Voyez plus haut, t. III, p
du peuple prît plus grand accroissement, étant le seul moyen d'entrer en démocratie et gouvernement populaire et partant ruine de l'État ». (N. 180). Ainsi les seigneurs prévoyaient que les paysans pourraient un jour tourner contre eux leurs efforts.
La noblesse, qui comptait dans ses rangs beaucoup de nouveaux convertis, s'élevait avec force contre les passions des seigneurs catholiques poursuivant l'hérésie chez ceux même qui en avaient abjuré les doctrines, A cette occasion, elle révélait à la charge de quelques châtelains des faits absolument semblables à ceux qu'alléguaient onze ans auparavant les députés du tiers. « Il y a plusieurs gentilshommes, disait la noblesse, gens de guerre et autres en votre royaume, lesquels, sous prétexte de religion catholique, volent, pillent et rançonnent ceux qui ont eu par le passé quelque sentiment de la nouvelle opinion, encore qu'ils soient réduits à la religion catholique, apostolique et romaine, et fait abjuration d'hérésie par devant leurs évoques, continuant ordinairement la vraie profession d'icelle, les prennent et emmènent en leurs maisons privées et exposent iceux à la gêne, griefs et cruels tourments, même de bottines de bois, grésillons et autres espèces de questions, leur déniant le boire et le manger accoutumé, le tout pour tirer d'eux plus grande rançon; volent, pillent et dépeuplent leurs métairies de grains, fruits et bestial, contraignent par ce moyen plusieurs personnes à se tenir cachées et recluses pour crainte qu'elles ont de tomber en leurs mains, qui est directement contrevenir à votre édit d'union. » (N. 178.)
Après un tel récit, qui prend dans la bouche des députés de la noblesse l'importance d'un aveu, est-il permis de révoquer en doute les assertions si graves Tue nous avons eu naguère occasion de rapporter?
Sans doute, tous les nobles ne se conduisaient pas ainsi, tous ne vivaient pas comme des pillards et des brigands ; mais, à la faveur des troubles civils, il est évident que plusieurs avaient embrassé une vie aventureuse : ils ne faisaient pas précisément la guerre, mais ils étaient loin de vivre en repos, et le plus souvent le goût des armes les poussait à des expéditions d'où ils rapportaient plus de butin que de gloire.
En résumé, à en croire le tableau tracé par les États de 1588, la noblesse vivait dans un état de demi-anarchie qui appelait une répression. Deux voies étaient ouvertes pour arriver à discipliner leur indomptable orgueil : flatter leur amour-propre ou se montrer d'une sévérité inflexible. Henri IV recourut à ce double moyen : il fît appel à Thonneur et à l'ambition des gentilshommes, et parvint à rallier le plus grand nombre autour de lui, puis, quand il se vit impuissant à séduire ou à dominer les plus indépendants, il montra, par un terrible exemple, qu'il était déterminé à vaincre toutes les résistances.