CHAPITRE IV
Jean Cabot et son fils Sébastien Cabot. Découvertes qui leur sont dues. Vasco de Gama trouve la route orientale des Indes. — Alvarez Cabrai découvre le Mexique. — Imposture d*Améric Vespuce. Son nom est donné au nouveau continent. — Ferdinand Magellan atteint le détroit qui porte son nom et pénètre dans Tocéan Pacilique. Premier voyage autour du monde.. — Ponce de Léon découvre la Floride; il cherche & la coloniser. — Balboa prend possession de Tocéan Pacifique au nom du roi d*Espagne. — Narvaez entreprend la conquête de la Floride, mais sans résultat. — Ferdinand de Soto reprend cette tentative sans plus de succès. — Enfin, Mélendez réussit à j fonder Sainte-Augustine. — Cortez explore la Californie. — Cabrillo visite les côtes de Tocéan Pacifique. — Espejo explore le Nouveau-Mexique et y fonde Santa-Fé. — - Pizarro conquiert le Pérou. — Possessions espagnoles à la fin du seizième siècle.
Les événements que nous venons de raconter avaient causé une vive impression dans toutes les cours d'Europe, et lorsque la nouvelle en arriva à Londres, le roi d'Angleterre, Henri VII, quoiqu'il dît hautement que c'était une chose divine plutôt qu'humaine, conçut un violent dépit de ce que cette découverte avait été faite au profit d'un autre pays. Il organisa immédiatement plusieurs expéditions dont Tune, sous la direction de Jean Cabot, originaire de Venise, eut l'honneur de la découverte du cap Breton, probablement en 1494. Toutefois, nous devons faire remarquer que Cabot suivait les plans et les projets de Christophe
Colomb ; car ce qu'il cherchait était la route maritime les Indes, et au moment même où il découvrait le cap Breton, il croyait être arrivé au royaume et aux territoires du c Grand Khan > de la Tartarie.
Son fils, Sébastien Cabot, naquit à Bristol, en Angleterre, en 1467. Employé par le gouvernement pour reprendre et continuer les recherches entreprises par son père, il découvrit, le 24 juin 1497, Tîle de Terre- Neuve, puis l'île Saint-Jean et toute la partie septentrionale du Nouveau Monde. Il acquit en même temps la certitude qu'il ne s'agissait pas de la côte occidentale de l'Asie, mais bien au contraire d'un continent nouveau. ILfut, après quelques autres voyages entrepris pour son gouvernement et pour celui de l'Espagne, nommé gouverneur de la Compagnie des Marchands formée pour la découverte de nouvelles terres.
C'est à cette époque qu'il faut placer, pour bien faire comprendre l'excitation fébrile que ces découvertes produisirent dans toute l'Europe, la première expédition de Vasco de Gama en 1497, sur les côtes d'Afrique et de l'Inde. Elle fut entreprise sur Tordre du roi de Portugal Manoël, qui lui fournit les moyens de la mener à bonne fin. Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance et trouva enfin la route des Indes depuis si longtemps recherchée à l'est.
Trois ans après, en 1500, Pedro Alvarez Cabrai marcha sur ses traces et, poursuivant ses explorations, découvrit le Brésil et ajouta cet immense territoire à la couronne de Portugal.
Ces deux derniers navigateurs, par leurs découvertes, détournèrent l'attention de l'Europe de Sébastien Cabot. « Cet homme, dit Biddle, donna un continent à TAngleterre, et pourtant nul ne pourrait montrer les quelques pieds de terre qu'elle lui a donnés en récompense. »
Le Nouveau Monde n'était pas destiné, il faut Je croire, à recevoir son nom ni de Christophe Colomb, ni de Cabot.
Tu t'écriais, Colomb : « Cette terre est mon bien. » Mais une voix s'élève, elle a nommé ce monde, douleur 1 et d'un nom qui n'était pas le tien.
(Casdiir Delaviunb.)
Améric Vespuce (Amerigo Vespucci, de Florence) était employé dans une maison de commerce de Lisbonne à Tépoque où Christophe Colomb vint s'établir dans cette ville, vers 1470. Plus tard, il traita des affaires pour son propre compte, et, augmentant ses connaissances scientifiques, devint un géographe distingué. En 1499, il fit partie d'une expédition au Nouveau Monde ; à son retour, il s'attribua les relations écrites par le capitaine du navire sur lequel il s'était trouvé, et, en avançant les dates de quelques années, il put faire croire à ses amis que Colomb n'avait été que son imitateur et qu'il avait lui, véritablement le premier, visité le Nouveau Monde. Ces amis, par leur zèle et leurs écrits, propagèrent cette assertion qui, parla suite, s'affermit dans l'esprit de leurs contem-
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porains. Vespuce écrivit aussi plusieurs lettres dans* lesquelles il racontait les incidents de sa prétendue découverte, et qui furent publiées par un savant allemandi Celui-ci proposa pour la nouvelle contrée le nom « d'Amérique, » en l'honneur de son héros, et le peuple l'adopta, le trouvant de son goût. Pour mériter d'être ainsi le parrain d'un continent, Améric Vespuce fit ensuite plusieurs autt'es voyages dont il eut la direction, mais, quoiqu'il découvrît quelques îles et côtoyât une partie du nouveau continent, la gloire de la découverte faite par Colomb n'en reste pas moins acquise à celui-ci.
Une des entreprises les plus audacieuses du seizième siècle est celle d'un marin portugais, Ferdinand Magellan. Ne tenant aucun compte de l'opinion des savants de son temps qui affirmaient que le passage maritime aux Indes n'existait que dans la direction du nord-ouest, Magellan voulut, au contraire, le chercher au sud-ouest. Mais, pour accomplir ce dessein, il lui fallait un navire et des hommes; Magellan s'adressa au roi de Portugal. Celui-ci, ne trouvant pas, paraît-il, dans le projet que lui soumettait son solUciteur des chances assez grandes de succès, ne se rendit pas à sa demande. Magellan quitta alors Lisbonne et sa patrie et vint à Madrid, offrir son plan et ses services à l'empereur Charles-Quint. Ce monarque, fidèle à l'exemple de ses prédécesseurs sur le trône d'Espagne, Ferdinand et Isabelle, qui avaient favorablement accueilli l'offre de Colomb, lui fournit les moyens de
mettre son projet à exécution Cinq caravelles dont le commandement loi était donné partirent de Séville le 17 août 1519, et, après une cinquantaine de jours de traversée, atteignirent les côtes de l'Amérique du Sud. Magellan employa l'automne et l'hiver à explorer ces parages, puis, dans les premiers mois de l'année suivante, il continua ses recherches en se dirigeant plus au sud. Bientôt il arriva au détroit qui porte son nom, et, le traversant, il passa dans l'océan Pacifique. Magellan remonta alors vers le nord et pendant quatre mois explora ce côté encore inconnu de l'Amérique du Sud. — Le mois de mars 1520 le trouva en plein océan Pacifique, cherchant à découvrir de nouvelles terres dans la direction du nordouest; il arriva ainsi à l'île Bornéo qu'il visita, puis aux îles Moluques et enfin aux îles Philippines, où il périt dans une rencontre avec les naturels. L'expédition pourvut tout de suite à son remplacement et, continuant sa route, mais plus directement vers l'ouest, traversa l'océan Indien, doubla le cap de Bonne-Espérance pour revenir en Espagne, le 17 septembre 1522.
Le voyage autour du monde, réputé jusqu'alors impossible, était ainsi accompli ; par ce fait, les assertions et les théories des astronomes et des savants anciens étaient renversées et la rotondité de la terre démontrée jusqu'à l'évidence.
En même temps que les navigateurs célèbres dont nous venons de parler faisaient leurs découvertes, une
foule d'aventuriers avides de gloire et de richesses envahissaient l'Amérique, pays des merveilles et de Tinconnu. Chacun avait le plus vif désir d'explorer cette nouvelle contrée qui promettait tant de surprises.
L*expédition la plus importante fut celle de Ponce de Léon sur la côte de la Floride. Une fable ridicule à laquelle beaucoup de personnes ajoutaient foi, s'était répandue en Espagne : il existait, disait-on, dans les régions découvertes par Colomb une fontaine miraculeuse dont les eaux avaient la propriété de rendre la jeunesse à ceux qui s'y baignaient. Ponce de Léon était un brave soldat qui avait fait partie du second voyage de Colomb et avait, pendant quelque temps, occupé le poste de gouverneur de Tîle de Porto-Rico. Il avait entendu parler de la fontaine miraculeuse dans son enfance: se trouvant âgé et libre d'engagements, il prépara une expédition pour se mettre à sa recherche. En mars 1512, il partit donc et se dirigea vers l'ouest. Après une traversée pénible et remplie d'inquiétudes, le dimanche de Pâques, on aperçut la terre. C'était la péninsule de la Floride que Ponce de Léon prit pour une île. Il explora les côtes et les îles d'alentour pendant plusieurs semaines, et revint en Espagne sans avoir trouvé ni la fontaine dont les eaux devaient le rajeunir, ni les richesses sur lesquelles il avait aussi compté. Cinq ans après, il retourna en Floride, voulant y fonder une colonie, mais il fut repoussé par les Indiens, une de leurs flèches l'atteignit et il mourut en Espagne des suites de sa blessure.
en tous sens les régions d'où, trois sièdés plus tard, on devait extraire une si grande quantité du métal pré* cieux.
En 1542, quelques années avant l'expédition de Melendez, Cabrillo avait accompli le premier voyage sur les côtes de l'océan Pacifique, poussant ses investigations vers le nord jusqu'aux limites actuelles de rÉtatd'Orégon.
En 1582, Espejo explora et nomma le premier le Nouveau-Mexique. Il y fonda la ville de Santa-Fé, la seconde en date des États-Unis. Pendant ce temps, François Pizarre avait conquis le Pérou (1530). Nous nlnsistons pas sur ce fait malgré son importance; nous avons décrit, en passant, le grand mouvement de conquête et de colonisation dont l'Amérique entière fut l'objet, mais c'est seulement pour mieux montrer les conséquences de la découverte de Colomb, pour mieux marquer, dans cet ensemble de faits, la place de ceux qui concernent l'Amérique du Nord à laquelle est consacré cet ouvrage.
A la fin du seizième siècle, l'Espagne possédait non-seulement les Indes orientales, mais aussi le Yucatan, le Mexique et la Floride. Les explorateurs espagnols avaient traversé une grande partie des États actuels du sud, et visité les côtes du Pacifique. Aussi, l'Espagne prétendait-elle conserver tout ce vaste territoire par droit de découverte et de conquête.
CHAPITBE V
Verrazjsano visite une partie de 1* Amérique du Nord et lui donne le nom de Nouvelle-France. — Découverte du Saint-Laurent par Jacques Cartier; ses relations avec les Indiens. — Fondation par Jean de Ribaut d*un refuge pour les protestants français. Erection du fort Caroline à Port-Royal et création de quelques établissements. Mort de Jean de Ribaut. Prise du fort Caroline par les Espagnols. ^~ Dominique de Gourges prend uue éclatante revanche.
— De Monts, nommé directeur de la Compagnie française du Canada, fonde la première colonie française. 11 prend possession de la contrée qu*il nomme Acadie. — • Exploration de la vallée du Saint-Laurent par Samuel de Champlain. Fondation de Québec. Découverte du lac Champlain. — Les missionnaires jésuites entreprennent la conversion des Indiens. Ils visitent la vallée du Mississipi. Charles Raimbault parvient au lac Supérieur. Fondation de la mission Sainte-Marie. Le père Marquette descend le Mississipi.
— Le père de la Salle; ses explorations dans Tintérieur du continent. Il donne le nom de Louisiane à la dernière partie qu*il a visitée. Annexion du Texas à la Louisiane. Efforts da de la Salle po^r retrouver le Mississipi. Son assassinat. — Les protestants français réfugiés en Amérique. Leur influence.
Les conquêtes faites par l'Espagne dans le Nouveau Monde l'avaient considérablement enrichie. Elle était devenue la plus riche et la plus puissante des nations d'Europe, ce qui avait encore augmenté le désir des autres pays de trouver la route orientale des Indes. Le passage par le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan était long et dangereux, la route par le nord semblait la plus courte, aussi c'est à trouver cette route qu'avaient tendu les efforts des deux Cabot
58 EXPLORATIONS ET PREmERS ÉTABLISSEMENTS
envoyés par TAngleterre ; c'est vers le même but que les navigateurs au service de l'Espagne et d*àutres puissances avaient dirigé et dirigèrent leurs entreprises.
La France n'était pas indifférente aux tentatives de ses voisins, les Espagnols et les Anglais; elle ne voulut pas rester en arrière dans le grand mouvement maritiipe dp l'époque, et, en 1524, les Français organisèrent quelques expéditions qui réussirent, mais au prix de graR48 efforts:
Verrazzano, navigateur florentin au service du roi François P', fut chargé 4e l^. direction de l'une de ces expéditions. En 1524, il mit à la voile, passa par rîle de Madère et, après cinquante jours de navigation, atteignit les côtes de la Caroline du Nord. Il les suivit quelque temps dans la direction du sud, puis revint sur sa route et remonta vers le nord^ examinant avec soin les endpoi^s où il s'arrêtait. Il entra dans la baie qui est aujourd'hui la baie de New-York, puis dans celle de Newport, Rhode-Island. Il donna le nom de Nouvelle^France à toute la partie du territoire américain qu'il venait de visiter, et en prit possession au nom du roi de France. Verrazzano séjourna quinze jours h Rhode-Island, trafiquant avec les Indiens; pendant ce temps, il explora les environs, et dans la relation de son voyage qu'il publia avec de nombreux détails, il raconte qu'il trouva des vignes en grand nombre. Ce fait est significatif, car il confirme les récits des € Hommes du Nord ; » ceux-ci, en effet, rapportent
PE^ ffRANÇAI^. 59
qu'ils avaient; yu ^eg vignes tieR Jq^gt^p^ps ftiip^rî*yant,--- Yerraz^apo reipit pn^uit;e h la voile, pt Jonglant les côtes de la, Nouyelle-Angleterpq, arriya ^ ]b, Np^t yelle-^cqsse, Qv^ il contipij^ ^o^ coiuniercei pt ses relation^ avec les Indiepsi, Çnfin, crQya,nti avoir suflâ^pïnnient étudié qe nquveaH pon^inent, il revii^t çn Frê^ncei, et, ?iprès avoir fendu cpmpt^ ^e ^^ paissiqii au gp^, yenjement français, il reçut de F^ançpis I" ^ÇP *é^QÎ" gnages de sa satisfaction.
Eq 1534, un in^rin, floinmé Jftçques Cartier, dépou^ vrit dafls la partie nord de l'Amérique un n^^gnifique fleuve auquel, en Thonneuf du saint du jour, \l donn^ le nom de S^int- Laurent, lieu remonta le cours dans l'espoir de trouver un chenjin au nord-ouest plus court que peux jusque-là connus pour arriyer ^ux Jude^ opcident^les, niais il ne, parvint qu*^ Tendroit pu depuis a été bâtie Ift yill^ de MP^tré^}, endroit qui était; alprs occupé par un village indien; La sympatWque physionomie de Jacques Çaftipr l'a, rendu populaire, C'était un de ces Malouins uatyrellgment intrépides chejs lesquels l'habitude de lanner accroissait eficore le courage. Il avait déjè^fait^ plusieurs vqyages lorsque François Plui confia le soin de diriger une expédition. Fidèle h son roi, aimé de ses matelots et dps naturels des pays qu'il explorait, fi'était le type du parfait marin. Dans une de ses courses, en signe de prise de possession, il planta une croix de bois sur le lieu le plus apparent, et l'orna d'un écusson fleurdelisé ^vec cette inscription : « Vive le roi de France. » Plus tard, il s'intitula
c le pilote » du roi dont il avait gagné la confiance. Ses compagnons de route avaient tellement foi en lui que lorsqu'il arma c la Grande Hermine^ y> plusieurs jeunes gens de distinction briguèrent Thonneur d'être associés à ses aventures. Il se conciliait la faveur même des sauvages, et l'on cite ce fait que, dans la baie de Gaspé, il leur inspira une si grande confiance qu'un de leurs chefs consentit à lui laisser emmener deux de ses fils, à la condition, bien entendu, qu'il les lui ramènerait. Ces deux jeunes naturels apprirent un peu de français et servirent plus tard d'interprètes entre Cartier et Donnacona, chef d'un pays voisin de Québec. Un jour que Cartier et les siens manquaient de vivres, les naturels leur en apportèrent ; peu de temps après, quand le scorbut sévit sur la petite troupe française, les naturels vinrent encore à son secours en lui enseignant le remède qu'ils tiraient de Tarbre appelé « Anneda, » remède qui les sauva.
La calomnie ne manqua pas à la gloire de Cartier. Roberval l'ayant accusé de malversations, les commissaires du gouvernement examinèrent sa gestion et trouvèrent qu'il avait consacré à l'armement de ses vaisseaux une partie de ses ressources personnelles. Le dénouement de ce procès mit le comble à sa popularité. Il acheva ses jours soit à Saint-Malo, soit au village de Limalon, où l'on montre encore une maison de campagne dite < les Portes Cartier. *
Jean de Ribaut, navigateur dieppois et zélé calviniste, organisa en 1562, sur l'ordre de l'amiral Coligny,
une expédition composée de deux vaisseaux appelés € roberges, i dans le but de fonderau Nouveau Monde une colonie qui fût un refuge pour les protestants. Le 18 février, il appareilla et, après une navigation sans incidents remarquables, débarqua à Tendroit où, quarante ans plus tard, devait s'élever la ville de Port- Royal. De Ribaut et ses compagnons furent tellement émerveillés par la richesse de végétation et de climat de ce nouveau pays que, lorsqu'il demanda des volontaires pour garder cette terre au nom de la France, il s en présenta tant et de si ardents qu'il ne savait comment résister à leurs demandes. De Ribaut fît construire un fort qu'il nomma < Caroline > en Thonneur du roi de France Charles IX. Bientôt après, les deux navires partirent pour retourner en France, laissant quelques établissements disséminés sur les côtes ou dans l'intérieur des terres, et dans le fort une petite troupe de trente volontaires. Mais ceux-ci ne tardèrent pas à être las de leur existence au milieu de contrées solitaires et sauvages, et ils résolurent, la nourriture venant à leur manquer, de retourner en Europe. Ils construisirent une frêle embarcation à laquelle ils se confièrent sans songer aux approvisionnements nécessaires, aussi, après quelques jours de voyage, commencèrent-ils à souffrir de la famine. Ils en arrivèrent à ce point de tuer et de manger un de leurs compagnons que le sort désigna. Ënfin^ un bâtiment anglais les recueillit, mais pour les emmener captifs en Aqgleterre. On raconte, à ce propos, que ce fut par
les conversations que la reine Elisabeth d'Angleterre eut avec ces prisonniers, qu'elle conçut le projet de coloniser le Nouveau Monde.
•Trois ans après ces événements, Jean de Ribaut retourna en Amérique avec sept navires pour étendre et soutenir les colonies fondées dans son premier voyage et qui étaient continuellement attaquéespar les Espagnols. Les secours qu*il apportait étaient bien nécessaires et arrivèrent juste à temps, car la garnison d'un second fort construit par Laudonnière deux ans auparavant, en 1564, et qui portait également le nom de t Caroline, 3» était sur le point de Tabaiidonner, lorsque Jean de Ribaut survint avec ses nouvelles troupes. Les hostilités entre les Français et les Espagnols qui réclamaient la possession de la Floride (c'est ainsi qu'ils appelaient toute l'Amérique du Nord) reprirent alors de plus belle, et dans l'un des premiers engagements qui suivirent son retour, Jean de Ribaut fut tué. Peu de temps après, Melendez, qui dirigeait les opérations des Espagnols, attaqua, au milieu d'une violente tempête, le fort Caroline et en massacra presque tous les défenseurs.
Charles IX, dont Tesprit était occupé en France par les sanglantes querelles des catholiques et des protestants, ne fit rien pour venger ce désastre ; mais un courageux (jrascon, Dominique de Gourges, équipa à ses frais une petite flotte, et, traversant l'Océan, vint attaquer les forts des Espagnols situés sur la rivière de Mai et en passa les garnisons au fil de l'épée.
• En 1603, Henri IV, désireux de voir une colonie française établie en Amérique, accorda à de Monts la souveraineté de toute la région comprise entre le 40* et le 47® degré de latitude nord. Pierre du Juast de Monts, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, était d'une famille italienne et catholique ; quant à luij c'était un bon Français et un protestant. Il était attaché à la personne d'Henri IV qui, lorsque le commandeur de Chaste, directeur de la Compagnie française du Canada, vint à mourir, donna à son fidèle compagnoii d'armes cette place qui était presque considérée comme une sinécure. Mais de Monts prit son rôle au sérieux : il arma des bâtiments, choisit d'habiles lieutenants : Samuel de Champlain, de Poutrincourt, de Biencourt, de Pontgravé, etc... En outre, des faveurs dont il venait d'être l'objet, de Monts obtint aussi le monopole du commerce des fourrures avec les Indiens, et la promesse que la liberté de conscience serait laissée aux huguenots et que leur culte ne serait point gêné dans la colonie qu'il allait fonder.
Six mois après avoir reçu son brevet, de Monts quittait la France avec deux vaisseaux remplis d'émîgrants, la plupart protestants. Vers le mois de mai 1604, il jetait l'ancre dans la baie de Fundy, et, aussitôt débarqué, il ordonnait l'érection d'un fort à l'entrée de la rivière Saint-Jean. Mais changeant subitement de projets, il abandonna cette place et les constructions qu'il venait d'y faire, et, suivant la côte de
Touest à Test, il arriva à une jolie baie située sur la côte sud-ouest de la Nouvelle-Ecosse, où il s'arrêta. Là, le 14 novembre 1605, il posait les fondations de la première colonie française permanente en Amérique à laquelle, ainsi qu'au fort qu'il fît élever en même temps, il donna le nom de c Port-^yal > (aujourd'hui Annapolis). Il prit ensuite possession, au nom de son souverain, de toute la contrée jusqu'à la rivière Saint- Jean, comprenant la Nouvelle-Ecosse et les îles d'alen* tour, et l'appela < Âcadie. »
Quelques années après, Samuel de Champlain, dont nous avons déjà prononcé le nom, Tun des hommes les plus émînents de son temps, fut chargé par une Compagnie de marchands de Rouen d'explorer la vallée du Saint-Laurent et d'y créer un poste commercial. Il traversa l'Océan dans une petite barque jaugeant environ douze tonnes, accompagné d'une autre, à peine plus grande, en mesurant quinze. A l'instar de Jacques Cartier, il remonta le cours du fleuve Saint-Laurent, mais à Hochelaga, point où s'était arrêté son prédécesseur, il trouva tout changé : le village indien avait disparu et il ne restait rien de la population sauvage que Cartier avait vue établie en ce même lieu soixantedix ans auparavant. Séduit par la beauté du site et par la richesse de la végétation du Nouveau Monde, de Champlain aspira vivement à y introduire la civilisation et à y bâtir une ville française. Dans ce but, il retourna en France^ et, en 1608, revint en Amérique où, le 3 juillet, il jeta les fondations de la ville de
Québec, premier poste commercial français. L'été suivant, désirant avoir une connaissance plus parfaite du pays, il se joignit à une expédition guerrière des Hurons contre les Iroquois ou Indiens des < Cinq Nations ; » ce fut alors qu'il découvrit le lac magnifique auquel il a laissé son nom.
Malgré les revers et les ennuis qu'il endura et qui eussent certainement lassé un caractère moins déterminé que le sien, de Champlain parvint au but de ses efforts en établissant définitivement l'autorité française sur les rives du Saint-Laurent; il est incontestable, en effet, que c'est à lui, plus qu'à tout autre, que doit être attribuée la réussite de la colonisation française dans l'Amérique du Nord.
Pendant que ces diverses entreprises s'accomplissaient, la Nouvelle-France se peuplait et se civilisait de plus en plus. Tandis que la plupart des émigrants anglais repoussaient graduellement à l'intérieur les Indiens par l'agrandissement de leurs colonies, les Français, au contraire, fraternisaient avec eux, prenaient part à leurs divertissements et unissaient dans leur conduite la douceur à la fermeté. Au lieu de renvoyer les sauvages loin de leurs établissements, ils cberchaient, au contraire, à les utiliser ; leurs efforts semblent n'avoir eu que deux objets : le commerce des fourrures et la conversion au christianisme des Indiens.
Cette dernière idée n'était pas neuve; Colomb l'avait longtemps caressée comme un rêve qu'il eût
aimé à réaliser. Elle était, en effet, belle et séduisante, mais son exécution, à cause des dangers de toute sorte qu'elle devait provoquer, demandait des hommes de grand courage et sachant faire une entière abnégation d'eux-mêmes. Les missionnaires jésuites acceptèrent cette tâche ! Animés du saint désir de faire connaître et de propager la foi catholique parmi les peuplades indiennes vivant à Touest du Nouveau Monde, les jésuites quittèrent, sans crainte, les établissements français du Saint-Laurent et, convaincus de l'utilité et de la grandeur de leur entreprise, ils se lancèrent hardiment parmi les solitudes encore inexplorées de Tintérieur du continent américain. Ils visitèrent les premiers la vallée du Mississipi, et les notris français qu'ils ont donnés à certains lieux ne sont point encore perdus dans cette contrée. Avec une énergie extraordinaire, ils poussèrent droit devant eux à travers les forêts inextricables, les rivières et les torrents, slnquiétant peu des dangers qu'ils pouvaient courir. En 1641, le missionnaire jésuite Charles Raimbault traversait les détroits situés au nord du lac Huron et parvenait jusqu'au lac Supérieur.
Pendant les trente années qui suivirent, les jésuites continuèrent, sans relâche, leur œuvre de conversion et, en même temps, leurs explorations. Des missions furent fondées sur différents points au nord des grands lacs Ontario, Huron et Supérieur, ainsi que dans les Contrées baignées parles eaux du lac Michigan.
En 1668, la mission Sainte-Marie, qui est actuelle-
ment la plus anôienne de toutes les fondations des Européens dans l'État de Michigan, fut créée par ces hommes doués d'une activité prodigieuse. — Dans Taccomplissement de leur tâche, beaucoup tombèrent sous les coups des Indiens, plusieurs furent scalpés, d'autres brûlés vifs, certains eurent à endurer les supplices les plus effroyables. Malgré cela, leur courage ne se démentit pas, leur ardeur demeura ce qu'elle était au commencement de Tentreprisa, et ne voyant devant eux que le but qu'ils voulaient, atteindre, chaque fois que l'un d'eux était tué, un autre reprenait l'œuvre du mort.
Parmi ces infatigables et patients religieux, il faut citer le révérend père Marquette, qui, ayant entendu parler par quelques Indiens d'un grand fleuve qu'ils appelaient le «Père des Eaux, j> entreprit de le découvrir. En 1673, les pères Marquette et Joliette naviguant dans un canot d'écorce, passaient de la rivière Fox aux rivières tributaires du Wisconsin, puis de là, après un voyage de sept jours, arrivaient au Mississîpi qu'ils descendaient jusqu'au golfe du Mexique , sans toutefois pouvoir reconnaître si ce fleuve se déversait dans un golfe dépendant de l'Atlantique ou dans Tocéan Pacifique.
La solution de cette question importante était réservée à un membre de la inêmè compagnie, au révérend père Robert de la Salle qui, certainement, de tous les missionnaires jésuites, est celui à qui la plus grande part de reconnaissance et de célébrité doit être
accordée. — Le père de la Salle vivait tranquillement sur les rives du Saint-Laurent quand la renommée du père Marquette se répandit au Canada. Pris aussitôt de la passion des 'découvertes, de la Salle construisit et lança le premier bateau qui ait flotté sur les eaux du Niagara, au-dessus de la célèbre chute. Suivi de quelques compagnons, il traversa les lacs Erié, Huron et Micbigan, jeta Tancre dans Green-Bay, puis descendit le lac Michigan jusqu'à Tembouchure du Saint- Joseph dont il remonta le cours ; il traversa ensuite à pied toute la contrée qui le séparait du haut Kankakee, et, porté par le courant de cette rivière, arriva à riUinois. Mais la chance qui lui avait été jusqu'alors favorable lui devint contraire, et des malheurs successifs compromirent son expédition. Ayant perdu son embarcation dans un accident qui faillit même lui coûter la vie, de la Salle dut revenir à pied jusqu'au fort Frontenac, bâti à l'extrémité est du lac Ontario, parcourant ainsi une distance d'environ trois cents lieues.
Les circonstances désastreuses qui avaient fait échouer son entreprise alors qu'elle était sur le point de réussir, ne rebutèrent point le père de la Salle qui, un an après, organisait une seconde expédition. Au printemps de Tannée 1682, accompagné de quelques hardis aventuriers, il descendait Tlllinois sur une barque dont il avait, lui-même, dirigé la construction et, après avoir rejoint le « Père des Eaux, » le Missîssipi, il arriva, en peu de temps, au golfe du
Mexique. Sur son passage, il avait, malgré le caractère religieux dont il était revêtu, établi un poste commercial à la source du lac Ontario; puis, voulant honorer le roi Louis XIV qui régnait en France à cette époque, il donna à tout le pays qu'il venait de traverser le nom de Louisiane.
Son retour s'effectua sans encombre, et de Québec, de la Salle s'embarqua pour la France, où il désirait faire connaître le résultat de ses explorations. Les descriptions des contrées merveilleuses qu'il avait visitées enflammèrent l'imagination aventureuse d'un grand nombre de ses compatriotes, et au mois de juillet 1684, quatre vaisseaux portant plus de trois cents émigrants quittèrent la France pour le Nouveau Monde. Mais, par suite de l'incapacité et de Tentètement du commandant de l'expédition, les quatre navires dépassèrent l'embouchure du Mississipi, but de leur voyage, et allèrent jusqu'à la baie de Matagorda, sur la côte du Texas, où l'un d'eux se perdit corps et biens. Cependant, une colonie y fut fondée et le Texas devint ainsi une partie de la Louisiane.
De la Salle tenta, à plusieurs reprises, de découvrir une seconde fois le Mississipi, mais toujours un nouvel obstacle venait dérouter ses efforts. Désespérant à la fin de réussir, il partit à la tête d'une petite troupe pour se rendre au Canada par terre en traversant tout le continent américain. Après soixante jours de marche signalés par une foule d'aventures, nos voyageurs étaient déjà arrivés dans le bassin du Colorado lors-
que, le 20 mars 1687, deux des compagnons de de la Salle, persuadés qu'il les menait à une perte certaine, crurent agir pour le bien de la communauté en se débarrassant de lui : profitant d'un instant où il s'était éloigné du camp, ils tirèrent lâehement sur lui presqu'à bout portant et le tuèrent. L'expédition, privée de son chef, poursuivit, comme elle put, sa route, mais sur les dix-sept personnes dont elle se composait au début, sept seulement atteignirent les établissements français du Mississipi.
Ainsi se terminèrent pour un temp» les essais de colonisation entrepris par les Français dans le Nouveau Monde; bien que les résultats n'aient point répondu aux espérances conçues au commencement, cependant on n'en saurait contester l'importance, ainsi que l'histoire du siècle suivant le fit voir. A la fin du dix-septième siècle, en 1688, leê contrées explorées par les Français et dans lesquelles ils avaient fondé
quelques colonies, c'est-à-dire les contrées connues maintenant sous les noms de : Louisiane, Arkansas, Mississipi, lowa, Minnesota, Nebraska, Kansas, Canada et Acadie, s'étaient peu à peu étendues et comptaient une population de 11,000 habitants.
Les premières années du dix-huitième siècle virent les Français poursuivre avec vigueur leurs entreprises de colonisation. En 1700, de Fonty construisit le fort RosalieprèsdeTemplacementactueldela ville de Natchez ; le fort Détroit fut bâti en 1701 ; Mobile, colonisé en 1703, devint bientôt la capitale de toute la Loui-
siane; la Nouvelle-Orléans fut fondée en 1718 et Vin-? cennesen 1735.
Les persécutions que les protestants avaient à subir en France favorisèrent activement Témigration en Amérique, surtout au dix-septième siècle. Quand la Eochelle eut été prise par Richelieu, l'Amérique anglaise ofiFrit un asile à beaucoup 'de calvinistes de Touest de la France. Après les Hollandais, c'étaient les Français qui, au milieu du dix-septième siècle, formaient, dansTÉtat de New-York, la partie de la population la plus importante par le nombre et la richesse. En 1680, Tarrivée de protestants français marque le premier accroissement notable de la population de Charlestown, qui devint la plus riche et la plus peuplée des colonies, et eut même des rues entières habitées par les réfugiés français. En Pennsylvanie accoururent surtout les protestants qui, après la révocation de TEdit de Nantes (1685), avaient cherché un refuge en Angleterre et avaient été obligés par l'intolérance de Jacques II de quitter ce royaume. Mais, c'est la Caroline du Sud qui en recueillit le plus grand nombre : elle devint, comme disaient les Américains, « la maison des huguenots ii [the home of iîie huguenots) dans le Nouveau Monde, et en efiFet, c*était là que les populations du sud de la France préféraient se fixer, parce qu'elles y trouvaient le climat le plus chaud.
L'influence des protestants français se fit heureusement sentir en Amérique : ils se mirent à défricher les terres de la Virginie, du Massachusetts, de l'État de