COLONIES FRANÇAISES
Canada 45,000
Louisiane. -^..^ 7,000
Total 52,000
ment britannique engagea les colonies à s'unir pour une défense commune. Le New-Hampshire, le Massachusetts, le Rhode-Island, le Connecticut, le Pennsylvanie, le Maryland et le New- York, dont les délégués s'assemblèrent à Albany, décidèrent qu'un grand conseil, composé des envoyés des différentes assemblées législatives et d'un président général, serait réuni pour fixer les contingens des divers Etats en hommes et en argent, et diriger les opérations militaires (1754.) Cette délibération était une sorte de déclaration d'indépendance. Les délégués du Connecticut se refusèrent d'adopter un plan qui donnait tant de pouvoir à un président : l'Angleterre le rejeta, dans la crainte tout opposée de donner trop de forces à des colonies déjà peu soumises à la métropole.
La cour de Londres envoya, dès l'année suivante (1755), des forces imposantes en Amérique. Les différens gouverneurs des colonies se réunirent en Virginie, et y tracèrent un plan de campagne qui eut d'abord un plein succès: en un mois plusieurs forts furent pris sur les Français, et toute la nouvelle-Ecosse fut conquise.
L'esprit des habitans de cette province faisant présager des résistances, le gouvernement britannique les fit tous transporter dans ses diverses colonies, après avoir détruit leurs établissemens.
Mais les succès des Anglais ne furent pas de longue durée. Bientôt la malheureuse tentative
du général Braddock sur le fort Duquesne, qui, par sa position, commandait la navigation de l'Alguedy et de la Monongahela, amena la mort de ce général, la retraite précipitée de l'armée anglaise audelà des frontières de la Pennsylvanie et du New- York, et l'abandon d'une grande partie de ces contrées par les colons. La déroute eût été plus complète encore, si le jeune Washington, qui servait comme volontaire sous Braddock et qui avait prévenu le tacticien européen des dangers que présentait une guerre d'un nouveau genre pour lui, n'eût sauvé les débris de l'armée.
D'un autre côté, deux autres expéditions au nord échouèrent également faute d'ensemble dans la conduite de la guerre. Ainsi finit la campagne de 1755, pendant laquelle les Indiens ravagèrent les frontières des Etats du Midi.
Cependant, en Europe, la guerre n'avait pas encore amené d'hostilités ; la première fut la prise, par les Anglais, d'une foule de navires marchands, au moment oùTons'y attendait le moins.
Shirley, homme de cœur, mais d'un génie trop entreprenant, fut nommé commandant-général des forces anglaises en Amérique (1755), et eut en peu de temps vingt et un mille hommes de troupes provinciales sous ses ordres ; mais aucune de ses entreprises n'eut un plein succès. Le lord comte de Loudun, qui lui succéda, lutta avec peu d'avantages, pendant les campagnes de 1756 et 1757, contre le
brave Montcalm, commandant-général des Français au Canada, qu'il essaya inutilement d'assiéger dans Louisbourg.
Le principal fait d'armes de cette dernière campagne fut la prise du fort Guillaume-Henry par le général Montcalm. Ce fort était gardé par le colonel Monroë et trois mille hommes qui capitulèrent Les Indiens, violant la capitulation, selon leur usage, massacrèrent une partie des assiégés, malgré les efforts du général français. La prise de ce fort rendit les Français maîtres des lacs Georges et Champlain: ils dominaient également sur le lac Ontario par la prise du fort Osswego, et, par la possession du fort Duquesne, sur le pays de l'Ohio, qui joint le Canada à la Louisiane.
Leurs succès en Asie et en Europe avaient été tout aussi rapides, et l'Angleterre était réduite au dernier degré d'abaissement. Un seul homme la sauva; cet homme était William Pitt, depuis appelé lord Chatham.
La puissance de la tribune lui avait ouvert le chemin du conseil britannique, d'où l'étendue de ses vues l'avait contraint de se retirer (1756), lorsque fut tracé le misérable plan des dernières campagnes. Rappelé en 1757 par la voix publique et placé à la tête du conseil, il en devint l'âme, et la prospérité de l'Angleterre fut son ouvrage. îl ranima l'esprit public dans les colonies, envoya des secours, fit renaître la confiance et créa les succès
étonnans qu'eurent bientôt les Anglais en Amérique, comme dans les autres parties du monde. Par ses soins, le comte de Loudun commanda jusqu'à 50,000 hommes dans la Nouvelle- Angleterre, et obtint sans hésitation des impôts qui s'élevèrent aux deux tiers des revenus des colons. Bientôt la ville de Louisbourg, le fort de Frontignac sur le lac Ontario, et le fort Duquesne, si important pour la Virginie, le Maryland et la Pennsylvanie, furent enlevés aux Français (1758). Ainsi fut ouverte la route de Québec et reconquis le pays si longtemps disputé.
Ce n'était point assez si le Canada n'était entièrement subjugué. Une attaque fut dirigée, l'année suivante (1759), sur la capitale par trois points différens. La position de cette ville et la force de la garnison, commandée par le marquis de Montcalm, rendaient le succès fort incertain. Le général anglais, Wolf, ne se dissimula aucun des obstacles qu'il avait à vaincre : plus ils étaient grands, plus sa grande âme tint à les surmonter. Après une foule de manœuvres où le génie des généraux et l'intrépidité des soldats se surpassèrent, un succès de Wolf força Montcalm à sortir des positions qu'il avait prises. La bataille fut livrée ; elle fut sanglante. Wolf, blessé trois fois, expira en entendant ces cris: Ils fuient, ils fuient! — Qui? demanda avec effort le héros. — Les Français? — Je meurs content ! Montcalm fut aussi blessé mortellement,
et lorsqu'il apprit qu'il allait cesser d'être : Tant mieux, dit-il, je ne verrai pas la reddition de Quê~ bec ! Paroles sublimes, dignes de ces deux morts glorieuses !
Québec capitula peu de jours après.
L'année suivante (1760,) les Français tentèrent vainement de la reprendre, et la reddition de Montréal, leur dernier boulevard dans le Canada, acheva la conquête de cette immense province.
Pendant les trois années suivantes, les négociations qui avaient lieu entre les puissances belligérantes suspendirent les hostilités, qu'une nouvelle rupture fit reprendre en 1762 : les colonies anglaises y concoururent. Les Français, entièrement expulsés du Canada, qu'ils avaient si longtemps et si glorieusement occupé, descendirent en Louisiane, où la population indienne s'arma en leur faveur contre les Anglais. La Caroline et la Géorgie, qui d'ailleurs prenaient peu de part à la lutte contre la France, virent à tout instant leurs frontières ravagées, et rirent tour à tour la paix et la guerre avec les peuplades indiennes, et principalement celle des Cherokees.
L'évacuation du Canada par les Français amena d'autres résultats plus importans. D'un côté, les troupes britanniques, n'étant plus employées à couvrir les frontières commencèrent à devenir à charge aux colons; de l'autre, les citoyens, que des levées continuelles de milices avaient rendus
au sentiment de leurs propres forces, rapportèrent dans leurs foyers un esprit plus énergique et plus indépendant. N'ayant plus à lutter avec les Canadiens, ils eurent le temps d'examiner la nature de leurs rapports avec la métropole, qui étaient loin de leur être favorables. Le mécontentement commença lorsque l'expulsion des Français fut complète.
La puissance colossale de ceux-ci en Amérique s'était évanouie devant le génie du premier Pitt. Lorsque ce grand homme se fut retiré du ministère, à l'avènement de Georges III, la nation anglaise se ressentit encore de la direction qu'il lui avait imprimée. Elle ne compta presque que des succès, acheva de dépouiller la France de ses possessions d'Amérique, et obtint enfin, à la paix de 1763, la cession définitive du Canada.
Dans le même temps, les colonies du nord prenaient un rapide accroissement. L'université de Brown, qui venait d'être fondée dans le Rhode- Island (1764) achevait de répandre l'instruction parmi le peuple. Les Indiens, repoussés plusieurs fois de la frontière du midi (1760-1761,) étaient pour longtemps condamnés à la paix. De nouvelles provinces se peuplaient ,* les vastes déserts où sont aujourd'hui les Etats de l'Ohio, du Kentucky, d'Indiana, de Missouri et de Michigan, auparavant fréquentés par les seuls Français, qui
* Notamment celle de Tennessee, Caroline du nord, 1765.
s'étaient unis par des mariages avec les Indiens, étaient explorés avec plus de prévoyance par le peuple américain (1752-1763.) En un mot la nation tout entière s'avançait à grands pas vers la virilité, et touchait au moment de la manifester solennellement.
CONSIDERATIONS GENERALES
Les persécutions religieuses avaient vu les Anglais calvinistes se réfugier dans la Nouvelle-Angleterre, et les luthériens en Virginie, tandis que les forêts de la Pennsylvanie offraient un asile à toutes les sectes. Ce triple peuple, issu en grande partie d'hommes que la persécution ou des passions violentes avaient jetés dans le Nouveau-Monde sous les derniers Stuart, tenait de ses aïeux un esprit élevé et un génie indépendant.
Les Américains, armés de bonne heure pour leur défense personnelle contre les Indiens et les Français, avaient contracté des habitudes guerrières et su apprécier leurs propres forces : souvent même ils les comparaient avec orgueil avec celles de la métropole, qui osait les opprimer et ne savait pas toujours les défendre. Plusieurs actes du gouvernement, qu'ils considéraient comme injustes, et notamment Vacîe de navigation, avaient exalté ces sentimens.
Dans le principe, l'esprit de controverse, et plus tard les développemens que donnèrent à leurs
idées la tolérance politique et religieuse, leur avaient appris à regarder toutes leurs libertés comme leurs droits de citoyens anglais, toutes les restrictions que le ministère y mettait dans l'intérêt du monopole de la mère-patrie, comme des usurpations. Ils ne consentaient point à voir dans la Grande- Charte une concession de munificence royale, mai» la simple reconnaissance des droits éternels des peuples.
D'ailleurs leurs constitutions particulières tendaient toutes à la démocratie, sans ce mélange d'institutions féodales qu'on retrouve dans les lois anglaises. Elles étaient basées sur l'égalité réelle qui dut exister entre des émigrans, tous commerçans ou planteurs. Ces institutions créèrent un peuple, vivant dans un autre ordre d'idées que les peuples de son temps. Ce peuple applaudit avec transport aux triomphes des républicains anglais, qui lui parurent vouloir doter l'Europe de la même somme de liberté dont jouissait déjà l'Amérique.
Les colons ne considérèrent jamais les chambres d'Angleterre comme investies du droit de les imposer, parce qu'ils n'y étaient point représentés, et que la distance qui les en séparait s'opposait à ce que leurs intérêts y fussent soutenus. Les taxes qu'ils payaient n'étaient, selon eux, que des dons volontaires qu'ils pouvaient refuser. Avec de tels principes, ils durent se conserver exempts du despotisme ministériel, aux séductions duquel ils
n'étaient point en batte. Le clergé même fut presque sans autorité parmi eux, parce qu'il n'avait point la hiérarchie qui constitue des dignités et sanctionne l'influence des dignitaires.
En peu d'années les nouvelles générations de ce peuple durent perdre les souvenirs de la mère-patrie et leur attachement pour elle. Alors elles supportèrent moins patiemment ceux des actes du gouvernement qui tendaient à paralyser leurs libertés. Insensiblement elles s'accoutumèrent à désirer d'échapper à la suprématie de la métropole : ce désir fut flatté par toutes les puissances, jalouses, dans les derniers temps, de l'agrandissement extraordinaire de la Graude-Bretagne, et bientôt le joug de l'Angleterre devint intolérable aux colonies d'Amérique.
Ce joug fut enfin brisé. Nous allons rappeler les causes et parcourir les phases de cette grande révolution qu'on a déjà vu germer dans le cœur de tous les Américains ; que l'état des idées, les nécessités des lieux et des temps, le défaut d'équilibre entre la force des colonies et la puissance de la métropole rendaient inévitable.