PROGRÈS DE LA BOURGEOISIE
et recMMii'iil ;i l'avis des simples Jîourgeois, n'hésitant |ias à reconnaître, dans les préambules de ses cdits, (|u'il les avait consultés.
Ce grand prince a-t-il assemldé autour de lui les barons, les prélats et les gens des bonnes villes ? C'est là im fait historique dont nous n'avons pas retrouvé trace. Ce (pi'il importe de retenir, ce sont les deux faits ([ui ressortent de ce règne : en première ligne, l'importance que saint Louis donnait aux villes et la part d'influence qu'il était dis[)Osé à leur accorder dans le gouvernement; en second lieu, l'existence, avant la promulgation de chaque ordonnance, de discussions approfondies dans le conseil du roi, composé de barons et de juristes, auxquels se joignaient quelquefois, pour les affaires locales, des délégués des bonnes villes '.
Ainsi au xiii'' siècle, la délibération commune n'existait pas comme un droit, mais elle servait d'appui et de conseil; en ce sens, saint Louis contribua à préparer les éléments qui allaient former les Etats généraux.
La participation aux affaires politiques des hommes
1. Les ordonnances émanées de saint Louis contiennent des formules qui ne laissent aucun doute à ce sujet .• De assenstc baronum nostrorwn. Per concilium domini rer/is. Ordinatum fuit et imanimtier concordatum per totum concilium. — En 1263, saint Louis rendit une ordonnance dont le but était de prescrire pour les moj;inaies seigneuriales un type différent de celui en usage pour les monnaies royales. Le préambule de ce document démontre que cette mesure fut prise sur l'avis de bourgeois de Paris, de Provins, d'Orléans, de Laon et de Sens. Enfin des lettres rendues en juillet 12oi, après avoir accordé aux habitants de BLaucaire le droit d'exporter les vins et le blé, déclarent que s'il est nécessaire de suspendre ce privilège, le sénéchal ne pourra prendre spontanément aucune décision à ce sujet, mais qu'il devra congreyare concilium non suspectum, in quo sint aliqui de Prslatis, Baronibus, Militibus, et hominibus bonarum villarum. — Urd., XI, p. 330. — Beugnot, Inst.de saint Louis. — Ord., t. I, p. 181.
([iii n'élaieiit ni iinhlcs, ni clercs, devait être le dernier Icrnic de l'cilTranchissement des coinnuines. Dans toute l'Europe, avec des formes diverses, un fait analogue s'était produit : tandis que dans les pays le plus longtemps soumis à la domination romaine le régime municipal reprenait tout naturellement son empire, ailleurs la lutte empruntait au régime seigneurial ((uil s'agissait de modifier un caractère de violence belliqueuse. Ainsi, au midi, l'idéal était ces cités républicaines ([ui devaient préparer le morcellement de l'Italie ; au nord, on organisait fortement des remparts contre l'oppression féodale.
De cette profonde différence devaient naître l'organisation plus parfaite des municipalités méridionales et la vigueur plus rude des bourgeois de Flandre. (Juels que fussent les contrastes, ces progrés témoignent incontestablement du mouvement irrésistible ([ui caractérise la lin du xiii'' siècle. Partout la classe bourgeoise est appelée à prendre part à la conduite des affaires : en Espagne dans les Cortés, en Allemagne dans les Diètes, en Italie dans les Républiques, en Angleterre dans le Parlement, en France dans les Etats provinciaux puis dans les l]tats généraux ; le but est le même dans toute la partie occidentale de l'Europe, et, sous des noms divers, les institutions portent la trace d'un besoin général.
11 y a là un de ces courants singuliers que l'histoire nous montre parfois, sans que rien puisse nous en expliquer l'universalité et surtout la concordance.
Par un étrange contraste, ce fut le souverain engagé le })lus hardiment dans la voie du despotisme ([ui réunit le premier de véritables Etats généraux ^ Son
1. Nous ne pou vous examiner ici avec l'étendue qu'il comporte le problème de l'origine des Etats généraux. Il nous suffit de renvoyer à une polémique récente. Voir Callery, Hist. de Vuri-
i':tats gknkraux de 1302 21
ani(inr-pi'()])ro était enjeu : l;i liilto avec Ronifacc VIII, coininencéc (l('{)uis cinq ans, avait mis en présence la tradition anibilieuse de Grégoire VII et l'autorité jalouse et liautaine du roi de France. Les prétentions du pa|)e, exaltées par le procès de l'évéquc de Pamiers, se résumèrent dans la bulle Ausculta fili, qui, sans le proclamer clairement, contenait en germe le droit de déposer les rois. Boniface ne se bornait point à lutter par la parole : une bulle du o décembre 1301 convocpiait à Rome, pour le 1'"' novembre suivant, un concile général, afin de mettre un terme aux oppressions que souffrait le clergé de France, et de travailler à la conservation des libertés de l'Église catholique, à la ré formation du royaume, à la correction du roi et au bon gouvernement de la France ' . Le roi était invité à comparaître en personne, ou du moins à se faire défendre.
Philippe le Bel répondit à cette menace d'une délibération commune des évêques de France en assemblant sur-le-champ les barons et les prélats du royaume ; mais, afin de ne pas permettre que les deux ordres se partageassent sur une question si grave, les députés des bonnes villes furent appelés à siéger dans cette assemblée : la bourgeoisie allait participer pour la première fois en corps aux affaires de l'État -.
fiine des États générau.r, Bruxelles, Vromant, 1881; et surtout les réponses, suivant nous décisives, de .AI. Luchaire, Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1882.