Economies royales, chap. clxxxvi
4. Histoire de Henri IV, t. III, p. 109. M. Poirson expli< qu'après la guerre de Savoie le même désarmement eut Ij Un calcul fort simple permettrait de prouver que, sans effort de raison, les finances si florissantes de Henri IV euss
été, à fin du règne, dans le plus vu^uxqlvs ctat.
l»a suppression des offices vint aussi, comme l'avaient tant de fois souhaité les États Généraux, réaliser des économies importantes.
Du même coup les dépenses étaient réduites, les revenus augmentés sans nouveaux impôts, l'administration améliorée, et la popularité du roi se trouvait accrue dans la même proportion que les ressources publiques.
Tant de réformes partielles ne suffisaient pas au génie de Henri IV. Il rêvait une plus complète transformation de rimpôt. En finances, comme en politique, il méditait un « grand dessein ». Il voulait racheter entièrement le domaine et fonder sur cette base solide un dégrèvement de la taille qui eût renouvelé là France en doublant sa prospérité. C'était l'espérance tant de fois manifestée par les députés, mais qu'aucun souverain n'avait sérieusement essayé de réaliser. Une telle entreprise était bien autrement difficile que l'extinction des rentes. Quand Sully prit la direction des finances, il l'aborda avec cette sagesse tout à la fois résolue et prudente qui était le propre de son esprit.
Parmi les possesseurs du domaine, il y avait deux classes : les usurpateurs et les acquéreurs de bonne foi. Les premiers furent aussitôt expulsés, mais visà-vis des seconds il fallait agir par des voies plus régulières : comme la plupart avaient achelé à des prix inférieurs à la valeur, Henri IV décida qu'en les désintéressant * le trésor pourrait exercer contre eux un droit de retrait. En 1598, l'argent manquait au roi; mais, une compagnie s'étant offerte, Sully lui trans-
1. CEconomies royales ^ chap. cxxxvii, cl. — Lettres du roi (mai 1601). Œconomies royales^ chap. clxvi, clxvii. — M. Poirson estime à 35 millions le domaine repris par le roi et à 45 millions celui qui devait rentrer plus tard.
fera le droit de retrait, sous la condition qu'après une jouissance de seize ans, suffisante pour la désintéresser, elle rendrait au roi le domaine quitte et franc de toute obligation.
Ainsi, pendant toute la durée de ses admirables réformes qui s'étendent de 1598 à 1610, au delà de toutes les économies et de toutes les améliorations de détail que nous venons de rapporter, Henri IV et Sully entrevoyaient le retour à l'État d'une somme considérable permettant h la royauté de décharger la nation et de l'enrichir en lui abandonnant une part importante de la taille. L'irréparable malheur qui brisa toutes ces espérances laissait la France dans la situation la plus prospère qu'elle eût jamais connue. Les dépenses réduites, les produits accrus, la dette diminuée des deux tiers, l'épargne du roi contenant une somme de 43 millions disponibles, c'est-à-dire près de deux années de recettes, tel était l'ensemble d'une situation qui faisait de la France, en 1610, la première puissance financière de l'Europe.
Quelles auraient pu être les doléances d'une assemblée d'Etats Généraux, si elle eût été convoquée à cette époque? Hors les plaintes qu'auraient certainement soulevées le principe de la taille, les gabelles et le système des douanes intérieures qui gênaient le commerce, leur silence eût démontré l'honnêteté d'une administration que le roi et son ministre s'appliquaient incessamment h perfectionner. On n'aurait pu trouver ni ces désordres sans nombre, ni cette absence de contnMe qui rendaient tous les abus possibles en 1576 et en 1588.
Les vœux des États étaient exaucés : les réformes demandées depuis cinquante ans étaient entrées dans les ha])itudes linancières, grâce à l'intégrité dont le surintendant faisait la première vertu des tréso-
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T^ers. Le contraste d'un peuple misrrable et ruiné, io\ize ans auparavant, avec une nation riche et prospère, n'aurait jamais été plus frappant, et Henri IV aurait reçu de son vivant la vraie récompense des inonarques sages, la reconnaissance de ses sujets. Mais les hommes savent rarement apprécîier les biens qu'ils possèdent : il faut qu'ils en soient privés pour en connaître la valeur. L'histoire s'est chargée après la mort de Henri IV d'apprendre à la France ce qu'elle avait perdu : jamais leçon ne fut plus rapide et plus impitoyable. Nous avons vu les ressources que Henri IV était parvenu h créer : l'état des finances en 1G14 nous montrera plus que toute autre matière ce qu'un mauvais gouvernement peut gâter en quatre ans.
Industrie. ET commerce.
La guerre civile qui désolait depuis tant d'années la France avait eu sur la prospérité commerciale le plus déplorable effet. Du régne de Charles IX jusqu'à l'entrée de Henri IV à Paris, la décadence du commerce et de l'industrie avait été de jour en jour accélérée par les désordres d'une situation politique de plus en plus alarmante. L'industrie française étant ruinée, nos frontières avaient été forcées de s'ouvrir à l'importation des produits étrangers : jusqu'aux vêtements du peuple, tout venait de Flandre ou d'Angleterre.
A côté de l'extrême misère, un faste insensé formait le contraste le plus révoltant : les manufactures d'étoffes de luxe, incapables de lutter contre une concurrence étrangère que la mode attirait, avaient peu h peu disparu, de sorte que les dépenses des classe?
riches, loin de donner un légitime essor au commerce national, ajoutait à tous ces maux l'exportation des métaux précieux et l'élévation des prix qui en étail la conséquence.
Il en résultait que les objets de première nécessité aussi bien que les tissus les plus chers étaient achetés à l'étranger, pendant que des milliers d'ouvriers attendaient, dans la détresse, devant le métier au repos e! le champ en friche, la reprise des travaux qui rendraient le pain à leurs enfants et la joie à leur foyer.
Voilà la situation de la France, telle que les mémoires et les écrits du temps nous la représentent en 1596. Henri IV en était très vivement préoccupé. Non seulement il avait constaté par ses propres yeux l'état des villes manufacturières, mais il avait reçu des mémoires du plus grand intérêt sur l'état de notre industrie nationale *. Aucune question n'intéressait plus directement la prospérité du royaume : on ne devait pas craindre de la soumettre aux représentants les plus éclairés du pays. Aussi le roi n'hésita-t-il pas à soulever un débat public, en saisissant l'assemblée de la question et en lui transmettant tous les documents qu'il avait reçus sur cette matière ^.
Le plus intéressant de ces mémoires était sans contredit celui de Barthélémy LafTemas; aussi est-ce le seul qui mérite de nous arrêter un instant. Il pro-
1. Laffemas, qui devint contrôleur général du commerce, avait soumis en 1596 à Henri IV un mémoire des plus curieux, intitulé : Règlement pour dresser les manufactures en ce royaume. Paris, G. de Monstrœil, 1597.
2. Au bas des écrits qu'avaient adressés au roi plusieurs bons citoyens se trouve la mention suivante : « Renvoyé aux dits sieurs de rassemblée, pour voir à juger de l'utilité qui peut provenir dudict reiglement, et en donner advis à Sa Majesté, afin d'en ordonner ce qu'il verra estre à faire par raison. Fait à Rouen le l?® jour de janvier mil-cinq-cent-nonante-sept. »