COMPOSITION DE L'ASSEMBLÉE
âu contraire, siégeaient plusieurs prélats d'un grand roérite : les cardinaux de Joyeuse * et du Perron *, l'évêque de Belley, Camus, que son éloquence et sa liaison avec saint François de Sales ont rendu célèbre, étaient au nombre des députés; parmi les évéques, se tenait dans Tombre, inconnu de la foule, un jeune prélat dont le nom devait être un des plus grands du XYii'î siècle : le clergé du Poitou avait député aux États Généraux Richelieu, alors évêque de Luçon.
Le 2 octobre, le roi avait tenu au parlement un lit de justice dans lequel il avait été déclaré majeur ^. La reine lui avait remis solennellement l'exercice de l'autorité souveraine, et l'enfant de quatorze ans lui avait répondu en la priant « de continuer l'administration de ses affaires » .
Peu de jours après cette cérémonie, qui, loin de diminuer la puissance de Marie de Médicis, n'avait fait que l'accroître, on publia à son de trompe dans les rués de Paris que Sa Majesté entendait faire l'ouverture des États le 20 octobre, mais qu'en attendant les députés eussent h se réunir tous le 14, au couvent des Augustins, où le clergé siégerait dans la suite de la session, pendant que la noblesse irait aux Cordeliers et le tiers état à l'hôtel de ville *.
1. François de Joyeuse était le frère du favori de Henri 111. Nommé à vingt ans archevêque de Narbonne, il mourut en 1615.
2. Jacques Davy du Perron ou Dupcrron, né en 1556, fils d'un ministre protestant, abjura en 1576, devint un des plus savants controversistes et fut fait cardinal en 1600.
3. II venait d'atteindre sa quatorzième année le 28 septembre.
4. Depuis 1605, les assemblées du clergé se tenaient dans une des vastes salles du couvent des Augustins, où le clergé avait ses archives et ses registres. Le couvent des Augustins était situé au milieu du quai des Grands-Augustins. Les Cordeliers étaient dans la rue de l'École-de-Médecine, qui s'appe* lait alors la rue des Cordeliers, On voit qu'a^e^t \^ ^\^\.^wç.^
Cette séparation des trois ordres mettait obstacle aux fréquentes communications qui devaient s'établir entre eux. Les députés s'en inquiétèrent et prièrent le roi de les réunir tous au couvent des Augustins, où en effet trois salles particulières furent préparées.
C'est là que se passèrent les premiers débats intérieurs qui mirent aux prises dans le sein du tiers les rivalités des provinces et de Paris. La nomination du président, celle des greffiers, la forme des votes soulevèrent autant de discussions irritantes qui aigrirent les députés et les détournèrent de soins plus importants.
Le clergé choisit comme président le cardinal de Joyeuse, la noblesse le baron de Senecey, de la maison de Bauffremont, fils de celui qui avait présidé la noblesse en 1576, et le tiers état, Robert Miron, prévôt des marchands de Paris *.
La première semaine écoulée, commencèrent les visites des ordres entre eux. Le choix de chaque députation donnait lieu à un vote : on désignait un orateur chargé de présenter les compliments de la chambre qu'il représentait, puis on fixait avec le soin le plus minutieux l'étiquette des réceptions : tout était réglé d'avance, l'entrée et la sortie des députés. Au milieu de ces discussions futiles, il était déjà facile de deviner que les membres du tiers état étaient loin d'avoir la vigueur généreuse de leurs devanciers. La première question qui mit en présence les prétentions rivales du pouvoir et des États, fut résolue dans le sens contraire à la tradition léguée par les États de
qui séparait ces deux couvents de l'hôtel de ville, les rapports entre les ordres, déjà si difficiles, se fussent encore compliqués. 1. Il ne faut pas confondre Robert Miron avec son frère, François Miron, le prévôt des marchands sous Henri IV, qui s'occupa sous ce prince des embellissements de Paris.
SÉANCE ROYALE, 27 OCTOBBE 181
Bloîs. On décida que la vérification des élections contestées serait portée devant le conseil du roi *, tandis qu'aux dernières assemblées les députés avaient énergiquement revendiqué cette compétence. Malgré une décision dont le seul avantage eût été d'assurer aux députés plus de temps pour la préparation des cahiers, il est certain que les débats de préséance absorbèrent complètement l'assemblée jusqu'à Touverture solennelle.
La veille de la séance royale, une grande procession eut lieu à Notre-Dame, à laquelle prirent part les trois ordres, ainsi que toute la cour. Le lundi 27 octobre, le clergé, la noblesse et le tiers état se réunirent à midi au Louvre, dans la grande salle de Bourbon. Cette solennité avait attiré une foule considérable, qui se pressait dans les « loges » et dans le « parterre » comme pour avoir « le divertissement de la comédie ». La salle était envahie longtemps avant l'arrivée des députés. Ils y entrèrent eux-mêmes sans ordre ' : il semblait que rien n'eût été réglé d'avance ; la place occupée par les conseillers d'État excita de tels murmures qu'il fallut les faire retirer. Le jeune prince ne prononça que quelques mots, laissant la parole au chancelier de Sillery ^, qui fit un très long discours pour expliquer les motifs de la convocation des États. Les trois ordres remercièrent ensuite le roi *.
1. Procès-verbal du tiers, séance du 24 octobre 1614. Dans la séance du 4 novembre, cette question fut débattue de nouveau^ et il fut décidé que les contestants auraient le choix entre les deux compétences.
2. Relation de FI. Rapine. Il ajoute que la plupart des députés disaient que la France étoit incapable d* ordre» — Étais Généraux, t. XVI, p. 99.
3. Nicolas Bruslart, marquis de Sillery, né en 1544, chancelier en 1607, mort en 1624.
4. Les assistants s'attendaient à voir Coudé demander la parole « pour se décharger devant tout le monde de la part qu'^*
I8â ÉTATS DE PARIS, 1614
Ces diverses harangues ne méritent pas d'être analysées; nous ne devons nous arrêter qu'à un seul incident, parce qu'il est Tindicc des petitesses qui allaient faire avorter la session.
Quand vint le tour de la noblesse, le baron du Pont Saint-Pierre, qui portait la parole en son nom, attaqua vivement le tiers état, disant que ses membres « s'en faisoient accroire, sous couleur de quelques charges », mais que « le roi reconnaîtroit quelle différence il y avoit entre les deux ordres ». Le tiers, déjà humilié de voir son orateur parler à genoux tandis que les autres s'exprimaient debout, le fut plus encore en entendant un membre de la noblesse faire ressortir ce contraste. C'est en relevant aigrement ces paroles blessantes que le tiers se préparait à la lutte qui fit à la fois l'intérêt et la stérilité des États Généraux.
Dès le début des travaux des députés, il fut aisé de voir que les rancunes prendraient le pas sur l'amour désintéressé du bien public. Le clergé proposa, avant de commencer la rédaction des cahiers de chaque ordre, de dresser des articles généraux sur les doléances communes à tous les députés. On présenterait ainsi un faisceau de remontrances qui auraient par leur réunion même une plus grande force : le conseil d'État pourrait en commencer sans retard l'examen, et les députés, sans interrompre la rédaction des cahiers particuliers, emploieraient toute leur influence pour arracher au roi des réformes qu'ils
avait prise aux derniers troubles » (Rapine). Il avait préparé un discours dont le manuscrit autographe existe encore (Archives de Condé). 11 se proposait de faire une vive critique du gouvernement de la Régente, mais les dispositions des députés l'arrêtent : Condé « ne parla en raison quelconque ». (Rapine). Histoire des princes de Condé parJM. le duc d'Aumale, t. III, p. 34.