‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 82 sur 208 · Procès-verbal du tiers, 13 décembre, 46e séance · texte numérisé non relu

Procès-verbal du tiers, 13 décembre, 46e séance

2. Raymond de Montaig-ne, lieutenant de la sénéchaussée de Saintonge.

discours de son député : il avait cru que son éloquence entraînerait la reine mère. On peut juger sur cette illusion de la déception qu'il ressentit. L'émotion fut telle que, sans vouloir écouter Miron, les députés décidèrent sur-le-champ qu'une nouvelle tentative serait faite la semaine suivante *. On résolut en attendant de pousser activement la rédaction des cahiers.

Cet énorme travail était fort peu avancé : les députés étaient assemblés depuis deux mois, et, malgré un grand nombre de séances, les provinces venaient seulement de clore leurs compilations respectives (13 décembre) : il restait encore à réduire en un faisceau les douze cahiers que les gouvernements avaient dressés. C'est à cette dernière fusion qu'étaient renvoyées les solutions les plus délicates et en général toutes les questions débattues. Il avait été convenu que cette rédaction définitive serait commencée le 15 décembre, et on avait fixé d'avance les formes de cette difficile opération. On devait donner lecture du cahier de l'Ile-de-France et chaque article devait être successivement comparé aux articles analogues des autres cahiers, corrigé, discuté et mis aux voix.

Dès la première séance, on vit se soulever une querelle bien plus grave qu'aucun des débats d'amourpropre dont nous avons précédemment parlé. H s'agissait de l'indépendance de la couronne vis-à-vis du saint-siège. 11 n'était plus question du froissement des intérêts ou des vanités, mais des limites respectives de la puissance spirituelle et du pouvoir royal. L'esprit qui avait conduit et dominé les guerres religieuses, l'excommunication d'un roi, son retour ù l'Église si intimement lié à la soumission du royaume,

i. Procès-verbal du tiers, \o décembre.

sa mort que Tindignation populaire voulait attribuer aux plus sombres machinations du fanatisme, tels étaient les souvenirs qui irritaient les contemporains en leur faisant voir dans les maux dont ils souffraient l'effet de doctrines venues de Rome. Ils ne voulaient à aucun prix qu'en dehors des frontières un pouvoir quelconque pût influer sur les affaires intérieures du royaume, et c'est au nom de l'indépendance nationale qu'ils s'apprêtaient à affirmer de nouveau les principes que trois cent douze ans auparavant d'autres États Généraux avaient proclamés. Ce n'est pas ici le lieu de distinguer ce qui appartenait aux passions politiques ou religieuses et ce qui était réfléchi dans le sentiment qui entraînait le tiers état. Nous aurons occasion d'examiner plus loin ce grave problème *. Mais revenons au dépouillement des cahiers : lorsqu'on commença à lire celui de l'Ile-de-France, le premier article frappa vivement les députés, et on proposa de l'insérer en tête du cahier général comme loi fondamentale du royaume, afin de condamner la' double doctrine du régicide et de la déposition des rois par le pape '. Cet article proclamait l'affranchissement de l'État vis-à-vis de l'Eglise. C'était la formule la plus nette qu'eût produite la réaction de la société civile contre les grandes tentatives du moyen âge. Le mouvement qui l'avait inspiré était tout à fait général. A côté de la rédaction proposée par Tlle-de- Prance, nous retrouvons les différents articles des onze autres provinces qui éclairent du jour le plus vif la pensée des députés et prouvent que dans toutes les parties de la France, avec des nuances plus ou moins accusées, le même courant emportait les esprits vers

d. Voir plus loin, Affaires ecclésiastiques^ p. 36G, où sont exposés les antécédents de la question.

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