‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 38 sur 82 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Causes principales. Prétention de la Grande-Bretagne d*impo96r ses colonies. Lois qui les régissaient. Restrictions apportées k leur commerce. Sentiments des colons à Tégard de la môre-patrie. Ils demandent à être représentés au parlement anglais. Ce droit leur est refusé. Premières hostilités. Mesures de répression adoptées par le gouvernement anglais. Loi du timbre. Réclamations des colonies. La Virginie donne le signal de la révolte. Réunion d'un congrès américain. Déclaration des droits des colonies. La résistance s'organise. Ligue contre le commerce de la Grande-Bretagne. Arrivée du papier timbré. Fureur de la population. Les magi0trats ne peuvent exécuter la loi. Discussions soulevées par ces incidents au sein du parlement anglais. Retrait de la loi du timbre. Joie des colons. Ils demandent le rappel des lois régissant le commerce. Nouvelles taxes votées par le parlement. Troubles qu'elles provoquent. Envoi de troupes aux colonies. Rixes entre les soldats et le peuple. Progrès de la révolte. Refus des colons d'acquitter la taxe sur le thé. Bill du port de Boston. Réunion du premier congrès continental. Il approuve la résistance à l'Angleterre. Les « tories. > Les colonies se préparent à la guerre.

La cause la plus générale à laquelle on peut attribuer la révolution américaine est la prétention que manifesta la Grande-Bretagne d'exercer sur ses colonies d'Amérique un gouvernement arbitraire. Tant que cette prétention resta théorique, le conflit fut retardé; mais le jour où le gouvernement anglais voulut mettre ce principe en pratique, les colonies résistèrent énergiquement. La question commença à être ouvertement débattue à Tépoque de la signature

du second traité d'Aix-la*Chapelle, en 1748, et depuis ce moment, jusqu'aux premières hostilités de 1775, chaque année vit de nouveUes agitations causées par les abus d'autorité des gouverneurs anglais et par les impôts que l'Angleterre entendait tirer de ses colo* nies.

Une seconde cause, subordonnée à la première, fut le caractère personnel du roi d'Angleterre George III, qui monta sur le trône en 1760. Pendant soixante ans, ce monarque entêté fit indignement souffrir les habitants de ses colonies d'Amérique, par la forme de gouvernement despotique et autoritaire qu'il avait adoptée pour elles, ainsi que par des vexations de tout genre.

La majorité des hommes qui avaient fondé les treize colonies de New-Hamphire , Massachusetts, Bhode-Island, Connecticut, New- York, New-Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie dont nous avons raconté Thistoire primitive, étaient venus en Amérique pour fuir les persécutions religieuses dont l'Angleterre avait été le théâtre, et avaient apporté avec eux des principes de liberté qui grandirent avec leurs établissements. Provoquer ces hommes par l'injustice, c'était rompre les liens qui les attachaient à la mère-patrie. C'est précisément ce que l'Angle ^ terre fit sans cesse et comme de propos délibéré. ' Le gouvernement anglais sembla toujours traiter •les colons comme les membres d'une classe très-infé-

rieure. Son intention était de maintenir les colonies sous sa dépendance absolue, et les lois étaient faites de manière à favoriser le fabricant anglais au détriment du colon. Par l'acte de navigation, les habitants, des colonies étaient tenus d'envoyer tous leurs produits en Angleterre et de n'acheter de marchandises que sur les marchés anglais. Toute fabrication d'articles de toilette, d'ustensiles de ménage, d'outils pour la culture ou autres, était rigoureusement interdite dans les colonies. Ktt, le premier ministre du roi George III, qui pourtant se disait c l'ami de l'Amérique, > déclara à la Chambre des commîmes c qu*elle n'avait pas le droit de fabriquer Tnême wi clou pour un fer a cheval. > L'exportation dé chapeaux d'une colonie à l'autre était prohibée, et un chapelier ne pouvait avoir plus de deux apprentis à la fois, c car, € disaient les défenseurs de ces lois vexatoires et € impolitiques, si les colons sont laissés libres, ils « fourniront des chapeaux au monde entier, b II était aussi défendu de s'établir chapelier, si l'on n'avait pas fait un apprentissage de sept ans. Il était permis d'exporter le fer en gueuse ou en barre, mais on ne pouvait posséder de forges et les gouverneurs avaient ordre de les détruire. — L'importation du sucre, de la mélasse, du rhum, était frappée de droits exorbitants ; les Caroliniens ne pouvaient abattre de pins dans leurs immenses forêts, afin de se servir du bois pour leurs constructions, ou de convertir la sève en résine et en goudron.

Les colons devaient naturellement chercher à éluder des lois aussi odieuses ; la contrebande se fit sur une vaste échelle, et sur la quantité de thé consommée annuellement dans les colonies, et qui représentait une valeur' d'environ un million et demi de dollars (7,500,000 francs) , c'est à peine si quelques caisses passaient par la douane et acquittaient les taxes.

Les gouverneurs nommés parle roi pour administrer les provinces avaient souvent blessé les sentiments- du peuple par les mesures arbitraires qu'ils avaient prises. Des essais avaient même été faits pour retirer les chartes octroyées aux colonies de Massachusetts, de Rhode-Island et de Connecticut, lors de leur création.

Quoique cette manière d'agir envers les colonies semblât faite pour détruire l'aflFection qui les attachait à la mère-patrie, elles conservèrent néanmoins, pendant les premiers temps de leur rébellion, la même vénération pour TAngleterre. A.u commencement, lorsque le peuple refusa de payer les impôts fixés par le gouvernement anglais, les habitants ne crurent pas manquer à leur devoir, et pour peu ils eussent crié ; Vive le roi George ! Après que des armées • eurent été levées, et eurent commencé à combattre les troupes régulières, le congrès qui avait été réuni fit la déclaration suivante : € Nous n'avons pas formé des armées dans le € but ambitieux de nous séparer de la Grande- Bre- « tagne et de nous proclamer États indépendants! >

A oe moment encore, les habitante auraient été parfaitement satisfaits si le gouvernement angolais leur eût permis d'être représentés au parlement, lors de la discussion des impôts qu'on proposait d^établir sur enXé Ceux de la Nouvelle-^Angleterre, dont les sentiments républicains les prédisposaient plus particulièrement à repousser toute tentative de ce g^nre^ et dont le caractère hardi et intelligent était le plus porté à la résistance, furent les premiers à étudier le nouveau projet du gouvernement anglais et à en découvrir les tendances. Ils s'aperçurent vite que^ si la prétention de l'Angleterre de taxer ses colonies à son propre bénéfice et suivant son plaisir lui était, une fois, reconnue, un système d'oppression pourrait être introduit, qui, par la suite, deviendrait graduellement intolérable, et qu'il ne serait plus possible de renverser. Puisqu'ils n'étalent pas représentés au parlement anglais, qu'est-ce qui empêcherait la Chambre des communes de continuer h alléger les impôte de l'Angleterre à leur détriment? et quelle attention cette assemblée prêterait-elle à l'examen de taxes dont ses membres seraient exempts ?

Telles sont les considérations qui amenèrent les colons américains à dénier au parlement anglais le droit de lever aucune taxe sur les colonies, déclarant que toute tentative de les imposer serait la violation de leurs privilèges à un double titre; car, comme colons, ils possédaient, par chartes royales, le droit de se taxer eux-mêmes pour leurs besoins, et, comme

ftujets britanniques, ils ne devaient accepter qu'un impôt approuvé par leur» représentants. Mais, ce double droit leur étant refusé^ ils déolarërent que les taxer sans qu'ils fussent représentés était de la tjrrannie.

Franklin protestait éloquemment contre les privilèges de l'Angleterre, dans une lettre, qu'il adressait, en 1754, à Shirley, gouverneur du MassachusettSé II demandait des représentants pour les colonies et l'abolition des vieux actes du parlement qui restreignaient le commerce et paralysaient les manufactures des co* lonies. Il allait même jusqu'à parler du gouvernement des colonies par un parlement colonial. €> Si ce noU" € veau parlement, disait^il, jugeait à propos, dans ( l'intérêt général, d'établir des lois semblables à « celles qui pèsent si lourdement sur les colonies, ces i lois seraient acceptées de meilleur cœur, et plus € facilement exécutées. »

La réclamation des colons américains était pour* tant considérée en Angleterre comme très^juste et très*raisonnable par plusieurs hommes d'Etat éminents, qui eussent certainement favorisé une mesure aussi équitable.

Peu à peu, le conflit s'engagea. En 1761, les percepteurs des taxes reçurent Tordre d'exécuter les lois contre le commerce. Des mandats furent lancés, qui autorisaient ces officiers du fisc à rechercher, jusque dans les habitations, les marchandises entrées en iiraude* --* La résistance prit alors un caractère de

gravité plus sérieux : les habitants ne voulurent point se soumettre à ces perquisitions et chassèrent les percepteurs. Les marchands de Salem et de Boston, en particulier, résistèrent aux (( writs of assistance, » ou mandats d'assistance donnés aux collecteurs, et James Otis présenta^ en leur nom, une pétition à la cour supérieure. Avocat général, James Otis avait donné sa démission pour soutenir les droits des Américains. Son discours enflammé, l'impétuosité de son éloquence, ce mot si souvent répété : c L'impôt sans représentation, c'est la tyrannie, i mirent tout le pays en feu. Ce fut bien lui qui donna le signal de la résistance, et l'on peut dire, avec son élève John Adams, € que c'est le jour où James Otis parla devant la cour « supérieure de Boston qu'est née Tindépendance c américaine. >

En 1764, le gouvernement anglais renouvela devant le parlement sa proposition de tirer un revenu direct des colonies. George Greenville, qui succéda à lord Bute, proposa tout une série de règlements, pour le plus grand bien, pensait-il, de la métropole : augmentation du nombre des douaniers, répression énergique de la contrebande par les forces navales et militaires de l'Angleterre, règlement uniforme pour les cours d'amirauté qui jugeaient seules et sans jury les contrebandiers. Ce n'était pas la première fois que cette idée était émise; car déjà, lorsque sir Robert Walpole^ ministre des finances, échoua, en 1732, dans un projet d'impôt . sur le tabac consommé en Angleterre, le

gouverneur de la Virginie lui avait écrit pour lui proposer une taxe sur les provinces de TAmérique du Nord. Mais cet homme d'Etat semble avoir prévu la résistance des colonies à ce système, car il répondit : « Vous voyez que j'ai déjà la vieille Angleterre contre « moi, comment alors pouvez-vous penser que je « désire indisposer aussi la Nouvelle- Angleterre? b

Les colonies trouvèrent dans Walpole, l'adversaire des Swift et des Bolingbroke, un défenseur éclairé des intérêts communs des colonies et de l'Angleterre. « Durant mon administration, disait-il, j'ai toujours « eu pour principe d'encourager le commerce des c colonies américaines, en lui laissant la plus grande « latitude. Il a été quelquefois nécessaire de fermer « les yeux sur certaines irrégularités de leur com- « merce avec l'Europe; car, en les encourageant à « développer leurs affaires avec l'étranger, si les Amé- « ricains gagnent 500,000 livres sterling, je suis sûr « qu'en moins de deux ans, la moitié de ce bénéfice « entre dans le trésor de Sa Majesté, par le travail et € le produit de ce royaume : une immense quantité de « nos marchandises s'exportant aux colonies. Plus le € commerce américain grandit au dehors, plus les € coloniea ont besoin de nos produits. C'est là une € façon de les taxer qui s'accorde beaucoup mieux (( avec leurs constitutions et leurs lois. ^ »

Mais le roi George III avait d'autres opinions à cet

i Voir Laboulaye, Histoire des Etats^XJnis^ t. U, p. 32*

fM COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION.

égard, car il prit entre seé mains le projet de taier r Amérique, projet anqael, naturellement^ la flatterie fit, dëfl ce moment, trouver un grand nombre de partisans. George III venait de renvoyer son premier ministre Pitt, auquel il pouvait reprocher son trop grand respect pour les droits des colons. Pitt rappel-* lera lui-même plus tard qu'il n'avait jamais songé à voler aux colons leurs droits constitutionnels, c Ce € n'est pas, dira-t-il, qu'il ait manqué de gens, lorsqne « j'avais Thonneur de servir Sa Majesté, qui m'aient < proposé de me brûler les doigts à un acte de timbre, c Dans un jour de détresse, quand les Américains c avaient l'ennemi à dos, et nos baïonnettes sur la « poitrine, peut-être les planteurs se seraient-ils sou- « mis à cet impôt. A prendre un pareil avantage, il t n'y avait ni générosité, ni justice. > Le roi, s'entourant alors d'un nouveau conseil, marcha aveuglément dans la voie qui devait fatalement le conduire à la perte de ses colonies.

Les frais de la dernière guerre avec la France, avaient porté la dette de l'Angleterre à un chiffi-e si élevé, que le ministère était très-embarrassé pour trouver de nouveaux impôts qui permissent de fedre face aux obligations contractées. En ces circonstances, il se crut autorisé à faire voter par le parlement une loi qui assujettissait toutes les transactions faites par les colons américains à un droit de timbre (1765). L'année précédente, le parlement avait solennellement proclamé son droit de taxer l'Amérique^ et il est à

COMMENCEMENT DE LA flÊVOLÛTÎON. m

remarque]? que, sur la question de droit, personne dans le parlement ne se leva pour combattre l'adoption de ce projet. Un seul membre déclara qu'étant forts, ils pouvaient être indulgents. En vain, Greenvillè représenta aui agents des colonies qu'il était juste qu'elles supportassent une partie des frais d'une guerre entreprise pour leur défense, colonie après colonie, toutes protestèrent^ par la voix de leurs agents, contre là déclaration du parlement.

Il y eut alors entre l'Amérique et l'Angleterre comme une lutte de pamphlets. Otià publia à Boston les € Dtoits des Colonies anglaises^ > où il exposait que c dans la Grande Charte qu'il a donnée à la race « humaine, le tout-puissant Monarque de Tunivers, ce € maître qui sait tout, a placé la fin du gouvernement € dans le bonheur des hommes, i» et que « cela ne peut < se faire que par un pouvoir législatif et exécutif qui, € en dernière analyse, est aux mains du peuple, là où € Dieu Ta placé. » En Angleterre, lorsqu'on lut cet écrit, on traita Otis de fou, et Soame Jenyns luf répondit par un autre pamphlet, où 11 prétendait prouver que les Anglais eux-mêmes sont taxés sans leur consentement, et qu'il n'y a pas un Anglais sur vingt qui soit représenté.

Pour les colonies, on envisagea leur opposition comme une révolte, et la loi fut votée, à la Chambre des communes, par les quatre cinquièmes des membres, à la Chambre des lords, sans amendement et sans opposition.

228 (X)MMENCEMENT Dï) LA RÉVOLUTION.

Lorsque la nouvelle en arriva en Amérique, l'émoi et l'excitation furent à leur comble. Quoique cette même loi existât déjà en Angleterre, néanmoins les colons refusèrent de s'y soumettre, parce qu'elle engageait le principe contre lequel ils se défendaient. Ils ne voulaient pas qu'une taxe, celle-ci ou une autre, leur fût imposée, quand ils n'étaient pas représentés dans le gouvernement ; aussi réclamèrent-ils contre le droit que l'Angleterre s'était arrogé. Mais leurs représentar tions furent inutiles, et le gouvernement, ne tenant aucun compte, même des remontrances que quelques membres du parlement lui firent à ce sujet, passa outre et envoya le papier timbré aux colonies.

En Angleterre^ on ne s'imaginait pas que les colons pussent refuser de se soumettre à l'acte du timbre, et, dans le premier instant, en Amérique même, Franklin pensait qu'il fallait se conformer aux décisions du gouvernement anglais pour le moment, tout en se préparant à la résistance pour l'avenir. Otis, lui aussi, écrivait : c Le devoir de tous est de se soumettre hum- € blement et silencieusement aux décisions de la su- < prême législature. » Tous, cependant, n'étaient pas décidés à cette résignation.

L'assemblée de la Virginie fit, la première, une opposition ouverte. Ce fut un de ses jeunes membres, Patrick Henry, qui, suivant l'expression de Jefferson, lança la balle de la révolution. Patrick Henry était une sorte d'avocat improvisé, qui avait été successivement commerçant malheureux dans ses affaires, agri-

culteur endetté, et, faute de mieux, avocat. Eien de séduisant dans sa personne ; un peu sauvage, sans recherche dans ses habits comme dans sa parole, d'une éloquence brusque, n'accordant rien à la grâce, mais avant tout préoccupé de la pensée, qui, chez- lui, était véhémente, énergique, parfois élevée. Eien en lui pour l'art, tout pour les faits. Patrick déposa sur le bureau de la Chambre, dans le courant du mois de mai 1765, une résolution tendant à ce qu'elle déclarât qu'aucun pouvoir, sauf l'assemblée générale de la colonie, n'avait le droit de lui imposer des taxes, ajoutant que de souffrir que ce droit fût pris par une autre assemblée, c'était la destruction de leur liberté. Il appuya sa motion par une chaleureuse allocution, pleine de patriotisme : « César, dit- il, eut son Brutus, « Charles I" son Cromwell, et George III... » ; ici, il s'arrêta, et le cri de c Trahison ! Trahison ! » partit de diflFérents côtés de la Chambre. Reprenant son discours, dès que le silence fut rétabli, il ajouta : « ...peut c profiter de leurs exemples. Si ceci est de la tra- « hison, faites-en ce que vous voudrez ! » Sa proposition fut adoptée par une faible majorité, tous les plus jeunes membres de l'assemblée votant naturellement avec lui. Comme on pouvait s'y attendre, après l'adoption d'une semblable mesure, rassemblée fut aussitôt dissoute par le gouverneur.

Dès que les colonies connurent ces résolutions, elles s'empressèrent de suivre l'exemple de la Virginie. Dans la province de Massachusetts, James Otis

Sao COMMENCEMENT DE LA RËVOLUTiœY.

proposa la convocation d'un congrès américain qui sa réunirait sans Tautorisationdu gouvernement anglais. Toutes les assemblées coloniales furent invitées à en» voyer des délégués à New- York, le premier lundi d'octobre 1765. Cette proposition n'eut pas d'abord grand succès en dehors du Massachusetts; toutefois, rassemblée de la Caroline du Sud, dont un membre trouva spirituel de représenter le c singulier plat > que fournirait la réunion de députés pris parmi les diffi-* rentes colonies, donna le signal de l'acceptation, et les autres colonies suivirent. Les commissaires nom«> mes recevaient des mandats' développés, parmi lesquels le plus remarquable est celui que les habitants de Plymouth donnèrent à M. Forster. L'esprit oon* servateur le plus éclairé y est uni à un sentiment profond des droits de la colonie ; c ... Nous vous en- € joignons, y est-il dit, d'exercer toute votre in- € fluence, en ce qui touche l'acte du timbre, sans « manquer à l'allégeance que nous devons au roi, « sans altérer nos rapports avec le gouvernement de « la Grande-Bretagne ; Nous ne voulons pas désho- « norer nos ancêtres ; nous ne voulons pas encourir « les reproches de notre conscience et les malédictions € de la postérité; aussi, nous vous recommandons « d'obtenir de la Chambre des représentants une dé- « claration complète de nos droits. »

Le 7 octobre 1765, le congrès s'assembla à New- York ; mais seulement neuf des treize colonies y envoyèrent des représentants. Grâce à ce congrès qui

excita bien peu d'inquiétude à cause de la simplicité et aussi de la dignité de ses séances, un premier ré-r sultat très-important fut obtenu par les Américains ; il établissait un lien plus étroit entre les membres éminents des différentes provinces, et était un acheminement vers une union plus grande et plus générale, si les circonstances postérieures la rendaient nécessaire ou utile.

Après un débat qui dura plusieurs jours, le congrès rédigea une < Déclaration des droits des colonies, » composée de quatorze articles reproduisant les griefs des Américains, et adressa une pétition au roi et deux autres à la Chambre des lords et à la Chambre des communes. James Otis, John Rutledge et Robert Livingston étaient les principaux auteurs de ces diffé« rentes pièces. Les moyens de résistance aux lois qui venaient d'être décrétées y furent aussi arrêtés.

C'est alors que s'organisa spontanément dans l'Amérique du Nord une ligue générale dont le but était de faire cesser tout usage de marchandises anglaises. Une société pour l'avancement des arts et du commerce fut instituée à New- York, et des marchés furent ouverts pour la vente des articles de fabrication indigène ; le linge, les lainages, les papiers de tentures qu'on y apporta se vendirent avec facilité, et dans la crainte que les manufactures de lainages ne vinssent à manquer de matières premières, il fut décidé qu'on ne mangerait plus de moutons. Les hommes et les femmes s'engagèrent à ne porter que des vête-

ments faits de drap fabriqué par eux. Â Newport, à Boston, les familles habituées à prendre du thé faisaient des infusions de feuilles sèches de framboisier. Les femmes surtout se distinguèrent dans cette ligue contre le commerce de la mère-patrie. Elles formèrent des associations dont les membres s'intitulaient < Filles de la Liberté, » et elles déployèrent une énergie et une activité incroyables dans la confection de leurs vêtements. Dans la famille d'un nommé James Dixon, demeurant à Newpôrt, Rhode-Island, quatre cent quatre-vingt-sept yards de drap furent tissés et trentesix paires de bas tricotées dans l'espace de dix-huit mois.

Lorsque le navire de guerre c Diligence * arriva dans la baie du cap Fear, chargé d'une provision de papier timbré envoyé par le gouvernement anglais pour l'usage des colonies, la populace, ayant à sa tête les colonels Ashe et Waddell, défendit au capitaine de débarquer sa cargaison. Celui-ci ne tint aucun compte de Tavertissement qui lui était donné, et il fit opérer le déchargement de son navire. La foule le laissa faire, mais aussitôt que la dernière caisse eut été débarquée, elle se rua avec furie sur les caisses et les livra aux flammes. Les employés qui essayèrent ensuite de vendre quelques feuilles de papier timbré échappées à la destruction, eurent leurs maisons assaillies et brûlées, et on se porta à des voies de fait contre les magistrats qui voulurent les protéger et assurer l'exécution de la loi.

A Boston, rimage d'Andrew Olliver, l'agent du timbre récemment nommé, fut pendue à un gros arbre qu'on appela ensuite « Arbre de la Liberté, j Le chefde la justice donna l'ordre au shérif de la faire détacher, mais le peuple s'y opposa, disant qu'il la descendrait lui-même dans la soirée. A la nuit, une grande multitude se rassembla, et, portant devant elle l'effigie d'Andrew Olliver, alla jusque devant sa maison où elle la brûla au milieu des cris de « Liberté et propriété pour toujours! Pas de timbre! i C'est ainsi que, s'excitant mutuellement, les Bostoniens en arrivèrent à assaillir la demeure d'OUiver, qu'ils mirent au pillage ainsi que celle du chefde la justice.

La révolte se propagea rapidement dans les colonies, car, vers le même temps, l'habitation de l'agent du timbre dans la province de Maryland était détruite dans des circonstances analogues. Même chose advint, dans Ehode-Island, à deux officiers du gouvernement qui tentèrent d'exécuter la loi du timbre. Dans le Connecticut, un millier d'hommes montèrent à cheval pour se mettre à la poursuite de l'officier du timbre qui avait fui ; l'ayant arrêté, ils le forcèrent, sous * peine d'être pendu sur-lechamp, à renoncer à son emploi et, en levant son chapeau par trois fois en l'air, à crier : « Liberté et propriété. »

Le P' novembre avait été fixé par le gouvernement comme la date à laquelle la loi devait commencer son eflfet. Ce jour-là fut observé dans toutes les colonies comme un jour de deuil. Les cloches sonnèrent le

tu COyMEKCKMEST VR LA RtTOLUTlOII.

glas, les drmpeanx forant huiméi à demi-mftt, et tontes les a&iras snspendnes. Des orstenn alltosnt par les Tilles, amassant le peuple, Ini tenant des diseonis et Tenoonrageant à la rébellion. Les jonmanx, menacés eux-mêmes par le timbre, entretenaient la sorexcitation.

Les Donvelles de cette grave insubordination airi- Tèrent bientôt après en Angleterre, et, agissant finto» ment sur l'opinion, provoquèrent au sein du parlement de violentes discussions. Tandis que le roi et ses ministres persistaient à vouloir maintenir la loi, plusieurs membres du parlement s'opposaient énergi* quement à cette mesure et défendaient la cause des Américains. A la Chambre des lords, le jurisconsulte Pratt, qui devait être plus tard chancelier du royaume sous le nom de lord Cambden, défendit les colonies. Greenville montra la rébellion sur le point de devenir une révolution, et, faisant allusion à l'ancien premier ministre William Pitt, lord Chatam, il ajouta : c L'esprit séditieux des colonies doit sa naisc sance aux factions de cette chambre. On ne réfléchit « pas aux conséquences de ce qu'on dit, pourvu que € cela serve à ropposition. » Lord Chatam répondit par ces paroles qui eurent un retentissement considérable dans les colonies : « L'orateur précédent nous dit c que l'Amérique est obstinée, que l'Amérique est € presque en complète rébellion. Eh bien! je me ré- € jouis de ce que l'Amérique a résisté ! Trois millions € d'hommes assez morts à tout sentiment de liberté

< pour se soumettre volontairement & devenir esclaves, « auraient été des instruments propres à faire des es-

< claves du reste, i — Parmi les nombreux témoins entendus par la Chambre des communes à cette occasion, figurait le docteur Franklin, qui avait visité la plupart des colonies et connaissait intimement les principaux chefs de l'opposition dans chacune d'elles. Hautement estimé par ses compatriotes pour son talent, son honnêteté et sa perspicacité, il avait été nommé agent de la province de Massachusetts et envoyé en cette qualité auprès du gouvernement anglais, afin de faire rapporter les mesures qui formaient l'objet de la contestation. Appelé, au mois de février 1766, à la barre de la Chambre des communes, il répondit aux questions qu'on lui fit d'une manière ferme et nette, disant que les colons conservaient une grande aflPectionpour la mère-patrie et qu'ils désiraient ardemment éviter une rupture qui serait préjudiciable aux deux parties. Il déclara, en outre, qu'il croyait qu'un système conciliatoire commençant par le rappel de l'acte du timbre serait suffisant pour rétablir la bonne harmonie. Avec quelle vivacité d'esprit il répliqua aux adversaires du rappel de l'acte ! Comme on proposait d'amender l'acte pour le rendre acceptable aux colonies : « J'avoue, répond Franklin, que € j'ai songé à un amendement. Acceptez-le, l'acte t pourra subsister et les Américains seront tranquilles. « C'est peu de chose, il n'y a qu'un mot à changer. € Au lieu de mettre : à partir du premier novembre

c mil sept cent soixante-cinq on paiera , mettez:

c deux mil sept cent soixante-cinq et tout ira de soi. » Enfin, après un débat très-animé et par les efforts de lord Chatam, le gouvernement, reconnaissant qu'il ne pourrait assurer Texécution de la loi du timbre que par la force des armes, la retira juste un an après son ordonnance première.

L'Amérique accueillit cette nouvelle avec des transports de joie. Le secrétaire d'Etat Conway écrivit aux gouverneurs des colonies qu'en oubliant la désobéissance des colonies, il voulait faire indemniser par les assemblées coloniales les personnes qui avaient souffert de l'exécution des actes de la législature anglaise. Des adresses de remerciements furent votées au roi ainsi qu'aux hommes d'Etat éminents tels que lord Chatam, Cambden et le colonel Barré, qui avaient défendu la cause des colonies. On éleva des statues au roi, à Pitt, et, dans la Virginie, un obélisque devant porter les noms des défenseurs de la liberté dans le parlement anglais* A Boston, les cloches sonnèrent à toute volée, les drapeaux furent déployés sur tous les édifices, les prisonniers pour dettes relâchés afin qu'ils pussent prendre part à la grande réjouissance nationale ; le soir, les maisons furent illuminées, des feux d'artifice tirés, et le grand c arbre de la Liberté i chargé d'une telle quantité de lampions que ses branches pliaient sous leur poids. L'ancienne affection pour la mère- patrie reprit sa place dans tous les cœurs, et les affaires furent renouées avec l'Angleterre,

Mais ces fêtes durèrent peu. Dans les districts commerciaux du nord, les lois qui régissaient le commerce étaient considérées comme presque aussi gênantes que la loi du timbre. Voulant en obtenir également le retrait, l'assemblée de Massachusetts, réunie à la fin de mai, laissa voir à cette occasion les mêmes dispositions hostiles au gouvernement qu'elle avait témoignées dans ses précédentes délibérations. Le premier symptôme d'hostilité se montra dans un conflit avec le gouverneur de la province, Bernard. James Otis avait été élu par ses collègues pour présider leurs réunions; ce choix, paraît- il, ne plut pas aij gouverneur, qui refusa de le sanctionner. Pour s'en venger, l'assemblée s'opposa à l'admission dans son sein de quatre nouveaux membres nommés par ce dernier. Après avoir essayé, sans y réussir, d'amener l'assemblée à revenir sur sa décision, le gouverneur la prorogea. Bientôt après, cependant, il la convoqua de nouveau et parvint par un compromis à s'entendre avec elle. Ce revirement d'idées n'enleva rien aux mauvaises dispositions de l'assemblée, qui ne vota qu'avec difficulté l'indemnité demandée par le gouvernement pour les victimes de l'acte du timbre, et qui décréta, sans l'aveu de la couronne, une amnistie complète pour tous les derniers délits.

Peu de temps après^ un autre incident se produisit et fit naître une seconde querelle entre le gouverneur et l'assemblée de Massachusetts.

Deux compagnies d'artillerie, forcées par le mauvais

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temps de se réfugier dans le port de Boston, avaient été logées par les ordres du gouvdrûdur dans le ehk* teau, et on leur avait fourni du bois et des chandellie ani fixais du trésor protincial. Lorsque rassdmblée êé réunit de nouveau en janvier 1767, elle fit demander au gouverneur en vertu de quel droit il s'était cru autorisé à fournir ces choses auit Aoldats ; celui-ci^ en réponse, lui envoya la copie de Tacte de mutinerie voté par le parlement anglaid dans sa dernière seision, et qui obligeait les habitants des eoloniee à fournir aux troupes anglaises cantonnées en Amérique, en plus du logement, du sel, du vinaigre, de la bière et quelques autres provisions. L'assemblée provinciale fte plaignit amèrement qu'une telle loi les pri* vant, ainsi que la loi du timbre l'avait £aît précédemment, de leur droit inaliénable de voter Tîmpôt, eAt été établie sans qu'ils en eussent eu connaissance, et que le gouverneur, au mépris de la constitution, eAt soumis le peuple à cette dépense sans avoir même consulté l'assemblée.

Devant cette recrudescence de mécontentement et de résistance, le parlement anglais crut qu'il y allait de sa dignité d'affirmer encore une fois ses droits. Lord Chatam, rentré dans la vie publique, faisait alors partie du ministère, mais, vieux et malade, U s'occupait peu des affaires, et soncoUègueTownsend, à qui l'on reprochait de ne pas oser taxer l'Amérique^ releva en quelque sorte le défi. Un an après l'abrogation de la loi du timbre, le gouvernement anglais, qui

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avait, dans la xhèmû séance du parlement où cette décision fut prise, déclaré qu'il était en droit d'imposer des taxés à ses colonies^ fit passer une autre loi ordon« nant la perception de ta^es sur le thé, le verre, le papier et les couleurs. L'indignation publique éclata une seconde fois, et le gouvernement, craignant de nouveaux troubles, envoya en Amérique plusieurs régiments qui, suivant Tacte de mutinerie, devaient ôtre logés et nourris par les habitants.

Avant d'en arriver aux actes, on recommença à écrire des brochures, des pamphlets sur les droits des colonies. Les Lettres d'îm fermier de Pennsylvanie auœ habitants de l'Amérique septentrionale ^ œuvre d'un jeune avocat de Philadelphie, Dickinson, firent grand bruit en Amérique et en Angleterre, où elles furent réimprimée» par les soins de Franklin en 1768. — L'assemblée de New-York refusa la première de fournir des logements aux troupes aux frais de la colonie; pour la punir de sa résistance, le gouverneur lui retira l'êxercice de son pouvoir législatif. L'assemblée de Massachusetts imita aussitôt sa voisine. Elle avait, dès le mois de janvier de la même année, envoyé en Angleterre des pétitions rédigées par Samuel Adams, pour rappeler qu'en vertu des chartes des colonies, véritables contrats avec la couronne, ses habitants étaient exempts de toute taxe parlementaire; puis, comme dans toutes les autres pièces de ce genre, l'assemblée terminait ces protestations respectueuses en affirmant sa fidélité envers l'Angleterre et le roi;

Lorsque cinq mois après, à l'instar de la colonie de New-York, elle refusa de se soumettre à Tacte de mutinerie, elle envoya une circulaire aux autres colonies pour les inviter à s'opposer aux nouvelles taxes. En vain lord Hillsborougli, le secrétaire d'Etat chargé des colonies, exigea-t*il que l'assemblée revînt sur sa décision. C'est en vain aussi que les gouverneurs voulurent empêcher les autres assemblées de suivre l'exemple de celles de New- York et de Massachusetts, leurs efforts furent impuissants, ils ne purent enrayer les progrès de la rébellion.

C'est à propos de cette résistance que John Diddnson envoya à Otis une chanson^ que partout alors on répéta :

Braves Américains, venez, joignons nos mains ; Elevons nos cœurs à l'appel de la liberté.

Ou les actes de la tyrannie n'étouileront pas nos droits. Ou ils déshonoreront le nom d* Amérique.

CHGEUR.

Nés dans la liberté, nous voulons être libres. Nos bourses sont prêtes, mais ce n'est pas comme esclaves. C'est comme citoyens que nous voulons donner notre argent.

Nos pères sont partis courageusement pour des climats inconnus ; Ils ont traversé l'Océan, Et choisi le désert pour y porter la liberté. Ils nous ont laissé leur liberté et leur gloire.

La main dans la main, Américains, unissons-nous. Unis, nous résistons, divisés, nous tombons.

Dans une cause si juste, espérons le succès ; Le ciel sourit aux nobles actions.

Je porte cette santé à notre souverain.

Cette autre à la gloire et à la richesse de la Grande-Bretagne.

Que cette richesse et cette gloire soient immortelles, Si l'Angleterre est juste et si nous sommes libres ^

La présence des soldats n'eut pas le résultat qu'on en avait attendu. A New- York, les soldats abattirent le mât de la liberté qui avait été dressé lors de la révocation de la loi du timbre, mais le peuple le remit debout, et il en fut ainsi chaque fois que les soldats le renversèrent. De nouveaux faits venaient constamment entretenir l'excitation des habitants. Les officiers de la douane voulurent saisir un navire chargé de vin, parce que le propriétaire, John Hancock, avait refusé d'acquitter les droits; la populace, prenant immédiatement parti pour celui-ci, vint assiéger les bureaux de la douane, et les douaniers s'estimèrent heureux de pouvoir s'échapper sains et saufs.

Non sans quelque raison, Boston était considéré par le gouvernement anglais comme le foyer de Tinsur* rection. Voulant attaquer le mal dans sa racine, il y envoya le général Gage avec deux régiments. Ceux-ci arrivèrent à Boston un dimanche matin, et entrèrent dans la ville comme dans une ville conquise, tambour battant et drapeaux déployés. Tous les sentiments d'une population paisible et qui observait religieusement le dimanche furent ainsi foulés aux pieds. Aussi, avec quelle unanimité les habitants refusèrent-ils de

1 Laboulaye, Histoire des Etats-Unis, t. IL

Mf COMME^CBllEirr Iffi LA RÂlVOUTTKHf .

receroir chez eux les «ddats, qui prirent posBesBÎoii de la c Maison d*État. > Bientôt tons les abords de ce monument forent oonrerts de tentes, de canons et dn matériel militaire qo*iIâ avaient amené avec eux. La présence des soldats à Boston était considérée par les habitants comme une aggravation des tourments dont ils souffraient déjà ; ils employèrent tons les moyens pour leur rendre le séjour de la ville insupportable. Le conseil municipal engagea les fermiers à ne leur vendre absolument que les vivres nécessaires à leur existence, et tous les ennuis imaginables furent multipliés autour d'eux.

C*est au milieu de ces faits qu*eut lieu le premier essai de ces assemblées populaires qui jouèrent un rôle si considérable dans la guerre d'indépendance. L'assemblée provinciale étant dissoute, une Convention^ composée des députés des quatre-vingt-seize cantons, se réunit, rédigea une pétition adressée au roi, et se sépara après une session de six jours.

En Angleterre, les idées d'autorité absolue et de répression dominaient de plus en plus. Lord Hillsborough fit passer à la Chambre des lords et à la Chambre des communes des résolutions déclarant que les actes de l'assemblée de Boston étaient < contraires à tous les droits de la couronne et du parlement, > et que la réunion de la Convention constituait « une insulte à l'autorité royale, une audacieuse usurpation des pouvoirs du gouvernement. » Le duc de Bedford fit adopter une adresse au roi pour le prier de faire juger en Angle-

terre, par une commission spéciale, les colons accusé* de trahison : cette adresse était manifestement dirigfée contre Otis, Cushing, Samuel Adams et autres.

Des protestations nouvelles devaient nécessairement arriver d'Amérique : l'assemblée de la Virginie proteste contre la transportation des accusés, et aussitôt elle est dissoute. Alors la plupart des membres de l'assemblée font le serment de ne plus recevoir de marchandises de l'Angleterre jusqu'au rappel de l'acte de 1767. L'assemblée de Massachusetts proteste également, et déclare qu'elle ne peut plus délibérer librement, puisque la salle est entourée de canons. Le gouverneur Bernard répond qu'il ne lui appartient pas de retirer les troupes, et il fixe Cambridge à l'assemblée comme lieu de ses futures réunions. — Ces actes d'autorité excitaient les esprits plus qu'ils ne les calmaient. Une dissolution violente a toujours pour résultat de réunir en un seul faisceau des forces qui auparavant ne combattaient pas ensemble. Le célèbre serment du Jeu de Paume eut maintes fois son pendant dans l'histoire de la révolution américaine.

Le 6 juillet 1769, le gouverneur du Massachusetts envoie à l'assemblée provinciale un compte des dépenses faites par les troupes royales à Boston, en la priant de prendre les dispositions convenables pour que, sui* vaut l'acte de mutinerie, les fonds nécessaires pour y faire face soient fournis. Déjà, plusieurs fois, dans des circonstances analogues, le gouverneur s'était adressé à l'assemblée pour obtenir d'elle des allocations d'ar-

244 COMMEKCEMEKT DE LA RÊV0UiTIOK.

gent, mais chaque fois cellend avait éludé de répondre. Cette fois, la demande était si nette que l'assemblée ne pouvait se dispenser d'y donner une réponse. Après une dénonciation pleine d'indignati<m de Tacte en question portant que, c de tous les nouveaux règlements, sans en excepter Tacte du timbre, c'était le plus c excesêitemeni déraisonnable^ » les membres de cette assemblée formulèrent ainsi leur réponse au gouverneur : c Votre Excellence devra c nous excuser pour cette déclaration formelle. Comme c nous ne pouvons pas satis&ire à vos demandes sans € manquer à notre honneur ou à notre intérêt, et c beaucoup plus encore à notre devoir envers nos c électeurs, nous vous informons que jamais nous c n'affecterons aucune sonmie d'argent aux dépenses c indiquées dans vos messages. »

On comprend aisément, après Texposé de ces faits et de ces dispositions à l'insubordination, que des querelles ne pouvaient tarder à éclater entre les habitants de Boston et les troupes anglaises ; c'est ce qui arriva. Les soldats détruisaient régulièrement les montagnes de neige que les jeunes garçons de la ville .accumulaient sur le pré communal. Après s'être adressés, mais en vain, à leur capitaine, ceux-ci allèrent trouver le général Gage et lui formulèrent leurs griefs, t Quoi, € s'écria ce dernier, est-ce que vos pères vous auraient € enseigné la révolte et vous auraient envoyés ici € pour en faire parade? j — « Personne ne nous a € envoyés, lui répondit l'un d'eux ; nous n'avons jamais

« injurié vos troupes, tandis qu'elles ont volontaire- « ment écrasé nos montagnes de neige et brisé la « glace sur laquelle nous patinions. Nous nous sommes <r plaints, et ils nous ont appelés « jeunes rebelles » <r en nous disant de nous défendre nous-mêmes si « nous le pouvions. Nous en avons parlé aux capi- « taines, qui se sont moqués de nous. Enfin, hier, « pour la troisième fois, nos montagnes de neige ont <r été détruites, et nous sommes résolus maintenant à « ne pas le supporter davantage. * Le général Gage, se tournant vers un de ses officiers, fit cette remarque : € Les enfants de ce pays puisent l'amour de la liberté « jusque dans l'air qu'ils respirent. * Puis aux jeunes gens : « Vous pouvez aller, mes braves garçons, et « soyez certains que si mes soldats vous ennuient en- € core, ils seront punis. »

Mais bientôt une rixe très-grave eut lieu entre le peuple et les soldats. Dans la soirée du 5 mars 1770, une dispute s'éleva entre deux ou trois jeunes gens et autant de soldats, près du campement de ces derniers. Des mots on passa vite aux coups, et les soldats, ayant eu le dessus sur leurs adversaires, les poursuivirent jusque dans les rues. Immédiatement, les habitants prirent la défense de leurs concitoyens, et, s' armant de bâtons, ils assaillirent les soldats. La cloche d'alarme fut sonnée, et, en un clin d'oeil, une foule immense se réunit autour des bâtiments de la douane, menaçant de massacrer la sentinelle anglaise qui s'y tenait en faction. A la nouvelle de ces faits,

946 OOmiENCSICENT DE LA BÊYOLUTION.

la capitame Preston arriva avec un détachement pour protéger à la fois lliomme et le bâtiment; mais le peuple, dont la surexcitation était au comble, attaqua les c habits rougis p en leur lançant des pierres. L'officier anglais empêcha, aussi longtemps qu'ille put, ses soldats de tirer ; mais le tumulte augmentant, et la foule se pressant de plus en plus sur les soldats dont elle relevait les fusils avec ses bâtons, un commande* ment de c Feu !» se fit entendre, auquel les soldats obéirent. Plusieurs personnes tombèrent mortellement atteintes, et une dizaine furent blessées. Les tambours battirent alors aux champs ; enfin le gouverneur Eutchinson parut sur le lieu du tumulte, et persuada aux habitants de se disperser en leur promettant que justice leur serait rendue. — Le lendemain matiui l'hôtel de ville, Faneuil-Hall, appelé le c Berceau de la li« berté, > parce que les plus ardents partisans des droits des colonies y tenaient leurs réunions, était rempli d'une multitude indignée qui demandait le renvoi im* médiat des troupes. Le gouvernement dut y consenstir, et les deux régiments quittèrent la ville pour se rendre au château Guillaume. Les soldats qui avaient tiré sur le peuple passèrent en jugement, et, preuve évidente de l'esprit de justice et de droiture qui animait les révoltés américains, les deux hommes qui étaient le plus en opposition avec le gouvernement anglais, John Adams et Josiah Quincy, se chargèrent de leur défense. En dépit de l'agitation générale qui demandait satisfaction, la cour les acquitta tous, sauf

deux, qu'elle condamna pour homicide involontaire. L'un des juges du tribunal institué à cette occasion déclara publiquement qu'il était profondément affigé que l'affaire eût tourné à la confusion de ceux qui s'y étaient employés et à la honte de la ville tout entière.

Malgré cela, cette première effusion de sang ne fut jamais oubliée, et le « massacre de Boston » fît faire aux colonies un pas de plus vers la guerre de la révolution.

En 1771, la situation des habitants était devenue intolérable par l'augmentation progressive des taxes. Dans la Caroline du Nord, le gouverneur Tryon, qui avait dépensé les fonds de la province en se faisant construire un palais, fermait les yeux sur les irrégularités de ses subordonnés, qui exigeaient souvent jusqu'à quatre fois le paiement des taxes prescrites. De plus, les cours de justice refusaient de reconnaître les abus commis sur le peuple. C'est dans le but d'obtenir le redressement des torts dont souffrait la province qu'une association se forma, et que, prenant les armes, ses membres voulurent d'abord chasser le gouverneur. Celui-ci marcha contre eux, les défit le 16 mai 1771, et en tua plus de six cents* Quelques jours après, six colons, qui avaient été faits prisonniers, furent pendus, et leurs biens passèrent en la possession du gouverneur et de ses officiers.

Un an plus tard, se produisit, sur la côte de la baie de Narragansett, un fait qui eut aussi une importance très-grande sur la marche des événements. Le schoQ-

ner anglais € Gaspee » avait été préposé, sur cette partie du littoral, à la surveillance de la contrebande. Son capitaine, Dudingston, usait, dans l'exercice de ses fonctions, d'une sévérité exagérée, qui le fît prendre en haine, lui et ses hommes, par tous les habitants. — Le 10 juin 1772, un navire, transportant des voyageurs, quitta Newport sans en avoir prévenu le capitaine du € Gaspee. » Aussitôt celui-ci se mit à sa poursuite, et, pendant plus de 20 milles, lui donna la chasse. Dans sa rage, il négligea de consulter ses cartes, et, s'approchant trop près des côtes, son navire vint donner avec force sttr des roches, et échoua complètement en vue de Providence. La nouvelle de Tapcident survenu au « Gaspee )> se répandit vite dans la ville, et il s'organisa immédiatement un complot pour détruire le navire détesté. Dès que la nuit fut suffisamment obscure, huit bateaux remplis d'hommes se détachèrent du rivage et s'avancèrent sans bruit vers le € Gaspee. » A minuit, les conjurés grimpaient le long du navire, et, après une courte lutte, s'emparaient de tout l'équipage, qui était déposé à terre, sans subir de mauvais traitements, puis ils mettaient le feu au bâtiment. — Quoique les hommes qui firent partie de cette expédition fussent rentrés dans Providence en plein jour, le gouvernement n'en put connaître aucun, malgré la récompense de 1,000 liv. sterl. (25,000 fr.) promise aux dénonciateurs.

La destruction du « Gaspee » fut connue dans les colonies en même temps que la déclaration du gou-

vemement, qui qualifiait ce fait d'c acte de haute trahison, » et chacun se réjouit de ce que l'autorité anglaise, avec tout son attirail militaire, ne pouvait en connaître les auteurs.

EflFrayé du caractère de plus en plus grave que les événements prenaient chaque jour, le gouvernement rapporta les lois qui décrétaient des impôts, ne maintenant que celle sur le thé, et cela uniquement afin d'affirmer son droit d'établir des impôts. En outre, et pour engager les habitants à payer la taxe, le gouvernement conclut avec la Compagnie des Indes un arrangement par lequel le thé serait fourni à l'Amérique à un prix moins élevé qu'en Angleterre. Mais ce subterfuge, loin de calmer les esprits, les exaspéra encore davantage ; ce que les habitants refusaieut n'était point d'acquitter une taxe légère, mais ils voulaient défendre ce grand principe : que l'Angleterre n'avait pas le droit de les imposer quand ils n'étaient pas représentés pendant la discussion et le vote de ces taxes.

Au milieu de cette opiniâtre résistance des colonies aux prétentions de la métropole, nous retrouvons Franklin s' attaquant à l'Angleterre par l'ironie, tandis que ses concitoyens en arrivaient déjà aux actes. C'est à ce moment qu'il publia dans un journal anglais, le « Woodf ails public advertiser^ » son célèbre ^E dit prussien établissant les droits de la Pricsse sur l' Anglesterre, t> Dans cet écrit qu'il datait de Dantzig, 5 septembre 1773, il mettait en scène Frédéric, « par la grâce de Dieu roi de Prusse ; * ce monarque rappelait

d'abord que les premiers établissemeûts germaniqueB faits dans la Bretagne étaient des colonies de son peuple; il prétendait en conséquence lever un revenu sur ses colonies britanniques, et imposer à leur commerce et à leur industrie toutes les restrictions et toutes les entraves que l'Angleterre prétendait faire subir elle-même à ses colons d'Amérique. Il terminait naturellement en ordonnant la transportation de Tîla de Bretagne en Prusse, pour y être jugée et exécutée, selon la loi prussienne, de toute personne accusée d'op position au présent édit. Le signataire était : «Pour le roi en son conseil, le secrétaire, Rechtmœssig, » c'està-dire : qui est légal. Au commencement de Tannée suivante, Franklin publiait une nouvelle brochure intitulée: < Comment d'tm grand empire on peut faire %m petit Etat^ instruction présentée à un nouveau ministre (lord Hillsborough) à son entrée au pouvoir, » Dans cette sorte de code en XX articles, il indiquait au ministre tous les moyens dont il pouvait user pour indisposer les colonies : ne pas leur donner le droit commun, oublier leurs services, supposer toujours qu'elles veulent se révolter, choisir pour gouverneurs des gens prodigues, ruinés, ignorants, établir des taxes arbitraires, transporter les suspects dans la métropole, fatiguer les assemblées coloniales par des dissolutions perpétuelles, transformer les marins en

agents de douane, etc., etc < C'est ainsi, concluait- -

c il, que vous serez bientôt délivrés de l'ennui de gouc verner ces colonies lointaines; et toute la fatigue

€ que voua donne leur commerce et leur union vous < sera épargnée dès lors et à tout jamais \ > Les faits allaient bientôt donner raison h Franklin.

A la suite de la décision prise par le gouvernement de maintenir la taxe sur le thé, tout ce que les habitants purent inventer pour l'obliger à y renoncer fut mis en œuvre. A Charlestown, le thé envoyé d'Angleterre, ne trouvant aucun acquéreur qui consentît à payer les taxes, fut remisé dans des caves humides où il ne tarda pas à se gâter. Les navires chatgés de thé qui venaient d'arriver à New-York et à Philadelphie durent retourner avec leur chargement intact en Angleterre, à cause des menaces que la foule fit à leurs capitaines s'ils tentaient d'en débarquer. — A Annapolis, un brick étant arrivé pendant une séance de la cour, une grande multitude se rassembla sur le quai; elle témoigna par son irritation qu'elle se porterait à des violences certaines sur le capitaine et les consignataires, et menaça enfin de mettre le feu au vaisseau. Devant cette attitude de la foule, le propriétaire du navire alla s'adresser à M. Carroll de Carrolltown, homme d'un grand poids et d'une grande autorité dans la province, et lui demanda conseil. Celui-ci l'engagea à brûler son navire avec la cargaison jusqu'à la ligne de flottaison comme le meilleur moyen de satisfaire à la colère du peuple. Ce conseil fut aussitôt mis à exécution : les voiles étant carguées,

* Voir Laboulaye, Histoire des Etats-Unis,, U IL

le drapeau déployé au haut du grand mât, le brick fut brûlé au milieu des acclamations de la population.

A Boston, le peuple somma les agents que le gouvernement avait nommés pour recevoir et vendre le thé, de renoncer à leur emploi. Quelques-uns s'y refusèrent, mais la populace entoura leurs maisons, brisa les portes et les fenêtres, s'empara de leurs personnes, et les enduisant de goudron et de plumes, elle les promeoa par toute la ville.

Mais le fait le plus remarquable se passa dans la même ville, le 16 décembre 1773. Trois navires étaient entrés dans le port avec leur plein chargement de cette marchandise. Le peuple intima à leurs capitaines d'avoir à s'en retourner; les autorités anglaises s'y opposèrent. Là-dessus, plus de sept mille personnes se rassemblèrent dans Faneuil-Hall, puis, manquant de place, elles se transportèrent dans la « Vieille église du sud. » Après un débat des plus animés, on décida le capitaine de l'un des trois navires à se rendre auprès du gouverneur Hutchinson pour lui demander l'autorisation de repartir pour l'Angleterre. Toutes les remontrances, toutes les prières furent vaines; le gouverneur persista dans son refus, et lorsque le capitaine revint à l'assemblée pour lui communiquer la réponse du gouverneur, Samuel Adams se leva et dit : « Cette « réunion ne peut rien faire de plus pour sauver le « pays. * Le même soir, une troupe d'hommes déguisés en Indiens s'empara des navires, et vida dans la mer

le contenu de trois cent quarante-deux caisses de thé. Les quais étaient couverts d'une foule immense qui assistait avec joie à cette opération, et qui, lorsque tout fut fini, se dispersa tranquillement. — Au moment où avait été accomplie cette œuvre de destruction, l'amiral Montagne était en visite dans une maison d'où il avait pu suivre tous les détails de la scène. Apercevant ensuite la troupe de faux Indiens qui s'en retournait, il ouvrit une fenêtre et leur cria : « Très-bien, mes

< enfants, vous avez eu une belle nuit pour votre € équipée indienne, mais rappelez-vous que vous

< aurez à payer les violons. » — « Que cela ne vous « inquiète pas. Monsieur, lui répondit un des hommes; « si vous voulez venir jusqu'ici, nous réglerons ce « compte avec vous en deux minutes. » L'amiral n'eut garde d'accepter, et ce règlement de compte prit sept années d'une guerre sanglante et coûta des milliers d'existences et des millions d'argent.

La province de Massachusetts pressentit après ces faits qu'une action sévère serait dirigée contre elle : elle se prépara à la lutte. Un congrès provincial, aussitôt réuni, ordonna la création de dépôts d'armes, de munitions et d'équipements de guerre. Les hommes s'exercèrent aux manœuvres militaires, sous la direction de vieux soldats qui avaient servi dans les guerres contre les Français et les Indiens.

Les colons de la Nouvelle-Angleterre ne s'étaient point trompés, car, à la lecture des rapports qui lui furent envoyés d'Amérique, le roi se mit fort en co-

254 COMMENCEMEBïT DE LA RÉVOLUTION.

1ère, et ses ministres adoptèrent immédiatement des mesures de répression, dont la province de Massaclmsetts faisait le principal objet. Ils rappelèrent le gouverneur Hutchinson et nommèrent^ pour le remplacer, le général Gage, qui avait longtemps commandé les troupes de Boston. lies auspices sous lesquels ce dernier allait commencer son administration étaient peu encourageants, et il fallait qu'il se sentît la tête et le bras bien solides pour accepter le poste qui lui était donné. Son entrée en fonctions fut marquée par un incident qui dut certainement le faire réfléchir. Quelques notables avaient été lui présenter leurs compliments à propos de sa nomination comme gouverneur. La population en fut si outrée qu'elle le pendit en effigie. Le général Gage se mit aussitôt en mesure d'exécuter, comme il en avait reçu l'ordre, les nouveaux décrets du parlement anglais, qui interdisaient les réunions publiques, ordonnaient l'occupation de la ville par des troupes, et prescrivaient que toute personne accusée d'un crime ou d'une offense Ait transportée en Angleterre pour y être jugée. En faisant passer cette dernière ordonnance, le gouvernement semble avoir été à l'avance convaincu que de nouveaux conflits éclateraient entre les troupes et la population : il ne voulait pas exposer ses oflScrers ou ses soldats à être jugés et condamnés par un jury américain. Les éloquentes protestations du colonel Barré ne réussirent pas à empêcher le parlement de la voter, et un bill décida que fous les officiers de finances^ les

magistrats et les soldats poursuivis pour meurtre seraient jugés soit en Massachusetts, soit en Nouvelle- Ecosse, soit en Grande-Bretagne. « C'était, comme le « dit justement M. Laboulaye, un bill d'indemnité « pour tout excès commis contre les citoyens. * — Entre toutes la plus sévère des lois votées à cette occasion, gur la proposition de lord North, est celle connue sous le nom de Bill du port de Boston^ qui ordonnait la fermeture du port de cette ville. Un membre du parlement, lorsqu'elle fut discutée, l'avait qualifiée de « loi propre à réduire l'Amérique en esclavage. * Cette protestation et celles de quelques autres membres de l'assemblée ne purent prévaloir contre les affirmations de lord North et de ses partisans, qui proclamaient qu'on ne retrouverait jamais l'obéissance « tant qu'on n'aurait pas détruit ce nid de saute- « relies. > — «r II n'y a là-bas ni gouvernement, ni « gouverneurs, s'écriait le jeune lord Germaine : tout € y est conduit par une bande tumultueuse et querelc leuse, qui ferait mieux de s'occuper de ses aflFaires € que de se mêler de politique et de gouvernement où « elle n'entend rien. » Un des membres de la Chambre des communes, Eose FuUer, proposait d'arrêter immédiatement le débat entre les colonies et la métropole, en en supprimant la cause ; il demandait l'abolition des droits sur le thé, montrant qu'on s'exposait, pour un grain de poivre, à perdre un empire. Mais, pour TAngleterre, c'eût été reconnaître la légitimité des résistances de l'Amérique, et la proposition de Eose

Fuller fut naturellement écartée, malgré un admirable discours d'Edmond Burke.

C!omme le commerce était à cette époque la principale ressource des Bostoniens, le bill du port de Boston eut un effet désastreux sur toutes les afl&dres, qui se trouvèrent par le ÉEut arrêtées. Bientôt, de tous côtés, des preuves de sympathie arrivèrent à Boston, et les secours matériels ne lui manquèrent pas non plus. Ck)nsidérant la cause des Bostoniens comme une cause commune à toutes les colonies, les autres provinces leur envoyèrent une grande quantité de dons en nature et en argent. Les marchands de Marblehead et de Salffln ne voulurent pas profiter de la ruine de leurs compatriotes, et, oubliant tout esprit de concurrence, leur offirirent leurs quais pour y continuer leurs transactions. Wyndham, province de Connecticut, envoya à Boston un cadeau de deux cent cinquante moutons: Schoharie, province de New- York, plus de cinq cents boisseaux de blé. Les colonies du sud envoyèrent de la farine et du blé, et beaucoup de villes voulurent soulager la misère des pauvres de Boston en envoyant de fortes sommes d'argent.

Lorsque le gouvernement constata les résultats de ses décrets, il fut bien forcé de reconnaître qu'il avait manqué son but. Il avait cru effrayer les colonies par les mesures rigoureuses et exceptionnelles qu'il avait prises à l'égard de Boston; il avait pensé les désunir et voici qu'au contraire sa sévérité excessive les faisait se rapprocher plus étroitement encore et qu'elles se regar-

daient toutes comme lésées par le préjudice considérable porté aux intérêts des Bostoniens par la fermeture de leur port.

Le jour où la loi concernant le port de Boston devait entrer en vigueur (1" juin 1774) fut observé à Hartford, province du Connecticut, comme un jour de deuil public. On tendit l'hôtel de ville de draperies noires, une copie de la loi y fut collée et les cloches tintèrent pendant toute la journée.

Les bourgmestres de la Virginie siégeaient dans l'ancien capitole de Williamsburg quand ils reçurent communication de la loi du port de Boston. Aussitôt Patrick Henry se leva et prononça ces paroles mémorables qui furent répétées comme un mot d'ordre dans toutes les colonies : « Je ne sais ce que les autres € décideront, mais, pour ce qui me concerne, donnez- « moi la liberté ou h. mort ! » L'assemblée vota que le jour où cette loi inique entrerait en vigueur, serait un jour de jeûne et de prières pour toute la province. Informé de cette résolution, le gouverneur ordonna la dissolution de l'assemblée dont les membres se transportèrent sur-le-champ à la taverne du Vieux Raleigh. Une foule immense les escorta, et, ayant repris leur délibération, ils déclarèrent unanimement que le châtiment infligé à la province de Massachusetts s'étendait à toutes les provinces et menaçait tous les droits, « si la sagesse réunie des colonies n'y prenait garde. » Vers ce même temps, la devise de Franklin représentant un serpent coupé en morceaux, avec ces mots :

€ Uniâsez-vous ou mourez, > se répandit et fut adopitée par toutes les colonies.

Trois mois après la fermeture de son port, la ville de Boston était devenue bien différente de ce qu'elle était avant Texécution de ce décret. Le général Gag^, commandant en chef de toutes les forces militaires d'Amérique et gouverneur de la province, avait, par morsure de précaution, fait fortifier et occuper par ses troupes l'isthme qui sépare Boston du continent. Les quais étaient déserta, et dans le port il n'y avait que des navires de guerre de la marine anglaise. Les ouvriers étaient sans ouvrage, et les plus pauvres familles tiraient leur nourriture et de petites sommes d'argent des contributions volontaires envoyées par les autres colonies. Tous les soirs avaient lieu des réunions privées, fréquentées par des citoyens patriotes ; on y commentait les nouvelles du jour, et Ton y arrêtait de nouveaux plans de résistance. Enfin, poussés par la nécessité de sortir de cette situation intolérable que venaient de leur faire les ordonnances du gouvernement anglais, les habitants influents de la province de Massachusetts proposèrent la réunion d'une assemblée générale des députés de toutes les colonies.

Le 5 septembre 1774, le premier congrès continental s'assembla à Philadelphie. Cinquante-trois députéa avaient répondu à Tappelj m^is aucun ne se préscDta pour la Géorgie, qui ne prit part que dans la suite au^ délibérations communes. La faveur publique dont fut entourée cette asswiblée lui donna, dès l'origiAe, upe

autorité et* une force d'opinion propres à vaincre toutes les résistances particulières. Les choix avaient été faits parmi les hommes les plus dévoués à leur pays, sans qu'aucune uniformité eût présidé au mode de leur élection : ils avaient été choisis, ici, par des assemblées coloniales, là, par des comités. 11 n'y avait non plus aucune ressemblance dans les mandats dont ils étaient chargés, mais tous avaient reçu cependant des pouvoirs presque illimités. — La première réunion surtout fut empreinte d'une grave solennité. Chacun semblait avoir conscience de la haute responsabilité qui lui était imposée. Le congrès (c'est le nom que prit aussitôt l'assemblée) choisit pour président Peyton Randolph, de la Virginie, et, pour secrétaire, Charles Thomson. On décida ensuite, contre l'avis de Patrick Henry, qui prétendait représenter l'Amérique, et non plus les colonies, que l'on voterait par colonie^ et que chaque colonie n'aurait qu'un vote. Enfin, on arrêta que les délibérations seraient secrètes, et qu'on ne publierait que les résolutions. Le premier acte important du congrès fut de rédiger une déclaration approuvant la raison et le courage avec lesquels on avait résisté aux décrets ministériels, et affirmant que c'était le devoir de tous les Américains, non-seulement de contribuer au soulagement de ceux qui en souffraient, mais aussi de les aider à se défendre contre les violences dont on pourrait user pour mettre ces décrets à exécution. En outre, on vota une résolution portant que le transport en Angleterre, pour y être jugé, d'un

200 COMlfBNCEMENT DE LA RÉVOLUTION.

Américain accusé de quelque délit commis en Amérique, autorisait et justifiait la résistance et les représailles. — Conmie il est facile de se l'imaginer, la grande préoccupation des habitants de Boston, pendant la session de cette assemblée, était d'apprendre quelles décisions y avaient été prises ; aussi ceux qui recevaient des nouvelles de Philadelphie s'empressaientils de se rendre dans les clubs, où on en faisait la lecture à haute voix.

Il ne faudrait pas croire cependant que tous les habitants de Boston et des autres villes montraient le même acharnement contre 1* Angleterre. Parmi eux, il s'en trouvait qui regrettaient le caractère qu'avaient pris les événements : ils disaient qu'on avait tort de résister au roi, que cela n'aboutirait qu'à la ruine des colonies, et ils cherchaient à persuader aux patriotes d'écouter et de suivre leurs conseils. Généralement, c'étaient des personnes riches ou qui remplissaient des emplois sous le gouvernement et qui, à cause de cela, avaient tout à perdre avec la guerre. On les appelait « tories. » Par les doctrines qu'ils prêchaient et qui étaient si contraires au sentiment général, ils se firent détester de leurs compatriotes, et beaucoup durent quitter les colonies-unies pour aller vivre dans la Nouvelle-Ecosse, qui ne s'était point associée au mouvement révolutionnaire des autres provinces ; d'autres, retenus par la crainte de perdre leurs biens, modifièrent et changèrent même leurs opinions politiques.

La seconde séance du congrès s'ouvrit par une

prière, et Ducté, ministre de l'Église épiscopale de Philadelphie, lut le psaume XXXV, qui était le psaume du jour :

a Sois l'adversaire, ô Éternel, de mes adversaires ! « Combats ceux qui me combattent! Saisis le bouclier « et la ronde hache, et lève-toi pour m'assister !

« Tire ta lance et ta hache contre mes persécuteurs ! € Crie-moi : Je suis ton aide!... *

Les députés déclarèrent, après en avoir délibéré, qu'il n'était dû aucune obéissance aux récents décrets du parlement, et lorsque l'assemblée provinciale de Massachusetts demanda leur approbation pour les mesures qu'elle venait d'arrêter, leur remettant en même temps un long exposé des griefs des colonies contre la métropole, le congrès approuva intégralement son message et encouragea les habitants de Massachusetts à persister dans la voie qu'ils avaient suivie jusque-là.

C'est le 14 octobre que fut votée à l'unanimité une déclaration des droits des colonies. Les députés commencent par rappeler qu'ils se sont réunis afin de pourvoir à la défense de la religion, des lois et des libertés des colons. Puis suivent les articles de la déclaration elle-même, dont nous indiquerons les principaux :

L — « Ils ont droit à la vie, à la liberté, à la pro- « priété, et n'ont cédé à aucun pouvoir étranger, « quel qu'il soit, le droit d'en disposer sans leur aveu.

IL — « A l'époque où ils émigrèrent de la mère- « patrie, nos ancêtres, qui, les premiers, fondèrent

c ces colonies, étaient en juste possession de tous les « droits, libertés et immunités qui appartiennent aux « sujets nés dans le royaume d'Angleterre.

III. — € En émigrant, ils n'ont ni abdiqué, ni perdu c aucune de ces libertés; leurs enfants ont aujourd'hui « le droit d'en jouir et d*en user autant que leur situac tion leur en permet la jouissance et l'exercice.

ÏV. — € Le fondement de la liberté anglaise et de c tout libre gouvernement est le droit qu'a le peuple c d'avoir une part dans sa législation. Les colons c anglais ne sont pas représentés et ne peuvent pas € l'être dans le parlement anglais ; ils ont droit d'exer- « cer librement, et à l'exclusion de qui que ce soit, c ]a puissance législative dans leurs assemblées proc vinciales

c Mais, vu les nécessités actuelles et eu

€ égard à l'intérêt mutuel des deux pays, nous con- « sentons de grand cœur aux effets produits par les c actes du parlement anglais, lorsque, de bonne foi, € ces actes se bornent à régulariser notre commerce € extérieur, afin d'assurer à la mère-patrie les avan- € tages du commerce de tout l'empire et de garantir c en même temps les intérêts commerciaux de tous m ses membres.

« Mais nous excluons toute idée de taxe intérieure ou € extérieure qui aurait pour objet de lever un revenu c sur les sujets d'Amérique sans leur consentement.., * c >

Dans les articles suivants, les députés énumèrent

les diflférents droits des colons, droit d'être jugés par leurs pairs et voisins, droit aux bénéfices des statuts anglais qui existaient au temps de la colonisation, droit à tous les privilèges et immunités qui leur ont été accordés par chartes royales ou assurés par les différents codes des lois provinciales, droit de s'assembler paisiblement, d'examiner leurs griefs et d'adresser des pétitions au roi, — Enfin, ils protestent contre le maintien, en temps de paix, d'une armée permanente dans les colonies sans le consentement de la législature de la colonie où Tarmée est établie, et ils déclarent inconstitutionnel de remettre Texercice du pouvoir législatif à un conseil nommé par la couronne, et révocable à volonté*.

Depuis le début de la crise, les meneurs du parti de la résistance ne cessaient d'envoyer des adresses soit au roi, soit au peuple anglais, soit aux colonies ellesmêmes, entre lesquelles ils cherchaient de plus en plus à établir les liens d'une union indissoluble. On ne saurait trop admirer la modération de ces documents, modération qu'on ne peut rencontrer que chez un peuple assez fort de son droit pour ne pas se montrer violent.

Tel est le caractère de l'adresse au roi, rédigée au nom du congrès par Dickinson : « Gracieux souverain, « au nom de votre peuple d'Amérique, permettez-nous « de vous implorer; pour l'honneur du Dieu tout-puis- « sant dont nos ennemis attaquent la pure religion ;

i Voir Laboulaye, Histoire des Etats»UniSf t. IL

« pour votre gloire, qui ne peut grandir qu'en rendant € VOS sujets heureux et unis ; pour Tintérêt de votre € famille, qui dépend de son attachement aux princ cipes qui lui ont valu un trône ; pour le salut et le € bien-être de vos royaumes menacés de dangers et c de malheurs inévitables, que Votre Majesté, père € d*un peuple qui habite des pays divers, mais que € réunissent les mêmes lois, la même loyauté, la € même foi, le même sang, que Votre Majesté ne laisse c pas briser ces liens sacrés pour atteindre un résultat c douteux et qui, s'il était atteint, ne vaudrait jamais € le prix qu'il aurait coûté. * Est-ce là le ton de la révolte ou celui de la prière et de la soumission ? — Dans un appel fait aux habitants de toutes les colonies pour les inviter à unir leurs eflFbrts à ceux des provinces qui s'étaient déjà révoltées, Richard Henry Lee, l'auteur de cette adresse, disait : « Mettez donc tout votre € zèle, toute votre énergie à soutenir les mesures paf cifiques prises pour votre salut; mais n'oubliez -pas « (notre devoir nous force à le dire) que les plans for- € mes contre les colonies ont été suivis de telle sorte € qu'il est prudent de prévoir des circonstances dou- € loureuses et d'être prêt à tout événement. > — Il faut enfin citer l'adresse de John Jay, député de la colonie de New-York, qui, certes, par la fermeté, la modération, et nous dirions même par la grandeur, est supérieure aux adresses précédentes.

Le 26 octobre 1774, apïès une session de cinquante et un jours, le premier congrès général des provinces

américaines se sépara; il avait décidé qu'une seconde réunion serait tenue le 10 mai suivant.

A partir de ce moment, les Américains poussèrent avec diligence les préparatifs en vue de la guerre. Des compagnies de soldats appelés c Minute-Men > furent organisées. Partout on recherchait des armes pour les futurs défenseurs du pays ; dans les conversations, il n'était question que des moyens de s'en procurer, et lorsqu'une ordonnance rendue en Angleterre interdit l'exportation en Amérique de fourniments militaires, les habitants s'occupèrent activement à les fabriquer chez eux. Suivant les recommandations expresses du congrès, toutes les autres colonies prirent un vif intérêt à l'affaire de la province de Massachusetts, et le maintien de la paix ou la déclaration de la guerre sembla dépendre entièrement des actes accomplis ou à accomplir dans cette province, qui d'un côté de TAtlantique était considérée comme le foyer de la rébellion, et, de l'autre , comme le centre d'une résistance très-honorable. Les relations commerciales avec l'Angleterre furent définitivement suspendues; l'importation dut cesser au l'"* décembre 1774, mais comme les colons étaient débiteurs de la Grande- Bretagne, on fixa le dernier délai pour l'exportation au l*"" décembre de l'année suivante, pour permettre aux colons d'acquitter leurs dettes, les colonies tenant à rester dans le droit jusqu'au bout. Enfin tout annonçait la prochaine explosion de la guerre et il ne fallait qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

i66 COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION.

Que faisait T Angleterre en présence des événements qui commençaient à agiter le Nouveau Monde? — Le parlement s'était réuni le 29 novembre 1774 sous rimpression des nouvelles qui arrivaient de Tautre côté de rOcéan ; aussi la politique de guerre triompha* t-elle facilement. La Chambre des lords et la Chambre des communes commencèrent par voter une adresse au roi qu'elles engagèrent à réprimer toutes les tentatives de révolte du Massachusetts ou des autres colonies. Puis, dans un ordre d'idées contraires, lord Chatam prit la parole à la Chambre des lords, le 20 janvier 1775, pour demander qu*on invitât le roi par une nouvelle adresse à retirer les troupes d'Amérique : « N'est-il pas évident, disait-il, qu'unis comme « ils sont, vous ne pouvez les forcer à une honteuse

« soumission ! justice, politique, dignité, pru-

« dence, tout vous crie d'apaiser l'Amérique en reti- « rant vos troupes de Boston, en révoquant vos lois, « en témoignant aux colonies des dispositions ami- « cales. A persévérer dans vos mesures ruineuses, tous « les dangers, tous les hasards vous menacent; la € guerre étrangère est suspendue sur vos têtes par un « fil ; la France et l'Espagne surveillent votre conduite, « elles n'attendent que la maturité de vos erreurs. »

Malgré l'appui que lui prêta lord Cambden, la motion de Chatam fut repoussée. Sans se décourager, Chatam s'adressa à Franklin pour rédiger avec lui un projet de € vraie réconciliation et d'accord national » qu'il soumit au parlement le P' février 1775. Ce qu'il

demandait, c'était la révocation des statuts dont TAmérique se plaignait; c*était la renonciation au droit de taxation, mais à la condition que les colonies reconnaîtraient à l'Angleterre le droit de régler leur commerce. Sa proposition réunit cette fois un tiers des voix. Lord North y répondit par ce qu'on a appelé la € branche d'olivier de lord North : )^ d'après la proposition ministérielle qui fut adoptée, les colonies étaient laissées libres de voter les fonds pour leur dépense commune, pour l'administration civile et judiciaire; si le roi jugeait le crédit voté suffisant, il ne lèverait pas d'autre impôt sur les colonies que les droits pour le règlement du commerce. — Les partisans de la conciliation firent un dernier et inutile effort : le 22 mars 1775, Burke, l'ami de Chatam, demanda le retrait des lois récentes, et pour les colonies le droit de se taxer elles-mêmes : « Ce sont les libertés de « l'Angleterre qui ont fait l'Amérique ce qu'elle est, « dit-il en terminant ; ces libertés seules la feront ce « qu'elle doit être. C'est avec une foi entière dans cette « inaltérable vérité que je pose aujourd'hui la pre- « mière pierre du temple de la Paix ! i>

L'attention des puissances européennes était fortement attirée par cette Jutte dont les résultats pouvaient être si importants. La morgue de la Grande-Bretagne, qui prétendait à la prédominance sur toutes les mers, faisait que la possibilité d'une rupture complète entre elle et ses colonies était envisagée avec satisfaction par les autres puissances européennes, et ses actes

étaient généralement considérés comme justifiant une semblable espérance. Le grand roi de Prusse Frédéric les commentait ainsi, lorsqu'un jour il en causa avec un gentUhomme anglais : c C'est une chose difficfle € que de gouverner des hommes par la force à une € telle distance. Si les Américains sont battus, ce qui € me paraît très-problématique, il n*en sera pas < moins impossible d'en tirer, par des impôts, un € revenu. Si vous cherchez à vous réconcilier avec « l'Amérique, quelques-unes de vos mesures sont « trop sévères; si vous cherchez, au contraire, à la « soumettre, elles sont trop douces. Enfin, Monsieur, « je ne comprends pas ces choses-là; je n'ai point de « colonies; j'espère que vous vous tirerez bien de € TaflEaire, mais elle me paraît un peu épineuse. >

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