Procès-verbal du clergé, \^\aT\N\w
^endant que ce langage causait une vive satisfaca au clergé, dont les intérêts et l' amour-propre dent également flattés, et que les prélats envoyaient tous côtés des députations pour remercier ceux qui aient contribué à leur succès, le tiers état, naguère confiant, commençait à s'alarmer : sans savoir exacment ce qui avait été décidé, il se détermina à ne )int sortir d'une prudente réserve et à se maintenir r la défensive. Cependant la reine ayant demandé )mmuniication de l'article, les députés du tiers résoirent d'obtempérer k ce désir en arrêtant qu'au fragent du cahier l'on donnerait pour titre : « Extrait 3S registres de la chambre du tiers état ». Le 19, le roi fit mander le président Miron et les ouze présidents de bureaux. La reine, après les îmerciements dont elle avait toujours soin d'accabler !8 membres des États, leur déclara que l'article prêter était évoqué, et qu' « il n'étoit plus besoin de insérer au cahier », qu'on en déciderait d'ailleurs u contentement des députés. Elle ajouta « qu'elle ésiroit réponse de la compagnie dès le même )ur^».
Il n'y avait plus de doute, l'article du tiers était upprimé, la pensée des députés étouffée dans son erme. La chambre ne s'y trompa point, et son premier acte fut de remettre froidement au lendemain la éponse que la reine s'était montrée si empressée
obtenir.
Cet ajournement, loin de calmer l'irritation, l'aigrit ncore davantage : quand le président, ouvrant la ^libération, parla de la volonté royale, il fut vio- -mment interrompu par des murmures et des cris,
1. En réalité, il n'y avait pas lieu à réponse; mais Tusage ^it de répondre à toutes les communications royales, quelle «'en fût la nature.
parce qu'il prenait « pour volonté du roi la violence qui lui étoit faite par les poursuites des ecclésiastî ^ ques ». Comme dans toutes les précédentes diseur -^ sions, deux courants se manifestèrent dans rassem. -^ blée : les uns, pénétrés de la dignité des État^voyaient dans ce coup d'autorité une atteinte à leu pouvoir; les autres répétaient que l'article n'étal ^ point supprimé, que le roi en avait simplement hât la remise et que le devoir des députés était de presse la réalisation d'un vœu si important. L'ardeur de
convictions était telle, qu'on eut toutes les peines di ^
monde h clore la discussion et h réunir les député dans leurs bureaux. Quand la séance générale fu reprise, les présidents firent successivement connaitr l'opinion de leurs gouvernements. L'Ile-de-France la Bourgogne avaient voté le maintien de l'article mais la Normandie, la Guyenne, la Bretagne, 1 Champagne, s'étaient soumises h l'ordre de la reino Les partisans de l'article comprirent alors qu'il allaient être battus et protestèrent contre la form adoptée pour recueillir les opinions.
Le vote par bailliage ou par tête eût seul exprim exactement l'opinion de l'assemblée. Quoique comf^ " tant un nombre de députés absolument différent ' tons les gouvernements avaient une égale influenc ^^ sur la décision. Or les uns comprenaient quarant-- -^ bailliages, comme la Bourgogne; les autres, comme L -^ Provence, ne comptaient que quatre députés. Con:^' ment ces provinces pouvaient-elles peser du mên^ ^ poids sur le résultat du vote? Les grandes provinceî=^? prévoyant qu'elles allaient être dominées par Id^s petites, interrompirent bruyamment la séance en pr^r>testant contre l'injustice de ce système. Le préside r^^ Miron parvint à grand'peine à rétablir l'ordre, et ^ faire achever le vote, qui donna la majorité aux gov-
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^ernements déterminés h obéir au roi, en lui faisant toutefois des remontrances *.
Les députés qui avaient protesté ne se tinrent pas pour battus : quand ils virent qu'ils formaient la majorilé réelle de l'assemblée, ils n'hésitèrent pas à proclamer que la minorité remportait contre toute raison, et ils demandèrent acte de leur opposition. Le tumulte croissait à tout instant. Pendant que cent vingt à cent quarante députés (le procès-verbal donne ce chiffre) se pressaient autour du grelïier pour faire inscrire leur déclaration, le président du tiers s'échappait avec quelques députés, afin de porter au Louvre la décision que son habileté venait d'enlever contre le gré du tiers état. Lorsqu'on s'aperçut du départ du président, qui n'avait pas môme attendu que l'assemblée lui eût donné la mission d'aller trouver le roi, on fît courir après lui pour lui dire qu'il serait désavoué, « mais il ne laissa de poursuivre son chemin * ».
L'assemblée était au comble du mécontentement, mais si les propositions étaient ardentes, il faut remarquer que presque jamais le parti violent ne l'emportait. C'est ce qui arriva encore une fois dans la soirée du 20 janvier. On voulait désavouer le président, en nommer un autre, maintenir l'article, puis, « quand la chaleur fut passée » (P.-V.), on réfléchit que, la démarche auprès du roi étant accomplie, il était bien difficile d'agir en un autre sens, et qu'il valait mieux trouver un expédient.
i. L'Ilc-dc-France, la Bourgogne, la Picardie et rOrléanais votèrent le maintien de l'article. La Normandie, la Guyenne, la Bretagne, la Champagne, le Dauphiné et la Provence résolurent d'obéir au roi. Le Lyonnais et le Languedoc se divisèrent par moitié et ne comptèrent pas. Sur les moyens employés par la cour pour pratiquer les États, voir le Journal inédit dArnauld dAndiily, p. 35.