‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 32 sur 82 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Sentiments des Indiens à Tégard des premiers colons. Déû envoyé par les Indiens Narragansetts aux habitants dePlymouth; réponse du gouTdmeur. Soin Apporté pu les Européens poui^ vivfi êtl paix avec les Indiens. Les Indiens Pequots déclarent la guerre aux co« lonâ dé CoUBectlôiit. Dévouement de flôger William. Dévastations commises par les Indiens* Attaque d« leur forteresse par les blaû<si. Mise en déroute des Indiens. Répit qui suivit. Les puritains de Massachusetts entreprennent la confdrslon des îndlens. Les missionnaires jésuites per8évdi*ent dans Tœuvre qu'ils onV oommencé#« — Guerre du roi Philippe. Union des tribus indiennes. Attaque oommandée par le roi Philippe; sa défaite, fixtension des hoSti« lités. Horreurs de la guefre. Expédition organisée coiitre les Narragansetts. Anéantissement presque total de cette tribu. Mort du roi Philippe. — NeW^York, la VirglDie, la Peuilsylvaiiie ei New* Jersey souffrent aussi des attaques des Indiens.

Peu de temps après l'arrivée des pèlerins à fty-* mouth, ceux-ci ftireut, un matin, très^étonnés de voir s'avancer, au milieu de leur campement, un Indien qui leur souhaita le bonjour en mauvais anglais. Ils le questionnèrent et apprirent de lui qu'il s'appelait Samoset, qu'il était le chef d'une tribu d'Indiens, et que, vivant habituellement beaucoup plus à l'est, sur les rivages de la mer, il s*était souvent rencontré aveô des pécheurs anglais. 11 resta un jour avec les pèlerins qui lui donnèrent, à son départ, un couteau, un bracelet et une bague, et il leur promit, à cause des

sentiments d'amitié qui M étaient témoignés, de leur amener d'autres Indiens avec lesquels ils pourraient faire le commerce des fourrures. Il revint bientôt, accompagné de Massasoit, le grand chef des Indiens Wampanoags dont les tribus venaient d'être décimées par une maladie contagieuse. Un traité fut conclu avec lui, qui resta en vigueur pendant plus de cinquante ans.

Plusieurs fois les pèlerins envoyèrent une petite troupe des leurs au grand chef Massasoit, qui la reçut très-amicalement et accepta les cadeaux qui lui étaient offerts. Une fois, les pèlerins lui envoyèrent un habit de cotonnade rouge : Massasoit en fut très-flatté et affecta de lé porter dans toutes les grandes occasions.

En 1622, le chef des Indiens Narragansetts, nommé Canonicus, celui-là même qui accueillit avec tant de bienveillance Eoger William et lui donna les terres nécessaires à l'établissement de la colonie qu'il désirait fonder (Providence), voulut défier les colons da Plymouth en leur envoyant une poignée de flèches roulées dans une peau de serpent à sonnettes. Le gouverneur fit remplir la peau de serpent de poudre et de balles et la remit au messager indien. Cette façon de leur répondre eftaya à un tel point les Indiens que, dans leur superstition, croyant que la peau de serpent ainsi remplie possédait im charme surnaturel et fatal, ils ne voulurent pas la recevoir, et, comprenant l'avertissement qui leur était donné, ils se tinrent tranquilles.

Les colonies de Plymouth et de Massachusetts mettaient le plus grand soin à ce que tout objet pris à un Indien lui fût exactement payé. Dans Tannée qui suivit la fondation de la colonie de Massachusetts, le gouverneur rendit le jugement suivant : « Il est ordonné « que Josias Plastowe, pour avoir volé quatre paniers « de blé aux Indiens, devra en rendre huit, paiera « une amende de cinq livres sterling (125 francs) et ne « sera plus appelé désormais que par le nom de c Jo- « sias » et non c monsieur, » ainsi qu'il Ta été jus- « qulci. » Ceci prouve que les habitants des premières colonies cherchèrent à vivre en bonne harmonie avec les Indiens, qu'ils redressaient tous les torts commis à leur préjudice et punissaient sévèrement leurs auteurs. Les colons du Connecticut eurent, pendant les premiers temps de leur établissement, à combattre des hordes d'Indiens beaucoup plus farouches. Un an à peine après leur arrivée, la guerre leur fut déclarée par les Indiens Pequots. Toutes les colonies de la Nouvelle-Angleterre durent y prendre part, et certainement elle aurait eu des résultats plus sérieux si Roger William, ayant appris que les Pequots devaient recevoir l'aide des Narragansetts , et, oubliant les torts de la population de Massachusetts, dont les Indiens voulaient l'anéantissement complet, ne s'était rendu à leur camp seul et au risque de sa vie. Il y rencontra les envoyés pequots, et, après trois jours d'insistances auprès du chef des Narragansetts,

il obtint que sa tribu combattrait avec les blancs.

Les Pequots, furieux de la perte importante, qu'ils venaient de faire par la défection des Narragansetts, assaillirent avec rage les plantations du Connecticut. En 1637, une expédition, forte de 90 hommes blancs et de plusieurs centaines d'Indiens alliés, se mit en marche, sous le commandement du capitaine John Mason, pour aller attaquer la forteresse que les Pequots avaient élevée sur les bords de la rivière Mistique, à l'endroit où est aujourd'hui bâtie la ville de Stonington. Cette forteresse, d'une superficie d'un arpent, était entourée d'un mur de près de douze pieds de haut, fait de troncs d'arbres enfoncés solidement en terre et serrés les uns contre les autres. Le 4 juin, au point du jour, John Mason et sa troupe arrivèrent sous les palissades du fort. Pendant qu'ils prenaient leurs dispositions pour l'attaque, un chien qu'ils avaient avec eux éveilla, par ses aboiements, la sentinelle endormie qui se mit à crier : Owanux ! ! Owanux 1 1 (les Anglais !) Le combat s'engagea aussitôt; les colons et leurs alliés pénétrèrent à l'intérieur des palissades, et les Indiens se trouvèrent en un instant entourés par leurs ennemis. Le capitaine John Mason saisit une torche enflammée et, la jetant au milieu de l'espace circonscrit par les Pequots, mit le feu aux wigwams que ceux-ci protégeaient. L'incendie se propagea rapidement, détruisit tout le camp, et la plus grande partie des Indiens fut tuée par les Anglais.

Cette expédition frappa de terreur les autres tribug et permit aux colonies de la Nouvelle- Angleterre de

jouir en paix, pendant quarante ans, de Texistence qu'elles s'étaient si laborieusement créée en Amérique.

Au moment où ces luttes homicides s accomplissaient, il se trouvait, parmi les puritains de Massachusetts, des hommes qui cherchaient à christianiser les Indiens et à les amener dans la voie de la civilisation. L'un des plus célèbres fut le révérend John EUiot ou l'apôtre Elliot, comme il était appelé communément. Ce digne ministre étudia les habitudes et la langue des Indiens; il traduisit, à leur intention, la Bible, et réunit les Indiens convertis dans une ville, à Natick, dans la province de Massachusetts.

Dans le Canada, l'œuvre commencée par les révérends pères jésuites était continuée; des congrégations semblables d'Indiens chrétiens y avaient été formées par les missionnaires catholiques français* Pendant une de ces reprises d'hostilités si fréquentes à cette époque entre les colonies françaises et anglaises, il avait été défendu, sous peine de mort, aux jésuites de franchir les frontières du Massachusetts ; mais un de ces courageux missionnaires, Dreuillettes, désirant obtenir le secours des Anglais contre les attaques des Indiens Mohawks qui menaçaient ses petits établissements, ne tint aucun compte de cet avertissement, et vint trouver le révérend Elliot. Celui-ci le. reçut avec bonté et lui prêta son assistance.

La plus grave des premières guerres indiennes contre les colonies européennes est, sans aucun doute^

la guerre du roi Philippe, qui éclata en 1675. Le roi Philippe, fils de Massasoit, le grand ami des blancs, commandait aux Indiens Wampanoags. Si le père, dans la dernière partie de sa vie, avait montré un vif désir de garder de bonnes relations avec les blancs, le fils, en lui succédant, n'apporta pas, au conseil de ses chefs, les mêmes dispositions pacifiques. Voyant d'un mauvais œil Tenvahissement graduel et constant de la contrée par les Européens, qui s'établissaient dans les territoires de chasse aimés des Indiens, refoulaient le gibier et reléguaient son peuple dans un espace de plus en plus restreint, il résolut d'unir toutes les tribus pour expulser les Anglais. A cet effet, il alla de village en village et recueillit partout les adhésions les plus passionnées. La tribu des Narragansetts même, qui avait été toujours, jusqu'à ce moment, amie des blancs, se joignit à cette vaste conspiration.

En 1675, aussitôt ses préparatifs achevés, le roi Philippe profita, pour commencer les hostilités, de ce que quelques Indiens avaient été jugés et pendus pour le meurtre d'un colon : semblant vouloir en tirer vengeance, il fondit avec ses guerriers sur Swanzy, petite colonie qui s'était établie tout près de son propre campement au mont Hope. La plupart des habitants furent massacrés, mais les troupes arrivèrent heureusement et le mirent en fuite. Objet de la poursuite des blancs, il incendia les villes qui se trouvaient sur son passage, et planta de grandes perches qu'il surmontait des têtes de ses innocentes victimes.

ATTAQUES DES INDIENS CONTRE LES COLONIES. Id5

Philippe avait si bien machiné son plan que la guerre s'alluma, en moins de trois semaines, sur une étendue de plus de 200 milles. Elle fut plus particulièrement acharnée dans la partie ouest du Miassachusetts, où toutes les villes furent brûlées. Toutes les horreur des guerres indiennes s'abattirent sur les malheureux colons de la Nouvelle - Angleterre ; leurs fermes, étant généralement très-éloignées les unes des autres, oflfraient de plus grandes chances de succès aux surprises des Indiens; le terrible cri de guerre, les embuscades perfides, remplirent les colonies d'une terreur permanente. La crainte du scalpe ajoutait encore à cette terreur, mais donnait aux blancs une plus grande énergie pour résister à leurs cruels ennemis*.

La tradition rapporte que dans un village, Hadley, les habitants, attaqués inopinément par les sauvages et n'ayant pas de chef pour diriger leur défense, ne savaient comment faire face à leurs ennemis, lorsque tout h coup surgit au milieu d'eux un homme d'un

ï Voici de quelle manière les Indiens procédaient îi cette opéra» tion : la victime se trouvant renversée ou mise dans Timpossibilité de se défendre, l'Indien tirait de sa ceinture un couteau affecté spécialement à cet usage et faisait autour de la tête une incision circulaire pénétrant jusqu'à Tos du crâne, puis, de la main gauche il arrachait, d'un coup sec porté de côté, toute la chevelure. Il arrivait quelquefois que la victime, étourdie par le premier coup de tomahawk qui l'avait renversée, reprenait ses sens, mais ce n'était que pour endurer les plus atroces souffrances causées par cette horrible

mutilation.

L'Indien, pendant la durée de chaque expédition guerrière, suspendait autour de sa ceinture, comme une preuve de sa bravoure, tous les scalpes qu'il avait ainsi détachés, et il recevait pour chacun d'eux une prime du chef de sa tribu.

aspect vénérable, inconnu à tous, qui prit leur coûimandement) et, par les ordres qu'il donna pendant le combat^ amena la défaite des Indiens « Lorsque tout danger eut disparu, les colons cherchèrent leur bien* ftiiteur, mais celui*-ci avait regagné la forêt. Sa dis*parition fît naître une foule de conjectures, et Ton supposa que ce mystérieux personnage était le colonel William Goflfe, le régicide, qui avait dû quitter l'Angleterre pour avoir voté la mort du roi Charles P".

En août 1675, comme une compagnie de 80 jeunes gens retournait à Deerfield, après avoir fait une récolte de blé dont le poids ralentissait la marche des chariots, elle fut surprise, au passage d'un ruisseau, par les Indiens. Un carnage épouvantable s'ensuivit ; sept ou huit seulement de toute la bande purent échapper et avertir leurs amis. Pendant que les sauvages, restés sur le lieu du massacre, dépouillaient les morts, les troupes arrivèrent, et, tant en combattant que par représailles, tuèrent environ une centaine d'Indiens.

Durant tout Tété, les combats continuèrent avec fiirie, mais au commencement de Thiver une expéditiouj forte de 1,000 hommes, fut organisée en vue de rompre l'alliance indienne. Le commandement en fut remis au capitaine Winslow, qui dirigea immédiatement tous ses efforts contre la tribu des Narragansetts^ campée dans Rhode-Island, où le roi Philippe, défait dans un combat précédent, avait trouvé asile. L'hiver, en dépouillant les arbres de lëui*s feuilles et

en recouvrant la terre d'une épaisse couche de neige, facilitait les moyens d'action des blancs, en leur faisant éviter les embûches et les surprises des Indiens auxquelles ils eussent été exposés dand une autre saison.

Dans une sorte d'îlot^ au milieu d'un marais impraticable, les Narragansetts avaient construit leur forteresse. Après une bataille, qui dura plus de deui heureâ, les assaillants franchirent les palissades dont les Indiens avaient entouré leur fort, et la presque totalité de la tribu fut anéantie.

Mais le but principal de Tattaque n'était pas atteint : le roi Philippe, profitant du désordre de la tnêlée, s'était esquivé ; les colons se mirent à sa poursuite. En 1676, une troupe de puritains armés, sous le commandement du capitaine Church, fut envoyée contre lui; mais, cette fois encore, il s'échappa, laissant entre les mains de ses ennemis sa femme et son fils âgé de neuf ans ^ qui fut vendu comme esclave aux habitants des îles Bermudes. Bientôt après heureusement, Philippe, dont l'énergie avait été vivement affaiblie par la prise de ces deux êtres si chers à son cœur, tomba, frappé d'une balle tirée, dit-on, par l'un de ses guerriers.

Ainsi se termina une guerre qui avait duré deui années, coûté aux colonies de la Nouvelle-Angleterre plus d'un million de dollars et la vie de 600 personnes. Pendant tout ce temps, aucun secours n'avait été demandé, ni reçu de la mère-patrie.

Tandis que les colonies de la Nouvelle-Angleterre

étaient ainsi engagées dans les terribles guerres que nous venons de raconter, les autres colonies n'étaient pas épargnées. — Les Hollandais établis à New-York, ayant excité violemment la colère des Indiens par les mauvais traitements qu'ils leur faisaient subir, se virent tout h coup environnés d'une multitude d'Indiens qui prirent une éclatante revanche. — Dans la Virginie, les villages construits sur les limites du territoire furent continuellement en butte aux attaques des sauvages, qui trouvaient là des victimes faciles, à cause de l'interdiction faite aux colons, par le gouvernement anglais, de porter des armes, même pour leur propre défense.

Les colonies de Pennsylvanie et de New-Jersey eurent beaucoup moins à souffrir de la part des Indiens ; ce fait doit être attribué aux relations amicales que leurs fondateurs, William Penn et les quakers, engagèrent, dès le début, avec les tribus indiennes qui les avoisinaient. Il a été souvent dit que « pas une goutte de sang quaker » n'avait été répandue par les Indiens; si ce fait, très-contestable, est vrai, cela tient à ce que les quakers s'établirent sur un territoire appartenant à une tribu très-pacifique d'Indiens, les Delawares, qui venaient d'être battus et considérablement amoindris dans une rencontre avec leurs ennemis, les Iroquois.

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