‹ Histoire des États généraux (volume 3)Chapitre 96 sur 208 · IMF^ISSANCE DES ÉTATS · texte numérisé non relu

IMF^ISSANCE DES ÉTATS

fût soulevée par les députés dans l'intervalle entre la remise des cahiers et la réponse qui leur serait faite. Quant aux commissaires, elle promettait que leur choix serait si satisfaisant, qu'il devenait dès à présent tout à fait inutile de communiquer la liste du conseil. La chambre en était réduite à se contenter de ce langage, mais il n'était pas fait pour accroître ses espérances.

Chaque jour, les députés se sentaient plus inquiets : le rapport sur Tétat des finances avait fait connaître l'existence d'un déficit ^ Un incident acheva de mécontenter les membres du tiers : au début de la session, quand ils avaient sollicité la révocation des édits bursaux, la reine mère avait réclamé une exception en faveur de certaines trésoreries de l'épargne dont le roi l'avait gratifiée. En possession de ce singulier cadeau, la reine entra en pourparlers avec les trésoriers en exercice pour le rachat de ces charges. Cette indigne spéculation, conforme aux habitudes vénales de ce temps, trouva grâce devant le tiers état *. Le temps s'écoula sans qu'on entendît parler davantage de cette affaire : on apprit seulement que la reine avait cédé les offices au marquis d'Ancre, qui les avait vendus près de deux millions. Dans la lutte entre les gens de finance et les États sur l'affaire des commissions extraordinaires, la question reparut et on vint soutenir effrontément aux députés que, dans leur concession à la reine, ils avaient compris non

1. Procès- verbal du tiers, 10 février. Il y a peu de renseignements dans les procès-verbaux sur ce point. Le journal d*Ârnauld d'Andilly, donne au 10 janvier, des détails sur le déficit, qui s'élevait à un million d'or (page 31).

2. Procès-verbal du tiers, 12 novembre 1614. La reine expliqua u qu'elle destinoit ce profit à la maison qu'elle construisoit au faubourg Saint-Germain >> (palais du Luxembourg^ commencé la même année).

seulement les offices des trésoriers, mais l'augmentalion des tailles et toutes les charges nouvelles contre lesquelles s'évertuait l'impuissance du tiers état. La chambre protesta , mais que pouvait-elle faire du moment où elle n'osait pas s'affranchir du lien des supplications? Aussi son influence, comme sa dignité, déclinait-elle de semaine en semaine. En quelques jours le tiers eut à essuyer les vivacités du cardinal de Sourdis * et à subir les insolences du chancelier *. Les protestations, les démarches, les remontrances étaient les seules armes du tiers état, qui, malgré ses défauts, représentait plus exactement qu'aucun des autres ordres l'opinion de la France. C'est alors que naissaient dans l'esprit des députés ces sentiments de légitime tristesse que nous avons remarqués à la fin de chaque session. Ils étaient accablés par le douloureux contraste de leur profonde impuissance rapprochée de la place considérable qu'ils tenaient dans l'État par leurs charges, leur fortune, leur instruction et cette activité féconde dont le troisième ordre avait le privilège. Ils sentaient au fond de leur cœur, sans la concevoir nettement, cette pensée de la prépondérance du tiers état, pensée que deux siècles devaient mûrir et qui était appelée à devenir le mot d'ordre d'une révolution.

Au milieu de ce découragement, aucune proposition ne pouvait être accueillie : les derniers jours virent passer un grand nombre de projets dont l'accumulation devait empêcher l'examen. Les ordres privilégiés, reprenant à la dernière heure l'idée des articles généraux, voulurent que les trois chambres s'entendissent sur vingt questions dont ils réclame-

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