‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 39 sur 82 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Début des hostilités. Les Anglais veulent s*emparer des armes des patriotes. Expédition contre Salem ; échec subi par les Anglais. Expédition contre Concord. Combat de Lexington. Bataille de Concord. Défaite des troupes anglaises. Effet produit en Angleterre et en Amérique par la journée du 19 avril. Les Américains lovent une armée provinciale. Investissement de Boston. Bataille dite de Bunker-Hill. Retraite des patriotes. — Entreprises des Américains contre le Canada. Prise des forts Ticonderoga et de Crown-Point par les patriotes. Les forts Chamblée et Saint-Jean tombent en leur pouvoir. Montréal subit le. même sort. Siège de Québec. Assaut de la ville. Les patriotes sont repoussés.

Pendant tous ces débats, des troupes anglaises continuaient à arriver à Boston, et le général Gage faisait épier les patriotes dans le but de découvrir où ils cachaient leurs approvisionnements militaires. De leur côté, les habitants Tobservaient aussi, afin de le prévenir s'il voulait s'emparer de quelqu'un de leurs dépôts.

Ayant appris qu'un dépôt d'artillerie avait été formé à Salem, le général Gage y envoya un de ses officiers avec un petit détachement pour s'en emparer. Le dimanche 26 février 1775, cette troupe débarquait à Marblehead, et se mettait en marche pour exécuter

cet ordre. Mais, un messager rapide l'avait devancée à Salem ; Tartillerie fut tirée des magasins et dispersée par toute la contrée ; puis la population, qui se trouvait à l'église, en sortit à l'instant, et se rassembla en armes devant le pont-levis. A l'approche des Anglais, le pont-levis fut levé, et le colonel américain Pickering informa le commandant anglais que les armes qu'il venait saisir étaient la propriété du peuple, et qu'en conséquence, elles ne lui seraient pas livrées. Sur ce, l'officier anglais ordonna à ses soldats de s*emparer d'un gros bateau, à l'aide duquel ils pourraient se transporter sur l'autre rive; mais le propriétaire du bateau, Joseph Sprague, y pratiqua immédiatement une ouverture qui le fit couler. Les soldats se précipitèrent sur lui, le maltraitèrent et le laissèrent sur la place, blessé en plusieurs endroits. Voyant que, s'il réussissait à traverser le torrent, une rixe sérieuse s'engagerait entre sa troupe et les habitants, qui, grâce à leur nombre toujours croissant, finiraient par obtenir l'avantage, le commandant anglais fit demander au colonel Pickering de lui permettre, afin de sauver les apparences, de traverser seulement le pont-levis, s'engageant sur l'honneur à retourner à Boston et à renoncer à son entreprise. Le colonel Pickering ne voulut pas se refuser à cette prière, et il ordonna aux miliciens, ainsi qu'à la foule des habitants, de se ranger sur les deux côtés de la route. Enfin^ le pont-levis ayant été baissé, les soldats an* glais le travQrsèrent, marchant entre les rangs silen*

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deux des patriotes; après lea avoir dépassés de quelques mètres, ils revinrent sur leurs pas, retraver^ fièrent le pont et retournèrent à Boston.

Cet échec aurait pu servir de leçon au général Gage et l'avertir de réserver ses expéditions pour des occasions plus importantes, ou, tout au moins, d'envoyer une force capable de renverser l'opposition qu elle rencontrerait, Il n'en fut rien; car, peu de temps après, ayant reçu avis qu'une grande quantité d'armes avait été réunie à Concord, à environ vingt milles de Bos« ton, il y envoya un détachement fort de huit cents hommes, sous le commandement du lieutenant-colonel Smith et du major Pitcairne, avec ordre de s'en saisir. — Cette fois encore, l'entreprise échoua par la vigilance des patriotes de Boston, qui se tenaient sur le qui-vive, prêtant la plus grande attention aux mouvements des troupes anglaises. Il avait été convenu que, s'ils apprenaient qu'une forte expédition anglaise se préparât à sortir de Boston pour quelque entreprise inconnue, une lanterne allumée serait suspendue au haut de l'église du nord en guise de signal, et qu'une surveillance spéciale serait établie à Charlestown, pour en observer l'apparition. Dans la nuit qui suivit le départ du détachement anglais, ceux des habitants de Charlestown qui, sur le bord de la rivière Charles, avaiefat été chargés de guetter le signal attendu de Boston, virent briller la lanterne. Immédiatement la ville fut eu rumeur, et des messagers partirent dan» toutes les directions. Les Bostoniens, exx outre du si-

tlS OUERRB DB LA BËVOLUTION. — A3XSÈX J775.

gnal qu'ils venaient de f&îre pour Charlestown , avaient aussi envoyé qnelqaes émissaires dbns les campagnes environnantes. L'un d'eux, Paul Révère, quittant Boston dans un bateau, monta à cheval dès qu'il toucha à terre, et se rendit à Medford, à la maison habitée momentanément par les deux grands chefs du mouvement révolutionnaire, John Hancock et Samuel Adams. Comme il en approchait au galop, la sentinelle lui cria de ne pas faire autant de bruit, t Du bruit ! ré- < pondit Révère, vous en aurez davantage d'ici peu. « 1*68 réguliers arrivent. » Après avoir rempli sa mission auprès d'Hancock et d'Âdams, il continua sa course, s'arrètant à toutes les fermes qui se trouvaient sur BOQ chemin, et en éveillant les habitants.

Tandis que les colons américains préparaient leurs moyens de défense, le détachement anglais traversait la baie et, suivant silencieusement les bords des marais, se dirigeait vers Concord. Soudain, les cloches des villes voisines commencèrent à sonner, indiquant clairement aux officiers anglais que l'alarme avait été donnée. Lorsqu'ils arrivèrent à Lesington, vers quatre heures du matin, le 19 avril 1775, le major Pitcaime vit une petite troupe de soixante à soixante-dix miliciens se rassembler sous le commandement du capitaine John Parker. S' avançant aussitôt, il leur cria: « Paysans rebelles ! dispersez-vous et jetez bas vos armesl > Ceux-ci hésitèrent; sans insister davantage, le major Pitcairoe saisit un de ses pistolets, fit feu au milieu du groupe et ordonna h. ses soldats de tirer.

Les Américains ripostèrent, mais sans faire beaucoup de mal à leurs ennemis, tandis que, dans cette première rencontre, huit des leurs étaient tués et dix blessés grièvement. Après avoir poussé trois hourrahs en l'honneur du brillant massacre qu'ils venaient d'accomplir et de la défaite d'une poignée de paysans, les Anglais reprirent leur route vers Concord.

Pendant ce temps, les habitants de Concord transportaient leurs munitions de guerre hors de la ville et les cachaient dans les bois. Aussi, en arrivant, les réguliers anglais ne trouvèrent-ils que quelques canons qui n'avaient pu être enlevés et qu'ils se hâtèrent d'enclouer, mais ils se vengèrent du dépit qu'on leur avait fait éprouver, en abattant les mâts de liberté dressés par les habitants dans Tintérieur de la ville, et finalement en incendiant la maison où se réunissaient leurs magistrats. — Enorgueilli par le succès facile de ses troupes, le major Pitcaime entra dans une taverne et se fit servir un verre de brandy. Ne trouvant pas à sa portée une cuiller pour remuer sa boisson, il se servit de son doigt, ajoutant en même temps que ce serait de la même façon qu'il remuerait le sang des Yankees avant que la journée ne fût écoulée. — Mais les Américains qui, à l'approche des Anglais, s'étaient retirés sur les collines avoisinantes, avaient été témoins des actes de leurs ennemis dans la ville ; n'y tenant plus de colère, ils s'avancèrejit vers le pont de Concord, occupé par un détachement anglais, et cherchèrent à l'en déloger. Après un court engagement, les régu-

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liers se débandèrent, et le gros de la troupe, pris d'une panique subite, les suivit. Le lieutenant-colonel Smith se décida alors à battre en retraite. Il était grand temps. Il se trouvait éloigné de Boston de près de vingt milles; les cloches et la fusillade avaient animé toute la contrée, et de toutes les directions les habitants accouraient sans ordre et sans discipline pour venger leurs compatriotes. S'abritant derrière les arbres, les rochers, un mur, les Américains visaient les € habits rouges » lorsqu'ils passaient. Un officier anglais qui fit partie de cette expédition, raconta ensuite que le nombre de leurs adversaires était si grand autour d'eux, qu'on pouvait croire qu'ils étaient tombés du ciel. A chaque mille, le nombre de leurs ennemis s'augmentait encore, les milices des villes voisines arrivaient en toute hâte, les fermiers et jusqu'aux jeunes garçons assez forts pour tenir un fusil voulaient essayer leur poudre et leurs balles contre les soldats anglais. A chaque pas, plusieurs soldats tombaient tués ou blessés, puis les patriotes qui menaient de tirer, s'empressaient de recharger et de courir en avant pour se poster de nouveau sur le passage des soldats. Enfin, ceux-ci, ayant épuisé toutes leurs munitions, rompirent complètement leurs rangs et se mirent à fuir dans une confusion extrême. Tout en fuyant, les soldats, pleins de rage, pénétraient dans les maisons qu'ils rencontraient, saccageant tout à l'intérieur, détruisant le mobilier et y mettant le feu. Dans Tune d'elles, un enfant s'était réfugié sous le

lit occupé par sa mère malade. Un soldat aperçut le pied de cet enfent qui dépassait le lit; il le cloua cruellement au plancher avec sa baïonnette : malgré la souffrance horrible qu'il endura, le jeune patriote ne poussa pas un cri. — Un bien petit nombre d'Anglais auraient échappé ou bien ils auraient été forcés de se rendre si lord Percy ne s'était'porté à leur rencontre avec de nouvelles troupes. En arrivant près de Lexington, il vit de loin les fuyards chassés, poursuivis par les patriotes; aussitôt il fit former à ses troupes un vaste carré ouvert sur le front, dans lequel les soldats fugitifs, épuisés, vinrent se réfugier. Un historien anglais raconte qu'ils restèrent pendant plusieurs heures couchés sur la terre sans pouvoir se remuer et la langue sortant de la bouche, pareils à des chiens après la chasse. Mais le danger n'était point passé ; les bois étaient remplis de rebelles et, malgré les dix-huit cents hommes et les pièces d'artillerie que lord Percy avait avec lui, il ne réussissait qu'à grand'peine à tenir les Américains à distance. Il battit en retraite très-lentement, répondant au feu de ses ennemis, et ses troupes furent bien heureuses, à la fin du jour, d'arriver à Boston, et de se mettre sous la protection des navires de guerre mouillés dans la rade* Pendant cette journée, les Anglais subirent des pertes trois fois plus grandes en soldats tués, blessés ou disparus que les Américains. Le chiffre de leurs pertes peut être évalué à deux cent quatre-vingts hommes. La nouvelle de cette affaire causa en Angleterre le

plus vif étonnement : on avait encore peine à comprendre comment les réguliers avaient pu être battus par les provinciaux. On avait cru jusque-là que les fermiers seraient trop lâches pour affronter les soldats anglais, et voici pourtant que cette rencontre des deux partis s'était terminée par la défaite des réguliers. — Cette journée fut surtout importante par ses conséquences, car au fond ce n'était qu'une escarmouche dans laquelle il n'est nullement étonnant que les hommes du pays, connaissant le moindre pli de terrain, aient eu le dessus sur des troupes régulières un peu surprises et égarées.

En Amérique, l'effet produit sur toutes les colonies fut immense et leur inspira une plus grande confiance dans le succès de leur révolte. Le président Jefferson, lorsqu'il en causait quelques jours après, disait : « Avant le 19 avril 1775, je n'avais jamais entendu € le plus petit désir de se séparer de la Grande-Bre- € tagne. ^^

Le comité de sûreté de Massachusetts dépêcha immédiatement des émissaires aux différentes villes de la province, ainsi que dans les autres colonies, pour leur demander d'expédier des troupes en aussi grand nombre que possible autour de Boston. Le congrès provincial de Massachusetts décida qu'on lèverait une armée de 30,000 hommes s'engageant pour la province à fournir 13,600 soldats. Il envoya ensuite un rapport à Franklin sur le combat de Lexington et une adresse au peuple anglais pour l'assurer de son fidèle attache-

ment à la métropole et au roi, et lui montrer qu*on ne protestait que < contre la persécution et la tyrannie

< de cruels ministres. > « Nous espérons sincère-

« ment, disait cette adresse, en terminant, que le « grand Souverain du monde qui, si souvent, a défendu « l'Angleterre, nous aidera à nous préserver de la « ruine, et qu'unis à la mère-patrie par un lien cons- « titutionnel, nous ne ferons bientôt tous ensemble « qu'un seul peuple libre et heureux, i^

Peu de temps après l'appel qui leur avait été adressé, les patriotes aiïïuèrent dans le voisinage de Boston. Le général Putnam, « Vieux Put » comme on t'appelait familièrement, était aux champs quand le messager de Boston arriva pour le prévenir : aussitôt, il abandonna sa charrue, et, sans même prendre le temps de changer la chemise salie qu'il portait, il monta à cheval. Le lendemain matin, il était à Cambridge, ayant parcouru une distance de plus de cent milles en dix-huit heures. On raconte que le général Gage, effrayé d'avoir comme adversaire un officier aussi brave et aussi plein d'expérience, lui fit secrètement proposer, s'il consentait à quitter le parti des révoltés, la nomination de major-général dans l'armée anglaise, et, en sus, une forte récompense en argent. Mais le général Putnam, en se mettant à la tète des Américains, voulait défendre sa propre cause, aussi repoussa-t-il avec indignation l'offre du général Gage. — Bientôt, quinze mille hommes se trouvèrent réunis autour de Boston. Malgré leur naanque absolu de dis-

cipline et la rareté des munitions, ils se sentaient asses forts pour essayer de tenir renfermée dans la ville l'armée anglaise composée de cinq mille soldats régnliers.

Les généraux Ward, Stark, Greene, Speneer et Putnam, qui commandaient les forces coloniales, après avoir examiné la situation, décidèrent d'occuper les rangées de collines qui dominent Boston de deux côtés : les hauteurs de Dorchester au sud et les collines de Bunker et de Breed au nord-ouest. Il était d'une importance égale aux deux partis en présence d'être maîtres de ces positions; aussi> dans la crainte que le général Gage, commandant Tarmée anglaise,' ne cherchât à s'en emparer afin d'étendre ses lignes, les généraux de l'armée rebelle résolurent de faire élever des retranchements sur la colline de Bunker, qui certainement serait choisie par le commandant anglais de préférence aux autres. Un détachement de mille hommes, sous la direction du colonel Prescott, y fut envoyé le 16 juin 1775. Les hommes qui composaient cette expédition étaient principalement des fermiers ne portant aucun uniforme et armés de fusils de chasse sans baïonnette. Vers neuf heures du soir, après avoir écouté la prière dite par le révérend Laligdon de Harward Collège, ils se mirent en route et arrivèrent sans encombre à la colline de Bunker. Au moment où ils allaient commencer à élever les retranchements projetés, les généraux changèrent leur premier ordre et commandèrent de fortifier non

plus cette colline, mais celle de Breed, plus rapprochée de Boston. Le détachement s'y rendit aussitôt et se mit à l'œuvre, prenant ti^utes les précautiou» possibles pour ne pas éveiller les soupçons de Tennemi. Les patriotes américains s'étaient approchés et travail* laient dans un tel silence qu'ils pouvaient entendre les sentinelles à bord des navires de guerre se répondant : < Tout va bien ! > — Au point du jour, le, 17 juin 1775, les fortifications élevées par les Américains pendant la nuit furent aperçues par les navires de guerre, qui dirigèrent immédiatement sur elles le feu de leurs canons, tandis qu'une batterie de Boston y joignait le sien.

Les Américains avaient eu raison de supposer que le général Gage chercherait à s'emparer de la colline de Bunker. Déjà, il avait déclaré la ville de Boston en état de siège, et fait publier qu'il pardonnerait à tous les révoltés qui mettraient bas les armes et feraient acte de soumission, hormis toutefois à Samuel Adam» et à Hancock, dont les crimes méritaient une punition exemplaire, et qui seraient transportés en Angleterre pour y passer en. jugement. Manquant de forces pour tenter, avec chance de réussite, d'étouffer, dans son état actuel, la révolte des Américains, il avait dû s'en tenir à ces mesures accessoires; mais sitôt qu'il eut reçu d'Angleterre des renforts considérables sous le commandement des généraux Clinton, Burgoyne et Howe, il se crut suffisamment fort et voulut faire occuper la colline de Bunker, dont il jugeait la posses-

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