‹ Histoire des États généraux (volume 5)Chapitre 41 sur 124 · C. 169. N. 78. T. 141. Ord · texte numérisé non relu

C. 169. N. 78. T. 141. Ord

merie (N. 87) ; raugmentation du nombre des compagnies d'ordonnance (N. 85); et enfin Tobligation pour chacun de monter en grade de degré en degré (N. 101). Ce dernier vœu, qui avait pour tîause les faveurs extraordinaires que la cour prodiguait sans mesure, fut pleinement réalisé par Richelieu, qui interdit à l'avenir toute nomination par laquelle un officier franchirait deux grades à la fois.

Les notables, après avoir sollicité la suppression de la vénalité, demandèrent que les grades de lieutenants et d'enseignes ne fussent donnés qu'aux jeunes gens qui auraient fait au moins une année de service effectif sous les drapeaux (Notables, ibid,, p. 61).

Le grand obstacle à l'abolition de la vénalité des charges provenait de ia situation précaire des militaires atteints de blessures ou d'infirmités dont la seule ressource à la fin de leur carrière était la vente du grade qu'ils avaient conquis par leurs services. Les notables voulaient qu'ils reçussent moitié de leur paye (p. 61). L'ordonnance déclara qu'ils seraient pourvus < pour le reste de leur vie, moyennant quoy ils seront obligés de se démettre volontairement de leurs charges » entre les mains du roi (art. 231).

Déjà aux États de 1614, la situation des invalides avait vivement préoccupé la noblesse. < Les pauvres gentilshommes, disait-elle, soldats estropiés aux guerres pour le service du roy et manutention du royaulme qui sont les vrais pauvres de TEstat jouiront à perpétuité des dons, libéralités, droits et privilèges à eux concédés par le défunt roy Henri le Grand, nonobstant tous édicts, arrêts, déclarations et lettres à ce contraires, donnés après l'édit de juillet 1604. » (N. 418.)

Ce vœu avait donné lieu à d'activés démarches entre les ordres, la noblesse tenant à ce qu'il fût pré-

sente par T unanimité des députés *. Malgré les efforts des nobles auprès du roi, nous ne trouvons aucune décision conforme aux doléances.

En 1627, les « gentilshommes capitaines et soldats estropiez à la guerre » s'adressèrent directement à l'assemblée des notables et firent valoir l'abandon absolu des édits par lesquels Henri IV avait attribué le reliquat disponible de toutes les fondations pieuses à l'entretien des invalides. Les notables prirent en main leur cause et proposèrent la formation dans chaque parlement d'une commission de magistrats surveillant la distribution des secours. A Paris, siégerait un conseil composé des maréchaux, des ministres et de vieux gentilshommes *.

L'ordonnance de 1629 constitua le conseil supérieur et affecta une série de pensions « fixée, h cause de renchérissement des vivres, à la somme de cent livres par chacun an », si le militaire estropié n'acceptait pas un bénéfice de « religieux lai » dans un couvent (art. 219). Ce n'était là qu'une première satisfaction. La noblesse avait demandé en 1627, dans son cahier particulier, « qu'il plaise au roi instituer un ordre nouveau pour la pauvre noblesse, sous le nom et titre de Saint-Louis, qui consiste en chevaleries et commanderies... à prendre sur les bénéfices vacans... par forme de pension à vie... ce qui déchargera d'autant les finances ^ ». Richelieu se chargea six ans plus tard de réaliser ce vœu de la noblesse.

1. Procès-verbaux : noblesse, p. 158 et 191; clergé, p. 450, 461. Le tiers demanda que les places de religieux laïcs es monastères et abbayes fussent affectées aux pauvres gentilshommes, capitaines et estropiés. (T. 93.)

2. Assemblée des notables, supplique, p. 183. Proposition, p. 189.

3. Cahier de la noblesse, art. xvi. États Généraux, t. XVIII, p. 310.

L'éditde novembre 1633 institua « une communauté en ordre de chevalerie, sous le nom et titre de commanderie de Saint-Louis; où tous ceux qui feront voir par bonnes œuvres et attestations qu'ils ont été estropiés à la guerre pour le service du roi seront reçus et admis, pour y être nourris et entretenus le reste de leurs jours de toutes choses nécessaires à la vie * ». Le cardinal prit au sérieux la mission que lui confiait redit. Ce fut à Bicêtre que s'élevèrent en 1634 les bâtiments de la commanderie qui devait servir d'asile aux soldats blessés jusqu'à la fondation de l'hôtel des Invalides.

Le maréchal de Schomberg constatait que la plupart des désordres provenaient de l'acquittement irrégulier de la solde. Ce n'était pas là seulement une question de finances : il fallait régler la distribution des vivres, créer pour les payements en argent ou en nature une publicité qui servît de garantie, fixer le montant de la solde en argent, établir des retenues, organiser une comptabilité pour les avances; toutes ces difficultés furent résolues avec cette minutie qui était habituelle aux documents de cette époque *. Ce qui peut nous intéresser davantage, ce sont les mesures prises pour empêcher tout désordre quand les troupes arrivaient dans une garnison nouvelle. Le maréchal des logis doit s'entendre avec les maires et échevins; une liste des bourgeois aisés ayant été dressée par les officiers municipaux, ceux-ci convoquent les habitants et leur font prêter serment d'avertir les chefs quand le soldat quittera son logement. Cette formalité accomplie et les soldats ayant été introduits chez leurs hôtes, une inspection doit être

i, Ajiciennes lois françaises, l. XVI, p. 386. 2. .4**. des not., p. 52 à 55. Ord. 240 à 244.

faite char{ue semaine afin que les capitaines s'assarent de la présence des hommes et de leur bonne conduite ^ Le séjour chez les bourgeois paraissait être l'état normal des soldats en garnison ; nous ne voyons pas trace d*habitation en commun : une des recommandations qui nous le prouvent est le soin avec lequel on prescrit aux capitaines de loger leurs soldats dans le quartier qu'ils habitent '.

Les hôpitaux militaires n'existaient pas encore : ce sont les magistrats municipaux qui sont chargés de faire soigner les malades et les blessés. Les chefs de corps les leur confient en passant dans la ville ; les échevins, après les avoir fait entrer dans les hôpitaux civils, ont la mission de les diriger aussitôt qu'ils sont guéris vers leurs compagnies '. L'ordonnance admit l'ensemble de ce système pour les garnisons détachées et pour les troupes en marche, mais à la suite des armées, elle créa de véritables hôpitaux pour les blessés et les malades (Ord. 232).

A côté des chefs militaires, nous rencontrons les fonctionnaires civils chargés de pourvoir à Tentretien et h Taménagement matériel des régiments; le règlement soumis aux notables distingue absolument la mission de ces commissaires du commandement des troupes (p. 58), et l'ordonnance fixe l'étendue de leurs attributions (Ord. 47).

En résumé, la plupart des doléances que nous retrouvons dans les cahiers et tous les vœux exprimés dans les délibérations des notables provoquèrent des réformes de l'organisation militaire sous un ministre qui devait s'occuper de l'armée avec une si intelligente prédilection. Voyons maintenant ce

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