Journal de Masselin, p
mandat commun donné sans distinction par les électeurs à leurs trois élus * ?
D'ailleurs existe-t-il une preuve plus frappante de cette même origine que la conduite des trois ordres travaillant en commun durant toute la session, ne se séparant ni pour leurs discussions, ni pour la rédaction de leurs doléances, et donnant aux États Généraux qui devaient les suivre ce trop rare exemple de députés plus occupés de Fintérét public que de leurs querelles privées ?
Quelle émotion on ressent à la vue de ce spectacle d'union et de concorde quand on le compare aux États divisés du xvi« siècle ! Mais ce ne sont pas les assemblées qu'il faut accuser de cette fatale séparation des trois ordres. Le reproche atteint ailleurs et plus haut; les institutions ne sont que des formes qui recouvrent les nations; elles se modèlent à leur taille et peuvent être tenues pour l'indice et la mesure de l'esprit des hommes. Entre le règne si longtemps regretté de Louis XII, qui nous montre la paix sociale la plus profonde qu'ait connue l'ancien régime, et la mort de Henri II, il ne passe sur le trône que deux princes et tout est transformé. Opinion des classes, anxiétés du clergé, dédains distraits d'une noblesse affolée de plaisirs, colères sourdement amassées du tiers état, passions contraires de tous les partis, voilà le trouble profond des âmes que vont nous révéler les premières élections faites au xvi« siècle entre les menées des Guise, les intrigues de la reine mère et les ardeurs des partisans de la nouvelle religion contribuant tous à des degrés divers à la division des ordres.