‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 22 sur 82 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Fondation de la colonie de New-Amsterdam. Construction d*une villa sur Ttle ^anha^tan. Pierre Stuyvesant, q^^trlôme gouv^iifur de la colonie, soumet les Suédois établis suir le Delaware à son autorité, ôriefs des habitants contre son administration. La colonie pfi^SQ pi^tie |e9 mains du duc dTork \ sa dénomination en N«w- York. Formation de New-Jersey. Désappointement de la population dans ses espérances sur son changement de maître ; réclamations; son retour h la Hollande qui la rend k T Angleterre. New- York sous l'autorité anglaise. — Fondation de la colonie

. de New-Jersey pap les Hollandais. Des émigrés danois et suédois viennent les y rejoindre. Expulsion de ces derniers. La colonie s'agrandit et se met sous la protection de la Grande-Bretagne. — Fondation de la colonie de Delaware. Le roi de Suàde Oustave» Adolphe veut fonder une colonie en Amérique; il meurt. Son projet est repris. Création de la Nouvelle-Suède. Jalousie des Hol- (1^94*119 étftyi^ auiç ï^puveauY Pays-Pa9 ; ils annexant la çplçpi^ k leurs possessions.

Peu de temps après la découverte de Tlfudson en 1609, des navires hollandais commencèrent à remon** ter le cours de ce fleuve pour trafiquer et acheter des fourrures des Indiens. Puis, une compagnie s'étant formée pour l'exploitation régulière de ce commerce et l'établissement de quelques comptoirs, elle obtint du gouvernement des Pays-Bas la cession à son profit de rétendue de territoire comprise entre les fleuves Hudson et Delaware, c'est-à-dire de ce qu'on appelait déjà les € Nouveaux Pays-Bas. »

COLONIE DE NEW- YORK. m

dette compagnie, qui s'intitula la Compagnie deâ Indes occidentales, fonda quelques établissements à New- Amsterdam en 1613, ainsi qu'au fort Orange, et autorisa ses colons à acheter des terres aux Indiens, leur promettant que toute propriété acquise par ce moyen reviendrait, après eux, ^ leurs héritiers. L'île sur laquelle New-York est bâtie a été achetée ainsi aux Indiens Manhattans et payée par le premier gouverneur de la colonie, Pierre Minuits, vingt-quatre dollars, soit cent vingt francs. La réunioja des premières mai sons qui y furent construites s'appela New- Amsterdam.

Pendant les premières années de leur établissement le9 Hollandais manquèrent de bras pour cultiver leurs plantations, aussi traitèrent-ils avec quelques capir taines de navire, qui se chargèrent d'aller chercher en Allemagne les pauvres gens qui désireraient émigrer en Amérique. Beaucoup se présentèrent^ mais, ne pouvant payer leur passage, ils durent, à leur arrivée, contracter un engagement pour plusieurs années de service avec l'un des propriétaires qui, ^lors, soldait au capitaine le prix de leur traversée.

Dans un petit ouvrage très-intéressant, New- For i Society in Olden Times ^ on raconte que l'un de ces serviteurs, ayant achevé le temps de son engagement, tira d'une cachette où il l'avait enfoui un sac d'argent qu'il avait apporté avec lui d'Allemagne, et dont la valeur pouvait, dès son arrivée, lui permettre d'acheter ime ferme. Comme son maître lui exprimait sa surprise et lui demandait pourquoi il n'avait pas em-

ployé une partie de cet argent pour payer son passage, au lieu de s'engager à le servir pendant un si long temps : « Oh ! lui répondit le prudent et rusé émigrant du Rhin, en arrivant je ne savais pas l'anglais et j'aurais été trompé. Maintenant que je cout nais bien le pays et la langue, je puis m'établir à mon compte. ï Ce raisonnement très-sensé est une preuve de vraie sagesse, et il est à remarquer aujourd'hui que les descendants de ces hommes travailleurs sont comptés au nombre des plus riches fermiers des rives de l'Hudson.

Le dernier des quatre gouverneurs qui administrèrent les colonies hollandaises des Nouveaux Pays- Bas fut Pierre Stuyvesant, ancien soldat qui avait perdu une jambe dans un combat; on Favait surnommé « Jambe d'argent, » parce qu'il se servait d'une jambe de bois ornée de bandes de ce métal. Il s'entendit avec la colonie de Connecticut pour la rectification des frontières, et, se mettant à la tête d'un petit corps d'armée, marcha sur les Suédois qui s'étaient établis sur les rives du fleuve Delaware, et les soumit à son autorité.

Mais le vieux gouverneur était assez despote; il avait en haine toutes les institutions démocratiques et n'en tolérait aucune dans sa colonie; aussi les Anglais qui se trouvaient parmi ses administrés, et qui connaissaient les privilèges de leurs compatriotes du Connecticut, les regardaient-ils avec envie. Ils cherchaient toutes les occasions de signaler aux HoUan-

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dais les bénéfices que chacun tirerait d'un gouvernement libéral, élu par la population. Un nommé ^Baxter, s'inspirant des sentiments de ses concitoyens, rédigea la pétition suivante qui fut portée au gouverneur :

« Les Etats généraux des Provinces-Unies sont nos € seigneurs liges : nous nous soumettons aux lois des « Provinces-Unies ; mais nos droits et nos privilèges € doivent être en harmonie avec ceux de la patrie, car « nous sommes des membres de l'Etat, et non pas un € peuple conquis.

« Nous qui sommes venus ici des différentes parties € du monde, et qui sommes une communauté formée « de races diverses; nous qui avons, à nos propres frais, « quitté notre terre natale pour la protection des Pro- « vinces-Uuies ; nous qui avons transformé le désert « en terres productives; nous demandons qu'on ne « fasse pas de lois nouvelles sans le consentement du € peuple ; qu'on ne nomme pas de fonctionnaires pu- ^ blics sans l'approbation du peuple ; qu'on ne fasse € pas revivre des lois obscures et prescrites. *

Ce sont là les mêmes réclamations et les mêmes arguments que lors de la grande révolution. Comme l'Angleterre plus tard, la Hollande expia sou entêtement et le despotisme de son gouverneur. En effet, en 1664, une flotte anglaise se présenta devant la ville de New-Amsterdam ; elle en demandait la reddition au nom du duc d'York, frère du roi d'Angleterre,

Oharles II, qui lui ftvait^ d'arance, donné la tille et la pfoTince.

Pour Texplication de ce fait, il faut dire que l'Angletetl:^ n'avait jamais reconnu le droit de la Hot lande à la possession de la partie du continent améritém occupée par les Nouveaui Pays-Bas, Se fondant sur cet argument que les chartes accordées à ses Com- |)âg:nièd du Nord et du Sud ne laissaiefat de place à ktibun établissement étl^an^r.

En appi^enftnt là nouvelle de la venue des Anglais, les habitants de la colonie éprouvèrent une joië se-^ ertte, mais le gouverneur Stuyve§ant^ llyttnt réuni âôh conëeil, comtUàiiâA Ift résiàtanbè et jUra qu'il défbttdrait la colonie jUfequ'au bout. Ce fut eU tttiti, bar, cédant bientôt aux sollicitations des bourgméi^tres, il bbhëentit à capituler. Le drapeau anglais dottâ aussitôt bUr là ville qUi reçUt lé nom de NeW-York^ en l'iiontieur de son UouVeâu maître.

Quant k la t)artie deà Nouveaux Pfeys-Baë, située âU ëud du fleuve Hudson, elle fut constituée èU Une province séparée, et prit le nom de Netv-Jersey.

Les gouverneurs anglais, nommés par la suite, désappointèrent grândeUient le peuple en lie lui àbcorâant paô leô privilèges qull avait espérés. Leâ habitants adressèrent une protestation au gouverneur Contre les taxes qui leUr avaient été imposées sans leur feoUsenteihént, tiiaië ce dernier ordonna qu'elle fàt brûlée publiquement par îe bourreaU. Enfin , la pbpulâtioh se sentit tellement indignée des procédés

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dont on usait envei's elle, que^ loirsque, neuf âûsplu^ iârâf une flotte hollandaise vint ancrer dans la balë en face de la Tille^ elle n'hésita pas à se l*emëttife BOUS la domination de ses premiers maîtres. Cependant) l'anfaée suivante, un arrangement fut conelu entre l'Angleterre et la Hollande, et New-AihsteMftin redevint New- York. Ici prend fin la domination hollandaise en Amérie[ue ; les Anglais étaient aloi^ infttia^es de toute la t;ôte s'étendant de la Floride au Gtknada< Lobque le gouvernement anglais eut déflnitiver

ment pris possession de New-York, une foule d'émîgfàUts de toutes nationalités vint iiUnlédiatément s'y fiiet ; d'âlllfeiiîPS Neifr-AméteMâin àVttit Utië pdpUlatibfa très-vatlée i on n'y parlait pas , dit-ofl^ ihoins de dlihtlit langues différentes à l'époquë Ofi là ville flit rëttiiâé au pbtiVoU* des Anglais. Ce ffeit est faéile à expliquer : la Hollande avait toujours été lé rëftigfô des citoyens de tous les pays ; sa prospérité commerciale et l'abri sûr qu'elle offirait à ceùi ^Ui étaient persécutés chez eux pour leurs opinions religieuses attiraient

les êttàugèi^s et les engageaient à s'y fliér.

ÀhdrOs fut le preniier gouverneur dé îf ew-York lorsque cette ville devint définitivement âiiglaiSè. tl

àê éonàuisit à l'égard des habitants â'unë niâhière téliëinèrit tyfannîqùë que lé gouvërhëmeut se Vit

forcé de le rappeler en Angleterre.

Son successeur, Dongan, fit concevoir à là population, pëndàtit lés premiers iëmps àê SOn administra-

tien, quelques espérances de liberté civile; mais cette fois, comme les précédentes, ces espérances furent déçues, et les colons sentirent s'appesantir davantage sur leurs épaules le joug arbitraire qu'on leur imposait. Le gouverneur Dongan leur avait fait obtenir du duc d'York le droit d'élire une assemblée de représentants; mais, dès que celui-ci fut devenu roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques II, il oublia toutes ses promesses, interdit les assemblées législatives^ défendit l'usage des presses d'imprimerie, et finalement annexa la colonie de New- York à la Nouvelle-Angleterre.

Depuis cette époque jusqu'à la révolution, le peuple fut continuellement en conflit avec ses gouverneurs royaux, au sujet de ses droits méconnus; cela ne fit d'ailleurs qu'entretenir en lui l'esprit de liberté qui devait à la fin éclater et amener la grande crise de l'aflFranchissement.

Nous aurions pu nous dispenser de consacrer un paragraphe spécial à cette colonie, puisque nous avons raconté dans les pages précédentes comment elle fut enlevée aux Suédois d'abord, puis aux Hollandais ensuite, en 1664, par les Anglais; mais nous n'avons point parlé de sa fondation, et c'est ce que nous allons faire maintenant.

Lorsqu'en 1614 les premiers Hollandais construi-

sirent leur fort sur l'île de Manhattan (New- York), ils élevèrent aussi une redoute en face sur ce qui est aujourd'hui la rive de Jersey.

Dans le commencement, les colons hollandais ne vinrent qu'en très-petit nombre à New- Amsterdam, mais le gouvernement ayant favorisé la création de plusieurs postes commerciaux dans Tintérieur du pays, l'émigration prit tout de suite de plus grandes proportions. De pauvres gens, tentés par les promesses d'une vie facile et abondante, se rendirent d*abord à la nouvelle colonie ; puis quelques hommes riches et influents, ayant obtenu de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales certains privilèges, les suivirent. Chacun de ces derniers était autorisé à fonder une colonie de cinquante personnes, et à acheter des Indiens une portion de terre ayant soixante milles de longueur au maximum, mais dont la largeur ou profondeur à l'intérieur des terres pouvait s'étendre indéfiniment. Ces grands propriétaires, appelés « Patrons, » avaient droit de justice sur tous les habitants de leurs « manoirs » (c'est le nom qui était donné à leurs propriétés), et cela sans que le gouvernement nommé par le roi pût intervenir.

Vers le même temps, des Danois vinrent s'établir dans les limites de la colonie hollandaise, et furent aussitôt suivis d'émigrés sortant des colonies suédoises et anglaises.

Les Hollandais ne virent point ces établissements se créer sans chercher à y opposer de la résistance, et,

à cet effet, ils se servirent d'abord de Taide que leur prêtèrent les Suédois pour renvoyer les Anglais, puis ils expulsèrent les Suédois eux-mêmes peu de temps après.

Lorsque les Nouveaux Pays-Bas passèrent pour la seconde fois entre les mains du duc d'York, il vendit la partie de cette colonie située entre les fleuves Hudson et Delaware à lord Berkeley et à sir George Carteret. Cette portion de territoire prit le nom de New- Jersey, parce que sir Carteret avait été précédemment gouverneur de l'île de Jersey, dans la Manche, puis le premier village construit fut appelé Elizabethtown, en l'honneur de sa femme Elizabeth Carteret.

La colonie de New-Jersey fut ensuite divisée en deux portions ; celle de l'est appartint à sir George Carteret, et celle de l'ouest à lord Berkeley, en sorte que, pendant longtemps, cette colonie ainsi divisée conserva le nom que lui donnèrent les habitants des colonies voisines, des « Deux Jerseys. * Puis, peu à peu, les quakers ou la Société des < Amis, » comme ils s'intitulaient, les presbytériens écossais, et, en un mot, tous ceux qui avaient à redouter la persécution religieuse, achetèrent des terrains et, finalement, peuplèrent toute la région .

Des contestations s'élevant journellement entre les habitants des Jerseys, à propos de leurs droits de propriété, en 1702 les colons abandonnèrent leurs droits en faveur de la reine Anne, qui les prit sous sa protection. Un gouverneur royal fut nommé, et les deux

€ Jerseys, > se fondant en une seule, devinrent province royale.

Lord de la Ware était gouverneur de la Virginie, lorsqu'en 1610, dans une exploration qu'il faisait sur la côte, il découvrit un fleuve magnifique auquel son nom fut ensuite donné. Vingt ans plus tard, les Hollandais essayèrent d'y établir quelques comptoirs, mais les attaques des Indiens les en empêchèrent.

Vers cette époque, le roi de Suède Gustave-Adolphe, celui qu'on appela le « Lion du Nord, » résolut de fonder une colonie suédoise en Amérique. Il accorda en conséquence les privilèges nécessaires à une compagnie de marchands, et contribua lui-même dans le capital de cette société pour 400,000 dollars (2 millions de francs). La compagnie fit connaître, dès sa formation^ qu'elle entendait ne point permettre l'introduction d'esclaves dans son territoire, disant que les esclaves coûtaient beaucoup, travaillaient avec répugnance et périssaient très- vite par excès de fatigue. Puis elle engagea les émigranta de toutes les nations à partir pour la nouvelle colonie sous la protection du gouvernement suédois.

Gustave- Adolphe, heureux de son idée, appela la colonie qui allait être fondée « le joyau de sa couronne, > persuadé qu'elle rendrait de grands services à toute la chrétienté opprimée.

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