basse- Navarre et de la souveraineté de Béarn fut définitivement accomplie '.

Ainsi la pacification se faisait peu à peu, douze années de gouvernement sensé avaient fait entrer dans

1. Clergé, 138, 139, 140, 141, 142. L'article 140 est à noter, dans lequel le clergé invoque TÉdit de Nantes et les droits accordés aux protestants pour revendiquer les mêmes au profit des catholiques du Béarn.

2. Disc, de l'arch. d'Auch. 19 février 1615. Procès-verbal du clergé.

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