‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 110 sur 147 · L' « ACT » DU TIMBRE · texte numérisé non relu

L' « ACT » DU TIMBRE

se trouvait Franklin, envoyé en octobre par l'Assemblée de Pennsylvanie. Benjamin Franklin avait cinquante-huit ans. Chef du parti populaire pennsylvanien engagé depuis longtemps dans une lutte violente contre le gouvernement des propriétaires, il était désigné à l'avance comme un des plus solides adversaires du droit de taxation. Il avait reçu de plusieurs autres provinces un mandat exprès pour présenter en leur nom la mème opposition. Il débarqua sur le sol anglais comme le représentant en quelque sorte national de l'empire colonial britannique en Amérique. Sa grande expérience légale, son habileté naturelle, son intelligence éprouvée des choses de la politique, sa profonde connaissance du caractère et des instincts du peuple américain, justliaient le choix de ses concitoyens et la confiance qu'ils mettaient en lui. Il ne parlerait pas seulement pour une province, il ferait entendre à Londres la voix commune de toutes les Plantations.

Grenville eut des égards pour Franklin et lui rendit visite dès son arrivée (février 1765). Il reçut de lui de sages conseils qu'il s'empressa de ne pas suivre. Le roi avait son siège fait. Le 10 janvier précédent, à l'ouverture de la session, le discours du trône avait déclaré que la question américaine était « une question d'obéissance à la loi et de respect à l'Assemblée législative du royaume ». Il recommandait au Parlement l'adoption du plan de Grenville et s'engageait à ne rien négliger pour assurer l'obéissance des colonies. Le 17 février, Grenville présenta le célèbre bill du timbre, composé de cinquante-cinq résolutions ".

Townshend, le plus brillant orateur des Communes en l'absence de Pitt, défendit les propositions ministérielles et s'atlira une visoureuse réplique du colonel Barré, qui avait fait avec Wolfe la campagne contre Québec. Un long séjour dans les colonies l'ayant éclairé sur l'histoire de leur développement, il ne put supporter les sollises ampoulées que débitait l'orateur du gouvernement sur les bienfaits dont l'Angleterre avait doté ses possessions. I bondit

fout parchemin où papier devant servir à des factures, lettres de change, de propriété, contrats de louage, polices d'assurances, licences de mariage,

tres documents de toute espèce, devait être frappé d'un timbre pour avoir une valeur légale, Le papier timbré seruit vendu par des agents publies désignés

ul eflet, Toute contravention aux prescriptions de lacf serait jugée par les cours d'amirauté, Gette dernière clause était grave, Elle menaçait d'enlever les Americains à leurs juges naturels, On pouvait compter qu'ils ne laccepteraient© pas.

de son siège et exalta les vertus et l'énergie des Américains, ces « fils de la Liberté! » Sa harangue improvisée passa rapidement l'Atlantique. Les patriotes de l'Amérique du Nord se parèrent avec orgueil du nom qu’un Anglais venait de créer pour glorifier leur cause, « fils de la Liberté! » Les auditeurs de Barré ne comprirent à peu près rien à son discours : ils connaissaient si peu l'Amérique! Ce langage enflammé les étonna sans les convaincre. Il n'y eut pas de débat; le bill fut voté le 27 février par 250 voix contre 50. La loi passa ensuite sans aucune difficulté à la Chambre des lords et fut sanctionnée par le roi le 22 mars *. | En décembre 1764, la Chambre des bourgeois de Virginie, inquiète des projets du cabinet anglais, avait chargé une £ommission composée de Peyton Randolph, atiorney général, Richar Henry Lee, dont le père avait été président du conseil de la province, George Wythe et Edmond Pendleton, avocat de renom, de rédiger une pétition au roi, un mémoire à la Chambre des lors, une remontrance aux Communes. Ces documents réciamaient, en termes très modérés, le droit pour la colonie de se taxer ellemème et insistaient en outre vivement sur les embarras financiers que lui avait légués la £ rre. Lorsque la nouvelle du vote de l'act du timbre parvint à Williamsburg (mai 1765), l'Assemblée était encore réunie. Les représentants de l'aristocratie virginienne,

et parmi eux Washington, inclinaient à temporiser, trouvant que l'on avait assez fait. Mais Patrick Henry, récemment entré à la Chambre et que la fraction démocratique avait immédiatement pris pour chef, proposa une série de résolutions dont la substanve était que « l'Assemblée générale de la colonie avait toujours eu seule et entendait garder seule le droit d'imposer des taxes à ses habitants », Un discours célèbre enleva le vote de ces résolutions, bier qu'à une assez faible majorité, On raconte que le messager qui portait le texte de ce vote à Bosion rencontra sur sa route celui qui portait aux colonies du sud l'annonce d'une demarche plus sérieuse encore de l'Assemblée du Massachusetts. Celle-ci, sur la proposition de James Otis, venait d'adresser aux Assemblées de toutes les autres colonies l'invitation d'envoyer des

1. Quelques jours plus tard George HE était frappé de la première allaque dl la maladie mentale qui devait finir par le rendre incapable de gouverner.

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LE CONGRÈS DE 1765. 457 délégués à un congrès continental qui se réunirait à New-York au mois d'octobre suivant, « afin que les représentants de toutes les provinces pussent délibérer en commun sur les moyens d'obtenir du parlement anglais qu'il renonçât à sa politique de taxation ».

Quelques colonies hésitèrent, mais l'adhésion de la Caroline du Sud, décidée en juillet sur le rapport d'un patriote résolu de cette province, la plus méridionale (car la Géorgie ne comptait pas encore), entraina toutes les autres, et la réunion du congrès fut assurée. Christopher Gadsden venait de rendre ainsi à la cause de la révolution un service qui plaça son nom, dans le souvenir de ses concitoyens, à côté de ceux d'Otis et de Henry.

Premières émeutes. Le congrès de 1765. Associations patriotiques. Rappel de L’ « act » du timbre (18 mars 1766).

L'agitation s’accrut bientôt dans des proportions que n'avaient prévues ni les gouverneurs royaux, ni les promoteurs de la résistance légale. La population commençait à prendre fait et cause, à sa façon, pour les droits des colonies. On avait déjà, un peu parout, planté des arbres de la liberté; on y pendit eu effigie des ciltovens suspects. À Boston, trois hommes étaient particulièrement exécrés, Bernard le gouverneur, Hutchinson le sous-gouverneur, et le beau-frère de celui-ci, Oliver, qui venait d'être nominé distributeur du papier Umbré pour le Massachusetts. Pour

contraindre à résigner celte nomination, on saccagea ses bueaux. Un membre très populaire du clergé congrégationaliste, Mavhew, excitait la foule à ces exéculions sommaires, La demeure d'un greflier de la cour d'amirauté fut assaillie, Les émeutiers se portèremt ensuite sur la maison du receveur des douanes, qu'ils pileremt de fond en comble, et de là sur Fhôtel de Hutchinson, une des constwuctions ies plus élégantes de Boston à cette époque. On lit un feu le joie du riche mobilier qu'elle contenait, tandis que ke sous-gouverneur s'évadait non sans peine avec sa famille, Là fut brûlée une précieuse collection de documents sur l'histoire de la wovince, que Hutchinson avait mis trente ans à réunir.

La loi sur le timbre devait entrer en vigueur le 1" novembre, Des ballots de papier timbré avaient été envoyés d'Angleterre ;

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mais, dans la plupart des villes, les consignataires désignés refusèrent de recevoir ces colis compromettants. Tous les receveurs désignés de la nouvelle taxe s'étaient successivement récusés. La loi ne put être appliquée et le papier resta en magasin, personne ne voulant se charger de le mettre en vente, et d’ailleurs qui aurait osé l’acheter? À New-York la foule, fort excitée et prenant goût au désordre de la rue, exigea et obtint du gouverneur Colden qu'il ne laissât pas même ouvrir les ballots de papier. On mit au pillage la maison d’un officier, le major James, qui avait déclaré, disait la rumeur publique, qu'il forcerait bien les fils de la Liberté à avaler le papier timbré « en le leur enfonçant dans la gorge avec la pointe de son épée », et que, s’ils essayaient de résister, «il se faisait fort, avec vingt-quatre hommes, de chasser de la ville toute cette bande de rascals ».

Les délégués de neuf colonies se trouvèrent réunis le 7 octobre (Old City Hall, dans Wall street) à New-York, conformément à l'invitation du Massacusetts. Ce premier congrès était formé de vingthuit membres, choisis en général parmi les hommes les plus distingués dans chaque province. La session dura trois semaines et aboutit à la rédaction d'une pétition au roi et au Parlement ct d'une exposition, juridiquement et politiquement motivée, des droits et des griefs des colonies.

Cette « Déclaration des droits » débutait par une chaleureuse protestation de dévouement à la personne du roi et à la dynastie. Elle continuait ainsi : « Nous considérons comme notre devoir de faire la déclaration suivante de notre humble opinion concernant les droits et les libertés les plus essentiels des colonies, et des griefs dont elles souffrent par suite de diverses lois récemment volées par le Parlement ». Les colons revendiquent en premier lieu tous les droits et libertés dont jouissent les sujets du roi de la Grande-Bretagne. — Le droit incontestable des Anglais, la condition inséparable de la liberté d'un peuple, est qu'aucune taxe ne soit imposée à celui-ci sans son propre consentement, donné personnellement ou par ses représentants, — Le peuple des colonies n'est pas représenté, et les circonstances ne permettent pas qu'il le soit, dans la Chambre des Communes de la Grande-Bretagne. — Un autre droit inhérent et inappréciable de

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LE CONGRÈS DE 1765. 459 tout sujet dans les colonies est le jugement par jury. — Deux actes récents du Parlement (la loi sur le timbre, et la loi sur l'extension de juridiction des cours d’amirauté) ont donc une tendance directe à la subversion des droits et libertés des colonies. — Les restrictions imposées par différents actes du Parlement au commerce des colonies rendront celles-ci incapables d'acheter les produits manufacturés de la Grande-Bretagne.

La déclaration invoquait subsidiairement la dureté des temps, la rareté des espèces métalliques. Elle se terminait par une adjuration au roi et au Parlement, au nom du droit de pétition qui appartient à tout suj:. anglais, d'abroger les lois dont l’énumération venait d'être faite.

Ainsi le premier « Congrès continental », dans ses revendications officielles, n'allait pas au delà d’une protestation respectueuse contre le droit que le Parlement s’était arrogé : 1° de taxer directement les colonies; 2° de leur enlever en certains cas le privilège du jugement par jury; 3° d'imposer des restrictions excessives à leur commerce. Que le Parlement abrogeàt quelques lois dont l'inopportunité ou l'injustice étaient démontrées, et tout sujet de mécontentement dans les colonies disparaissait.

Tandis que le Congrès adressait ainsi au souverain de la mère patrie la protestation officielle des colonies, unies dans un mème sentiment de résistance respectueuse, la population imaginait d'autres formes de protestation destinées à agir sur les dispositions de la classe commerciale en Angleterre. Dès la fin de 1765, des associalions étaient formées dans la plupart des villes, en vue de suspendre toute importation de marchandises anglaises jusqu'à l'abrogation de l'acte du timbre. On ne porterait plus que des élolfes tissées dans le pays mème (home spun), si grossières fussent-elles, Une Exposition fut organisée à New-York pour l'encouragement des manufactures domestiques. On s'engageait à ne plus se nourrir de mouton, afin d'assurer une plus large production de la laine. Ces associations réunirent en peu de temps un nombre considérable d'adhésions, moitié par enthousiasme patriotique, moilié aussi par intimidation. Des comités de propagande et de surveillance se conslituèrent spontanément pour recueillir les signatures à domicile et contrôler la fidélité aux engagements

pris. Mème les tièdes étaient forcés de denner leur agrément, toute hésitation étant suspecte; l’épithète de tory, appliquée aux partisans trop avérés des droits du Parlement, commençait à porter avec elle un caractère de flétrissure. Les gouverneurs, dans leurs lettres aux ministres, raillaient ces engagements de non-importation. L'effet cependant ne tarda pas à s'en faire sentir dans les grandes villes manufacturières de l'Angleterre. Les fabricants de Manchester envoyèrent une pétition au Parlement, déclarant que les neuf dixièmes de leurs ouvriers ne pouvaient plus être employés.

Des incidents d'ordre intérieur avaient, entre temps, provoqué un changement de ministère à Londres. Le nouveau cabinet (Rockingham) avait des tendances libérales, mais manquait de décision et ne s’occupa d’abord que fort peu des affaires américaines. En janvier 1766 cependant, son attention dut se porter de ce côté. Pendant le débat sur l'adresse, Pitt, qui n’avait pas paru au Parlement depuis une année, prononça une grande harangue, au cours de laquelle il revendiqua pour les colonies le droit de n'être taxées que par leurs Assemblées : «Les Américains sont des sujets du roi, qui possèdent, au mème titre que nous tous, les droits naturels de l’humanité et les privilèges particuliers des Anglais. Ils sont fils, et non bâtards, de l'Angleterre. » C'était la thèse même de l'exposition des droits du congrès de New-York. Les ministres se déclarèrent prêts à abandonner l’act du timbre. George Grenville, maintenant dans l'opposition, voulut défendre son œuvre et déclara que les désordres en Amérique confinaient à une rébellion ouverte. Pitt se leva indigné : « Vous nous parlez de l’obstination de l'Amiérique! Monsieur, je me réjouis de la résistance de l'Amérique! Ni trois millions d'êtres humains avaient été assez morts aux senli-

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ments de liberté pour accepter volontairement d’être esclaves, ils eussent été un excellent instrument pour assurer la servitude de tous les autres !. » Franklin fut mandé à la barre de la Chambre,

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qu'il sut gagner par la clarté, la justesse, le sens politique de ses

1. « C'est ce passage plus qu'aucun autre du même discours qui a rendu Pitt si cher aux Américains, On trouverait difficilement des paroles qui aient été plus souvent répétées, jusque par les enfants de nos écoles dans leurs leçons et exercices de sit\le, depuis plus de cent années, » (Bryant and Gay, Popular History of the United States.)

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