SAINT LOUIS
avec leur vie; propre ; la bourgeoisie naissant(5 apportait en elle les principes d'activité et de solidarité qui devaient faire sa force et assurer, dans un lointain avenir, son triomphe. Le commerce, les échanges, le mouvement des idées, une fortune croissante, bientôt suivie du désir de s'instruire, contribuèrent à élever le niveau intellectuel des obscurs habitants des villes. L'Eglise ne fut plus la seule dépositaire des sciences, dont elle avait si précieusement conservé la tradition. Des écoles se fondèrent; le droit romain se répandit avec les souvenirs de l'antiifuité, et les juristes sortirent de cette bourgeoisie dont ils devaient être la tète et la force.
Ce sont les juristes qui mirent le sceau à l'alliance de la royauté avec le tiers état. A peine née, cette classe d'hommes nourris de l'antiquité travailla à renouer, au profit du roi de France, la chaîne de la tradition impériale, qu'avaient deux fois brisée l'invasion des barbares et le morcellement de la féodalité. Les juristes furent les instruments les plus actifs de cette influence progressive de la royauté, qui emlirassa peu à peu l'ensemble du territoire. On les vit poindre sous Philippe-Auguste, dont le règne contint en germe le développement civil et politique des siècles suivants. On a dit que, sous ce prince, la royauté était devenue conquérante : elle gagna à la fois tous les genres de prestige et, comme Ta dit M. Guizot, « Philippe-Auguste fut le premier roi qui lança la France dans la route de la civilisation ».
Saint Louis fut l'admirable continuateur de cette grande œuvre ; il apporta sur le trône un amour passionné de la justice : sans se livrer exclusivement à aucun des éléments qui l'entouraient, il s'appuya sur ceux qui connaissaient les lois, et réunit autour de lui des hommes intelligents et fort capables de le con-
seilItT. Il donna à la magistrnlure royale clonl il était investi le caractère le plus auguste , en la mettant au service des idées chrétiennes. Son régne fut un tenrips de progrès pacifiques : les guerres privées restreintes, le duel judiciaire aboli dans les domaines du roi, la juridiction régulière des baillis se substituant avec une procédure nouvelle aux Ibrmes barbares du jugement de Dieu, les appels amenant jusqu'à la cour du roi les procès jugés une première fois par les seigneurs, telles furent les réformes qui préparèrent au xiii" siècle les éléments de la royauté moderne.
La bourgeoisie ne cessa de s'élever, grâce au concours du prince, qui fondait sur cette alliance la base de sa politique. Son testament dit mieux qu'aucun historien la pensée de saint Louis sur ce point. « Regarde avec toute diligence, dit-il à son fils, comment tes gens vivent en paix dessous toi, par especial es bonnes villes et cités; maintiens les franchises et libertés, es quelles les anciens les ont gardées ; plus elles seront riches et puissantes, plus tes ennemis et adversaires douteront de t assaillir et de méprendre avec toi especialement tes pareils et tes barons. » Voilà les principes sur lesquels s'élevait falliance féconde du roi et des éléments les plus actifs de la nation.
Sous ces deux grands règnes de Philippe-Auguste et de saint Louis, les réunions autour du roi se multiplièrent : tantôt les barons, tantôt les seuls vassaux du roi, s'assemblaient autour du souverain, afin de prendre part à la rédaction des ordonnances qui, suivant les conseillers présents, régissaient le domaine royal ou toute l'étendue du royaume.
Telle était la prépondérance du roi, (|ue Philippe- Auguste ne craignit pas de laisser intervenir ces conseillers dans la politique, sûr de prévaloir, comme il lui plairait, sur leur esprit. Saint Louis alla plus loin.