‹ Histoire des États-Unis d'Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 41 sur 82 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Seconde réunion du congrès continental. Décisions prises par cette assemblée. Création du papier-monnaie. Nomination de George Washington au commandement en chef de Tarmée américaine. Premières années de la vie du général Washington. Description de Tarmée américaine. Situation de Tarmée anglaise dans Boston. Bombardement de Boston par Tarmée continentale. Evacuation de la ville par les Anglais. ~ Le gouvernement anglais augmente le chiffre de son armée. Mercenaires employés dans Tarmée anglaise. — Réflexions du docteur Franklin touchant le temps et Targent nécessaires à la Grande-Bretagne pour soumettre ses colonies. Le congrès songe à déclarer Tindépendance des colonies.

Avant la bataille de Bunker-Hill, le congrès continental avait déjà déclaré l'armée provinciale qui assiégeait les Anglais dans Boston, armée nationale, et avait voté la levée dans les autres provinces de troupes complémentaires. Le 10 mai 1775, le congrès continental se réunit pour la seconde fois à Philadelphie, malgré les ordres expédiés par le ministère anglais aux gouverneurs provinciaux pour en défendre la réunion. Cette fois^ les élections se firent presque partout par des conventions populaires; comme elles précédèrent la rencontre de Lexington,

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les mandats donnés aux députés eurent un caractère pacifique. Franklin, qui avait quitté l'Angleterre lorsque les aSaires de sou pays avaient pris une certaine gravité, et était arrivé à Philadelphie cinq jours auparavant, fut nommé à l'unanimité, par l'assemblée de la province de Pennsylvanie, délégué au congrès. Convaincu alors de l'impossibilité d'une réconciliation, il consacra dès ce moment toute son énergie à la résistance et au succès de la lutte engagée pour l'indépendance des colonies. Il s'occupa constamment de stimuler le patriotisme de ses compatriotes, les poussant h résister aux ordonnances anglaises et activant ainsi les progrès de la révolution. — Peyton Bandolph fut réélu président du congrès, et Charles Thomson, secrétaire. Mais Bandolph donna bientôt sa démission, et fut remplacé par Jol^n Hancock, riche négociant de Èoston, qui, comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, s'était signalé tout particulièrement à la haine et ik la vengeance de l'Angleterre. Au sein du congrès, les mesures militaires étaient votées concurremment avec les protestations de loyauté au roi. Ses membres déclaraient qu'il fallait laisser entrer les troupes à New-York, tout en restant sur la défensive et en se préparant à soutenir la lutte en cas d'attaque. Le 26 mai, l'assemblée décidait qu'on devait mettre les colonies sur le pied de défense, et, en même temps, elle arrêtait que des négociations seraient ouvertes « afin d'accommoder les malheureuses disputes qui € existaient entre la Grande-Bretagne et les colonies, i

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Deux adresses étaient, en outre, envoyées, Tune au roi, et l'autre au peuple anglais. Dans ces deux adresses, les délégués déclaraient qu'ils avaient gémi de ce qu'ils avaient été obligés de faire, et qu'ils n'avaient pas appris à se réjouir d'une victoire remportée sur les Anglais. Pour soutenir la lutte, le congrès vota la levée d'une armée de vingt mille hommes, l'émission d'un papier-monnaie garanti par toutes les colonies, Tarrêt de toute exportation de provisions aux stations de pêches anglaises, ainsi qu'à toute colonie ou île qui continuait à obéir au gouvernement anglais, enfin la création de la poste dont la direction fut confiée au docteur Franklin.

C'est d'après les conseils de cet homme illustreque le papier-monnaie fut adopté par le congrès, et Franklin se servit de son influence sur la population pour lui faire accepter une mesure sans laquelle la résistance à la Grande-Bretagne eût été faible et de courte durée. La première émission de papier-monnaie eut lieu le 25 juillet suivant, pour la somme de trois millions de dollars (15,000,000 de francs), sous la promesse d'échanger les billets pour de l'or et de l'argent dans l'espace de trois ans. Vers la fin de 1776, une nouvelle émission de vingt-un millions de dollars fut faite. Le congrès commença alors à se sentir très-embarrassé, ne sachant pas s'il serait jamais possible de racheter une aussi forte somme de billets; ses membres s'adressèrent en cette circonstance à Franklin, qui leur fît la réponse sui-

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vante : < Ne vous désolez pas à ce sujet. Continuez à « émettre votre papier-monnaie aussi longtemps que c son émission paiera pour le papier, l'encre et l'im- € pression, et nous serons capables, par ce moyen, « de liquider toutes les dépenses de la guerre. >

Dans une des séances postérieures du congrès, John Âdams, après avoir rappelé les qualités nécessaires k un général en chef, proposa inopinément de nommer à cette haute fonction le colonel George Washington, présent à cette réunion, comme représentant de la Virginie. Quoique tous les membres de ' l'assemblée fussent assez surpris de cette proposition à laquelle ils ne s'attendaient pas, cependant leurs suffrages unanimes ratifièrent ce choix.

Le colonel George Washington, qui venait d'être appelé par ses compatriotes à ce poste aussi glorieux que difficile, était un riche habitant de la Virginie. Né dans le comté de Westmoreland (Virginie), le 11 février 1732, il avait alors quarante-trois ans. II est à remarquer que beaucoup des hommes qui s'illustrèrent en Amérique n'ont reçu qu'une éducation élémentaire, et ont été, en quelque aorte, les fils de leurs œuvres. Comme plus tard Lincoln, il fut d'abord arpenteur, mais, contrairement à Franklin et h Lincoln, il n'eut jamais que peu de goût pour l'étude des livres; né pour la vie active, il préféra étudier les hommes et les choses tels qu'ils se présentaient à ses yeux, tels qu'il les voyait dans la vie de chaque jour. Doué de qualités plus réelles qu'éclatantes, il gagne

à être connu ; au premier abord, il n'impose pas l'admiration : c pareil, comme on l'a très-bien dit, à ces € monuments dont la grandeur ne frappe pas au pre- « mier coup d'œil, précisément à cause de la parfaite « harmonie de leurs proportions, et parce qu'aucune « partie n'étonne le regard. * C'est pour cela qu'on a

pu l'appeler « le plus raisonnable des grands hom- « mes *. » — L'armée ouvrait une vaste carrière à son activité. En 1754, il conduit cette malheureuse affaire de la vallée de TOhio, où fut tué le capitaine français Jumonville. En 1755, il se distingue dans la guerre du Canada, et particulièrement le jour de la défaite du général Braddock, dont il était l'aide de camp : à la tête de la milice provinciale, il couvrit la retraite des troupes anglaises et les sauva d'une destruction certaine. Après cette belle conduite, il avait été nommé colonel et commandant de toutes les troupes de la Virginie. Il sortit bientôt du service et épousa une jeune veuve, mistress Martha Curtis, dont il adopta les deux enfants. Nommé à l'assemblée de Williamsburg, il y reçut, ainsi que nous l'avons vu, les félicitations du président Eobinson. De 1760 à 1773, sans négliger ses devoirs de. député, il se livra aux occupations paisibles de l'agriculture sur les bords du Potomac, améliorant les conditions de sa propriété de Mont-Vernon, dont il avait hérité à la mort de sa mère. Il est prouvé, par sa correspondance, qu'il était sincèrement désireux

i Théodore Fabas, Encyclopédie nouvelU.

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de maintenir intacts les liens qui unissaient les coloniea à la mère-patrie, mais lorsque la rupture sembla înévitable et que la voix du pays appela tous ses enfants à délibérer et à agir poor la conservatioa de leur indépendance, Washington quitta ses occupations &vorites et se joignit au premier congrès de Philadelphie. Son haut caractère et la part remarquable qu'il avait prise dans la dernière guerre le firent nommer membre de tous les comités où la bcience mîlittùre était nécessaire. L'honneur que lui faisait le congrès en lui remettant le commandement en chef des forces américaineâ le toucha, mais il ne l'accepta qu'avec timidité. « Je sens, dit-il h ses collègues, que mes talents

< et mon expérience militaire ne répondront peut-être « pas à l'étendue et à la grandeur de la mission qui c m'est confiée. Cependant, puisque le congrès le € demande, je me soumets à ce devoir difficile, et je « ferai tous mes efforts pour servir le congrès et pour « défendre une si belle cause. Je prie le congrès de « recevoir mon remerciement cordial pour ce grand t témoignage de son approbation. Mais s'il survient

< quelque événement malheureux et contraire à ma ■ renommée, je demande à tous les membres de cette « assemblée de se souvenir qu'aujourd'hui je déclare, « avec la sincérité la plus absolue, que je ne me juge ( pas à la hauteur du commandement dont on m'hof nore. i Le congrès lui témoigna sa confiance eu ne lui donnant que les instructions les plus générales : € que votre soin principal soit que les libertés de l'Âme-

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€ rique ne reçoivent pas de détriment. » Par son langage, comme par son attitude, le congrès rappelait l'ancien sénat de Rome; nous ajouterons qu'il annonçait la Constituante de 1789. Dans la même séance, le congrès nomma quatre majors-généraux, Artemas Ward, Charles Lee, Philippe Schuyler et Israël Putnam.

Le 2 juillet 1775, le général George Washington rejoignit l'armée continentale à Cambridge, devant Boston, et prit possession de son nouveau poste. Le . lendemain, se tenant sous le fameux orme, connu depuis sous le nom d'corme de Washington, » il passa une revue générale des troupes dont il avait accepté le commandement en chef. Il est facile de s'imaginer avec quelle curiosité chacun des soldats regardait le célèbre officier. La description que nous trouvons dans quelques ouvrages de l'extérieur du général nous apprend que c'était un homme haut de plus de six pieds, large de carrure et vigoureux, un peu lourd peut-être dans ses mouvements. Suivant la coutume du temps, il portait un habit de drap bleu avec revers en buffle, une culotte et un gilet en buffle, des bas de soie, des épaule tt es et un chapeau à cornes, sur lequel il avait attaché une cocarde noire.

Quant à Tarmée dont il venait de prendre le commandement, il est difficile de dire si elle méritait ce nom. La valeur qu'elle avait montrée dans les combats précédents l'autorisait à le prendre, mais elle ne présentait véritablement qu'une agglomération de qua-

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torze mille hommes venus de différents points de la contrée, n'ayant ni discipline, ni uniforme. Chacun était là comme il était parti de chez lui, l'un dans sa vieille veste de travail, un autre en manches de chemise, et presque tous armés de fusils de chasse, dont deux à peine étaient du même calibre. Quelques-uns, principalement les hommes venus de la Virginie, portaient des vêtements de chasse ËGiits en drap brun de Hollande, avec ces mots brodés sur la poitrine : c Li- - berté ou la mort. » Us vivaient comme ils pouvaient ; se bâtissant des huttes de branchages, et, quant à leur nourriture, elle était des plus grossières, et ils s'estimaient encore heureux lorsqu'elle ne leur faisait pas complètement défaut. La poudre était si rare que c'était à grand'peine qu*on parvenait à donner neuf cartouches par jour à chaque soldat. C'est ce qui faisait dire au général Washington écrivant au congrès : « Notre situation, en ce qui concerne les provisions de « poudre, est beaucoup plus alarmante que je n'en € avais Tidée. * Le secrétaire de Washington, dans im rapport sur les besoins de Tarmée, disait : c Pres- € que toute la poudre de Tarmée est logée dans les c boîtes à cartouches. » — La première chose à laquelle s'appliqua Washington fut d'organiser ses troupes et de leur faire donner les équipements dont elles manquaient. Heureusement les captures faites par les Américains sur les magasins anglais lui facili- '• .^rent grandement cette dernière besogne, mais la poudre manquait toujours. Aussi, au lieu d'attaquer

Boston, se contenta-t-il de renforcer ses positions autour de la ville, où le général Gage et toute Tarmée anglaise étaient renfermés.

Pendant tout Tété et Tautomne, il n'y eut que des escarmouclies autour de Boston. Des navires transportant des munitions et des vivres aux assiégés tombèrent entre les mains des corsaires armés par les Américains. Voulant user de représailles, les vaisseaux de guerre anglais se mirent à bombarder les villes et les villages situés sur la côte, entre Boston et Halifax, et incendièrent ainsi la ville de Falmoutb, aujourd'hui Portland.

A l'intérieur de Boston, la situation des Anglais s'était aggravée par une épidémie de petite vérole et par la privation de nourriture et de combustible. L'hiver avait été rude : pour se chauffer, ils durent abattre quelques vieilles maisons (à cette époque, toutes les maisons étaient en bois), et ils renvoyèrent beaucoup d'habitants hors de la ville comme des bouches inutiles. Quelques églises furent converties en casernes, et de l'hôtel de ville, Faneuil-Hall, ils avaient fait un théâtre. Un soir, que les officiers anglais assistaient, à ce théâtre, à la représentation d'une pièce intitulée : « Le Siège de Boôton, i> dans laquelle on faisait figurer le général Washington, affublé d'une immense perruque, et traînant un long sabre rouillé, feuivi d'un paysan portant un fusil hors de service, tout à coup un sergent parut sur la scène et cria : « Les Yankees attaquent nos fortifications de Bunker-Hill. i> Dans le premier in-

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stant, les spectateurs crurent que cette exclamation faisait partie de la pièce, mais quand le général Howe se leva et dit : t Officiers, à vos postes ! » l'illusion fut dissipée, et la salle prompt ement vidée.

L'attaque dont il était ainsi question n'eut aucun résultat sérieux, car les difficultés de la situation du général Washington étaient si grandes que la cause qu'il défendait eût été désespérée s'il eût eu affaire à un adversaire énergique. Lorsque leur temps de service militaire expirait, les soldats américains devaient être remplacés dans l'armée par de nouvelles recrues, mais l'ardeur enthousiaste qui avait conduit les premiers soldats sur les champs de bataille était bien abattue : le désir de rentrer chez soi prévalut sur le sentiment du devoir, et graduellement l'armée diminua. D'autre part, la population des colonies, trompée par des rapports exagérés sur les moyens d'action du général Washington, commençait à murmurer contre son inactivité. La triste et dangereuse situation dans laquelle il se trouvait avec son armée fit supporter en silence à Washington toutes les attaques contre son courage plutôt que de se justifier en exposant ses besoins. Il n'était pas insensible aux effets que son manque d'énergie apparent produisait sur l'esprit public, mais il savait que, s'il en révélait la cause, il amènerait une ruine certaine. — Néanmoins, poussé par le congrès, il se décida à tenter un grand coup. Il établit une batterie d'artillerie sur les hauteurs de Dorchester, qui dominent Boston, et, dans la soirée du 4 mars 1776, il ouvrit un feu violent

sur la ville. Les Anglais y répondirent, et, pendant toute la nuit, l'on n'entendit que le grondement des canons et l'explosion des obus. Au matin, la position des Anglais n'était plus tenable ; le général Gage perdit tout espoir de déloger les Américains de leurs retranchements, car ceux-ci avaient encore profité de Tobscurité pour se fortifier sur les collines environnantes. Le général Gage (communiqua avec l'amiral commandant les navires de guerre anglais, qui, malgré le feu que les Américains dirigèrent immédiatement sur ses vaisseaux, s'avança devant Boston. Le général Gage donna ensuite Tordre à ses troupes de faire leurs préparatifs de départ. Le 17 mars 1776, Tarmée anglaise quitta Boston pour toujours, accompagnée de 1,100 Américains loyalistes qui abandonnaient leurs champs et leurs maisons, persuadés qu'un jour les Anglais seraient victorieux et qu'ils pourraient rentrer en possession de leurs biens.

Lorsque le gouvernement anglais eut connaissance de la bataille de Bunker-Hill, il résolut d'obtenir, à n'importe quel prix, la soumission des colonies révoltées. Il défendit tout commerce et toutes relations avec l'Amérique, et autorisa les capitaines de vaisseaux, tant de guerre que de commerce, à poursuivre et à saisir les rebelles chaque' fois que Toccasion s'en présenterait. Le chiffré de Tarmée destinée à combattre les Américains fut porté à 50,000 kommes, dont 17,000 fournis par le duc de Brunswick, le landgrave de Ïïesse-Cassel et le prince de Waldeck. Ces

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petits souverains allemands avaient fait des traités avec TAngleterre, qui s'était eng^tgée à leur payer, en outre d'un subside annuel très-élevé, une somme de 180 francs pour chaque homme, et à garantir leurs États contre toute agression étrangère. La lettre suivante, écrite par le landgrave de Hesse-Cassel à un de ses officiers, montre avec quel cynisme ces princes se livraient à ce trafic d'hommes pour aider à étoufifer la révolte de l'Amérique : t Vous ne pouvez vous figii- € rer la joie que j*ai ressentie en apprenant que de t 1,950 Hessois qui se sont trouvés au combat, il n'en € est échappé que 345 ; ce sont j ustement 1 ,605 hommes € de tués, et, partant, 144,450 florins que la trésorerie « me doit, suivant ma convention. La cour de Londres « objecte qu'il y a une centaine de blessés qui ne doi- € vent pas être payés comme morts; mais j'espère que € vous vous serez souvenu des instructions que je vous € ai données à votre départ de Cassel, et que vous € n'aurez pas cherché à rappeler à la vie, par des se- € cours inhumains, les malheureux dont vous ne pou- € vez sauver les jours qu'en les privant d'un bras ou c d'une jambe. Ce serait leur faire un présent funeste, « et je suis sûr qu'ils aiment mieux mourir avec gloire « que de vivre mutilés et hors d'état de me servir. € Eappelez-vousquede 300 Lacédémoniens qui défen- « daient les Thermopyles, il n'en revint pas un seul. € Que je serais heureux si j'en pouvais dire autant de « mes braves Hessois! > Le gouvernement anglais avait aussi demandé de^

mercenaires à Catherine II : celle-ci refusa. De même Frédéric ne permit pas l'enrôlement dans ses États, et lorsque les mercenaires traversaient ses provinces, il leur faisait payer Timpôt du bétail. Le parlement vota ensuite la levée de vingt-huit mille marins, et décréta que toutes les personnes capturées sur des vaisseaux américains seraient forcées de servir sur les vaisseaux anglais. Le général Oglethorpe, qui avait fondé la Géorgie en 1732, accepta le commandement des forces royales.

Ces résolutions du gouvernement anglais n'eurent qu'un effet sur les colonies : elles leur montrèrent qu'elles avaient été trop loin pour pouvoir reculer et qu'elles devaient au contraire persévérer dans leur entreprise. Il est à remarquer aussi que les quelques batailles livrées par les Américains leur ayant été généralement favorables, ils devaient naturellement avoir une plus grande confiance dans le résultat définitif. Le docteur Franklin, dont le caractère très-gai le portait à la plaisanterie malgré la gravité des circonstances, convaincu que les Américains réussiraient à s'affranchir de la domination anglaise, écrivait à un de ses amis résidant en Angleterre : « La Grande- € Bretagne, au prix de trois millions de livres sterling « (75,000,000 de francs), a tué pendant cette campagne € cent cinquante Yankees, ce qui fait vingt mille c livres sterling par tête; à la colline de Bunker, elle € a gagné un mille de terrain dont ensuite elle a « reperdu la moitié lorsque nous avons occupé Plou-

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c ghed-Hill. Pendant le temps pris par ces opérations, c soixante mille enfants sont nés en Amérique. Main- € tenant l'esprit mathématique du docteur Price pourra c fecilement calculer le temps et l\urgent nécessaires € à r Angleterre pour nous tuer tous et pour conquéc rir notre territoire. » Les journaux provinciaux s'empressèrent, comme de juste, de reproduire cette remarque humoristique du docteur Franklin, et cela eut pour résultat d'entretenir dans les colonies les sentiments d'hostilité contre la mère-patrie.

Depuis la mort du général Montgomery, les intérêts américains avaient fortement baissé dans le Canada; la nouvelle du premier succès remporté par ce général avait inspiré au congrès les plus hautes espérances, et, même après sa mort, des mesures avaient été prises pour assurer rexécution de ses projets. Quelques renforts avaient été envoyés au colonel Arnold dont la blessure, quoique grave, était presque guérie, mais ils avaient été retardés dans leur marche, et diminués dans leur nombre par les fatigues et les privations. Enfin, le congrès rédigea une adresse aux Canadiens pour les engager à se joindre à la cause commune, et le docteur Benjamin Franklin partit avec une députation de ses membres pour soutenir de ses paroles le message du congrès, et pour leur promettre en son nom tous les avantages de la confédération. Mais il échoua dans sa mission, et, d'après les ordres du congrès, il écrivit à l'agent américain en Hollande^ Dumas, pour le prier de sonder les différents gouver-

nements d'Europe, par l'entremise de leurs ambassadeurs à la Haye, touchant les secours et l'aide qu'ils seraient disposés à donner à l'Amérique dans le cas où elle se déclarerait indépendante.

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