CHAPITRE XXXI
Démocratie et aristocratie. L’esclavage. Le code noir. La traite, La taxe d'importation. — Crise religieuse, Revival. Le Méthodisme. Whitefeld, — Enseignement, collèges : Harvard, William and Mary. — Yale. Académie de Philadelphie. Princeton. King's. Dartmouth, Bibliothèques.
Démocratie et aristocratie. L’esclavage, Le code noir. La traite. La taxe d'importation.
Les années qui s'écoulèrent entre la conquête du Canada et la guerre de l'indépendance furent, pour les colonies du centre et du sud, une période de développement rapide et de grande prospérité. Baltimore, la capitale du Maryland, et Norfolk (7 000 hab. en 1750), sur la rive méridionale de la baie de Chesapeake, commençaient à prendre l'aspect de villes importantes. Philadelphie et New-York s'accroissaient également, Le chiffre de la population de Boston restait au contraire stationnaire, l'immigration n'ayant plus, depuis trente années, un caractère religieux, mais affectant plutôt, comme en Géorgie, un objet philanthropique.
Les provinces du nord étaient peuplées de pècheurs, d'artisans et de fermiers, Une aristocratie s'était constituée, intellectuelle dans le Massachusetts, foncière dans le New-York; mais le fond des idées et des sentiments, depuis les rivages du Maine, au nord, jusqu'à l'embouchure du Susquehannah dans la baie de Chesapeake, au sud, était démocratique, Au delà de cette limite et jusqu'aux solitudes qui séparaient les établissements naissants de la
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ÉTAT SOCIAL ET INTELLECTUEL. 423 Géorgie de l’ancienne colonie espagaoie dc la Floride, la structure sociale était aristocratique, et fondée sur l'esclavage.
L'esclavage existait, de fait, dans toutes les colonies angloaméricaines au milieu du xvin° siècle. Ce genre de servitude ne ressemblait d'ailleurs en rien à ce qu'avait été l'esclavage dans l'antiquité. Il ne s’agissait ici ni de débiteurs insolvables, ni de prisonniers de guerre, C'était l'exploitation industrielle d'une race humaine, considérée comme inférieure et pour laquelle la pitié mème ne pouvait se manifester que mêlée de mépris. La chevelure laineuse, les grosses lèvres, le teint d'ébène, étaient des marques d'abjection. Mème libéré, et parce que ces marques subsislaient en lui, le noir risquait encore d'être arrèté comme esclave fugitif. L'Indien fut préservé de cette condition dégradante par son courage et sa férocité.
Le préjugé de couleur n'était guère alors plus fort au sud qu'au nord. Si les esclaves étaient plus nombreux dans les colonies du sud, c'était pure affaire de climat et de mode de culture. On comptait en 1756, dans toute l'Amérique du Nord, environ 300 060 nègres esclaves, dont 220000 en Virginie. Les noirs dans la Nouvelle-Angleterre étaient exclusivement employés comme serviteurs domestiques. Mème dans ce pays de puritanisme aigu, le nombre des esclaves, malgré quelques serupules de conscience formulés au commencement du xvin° siècle, s'accrut avec la richesse et le luxe. D'après un recensement officiel de 1754, le Massachusetts possédait deux mille cinq cents esclaves adultes, dont mille environ à Boston, proportion plus grande à l'égard du nombre des habitants libres que ce ne fut le cas cent ans plus tard à Baltimore. La proportion était plus forte encore dans le Conneclicut que dans le Massachusetts, et dans le Rhode-Island que dans le Connecticut, La législation de la Nouvelle-Angleterre protégeait cependant les esclaves contre les maitres, au moins dans une certaine mesure.
Dans le New-York et le New-Jersey, les nègres étaient employés comme serviteurs domestiques ou comme ouvriers des champs. Ils constituaient le sixième de la population de la première de ces provinces, et le code noir y élait à peine moins dur qu'en Virginie, La Pennsylvanie n'avait que peu d'esclaves, les quakers préférant
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les indented servants. Cependant en 1699, lorsque Penn avait proposé quelques lois prescrivant aux maitres un traitement humain des nègres, la législature quaker n'avait fait aucune réponse. Elle alla, en 1722, jusqu'à rejeter une proposition d’émancipation. Mais elle établit un droit très élevé, pratiquement prohibitif, sur l’importaiion des esclaves, act qui fut annulé par la couronne. Quelques voix indigènes s’élevèrent dès lors contre l'institution honteuse !, Franklin fut de bonne heure un avocat de l'émancipation. Presque tous les esclaves de la Pennsylvanie se trouvaient réunis à Philadelphie. Les noirs composaient le quart de la population de cette ville, mais un grand nombre étaient libres.
Les esclaves constituaient le tiers au moins de la population dans le Maryland, la Virginie et la Caroline du Nord, colonies productrices de tabac, plus de la moitié dans la Caroline du Sud, où le riz était le produit principal. Le code noir de cette province, revisé, puis maintenu à peu près intégralement en vigueur jusqu'en 1760, avait perdu dans son texte nouveau un peu de l'extrème dureté de la première rédaction. Pour le fond, il était resté tout aussi impitoyable : la loi déclare que « tous les noirs qui existent ou existeront dans la province (à l'exception de ceux qui sont déjà libres) avec toute leur descendance née ou à naitre, sont déclarés et resteront pour toujours esclaves, et seront réclamés, tenus, pris, réputés ct adjugés en justice comme biens meubles par nature ». Ainsi, le maître n'a plus le droit d'émanciper ses esclaves, Lorsqu'un blanc soutiendra en justice qu'un noir réputé esclave est réellement libre, il sera tenu de faire la preuve qu’il est libre, tandis que s’il s’agit d'un Indien ami du gouvernement de la province et réclamé comme esclave, c'est le défendeur qui devra faire la preuve que cet Indien n’est pas libre. L'esclave ne louera pas son temps, ni ne pourra prendre à bail une plantation, posséder un bateau, élever des chevaux, du bétail, des pores, ni faire un commerce quelconque pour son propre compte. On n'apprendra pas à l'esclave à écrire, Il ne portera que des vêtements grossiers, sauf le cas de livrée pour ie service domestique.