‹ Histoire des États-Unis d'Amérique (volume 2)Chapitre 15 sur 19 · Le pavillon protège l'équipage j · texte numérisé non relu

Le pavillon protège l'équipage j

3'*. Un blocus n'est légal que quand une place est investie par terre ou par mer.

Cette interprétation des lois des nations n'avait pour but que la destruction du pouvoir maritime anglais. Si jamais elle avait été accordée , elle aurait changé tous les droits de guerre en prétentions neutres. La France , comme grande puissance territoriale, a besoin d'annuller la suprématie de l'Angleterre sur l'Océan. Une guerre régulière ne peut lui en fournir le moyen, elle voudrait donc obtenir cet objet par une guerre masquée sous le nom de neutralité^ nom que les Etats-Unis ont aussitôt adopté, afin de parvenir à leurs vues particulières contre l'Angleterre, tout en secondant les vues de la France; projet insensé de la part de l'Amérique , car elle marche à grands pas vers la suprématie maritime, et devrait être intéressée à conserver les droits maritimes de la guerre. Mais examinons l'effet de ces propositions de neutralité.

L'Angleterre et la France sont en guerre, ])ar exemple ; l'Amérique reste neutre. Elle fait

( 355 ) tout le commerce de la France, tant étranger que celui de la côte , par des vaisseaux américains, sous les yeux même des croiseurs anglais, qui n'ont aucun moyen de s'opposer au commerce de leur ennemie , puisque les marchandises à bord d'un bâtiment neutre sont libres. Les Etats-Unis peuvent pareillement transporter des troupes françaises en Irlande ou ailleurs , pour en faire la conquête ; et les Anglais ne peuvent s'y opposer, puisque le pavillon protège tout ce qui est à hord.

Enfin , les Etats-Unis peuvent porter des provisions à une flotte française dans les Antilles assiégées par une escadre anglaise ; et la neutralité ne peut pas être soupçonnée , parce qu'il n'y a aucune place bloquée , à moins quelle ne soit investie par terre et par mer.

Ces doctrines ne peuvent être accueillies que par la France et l'Amérique, parce qu'elles tendent à paralyser le commerce et l'existence nationale de l'empire Britannique, qui deviendrait la victime des forces combinées de la France et des Etats-Unis.

L'origine de cette neutralité armée est la suite d'un plan conçu à Paris dans le but d'armer les bâtimens suédois , danois et hoi-

( 356 ) landais , afin cro|3poser une résistance aux opérations navales de TAngleteire, et surtout , pour prévenir une union entre la Russie et l'Angleterre. La faiblesse du cabinet britannique , dans la guerre qui s'est terminée en 1748 par le traité d'Aix-la-Cliapeile , a encouragé la France dans son désir d'expulser l'Angleterre du nord de l'Amérique et des grandes Indes. Il lui fallait, pour cela, empêcher la jonction d'une flotte russe à celle d'Angleterre. La France proposa, en conséquence, à la Suède et au Danemarck , de former une convention navale armée pour protéger le commerce des états maritimes , et maintenir la liberté de la Baltique. Ces deux nations , voyant les succès de la France , acceptèrent sa proposition , et formèrent cette convention en lySS. Mais les avantages qu'obtint l'Angleterre en 17^9 et dans les campagnes suivantes , principalement à la Nouvelle-Angleterre, contre les colonies françaises du nord de l'Amérique, détournèrent les effets de cette neutralité armée.

De nouvelles recherches sur les droits commerciaux des états neutres furent faites par l'Angleterre, à l'occasion d'une expédition de toiles à voile de Silésie, capturées par des corsaires

( 357 ) anglais. La doctrine de la neutralité était mise en avant par lord Mansfield , sir Dudley Rider, et M. Lée, en réponse au manifeste prussien. La cour de l'amirauté condamna les marchandises à être confisquées , comme contrebande de guerre , destinée à approvisionner la flotte française. Néanmoins, malgré l'art des avocats anglais , le gouvernement fut forcé de payer cette prise à Frédéric ; et cette décision fut un précédent pour les prétentions de la neutralité armée de 1780. L'Angleterre ayant abandonné à la France , à la paix de i ^03 , presque toutes les sources de son commerce maritime , acquises si chèrement par elle , et presque tous les points importans qu'elle possédait en Europe , en Asie , eu Afrique et en Amérique , le gouvernement français , comme on devait s'y attendre , renouvela son ancien projet de restreindre l'empire Britannique aux îles de la Grande-Bretagne.

La France, à cette époque, avait peu d'influence sur le cabinet russe ; et craignant toujours qu'il ne formât une alliance avec l'Angleterre, elle chercha à flatter l'impératrice Catherine, lia des intrigues avec ses favoris, et montra les plus grands égards aux dames de sa cour.

Dans le bat d'élever quelques différens entre les deux cours , les Français firent des vers et des chansons dans lesquelles l'héroïsme de Frédéric de Prusse était exalté , ainsi que le patriotisme de la reine de Danemarck. Dans le même but , la France donna au roi do Suède , depuis 1772 jusqu'en ï 778 , de fortes sommes pour réparer sa marine délabrée. Le peu de succès des Anglais dans les Etats-Unis, en 1 779 et 1 780, l'adhésion de la Hollande et de l'Espagne à la cause de l'Amérique , et la retraite de la flotte anglaise devant l'escadre de d'Orvilliers, parurent couronner de succès l'intrigue et la perfidie de la France. Toute l'Europe resta convaincue que l'Angleterre avait perdu l'Amérique ; et on en conclut que son expulsion des grandes Indes serait aussi facile. La ruine de cette nation paraissait décidée , et la division de son empire occupa les puissances de l'Europe.

La convention de neutralité armée fut publiée en 1 780 , et acceptée par tous les états maritimes , même par la Turquie et la Russie ; et en 1 78 1 , les Etats-Unis y accédèrent. Le comte de Florida-Blanca , alors premier ministre d'Espagne , retint tous les vaisseaux

( 359 ) iieutres dans le détroit de Gibraltar, d'après l'instigation de la France , et sous prétexte de bloquer Gibraltar. Il répondit aux differens n?îinistres de la neutralité à Madrid , que , si leurs souverains Vv)ulaient résister aux mêmes plaintes de l'Angleterre, l'Espagne alors abandonnerait de semblables prétentions. La doctrine du blocus n'était pas , à cette époque , au point où la France et les États-Unis l'ont plus tard établie. A cette époque , il suffisait , pour qu'une place ou un port fiit bloqué , qu'il y eût un nombre suffisant de vaisseaux ennemis , situés de manière à rendre l'entrée du port dangereuse.

"La. neutralité armée, étant en apparence établie pour la protection du commerce maritime , et ayant pour objet de régler des indemnités pour des prises illégales , fut maintenue d'après les précédens que l'Angleterre avait ellemême établis , dans l'affaire des toiles à voile de Silésie. Il en est des états comme des particuliers : quand une fois leur crédit est attaqué, ils doivent s'attendre à toutes les poursuites que l'on fera sur leurs propriétés. Telle était la situation de la Suède à la mort de Charles XII ; de l'Autriche à la mort de Charles VI;

de l'Angleterre enfin , à l'époque des succès de la révolution d'Amérique ; et de la France, dans les premiers momens de trouble et de confusion occasionnés par sa révolution. Pour maintenir l'indépendance politique d'une nation, rien n'est plus efficace que l'accroissement de son pouvoir. La convention passée en 1 800 , entre la Russie et les autres puissances du nord , à l'instigation de la France, a été conçue sur des principes très-différens de ceux des autres conventions. Elle a montré l'aspect monstrueux de ce nouveau code de neutralité qui , plus tard, a été promulgué par les cabinets de St. -Cloud et de Washington. Quand Catherine rompit les rapports commerciaux entre la Russie et la France révolutionnaire , elle expliqua ses motifs à la Suède et au Danemarck , et les invita à suivre son exemple, leur observant qu'à l'exception de la France , alors dans un état de rébellion , elle adhérait aux principes d'un commerce libre et neutre.

Mais jamais l'Angleterre ne reconnut les prétentions d'une neutralité armée; elle persista, au contraire , à capturer tous les vaisseaux neutres employés dans un conmierce illicite

( 36i ) avec ses ennemis ; mais la bataille de Marengo et le traité de Lunéville donnèrent à la France un tel ascendant politique, qu'elle fut à même , tant par la menace que par l'intrigue , de porter la Russie , la Suède , le Danemarclv et même la Prusse, à s'unir pour donner un nouvel exemple d'une neutralité armée, qui fut la cause de l'incendie de Copenhague.

Après la paix de Tilsitt , Alexandre , pour obéir aux ordres de Bonaparte, insista de nouveau pour renouveler la doctrine de la neutralité armée ; et M. Canning , de la part du gouvernement anglais, répondit, le i8 décembre 1807, que le roi d'Angleterre ne pouvait admettre les prétentions de la Russie. « Jamais , dit-il , S. M. Britannique ne souffrira qu'aucun gouvernement trouve une compensation de l'humiliante soumission où il peut être envers la France, par un ton insultant et décisif envers la Grande-Bretagne. Il est du droit de l'Angleterre de soutenir les principes existans ; et elle est décidée à le faire , avec l'aide de la providence , contre toutes les confédérations. Ce sont ces principes qui ont contribué à soutenir sa puissance ; mais ils lui sont devenus mille fois plus impor-

( 3d» ) tans, depuis qu'elle est la barrière la plua forte contre les usurpations de la France , et qu'elle est peut-être destinée à être un jour le seul appui auquel les nations pourront s'adresser, f)

Nonobstant cette noble réponse , la France continua de léclamer la liberté des mers ; et en 1812, Bonaparte entreprit d'établir cette neutralité au moyen de la Russie , sans néanmoins pouvoir y parvenir.

Dans la même année , M. Madisson, comme chef du gouvernement américain, voulut, par le moyen d'une guerre avec l'Angleterre , la forcer de reconnaître ce code de neutralité. Cette guerre dura trois ans; et le 24 décembre i8i4j lin traité de paix fut conclu avec l'Angleterre , dans lequel i! ne fut nullement question de ces droits de neutralité. Les États Unis ont donc abandonné ces prétentions ; car quand une nation fait la guerre dans le but d'obtenir un objet , et qu'elle fait la paix sans l'avoir obtenu , elle déclare y renoncer pour toujours.

L'importance d'un bon système de diplomatie est prouvée par le danger auquel l'Angleterre a été exposée par le manque de ce système , pendant la guerre révolutionnaire

( 363 ) avec la France. Elle a seule pu maintenir ia cause de la vraie liberté et de la civilisation. Et cependant , elle n'a pas assez considéré la conduite qu'elle avait à tenir, pour ne pas laisser passer dans les mains de son ennemi le peu de gages qu'elle possédait. Dans cette circonstance , elle aurait dû changer la marche de sa diplomatie, en envoyant, auprès des autres gouvernemens, des hommes habiles et d'un esprit conciliant, qui auraient su faire la part des usages , des habitudes , et même des préjugés des peuples auprès desquels ils devaient résider , sans toutefois négliger l'intérêt réel de leur pays dans leurs transactions diplomatiques. Il était surtout de la plus haute importance pour elle, d'avoir auprès des États- Unis un ministre capable de bien apprécier les intérêts des deux nations , afin de parvenir à resserrer de plus en plus les liens d'amitié des deux peuples , et à établir , pour leur avantage commun , des mesures de police et de commerce : c'est ainsi qu'en unissant, par l'intérêt , les deux seules nations du globe qui jouissent d'une liberté populaire, elle serait peut-être parvenue plutôt à mettre un terme à ce despotisme militaire ^ qui , pendant tant

( 364 ) d'années , a renversé les républiques , les royaumes et les empires.

Tout le monde sait que les ambassadeurs donnent les instructions et les documens d'après lesquels sont dirigés tous les mouvemens de leurs gouvernemens respectifs ; il est donc clair que l'on ne saurait mettre trop d'importance dans leur choix. L'Angleterre nous prouve cette vérité par les détails de son histoire ; si elle n'eût jamais eu pour négociateurs que des Throgmorton , des Temple , des Marlborough, des Walpoole, des Malmesbury et des Jackson , elle n'aurait pas été si souvent la dupe de la France dans ses traités.

Le caractère d'une nation peut être jugé d'après les mêmes données que celui d'un individu. L'homme qui produit les plus grandes choses avec le moins de moyens , a sans doute le plus de mérite. Il est certain que l'Angleterre avec un territoire moins vaste et une population moins considérable, a produit de plus grands résultats nationaux que la France. Sa force nationale, son pouvoir, son commerce , ses colonies et les principes de son gouvernement, la placent bien au-dessus de la France sous tous les rapports ; sa bravoure

( 365 ) est égale. Aussi , malgré les fautes de sa diplomatie, et quoiqu'elle ait été souvent le jouet de la France , elle lui est bien supérieure , considérée comme nation.

La nature de son gouvernement est une des causes de l'abandon qu'elle a souvent fait de ses conquêtes , au moment de la paix. Le ministère est quelquefois entraîné par la force de l'opposition dans le parlement , quand elle est appuyée par la volonté du peuple; et il consent à de grands sacrifices, pour prévenir de grands dangers.

Quelquefois aussi , la faiblesse et la corruption des ministres ont tout fait, comme à la paix d'Utrecht , où lord Bolingbroke et lord Oxford sacrifièrent les intérêts de l'Angleterre , trahirent la Hollande, abandonnèrent l'Autriche , laissèrent un Bourbon s'asseoir sur le trône dEspagne , et rendirent la France l'arbitre de l'Europe , dans le but unique d'écraser le parti national qui leur était contraire. Lord Bute et le duc de Bedfort donnèrent un autre exemple de corruption à la paix de 1763, quand ils vendirent , pour une somme d'argent , toutes les conquêtes , fruit de la guerre si habilement conduite par lord Chatham.

( 366 ) Enfin, la faiblesse de M. Addington, lors de la paix d'Amiens, dégrada l'Angleterre , en abandonnanl à la France une sorte de suprématie sur tonte l'Europe , et le droit d'étendre son contrôle sur les trois quarts du globe.

Cependant , malgré ses erreurs et ses fautes , TAngleterre , depuis le règne d'Elisabeth , voit ses richesses et sa force s'accroître par ses principes de liberté, d'industrie et de justice. Son empire est immense dans l'Inde , son commerce est partout. Elle a pu rallier sous sa bannière un million d'hommes, Portugais, Espagnols , Italiens, Hollandais , Suédois , Autrichiens, Prussiens et Russes, pour secouer le joug le plus odieux qui ait été imposé au monde.

En 1782, M. Jefferson disait hautement que le soleil de l'Angleterre s'était éclipsé pour toujours, que celte nation touchait à sa fin, que la liberté l'avait abandonnée pour venir se fixer en Amérique. Quarante ans se sont écoulés , cette prophétie est oubliée j et après avoir détruit le géant de la France, l'Angleterre a réiabli la balance de l'Europe, et sa gloire fait pâlir celle de l'ancienne Rome.

Rien n'est plus digne de l'attention des philosophes et des hommes d'état, que l'investigation des lois j c'est l'histoire du genre humain ; tandis que le récit des événemens politiques et militaires ne nous fait connaître que l'ambition et la fureur de quelques tyrans. Qu'y at-il de plus intéressant et de plus instructif que de remonter à la source de cette jurisprudence qui régit maintenant toutes les nations de la chrétienté ; d'observer le premier principe des droits individuels et de la liberté publique, s'élevant au milieu de l'ignorance et de la superstition; d'examiner le temps qu'il a fallu, et le concours de circonstances favorables qui ont été nécessaires pour amener la société au degré de civilisation où elle est arrivée ? Il est en outre très-essentiel, pour un Américain , d'ajouter à ces recherches générales l'examen analytique des constitutions et statuts des divers états , puisque le peuple y jouit du droit souverain d'altérer, d'amender , de changer même à sa volonté toutes les lois qui le régissent.

Cependant, peu d'avocats et de jurisconsultes sont bien instruits des lois et des statuts des différens états de l'Union. Il est à regretter qu'une étude de cette nature ne fasse pas par-

tie de Tinstruction académique dans les collèges d'Amérique , surtout si elle était précédée de l'examen des institutions de l'antiquité et des principales nations modernes.

Un auteur célèbre a tenté de prouver que, dans les affaires d'état, un jurisconsulte était toujours déplacé. Néanmoins , il admet que Thurlow et Loughborough étaient deux grands hommes d'état, quoiqu'ils fussent avocats. Mais on peut dire la même chose de Bacon, de Haie , de lord Hardwick , de lord Mansfield^ de Jones et d'Hamilton.

En Angleterre , les particuliers , créanciers du roi , ont recours contre lui à la cour même du banc du roi. Aux États-Unis , tout ce qui a rapport au souverain a été aboli par la révolution, qui a fixé la souveraineté dans le peuple même; et nos cours ont si peu de pouvoirs, d'après la constitution , qu'elles ne peuvent pas , à la requête d'un particulier , créancier d'un état, poursuivre cet état ou les Etats- Unis, de sorte qu'il n'a d'autres ressources que de s'adresser à la législature , moyen inutile , comme l'expérience la prouvé par tant de réclamations faites au Congrès , pour ser-

( 369 ) vices rendus ou avances faites , et toutes restées sans réponses. Il n'existe aucun autre moyen de forcer un état ou les États - Unis à payer ce qu'il doivent , soit aux citoyens , soit à des étrangers. Il y a plus , si un des états violait un traité ou un acte du Congrès , il n'y a aucun moyen légal de s'y opposer , parce que ces états ne sont pas dans le cas d'être poursuivis par l'autorité judiciaire des États-Unis.

Les lois d'Amérique en général favorisent le débiteur aux dépens du créancier ; ce qui encourage la friponnerie. Le nombre de personnes insolvables est prodigieux ; elles payent rarement partie de leurs dettes , et en obtiennent facilement la décharge par un acte des états pour les débiteurs insolvables. Par ce moyen, elles peuvent mettre de côté ce qu'elles veulent , sans que le créancier puisse s'y opposer. Il n'y a pas de loi sur les banqueroutes, et nul recours près des cours des états.

Dans tous les états , les émolumens des juges sont établis sur les parties dont ils jugent les affaires j ce qui entraîne les plus graves inconvéniens et un système général de corruption. Les lois anglaises contre l'usure sont adoptées aux Etats-Unis , quoique tous les philosophes

(3,0) politiques s'accoideiit à blâmer l'interventiori de la législation relativement à l'intérêt de l'argent. Adam Smith , Hume, Stuart, et principalement M. Bentham , ont démontré l'absurdité d'une loi contre l'usure. Il est certain , d'ailleurs , que l'intérêt légal diffère toujours de celui du commerce. Dans les pays où les capitaux abondent , cet intérêt s'élève au-dessus de celui du commerce ; et c'est le contraire si les capitaux sont rares. En Angleterre , l'intérêt légal est 5 p. %, celui de la place 3 p. «/o- En Amérique, l'intérêt légal est de 5 à 6 p. o/o, et celui du commerce de lo à 20 p. 0/0, selon la rapacité du prêteur et les besoins de l'emprunteur. A Hambourg , où il n'y a aucune loi sur l'usure , le taux de l'intérêt de l'argent est plus bas que partout ailleurs.

Quelques états , particulièrement celui de New-Tork , ont adopté le système anglais pour la taxe des pauvres ; et cependant , d'après toutes les observations faites par les hommes les plus habiles, on est forcé de convenir que cette loi est une véritable calamité pour l'Angleterre , qu'elle augmente l'indigence , qu'elle favorise le vice , la misère et la dégradation d'une grande partie du peuple. M. Malthus,

(37- ) dans son Essai sur la population ^ jette beaucoup (le lumière sur ce sujet ; et les débats de la chambre des Communes relativement à cette loi , en disent assez pour qu'elle soit aujourd'hui généralement blâmée.

L'étendue du territoire des Etats-Unis, comparée à sa faible population , fait que la main d'œuvi-e y est élevée ; et comme il se trouve constamment du travail pour tout le monde , le système de la taxe des pauvres y est moins dangereux qu'en Angleterre : mais il est facile de voir qu'il produit plus de mal que de bien. Depuis plusieurs années , le nombre des pauvres a toujours été en augmentant. Quand la société de V Ecole du Dimanche s'établit à New- York en 1816, et voulut réclamer les enfans des pauvres , et les sauver de la paresse et du Tice , les agens de cette société trouvèrent les quartiers habités par les pauvres et leurs habitations remplis de gens ivres et dans un état hideux. Ils furent étonnés de la misère et de la difformité de tous les âges , occasionnées par l'habitude des liqueurs spiritueuses , sans distinction d'âge ni de sexe.

L'expérience nous apprend que , quand la basse classe du peuple devient totalement cor-

(3-2) tompue, la perte des libertés civiles et religieuses suit de près ; et cette vérité qui nous vient d'Europe , où le peuple prend en général si peu de part aux privilèges politiques, doit attirer l'attention du gouvernement américain , qui réside dans la souveraineté du peuple , et dont les institutions reposent sur l'opinion publique. Il n'est pas diiticile d'en prévoir les fatales conséquences pour un gouvernement dont la base est le suffrage universel. La corruption et l'immoralité des électeurs , si jamais ils faisaient un trafic de leurs votes et vendaient leurs suffrages au plus haut enchérisseur, amèneraient infaillibleraent la perte de l'état.

L'homme est , en général , porté à la paresse , et fuit le travail quand il le peut. La loi sur les pauvres détruit tout ce qui reste de dispositions à l'industrie. La paresse ne marche jamais seule ; elle conduit à l'intempérance , à la fraude , au vol , et à tous les vices qui minent l'ordre social. Le diable tente les hommes^ mais les hommes paresseux tentent le diable ^ dit im proverbe espagnol. Si le peuple espagnol sentait la force de ce proverbe , quel contraste il offrirait bientôt avec l'état d'ignorance et de misère auquel il est réduit !

On dit généralement qu'il existe dans les États-Unis un trop grand nombre d'avocats ; mais que fait le nombre , c'est le mérite qui est essentiel ! il est rare dans tous les pays, et dans tous les temps. Je suis loin de penser , d'ailleurs, que le nombre de ceux qui adoptent cette profession soit au delà de la proportion convenable. Dans tous les cas, le vrai talent ne doit pas être effrayé de cette concurrence; quelque soit le parti politique qui domine aux États-Unis , les avocats y jouiront toujours d'une grande influence, k l'exception du général Washington , tous les présidens ont été avocats ;, et tous nos diplomates, sans exception , appartiennent à cette honorable profession.

Le barreau américain est , en général , composé d'hommes d'un vrai talent ; et , en proportion de la population , il doit s'en trouver un plus grand nombre qu'en Angleterre. La nature de nos institutions fait que l'administration et tout ce qui s'y rattache n'offre point une véritable carrière au mérite. En Ans^leterre , les institutions pubUques, la situation du pays , les circonstances qui gouvernent l'Europe depuis cinquante ans , ont obligé les T. r. 24

( 374 ) hommes qiii possèdent de la fortune et de la capacité à se porter vers le parlement, l'administration, l'armée, la marine, la diplomatie et les fonctions ecclésiastiques. Il est donc naturel que , dans les proportions , le barreau américain présente plus d'hommes distingués que le barreau anglais.

Par suite , il faut bien convenir que les hommes qui dirigent les affaires publiques en Amérique, sont inférieurs en sciences et en connaissances à ceux qui exercent les mêmes fonctions en Angleterre. Mais il est convenable de faire observer que les universités , et tous les moyens d'acquérir le savoir existent en Angleterre, et qu'en Amérique on ne trouve point de bibliothèques publiques , et très peu de bibliothèques particulières. Prêcher et remplir purement et simplement ses modestes devoirs , est l'occupation unique du clergé. L'état d'avocat fournit à tout : à la jurisprudence , à l'administration , aux plus hautes fonctions du gouvernement. On peut dire qu'en Amérique , ce sont les individus que Ton doit distinguer , et qu'en Angleterre , c'est h> nation elle-même.

Toutefois , il est vrai de dire que les affaires

( 375 ) judiciaires sont suivies en Amérique avec uu talent supérieur à celui des hommes de loi d'Angleterre ; pour s'en convaincre , qu'il me soit permis de citer un trait arrivé récemment. Dans une cause très-importante par ses conséquences graves, et qui pouvait compromettre une immense propriété en Amérique, deux avocats anglais sont consultés. Après avoir pris connaissances des lois , usages et coutumes des États-Unis, ils donnent leur opinion motivée. Elle est soumise aux jurisconsultes de New- York qui , après de mûres réflexions , donnent une opinion contraire , appuyée d'une habile réfutation de la décision anglaise. Quand cette consultation fut connue en Angleterre , les hommes de loi examinèrent de nouveau cette affaire , et finirent par rétracter leur première opinion , et par se ranger à celle des jurisconsultes de New- York.

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