‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 19 sur 208 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

au point de paralyser absolument les transports de cabotage : aussi le tiers état réclamait-il des lettres de marque qui permissent d'armer des navires en course et d'exercer sur les marchandises de telle ou telle nation les représailles qui constituaient seules une sorte de répression indirecte (T. 272).

Quoique Texamen des cahiers de 1588 ait pu nous offrir sur toutes les questions les lacunes d'une rédaction précipitée et inattentive, néanmoins, en présence de la brièveté des articles consacrés au commerce, nous n'hésitons pas à conclure qu'il déclinait rapidement. L'étude des premières années du règne de Henri IV ne nous révélerait pas sa situalion désespérée, que les cahiers de 1588 suffiraient à nous prouver combien la force et la vie, si remarquables dix ans auparavant, s'étaient éloignées de l'industrie nationale. Un découragement général s'était répandu sur la France : marchands et manufacturiers en étaient également atteints. Les deux sources de notre prospérité nationale étaient taries. C'est au règne qui sut restaurer toutes les forces et toutes les richesses qu'appartient leur double résurrection.

Sommaire. — Rapports des nobles avec le roi : Usurpations de noblesse, p. 58. — Charges publiques souhaitées par la noblesse, p. 59. — Gouverneurs, p. 60. — Services militaires, p. 61.

Rapports des seigneurs avec leurs vassaux: droits seigneuriaux, p. 61. — Droit de résistance, p. 61. — Violence des seigneurs, p. 62.

La noblesse n'apporta pas aux États de 1588 des îdées différentes de celles qui l'animaient aux premiers États de Blois. Seulement les passions étaient plus vives : l'esprit de la Ligue soufflait sur les députés et donnait à tous les sentiments cette surexcitation passagère qui est l'effet inévitable des révolutions.

Nous allons examiner les vœux des trois ordres en nous occupant successivement des rapports des nobles avec le roi et avec leurs vassaux.

Rapports des nobles avec le roi — La noblesse et le clergé demandaient également la confirmation de tous les anciens privilèges nobiliaires *.

Les usurpations de noblesse soulevaient toujours les doléances des trois ordres. Le tiers, mécontent de voir que cet abus diminuait le nombre des taillables, réclamait la déchéance des acquéreurs de noblesse, et le remboursement par le trésor du prix

L N. iiO, 188. C. 127.

payé au roi, déduction faite du montant des tailles que les bourgeois avaient ainsi réussi à ne pas payer (T. 196). Dans un autre sens, la noblesse se montrait aussi sévère. Non seulement elle n'admettait pas qu'un office piU anoblir un roturier (N. 14o), mais elle repoussait en masse tous les titres créés depuis la mort de Henri II, concédant aux nobles le droit de les porter, mais non de les transmettre à leurs descendants (N. 152). Les roturiers qui avaient reçu la noblesse h la suite d'actions d'éclat ne devaient prendre rang parmi les gentilshommes qu'après des alliances successives avec des femmes nobles, qui auraient pendant trois générations relevé leur race (N. 144). Pour maintenir ces règles, la noblesse voulait instituer un syndic élu dans chaque bailliage, et chargé de tenir un registre exact de tous les gentilshommes du pays (N. 142).

Le droit exclusif de porter sur eux des armes (N. 147) et de construire des ponts-levis (N. 148), le règlement exact des préséances, enfin TafFranchissement des impôts indirects (N. 141) complètent la liste des privilèges que réclamait le cahier.

Loin d'apaiser la vanité des gentilshommes, les ardeurs démocratiques de la Ligue, en excitant toutes les passions, semblent avoir rallumé dans le cœur des nobles le dédain et l'esprit de caste.

Cependant les gentilshommes, qui méprisaient tout ce qui ne venait point d'eux, faisaient céder ce sentiment devant le désir ardent d'occuper de grandes charges dans l'État.

Les doléances nous offrent la longue énumération de leurs ambitions. Us voulaient d'abord se réserver toutes les places de capitaine (N. 157), puis être mis à la tête de tous les bailliages (N. 1G5). Comme le^ fonctions de bailli étaient peu à peu devenues ^^si

sivement militaires et que cette transformation en réduisait l'importance, le cahier réclamait la restitution aux baillis de l'autorité judiciaire au préjudice des lieutenants de bailliage, dont, à écouter les nobles, le pouvoir aurait constitué un abus (N. 165, 167, 168). S'élevant toujours dans la hiérarchie administrative, les gentilshommes entendaient retenir pour eux seuls les fonctions de gouverneurs de province (N. 156). Enfin ilsallaient jusqu'à reprocher au roi de donner aux princes du sang des charges qui étaient jadis l'apanage des gentilshommes (N. 150).

Ils craignaient si vivement de voir diminuer le nombre des fonctions qui pouvaient servir de récompense à leur zèle, qu'ils s'unissaient au tiers pour blâmer le cumul des charges (T. 191 ; N. 151), repousser les étrangers (N. 149), et s'élever ainsi que lui contre la vénalité des offices (N. 158, 159; T. 192). Appliquant enfin aux charges qu'ils ambitionnaient une règle qui devait être le propre de la magistrature, ils réclamaient l'inamovibilité des gouverneurs et des capitaines (N. 160).

Le clergé s'inquiète, comme en 1576, du pouvoir excessif que s'arrogent les gouverneurs quand ils sont de trop bonne maison. Investis d'une puissance considérable, les chefs de province, imprégnés des mœurs despotiques du pouvoir féodal, oubliaient trop fréquemment les limites de leur autorité. Les ecclésiastiques, qui avaient eu k souffrir de ces excès, s'en plaignaient vivement (C. 132).

Le tiers ne parle pas de cet abus, mais il se préoccupe de l'inaction des gentilshommes, moins dans l'intérêt général du royaume que par le désir de les voir racheter le privilège exorbitant de l'exemption de l'impôt par un service assidu dans l'armée pendant toute Ja période active de leur vie. Lo tiers état,

noblesse: 01

qui tenaille service militaire pour la plus rude charge, aurait voulu que la noblesse s'y consacrât de plus en plus, espérant ainsi Técarter des fonctions civiles où se rencontrait leur commune ambition (T. 202).

Bapports des seigneurs avec leurs vassaux, — Aux premiers États de Blois, laccusation dirigée contre la noblesse avait été terrible ; on sait quelle passion animait alors les rédacteurs du cahier du tiers état. En 1388, leurs doléances manquent d'énergie. Par une singulière interversion de rôles, c'est dans le cahier des ordres privilégiés que nous trouvons sur ce sujet le plus de lumière.

Le tiers proteste dans un article fort court contre les accroissements de charges féodales (T. 193). Le clergé se montre bien plus vif et attaque directement les corvées, en réclamant une revision exacte des droits de chacun (G. 137). Quant aux nobles, ils demandent de nouveau qu'il leur soit permis, à défaut de titre, de prouver par leurs livres de compte Texistence et la perception régulière du droit (N. 182).

On se souvient qu'en 1576 le tiers avait insisté afin d'obtenir la faculté de résister par la force contre les entreprises violentes des seigneurs ou le pillage des gens de guerre *. Cette garantie avait été de tout temps le principal objet de son ambition. Quoique la royauté préférât l'action régulière de la justice, elle s'était laissée aller à tolérer ce droit populaire. La noblesse s'fidarmait de voir les masses mises en mouvement. « Les communes du plat pays, disait-elle, ont depuis quelque temps pris les armes, pour résister à l'insolence très dure et insupportable des gens de guerre ; toutefois, hors que le sujet de soi soit très juste, il seroit très périlleux d'attendre que la force

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