Voir Législation : Guerres privées, p
Ifif) ÉTATS DU ROI JEAN
Fcji-dre luiMic, et se réservait à rllo seule le droit de guerre.
Quoique resi)rit belliqueux ait auiuié toute l'épociuc féodale, dès la fin du xii'^ siècle, le devoir militaire était fort mal rempli. Les villes, prenant pour prétexte le soin de leur défense inti-rieure, s'en affranchirent les premières ; puis il fut permis de se racheter dans certaines circonstances, rares d'abord, très fréquentes dans la suite. C'est ainsi ([ue, sous Philippe le Bel, nous voyons pour la première fois le service personnel remplacé par une subvention générale.
En 1304, tous les nobles et tous les roturiers ayant un revenu de vingt livres en terre durent servir en personne pendant fjuatre mois ou se racheter, le n(d>le en payant la moitié de son revenu, le l'oturicr le cincpiantième de ses biens. Piiilippe le Bel voulait surtout de l'argent : aussi les commissaires sur le fait des aides reçurent-ils l'ordre « de montrer au peuple comment, par cette voie de finer (financer), ils seront hors du péril de leurs cors, des grands coûts de chevaux et de leurs despens, et pourront entendre à leurs marcliandises et les biens de leur terre administrer * ».
Depuis longtemps on avait commencé à enrôler pour les temps de guerre des hommes de divers pays, disposés à toutes les aventures, et prêts à servir ([ui les payerait le mieux. Mais de cette époque surtout date l'usage de plus en plus fréquent des troupes soldées. Malgré les désordres (jui marquaient le passage de ces bandes, les rois se déterminèrent à en former des compagnies. Elles demeuraient indéfiniment sous les armes; les longues entreprises ne les décourageaient point, et parmi eux, si la solde était
■1. Ordounaiice du 20 janvier 130i, Urd., l. I, p. TtO.
exactement payée, <m n'entendait ni ces criti((ues jalouses, ni ces murmures d'indépendance si fréquents parmi les grands vassaux, alarmés des accroissements delà puissance royale.
Ainsi une grande transformation s'opérait dans notre état militaire : on était arrivé à substituer à l'obligation du service personnel un impôt qui pesait également sur tous en proportion fies fortunes * ; lorsqu'un homme était arme par cent feux, la charge était répartie entre tous les habitants suivant les ressources de chacun, ce (pii établissait un rapport direct entre le revenu individuel et la dette de chaque citoyen envers le roi. Ce premier progrès, qui était un pas considérable vers la civilisation, n'était pas le seul, car il avait pour conséquence la création d'une armée plus régulière, mieux exercée aux fatigues, et d'autant plus habituée à la discipline que le service se prolongeait davantage ^.
11 est difficile de préciser exactement les caractères ])rincipaux de notre organisation militaire au milieu du xiV siècle; elle se ressentait trop de la diversité des éléments qui avaient contribué à sa formation. Nous essayerons au moins d'indiquer les
i. Le service militaire était, dès celte époque, fort peu populaire : aussitôt que la faculté de se racheter eut été accordée, on en profita de tous côtés, et le roi vit son trésor se remplir sans qu'il lui fût possible de trouver des soldats. En juin 1304, Philippe le Bel fut contraint de défendre aux baillis de recevoir le prix du service militaire. Malgré cette suspension de la mesure nouvelle, la réforme laissa des traces profondes.
2. Philippe le Bel, en rendant générale l'obligatioa du service militaire et en autorisant le rachat individuel, créait pour rÉlat une source féconde de revenu, dont ses successeurs devaient abuser Philippe de Valois, en 1337 et 1338, obtint des villes des compositions exorbitantes . Le ban et l'arrièreban devinrent entre les mains du gouvernement un moyen presque normal de battre monnaie.
réformes fibtenues par les Etats généraux de 13o.") ci (le 1357 : elles touchent également au service militaire et à l'administration de l'armée.
Service militaire. — Le roi promet (pie désormais nul autre que lui en sa personne ou son fds aine ne pourra convoquer l'arrière-ban du royaume. Il était arrivé, parait-il, que de grands seigneurs, par esprit de rébellion ou dans l'ardeur d'une guerre privée, des lieutenants ou des officiers du roi, par excès de zèle, avaient fait appeler l'arrière-ban. L'ordonnance promet la suppression de cet abus, et, pour inspirer confiance, le roi ajoute (pie cette convocation extraordinaire n'aura lieu ({u'après une bataille et dans le cas d'une nécessité absolue '. L'article se termine par ces mots : Jit le ferons par le conseil des dcpuiés. ou de plusieurs des trois Bstaz, se bonnement le povons avoir *. — Ainsi, de tous les privilèges féodaux, le plus cher au pouvoir royal, le droit de convoquer ses hommes d'armes, et presque le droit de soutenir la guerre, paraît indirectement soumis aux délibérations des députés du royaume '.
Adj/iinistration de larniée. — Dans aucune partie de l'administration, le désarroi n'était plus grand que dans l'organisation militaire. Le défaut d'unité dans la formation des cadres, les abus de pouvoir commis par les officiers, la paye dissipée par les trésoriers ou retenue par les capitaines, jetaient un désordre général