Procès-verbal du liera, ^% noN^mYiTfe
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niajeur qu'il avait au succès de sos demandes : après quelques difficultés, la cour admit cette dérogation, et pour la première fois on vit le clergé et la noblesse accepter dans une réunion commune une inégalité ^ui était tout au profit du troisième ordre.
Les députés assistèrent au conseil le jeudi 4 décembre. Ils y apprirent que le roi était déjà résolu à leur accorder la surséance du droit annuel et la suppression du quart des pensions. « Quant à la taille, disait le président Jeannin, il n*y avoit apparence d*en demander le retranchement : autrement le roi n'auroit moyen de supporter les charges de son royaume, ni vivre. » Hors la réduction des tailles, le clergé et la noblesse elle-même avaient appuyé toutes hîs demandes du tiers état *.
Cette attitude avança plus la réconciliation des deux ordres que n'auraient pu le faire les plus habiles efforts. Le tiers, tout entier à la joie de son succès, trouva l'occasion excellente pour tenter un rapprochement. Évitant de communiquer ses projets au clergé, il décida, séance tenante, qu'il enverrait une députation à la noblesse pour la remercier « sans parler aucunement du passé » et la prier de se joindre à ses efforts pour l'avenir afin d'obtenir la révocation définitive des commissions extraordinaires. La députation fut accueillie par les plus vives démonstrations, et la noblesse promit de marcher d'accord avec le tiers. Ainsi se termina un différend dont les détails importeraient peu à l'histoire, s'il ne se rattachait, par l'esprit qui anima les deux adversaires, aux (juestions destinées h bouleverser la France : nous pouvons mesurer, à travers cette (juerelle, le degré d'humiliation du tiers état et les audacieuses vanités qui
\, Procès-verbal do la noblesse, 4 décembre après midi.
devaient fatalement l'entretenir. Enfin nous voyons, en face du vieil orgueil nobiliaire, se dresser l'orgueil plébéien qui était né dans le sein des parlements et des villes, s'était développé avec le sentiment de la supériorité intellectuelle et dont le but devait être Tégalité des droits *.
La noblesse, qui s'occupait depuis quelques jours de la création d'une chambre de justice, voulut inaugurer la reprise de ses rapports avec le tiers état en l'associant à la démarche qu'elle projetait. Le 5 décembre, les députés de la noblesse se rendirent dans la chambre du tiers et développèrent leur proposition. Les trois ordres s'entendirent pour nommer une commission mixte de trente-six membres, chargée de l'étudier. Dès le 6 décembre, cette commission tint sa première séance : il s'agissait de renouveler ce qui avait été tenté aux derniers États de Blois, en obtenant du roi la formation d'une juridiction temporaire tirée du sein des États et destinée à faire rendre gorge aux financiers enrichis. On estimait que de cette recherche il pourrait bien revenir douze millions de livres aux coffres du roi. Malgré une assez vive opposition ^, le tiers état donna son adhésion à ce projet : le clergé s'y étant rallié, on se trouva d'accord on principe. Il restait à délibérer sur les conditions d'exécution et notamment sur la composition de la chambre de justice. La noblesse proposait ({ue les juges fussent choisis parmi les députés des trois ordres. Les gens de finance de l'assemblée se montrèrent fort émus de ce projet. C'était transformer les accusateurs en juges, prolonger au delà
1. Voir ce que dit sur ce sujet Augustin Thierry, Histoire du tiers état. in-S», page 443.
2. Voir les motifs donnés par la minorité : Procès-verbal du i'icrSf 10 décembre, matin, V3*' séance.
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de son terme le mandat des députés et confondre tous les pouvoirs; mais ces objections cédèrent devant le désir d'un accord et la secrète espérance des intéressés convaincus cjue « la requête ne seroit pas accordée * ». Ainsi les trois ordres se trouvaient unanimes sur cette question. (13 décembre.)
Au même moment, la réduction des tailles inquiétait bien plus vivement les députés du tiers. C'était le caractère particulier et trop souvent l'écueil de ces trois chambres de s'intéresser à des questions différentes qu'elles discutaient séparément à leur point de vue spécial, de sorte que chaque assemblée voyait naître des propositions qu'elle entourait de ses prédilections, tandis qu'une autre affaire passionnait la chambre voisine. Nous en trouvons ici un frappant exemple. Pendant que la noblesse multipliait les députations pour défendre la chambre de justice, le tiers état ne songeait qu'à obtenir une décharge sur les tailles. Il fit si bien, qu'il réunit le premier l'assentiment des autres ordres et se transporta le 14 au Louvre, afin de présenter pour la seconde fois au roi la requête dont le président Jeannin avait annoncé le rejet dix jours auparavant.
La députation fut reçue par la reine mère et le roi, en présence du conseil. Au discours du lieutenant général de Saintes ^, exposant la misère du peuple et la nécessité de revenir aux taux des tailles perçues en 1576, la reine répondit froidement que le roi donnerait pleine satisfaction aux vœux des cahiers et qu'il soulagerait le peuple, mais elle évita d'aborder le point précis dont il s'agissait.
Le tiers état attendait avec impatience l'effet du