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CHAPITRE XXX VIII

Le Congrès continental (10 mai 1775). Attitude hésitante de cette Assemblée, La révolution en Virginie, — George Washington commandant en chef (15 juin). — Combat de Bunker Hill (47 juin). — Fin de la première session du Congrès (juin-août). — Progrès de la révolution dans toutes les provinces (fin 1775). Bombardement de Norfolk (1% janvier 1776). — Washington devant Boston (juinseptembre 17175),

Le Congrès continental (10 mai 1775). Attitude hésitante de cette Assemblée. La révolution en Virginie.

Le 10 mai 1775 se réunit à Philadelphie le second Congrès continental. Les délégués les plus en vue étaient : Franklin, Samuel Adams, Washington, Richard Henry Lee, Patrick Henry, George Clinton, Jay, Robert Livingston. Onze colonies étaient représentées. Les délégués du Rhode-Island arrivèrent le 15 mai; la Géorgie ne désigna les siens qu’en juillet, et ils ne parurent à Philadelphie qu’en septembre. Le Congrès s’ajourna du 1° août jusqu’au 5 septembre. A cette date plusieurs délégations se trouvaient renouvelées; d'autres le furent de temps en temps, au gré de chaque colonie. Ces modifications ne se produisant pas à date fixe, il en résulta une sorte de permanence de l’assemblée.

Le Congrès n’était qu'une réunion de comités désignés par les colonies. Les membres qui le composaient, élus avant le combat de Lexington, avaient pour instruction de délibérer sur des

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agréer toute mesure visant la revendication effective des droits américains.

mesures de conciliation ‘, Élus par des assemblées qui n'avaient pas d'existence légale, ils ne formaient pas une confédération, ne constituaient ni un gouvernement exécutif, ni un corps législatif. Il n'y avait pas dans toute l'Amérique un mille carré de terrain où ils eussent le droit de faire exécuter leurs décisions. Pas un soldat n'était encore enrôlé, pas un officier commissionné en leur nom. Ils n'étaient autorisés ni à lever une taxe ni à contracter un emprunt. Leur réunion fut appelée Congrès continental et non congrès national, parce que l’idée de former une nation n’avail encore pris possession que de quelques esprits en avance sur la masse des Américains. Mais les événements avaient marché depuis la désignation des délégués. Au moment où ils se réunissaient, le Parlement avait déclaré sa résolution de faire prévaloir son autorité et la guerre éclatait. Quoi que fit ou résolüt de faire le Congrès, dans des conjonctures aussi graves, il devait le faire sans droit, par usurpation de pouvoir. De là l’extrème timidité de ses premières résolutions. ,

Les délégués, sauf quelques meneurs ardents comme Samuel Adams et Henry, étaient des hommes modérés, agissant plus par raison que par passion, amis de l’ordre et de la légalité, prèts à sacrifier leurs biens et leur vie pour la cause des libertés amérisaines, mais éprouvant une vive répugnance pour les procédés révolutionnaires. Cependant, après Lexington et Concord, les Anglais assiégés dans Boston, toute la Nouvelle-Angleterre se levant en armes, les habitants des autres provinces se préparant à porter secours à leurs frères du nord, il ne restait logiquement qu'à former un grand État et à en déclarer immédiatement l'indépendance. Cette déclaration, que Samuel Adams appelait depuis longtemps de ses vœux, à laquelle se résignaient John Adams ct Franklin parce qu’ils la jugeaient ultérieurement inévitable, quelques délégués à peine l’eussent votée sur l'heure. Presque tous, malgré le sang versé, repoussaient la pensée d'une séparation complète des colonies et de la métropole. Ils croyaient devoir tenir compte des dispositions hésitantes d'une partie de la population, ici des quakers ennemis de la guerre, là des marchands tremblant

1. Quelques délégations toutefois avaient été investies de pouvoirs illimités pour

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pour leur commerce, ailleurs des Allemands, des Suédois, des Hollandais que la querelle laissait indüfférents. Le premier moment d'enthousiasme passé et les revers arrivant, ces hésitations allaient s'accentuer un peu partout.

Des régiments anglais étaient en mer, se dirigeant sur New- York. Les patriotes devaient-ils s'opposer au débarquement? Le Congrès conseilla aux New-Yorkais de laisser les habits rouges occuper leur ville, et aux autres habitants de la province de se maintenir sur la stricte défensive, pendant que l’on épuiserait les dernières tentatives pour le rétablissement de le paix. Saisie d'un rapport détaillé sur les événements qui venaient de se passer dans le Massachusetts et d'une proposition du Congrès provincial déférant au grand Congrès continental la direction des forces réunies devant Boston, l'Assemblée renvoya à un comité l'examen de la grave question relative à l'adoption, par les Colonies-Unies, de l’armée de la Nouvelle-Angleterre.

Ethan Allen faisait réparer les fortifications de Ticonterusa el de Crown-Point. Le Congrès, irrésolu, circonspect, vowait abandonner ces deux forts, craignant de compromettre le travail de pacification qu'il allait engager. Pendant ce temps, Sir William Howe et les généraux Clinton et Burgoyne débarquaient à Boston (25 mai). Carleton, au Canada, réunissait des troupes, offrait des grades à l’ancienne noblesse franco-canadienne, excitait le zèle de Guy Johnson qui négociait avec les Six Nalions, et envoyait La Corne Saint-Luc chercher des auxiliaires jusque chez les sauvages des chutes de Sainte-Marie et de Michilimackinac.

Le 31 mai 1775 les habitants du comté de Mecklembourg, dans la Caroline du Nord, apprenant que les Angiiis avaient tué des

Américains à Lexington, résolurent de rompre toute relation avec la Grande-Bretagne. Plusieurs compagnies de milice se réunirent et adoptèrent une déclaration formelle d'indépendance. Un gouvernement provisoire fut organisé pour le comté, Des copies de la déclaration furent répandues dans tout le sud et envoyées à Philadelphie. C'était un mouvement prématuré, le Congrès étant encore sous la direction des modérés. L'homme de la situation était John Dickinson, à qui il ne manquait pour être un homme d'État que la fermeté du caractère. Il représentait la Pennsylvanie, TI. 31

la troisième des provinces pour le chiffre de la population, et Philadelphie, la ville la plus peuplée de l'Amérique du Nord. Le propriétaire de la province, un descendant de Penn, offrait de mettre ses relations puissantes au service d’une tentative de réconciliation avec la Grande-Bretagne. Les deux collègues de Dickinson, Mifflin et Franklin, ne partageaient pas ses illusions. Celui-ci aurait volontiers poussé à l’action : « Faites-vous moutons, disait-il, les loups vous mangeront. Dieu aide qui s’aide! » Maisil voulait que la majorité du Congrès arrivât d'elle-même, par sa propre expérience, à reconnaître ia nécessité des mesures vigoureuses. Dickinson appuya une motion de Jay tendante à l'envoi d'une « pétition respectueuse à Sa Majesté ». Le vote fut unanime et Dickinson reçut commission de rédiger le document. Une motion de Duane demandant l'ouverture de négociations pour le règlement du conflit entre la métropole et les colonies ne fut adoptée qu’à la majorité. Encore cette majorité ne pouvait-elle consentir au sacrifice de la charte du Massachusetts, et ce sacrifice était la base même des propositions de lord North, On savait en outre que le roi avait déclaré à plusieurs reprises qu'il aimerait mieux concéder l'indépendance aux colonies victorieuses que renoncer de plein gré aux mesures adoptées par son gouverne- Eu ment pour la soumission d’une colonie rebelle,

| L'attitude hésitante du Congrès eut pour résultat de refroidir { l'enthousiasme des patriotes en donnant crédit à l'opinion qu'un

accommodement était encore possible. Elle laissait de plus au l ministère anglais le temps de rassembler des forces. L'occasion se trouva ainsi perdue de débarrasser, dès le début de la lutte, le territoire américain des quelques régiments anglais qui s'y trou- | vaient cantonnés au moment de l'explosion.

Les fonctionnaires royaux reprirent courage et réussirent, en usant de quelque modération, à maintenir un certain temps leur autorité, A la fin de mai, le Congrès n'avait pas encore répondu | à l’Assemblée provinciale du Massachusetts lui demandant | celte province devait se constituer en gouvernement indépendant. Afin de donner ‘outefois une marque de sympathie aux compntrioles du nord dont la capitale était aux mains des Anglais, le | Congrès élut, pour son président, Hancock, un des deux tribuns

opulation, et du Nord. Le nn, offrait de tentative de collègues de ses illusions. vous moutons, aide! » Maisil même, par Sà nesures vigou- Jante à l'envoi te fut unanime ocument. Une jations pour le colonies ne fut ne pouvait-elle s, et ce sacrifice h. On savait en s qu'il aimerail ictorieuses que son gouverne-

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du Massachusetts que le roi d'Angleterre et ses ministres avaient frappés de proscription.

La cause américaine fut tout à coup tirée de cet engourdissement par un acte d'énergie des patriotes virginiens. Le gouverneur Dunmore, pour tâcher de gagner la province aux propositions de lord North, avait convoqué une dernière fois la chambre des Bourgeois à Williamsburg. Peyton Randolph quitta le Congrès pour venir présider la législature. Il arriva escorté de quelques compagnies de volontaires à cheval. Plusieurs des membres de l'Assemblée se présentèrent avec le nouveau costume d'oflicier des troupes virginiennes indépendantes, blouse de chasse en toile grossière et la hache du pionnier à la ceinture. Le 5 juin l’Assemblée commença de délibérer sur les propositions ministérielles. Au cours du débat, Dunmore, apprenant que Gage venait de mettre hors la loi Samuel Adams et Hancock, craignit d'être arrêté comme otage par les Virginiens, et se réfugia pendant la nuit à bord du vaisseau Fowey, à l'ancre devant Yorktown. Sans s’inquiéter de cette fugue, la chambre des Burgesses à Williamsburg acheva son examen des offres de lord North et chargea Jefferson de rédiger, à l'adresse du gouverneur fugitif, un rapport concluant au rejet formel de l'accommodement proposé. « Laissant la décision finale de la question au Congrès général, dit en terminant Jefferson, nous renonçons à fatiguer plus longtemps le roi de nos pétitions et la nation anglaise de nos adresses, » La Chambre se sépara ‘ et Jefferson partit pour Philadelphie, où les dispositions étaient déjà notablement modifiées.

George Washington commandant en chef (15 juin).

Le Congrès était, en effet, à la veille de prendre une importante décision, commandée par la situation critique des forces coloniales devant Boston. Tandis que Howe, Clinton et Burgoyne amenaient d'importants renforts aux vaincus de Concord, l'armée des

1, Hientôt après, une nouvelle Convention se réunit à Richmond, mobilisa la milice, leva deux régiments réguliers, dont l'un fut commandé par Henry, forma des compagnies indépendantes pour la défense des frontières de l'ouest, organisa un pouvoir exéeutif et émit des billets de crédit,

patriotes, mal commandée, plus mal administrée, fondait chaque jour et menacait de s’évanouir bientôt. Le général, l'honnète et vieux Ward, était dépourvu de toutes qualités militaires et n'avait rien fait pour l’organisation des forces incohérentes, informes, que l’on décorait du nom d'armée de la Nouvelle-Angleterre ; mais il était fort populaire, et il pouvait être dangereux de lui enlever son poste pour le donner à quelque autre officier du Massachusetts.

Le seul moyen de parer au grand péril de cette désagrégation de l'armée de Boston était que le Congrès l'adoptât comme armée continentale, la grossit des contingents des autres colonies et lui donnât lui-même un commandant en chef; l’amour-propre des compatriotes de Ward serait ainsi ménagé, Depuis quelque temps un homme était désigné par tous pour ce commandement. George Washington avait la réputation d'être l'Américain le plus entendu dans les choses de la guerre. On le savait bon patriote, dévoué à la cause libérale; de plus il était Virginien; par lui le Massachuselts était assuré du concours et de l'aide de la plus puissante des colonies, de celle que sa population, ses richesses, son ancienneté plaçaient, sans conteste, au premier rang. On créait un lien étroit entre la Nouvelle-Angleterre déjà aux prises avec l'ennemi et les colonies que leur éloignement semblait protéger contre tout péril immédiat. Sûr de la Virginie, le Congrès pouvait compter sur les deux Carolines, le Delaware et le Maryland, Washington était donc bien l'homme indiqué, sinon nécessaire, John Adams, Samuel Adams, Gerry, tous les délégués du Massachusetts le désignèrent au choix du Congrès. Le 15 juin il fut nommé à l'unanimité ', La 1. En remerciant le président de l'honneur qui lui était fait, Washinglon refusa la solde de 500 dollars par mois qui lui avait été attribuée : « Je prie le Congrès de croire qu'aucune considération pécuniaire ne m'aurait fait accepter cet emploi difficile, au prix de mon bien-être et de mon bonheur domestique, Je ne veux done point tirer un revenu de mon commandement, de tiendrai un compte exurt de mes dépenses, Je ne doute pas que le Congrès ne les acquittes c'est tout ce que je désire, »

Washington avait alors quarante-trois ans. Il était en plein épanouissement de vigueur corporelle et de santé intellectuelle et morale, Grand amateur de sport. chasseur passionné, avec sa haute taille de six pieds, sa belle figure aux traits nobles et enjoués, il avait encore l'aspect de la jeunesse, Tel le montre un por trait datant de 1772, où n'apparait pas cet air de sévérité et de lassitude, que les épreuves du commandement devaient imprimer à son visage et qui caractérise ses

bustes et portraits d'une date postérieure, {avait fait Fa guerre pendant cinq ans (1383-1758) à la tète des troupes de Virginie, Marié peu de temps après à Mes Martha

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BUNKER HILL. — LA RÉVOLUTION GÉNÉRALISÉE. 533 résolution portait que « les délégués de toutes les colonies s’obligeaient à sacrifier leur fortune et leur existence pour soutenir et assister George Washington, esquire, dans la mission qu'il allait entreprendre ».

L'aspect des choses changea immédiatement; la confiance des patriotes, naguère ébranlée, se releva plus vive. John Adams déclara qu’en choisissant ce modeste, vertueux, aimable, généreux et brave Washington, on venait de cimenter l'union des colonies, « Le général, dit-il, est un des plus nobles caractères du j monde; sur lui reposent désormais les libertés de l'Amérique. » HE

Le Congrès était engagé dans la voie des mesures décisives. | N'ayant pas un penny à sa disposition, il commença par le vote d'un emprunt de six mille livres sterling « pour l'usage de l'Amé-

rique ». Ce crédit était affecté à l'achat de poudre pour ce qui {| |

fut appelé alors la première fois « l'armée continentale ». D'autres \} résolutions eurent pour objet des enrôlements de soldats à la | charge du Congrès, tenus à servir jusqu'à la fin de décembre. li] qi

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Combat de Bunker Hill (17 juin).

L'armée de Boston n'avait pas attendu, pour se battre vaillam- ! ment, que le Congrès lui eût envoyé un chef. Washington était | nommé le 15 juin. Le 17 eut lieu le combat de Bunker Hill. Depuis près de deux mois les Américains et les Anglais étaient fl

en présence, et de part et d'autre on n'avait osé prendre l'inilialive de l'attaque. Gage attendait des renforts, les provinciaux | manquaient de poudre, La plus grande confusion régnait au 1} quartier général américain, où toutes les mesures militaires l'A

Custis, il s'était confiné dans sa propriété de Mount-Vernon pour y mener la vie paisible, gaie, plantureuse, du gentilhomme campagnard, partageant son temps contre la surveillance de ses esclaves, la direction de travaux d'exploitation agricole, la chasse au renard, les réceptions à Mount-Vernon et dans les plantations voisines, Washington ne s'était cependant point soustrait aux devoirs de la vie politique, I était juge de paix de son comté el assista fort assidûment, pendant les quinze années de 1758 à 1774, aux séances de l'Assemblée des Bourgeois de Vir-

ginie, I y parlait peu, n'ayant aucun des dons de l'orateur, mais ses collègues fai- j | saient grand cas de la solidité de son jugement, I ne fut pas un des promoteurs À du mouvement révolutionnaire, Conservateur par situation, par goût, par tlempé- 1 | rament, il avait fait pendant longtemps des vœux pour une heureuse #t pacifique 1

conclusion du différend entre les colonies et la métropole, Mais lorsqu'il fallut prendre un parti, il n'hésita pas à se ranger du côté de la résistance.

devaient ètre prises en commun par le comité de salut public et par le conseil de guerre, avant d'arriver, pour l'exécution, jusqu'au faible général Ward.

La ville de Boston, dont l'enceinte ne dépassait pas encore les limites de la péninsule qui forme aujourd'hui le centre de la cité, était domine au sud par les hauteurs de Dorchester, au nord par celles de 1: presqu'ile de Charlestown, reliée à Cambridge par un isthme é'roit qui sépare les deux rivières Charles et Mystic. Faute d'une artillerie suffisante, les Américains n'avaient pu occuper ces deux positions.

Le général Gage, dont les capacités militaires ne dépassaient guère celles de son adversaire américain, retarda l'ouverture des opérations contre l’armée de blocus jusqu'à l'arrivée des troupes qu'amenaient les généraux Howe, Clinton et Burgoyne. Sachant qu'il allait disposer bientôt de vingt régiments de réguliers (environ dix mille hommes), il établit par proclamation la loi martiale, offrit aux insurgés repentants une amnistie dont Hancock et Samuel Adams étaient seuls excepiés, et prépara une sortie. Le comité de salut public, dont Joseph Warren était l'âme, comprit que l'heure était venue de mettre à l'épreuve la résolution et la fermeté des troupes coloniales, On décida de prévenir l'attaque présumée des Anglais. Le colonel Prescott recut l'ordre de construire une redoute sur Bunker Hill, éminence qui ferme l'entrée de la péninsule de Charlestown et commande la grande route de Boston vers le nord et l'ouest.

Prescott quitta le camp, dans la nuit du 16 juin, avec 1 200 hommes et deux pièces de canons. Par suite d'une confusion de noms où d’un ordre mal transmis, il dépassa Bunker Hill qui est à l'entrée de la péninsule, et occupa Breed's Hill”, colline plus basse que la première et plus rapprochée de la ville, en face des batteries anglaises établies sur les quais de Boston. L'attention de l'ennemi ne fut pas éveillée, et les hommes travaillèrent toute la nuit avec un tel zèle, que le matin Breed's Hill portait à son sommet un ouvrage, grossier sans doute, mais suffisant pour abriter du monde.

4, Point qui depuis a reçu effectivement et garde encore le nom de Bunker Hill. C'est là que fut érigée en 1825 la colonne commémorative du combat,

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Aux premières lueurs du jour, les Américains furent aperçus; les batteries de Boston et l'artillerie des vaisseaux de guerre couvrirent de boulets la redoute improvisée. Mais ce bombardement eut peu d'effet et les provinciaux continuèrent à travailler. Prescott, debout sur le talus des fortifications à peine ébauchées, encourageait ses hommes. Les généraux anglais pouvaient envoyer un détachement occuper l'isthme qui joint la presqu'île de Charlestown au continent, pour empècher l’arrivée de tout renfort, puis faire prendre à revers le millier d'hommes qui s'était aventuré sur Breed's Hill; cette troupe serait tombée tout entière entre leurs mains. Ils trouvèrent plus chevaleresque, plus digne de la bravoure anglaise, de lancer cinq régiments et vingt compagnies légères, en tout deux mille cinq cents hommes, l'élite de l'armée, en droile ligne contre le front de défense des Américains. A trois heures de l'après-midi les colonnes anglaises débarquèrent à Charlestown, au pied de la colline. Déjà les premiers rangs étaient à quelques mètres de la redoute quand les provinciaux, qui n'avaient pas encore tiré, voulant ménager leurs munitions, ouvrirent un feu terrible sur les assaillants. Ceux-ci reculèrent en désordre, Leurs officiers les ramenèrent à la charge, tandis que Gage ordonnait d’incendier le village de Charlestown. Les toits de Boston étaient couverts de spectateurs suivant avec une anxieuse curiosité les péripéties de la lutte. Une seconde fois l& feu précis et terrible des Américains fit de tels ravages dans les rangs ennemis que la colonne anglaise se replia jusqu’au rivage. Le troisième assaut fut plus heureux. Les Américains n'avaient plus de poudre; une batterie enfilait de côté la redoute et la rendait intenable, La position fut enlevée à la baïonnette. Le quartier général américain n'avait envoyé ni vivres ni renforis, craignant un débarquement des Anglais à Cambridge. Quelques détachements isolés, des sroupes de volontaires avaient cependant franchi l'isthme, mais la redoute de Breed’s Hill ne compta pas à un seul moment plus de quinze cents défenseurs. Lorsque les premiers rangs des ennemis franchirent enfin le parapet, les provinciaux luttèrent encore quelque temps à coups de crosse, puis lentement, en bon ordre, sans laisser un prisonnier à l'ennemi, ils se retirèrent de Breed’s Hill à Bunker Hill et de Bunker Hill à Prospeet Hill, près de Cam-

bridge, où ils se fortifièrent, attendant les Anglais qui ne songeaient point à les poursuivre. La perte des Américains s'élevait à 145 tués ou disparus et 304 blessés". Du côté des vainqueurs, ily eut 4050 tués ou blessés, plus du tiers de l'effectif qui avait pris part au combat; les officiers, qui avaient dû cons amment se tenir au premier rang pour exciter leurs soldats et arrêtrr par deux iois la déroute, comptaient 13 morts et 70 blessés, soit un officier pour dix hommes. De telles pertes affaibliront l’armée anglaise au point que ses chefs, jusqu'à la fin du siège, n’osèrent plus tenter aucun mouvement offensif.

Fin de la première session du Congrès (juin-wrût).

Même après avoir adopté, comme armée des colonies unies, ces troupes de la Nouvelle-Angleterre qui venaient de tuer ou lesser un millier d'hommes aux généraux anglais, après avoir autorisé Philip Schuyler à préparer une invasion du Canada, et volé, pour subvenir aux frais de la guerre, une émission de billets de crédit continentaux pour une somme de deux millions de dollars, le Congrès ne renonçait pas à l'espoir d'amener l'Angleterre à un arrangement, et protestait encore contre toute idée de séparation et d'indépendance, Richard Penn, loyaliste déterminé, partit le 12 juillet pour présenter au roi la pétition du Congrès rédigée par Dickinson ?. Les représentants des colonies purent alors s'occuper de l'armée. Washington réclamait des tentes, des vêtements, des recrues, des armes, de l'argent, surtout de la poudre. Schuyler faisait un tableau lamentable de l'indiscipline des troupes établies à Ticonderoga. Mais le Congrès, persuadé que la guerre ne se prolongerait pas au delà d’une campagne el

4, Parmi les morts se trouvait Joseph Warren, l'ardent patriote, le compagnon de Samuel Adams dans la défense légale du Massachussets contre le Parlement et le ministère anglais, I avait trente-cinq ans.

2, L'adresse au roi offrait la soumission des colonies à tous les Acts du Parle ment antérieurs à 1763, ÿ compris les Navigation Acts et les lois diverses relatives à la réglementation du commerce, toutes les lois postérieures étant abrogées. Le Congrès demandait la conclusion d'une trêve, et l'ouverture de négociations pour le rétablissement de l'harmonie sur les bases ci-dessus indiquées, Vergennes, lorsqu'il connut le texte de cette pélilion, estima que de telles offres seraient acceptées, tandis que Guines, ambassadeur du roi de France à Londres, persista à penser le contraire, en quoi l'événement lui donna raison,

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BUNKER HILL. — LA RÉVOLUTION GÉNÉRALISÉE. d37 que le ministère offrirait un accommodement, ne vota aucune mesure générale pour la formation d'une armée régulière, et se contenta de quelques décisions empiriques, prises au jour le jour pour les cas les plus urgents.

Il autorisa les autorités provinciales à enrôler, au nom du Congrès, des compagnies de riflemen (chasseurs, infanterie légère), confirma Schuyler dans le commandement des troupes destinées à l'invasion du Canada, tout en le plaçant sous le contrôle du commandant en chef, et approuva en termes généraux la proposition de Washington d'élever au chiffre de 22 000 hommes l'effectif de l’armée opérant dans le Massachusetts, sans lui fournir d'ailleurs aucun moyen d'obtenir ces nouvelles troupes.

Désolé de l'impuissance du congrès, Franklin présenta le 21 juillet un plan d'union des colonies : chaque province restait maitresse de ses lois et de sa constitution; les pouvoirs de gouvernement général, exercés par le Congrès, embrassaient les queslions suivantes : paix, guerre, alliances, commerce, circulation monétaire, poste, armée, marine, affaires indiennes, disposition des terres non encore cédées par les indigènes, Le trésor public était alimenté par le produit de taxes imposées ct perçues par les diverses colonies au prorata de leur population. Le Congrès était composé d'une seule chambre, dont les membres seraient nommés annuellement, chaque province ayant un nombre de représentants proportionnel au chiffre de sa population et cette proportion devant être revisée tous les trois ans. Le pouvoir exécutif était confié à un des comités du Congrès. Ce plan renfermait les deux éléments fondamentaux de la vie politique américaine : indépendance des divers États dans leurs affaires domestiques, souveraineté limitée du gouvernement central. Il ne fut pas donné suite, pour l'instant, à la proposition de Franklin, Mais le Congrès se vit peu à peu entrainé à prendre quelques décisions importantes.

Les propositions de lord North furent définitivement rejetées". Franklin fut chargé d'organiser le service des postes continentales, Benjamin Church d'inslituer et de diriger un hôpital militaire; une ordonnance fixa la soide des officiers et des soldats de l’armée

1, Sur les conclusions d’un rapport de Jefferson au nom d’un comité dont faisaient partie Franklin, Jefferson, John Adams, Richard Henry Lee,

ET

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coloniale. Enfin se dressait le problème de la création des ressources nécessaires pour l'achat des munitions. On a vu déjà le Congrès décider l'émission de deux millions de dollars de billets de crédit continentaux. Un troisième million fut encore émis.

Ce fut là le commencement des finances nationales. La république des États-Unis, qui rembourse aujourd'hui avec une rapidité si remarquable une dette de quinze milliards et ne sait que faire d'un ‘xcédent annuel moyen de recettes de plus d’un demi-milliard de francs, n’eut pas à sa disposition, à l’origine, un seul dollar en métal; son unique ressource fut un papier-monnaie voué à une dépréciation certaine. Le Congrès, n’ayant le droit de lever aucune taxe, décida que chaque colonie aurait, au prorata de sa population, la charge de l'amortissement d’une partie des billets émis par le Congrès. Cet amortissement devait avoir lieu par annuités, la première échéant en 1779; en fait c'était un papier-monnaie inconvertible, et dont l’avilissement serait d'autant plus rapide et plus profond que les besoins croissants de l’armée rendraient nécessaire une multiplication indéfinie des émissions. Pour la fixation de la quote-part de chaque colonie, on prit pour base de la répartition, non la richesse, mais le chiffre de la population, et ce chiffre comprit tous les habitants, blancs, noirs, mulâtres, libres ou esclaves, les Indiens seuls exceptés.

Au terme de cette première session, le Congrès renouvela l'engagement des colonies de n’exporter directement aucune marchandise dans la Grande-Bretagne, l'Irlande, les Indes Occidentales anglaises ou étrangères, Singulier moyen pour se procurer des munitions que d'interdire tout commerce ! Le 1° août 1775 le Congrès s'ajourna au 5 septembre, laissant le pays insurgé, sans gouvernement visible, sans autré représentation de son unité que Washington et l'armée.

Progrès de la révolution dans toutes les provinces (fin 1775). Bombardement de Norfolk (1: janvier 1776).

Pendant tout l'été de 1775, plusieurs des gouverneurs royaux, Tryon dans l'Etat de New-York, William Franklin dans le New- Jersey, et les propriétaires dans les provinces de Pennsylvanie et

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de Maryland, réussirent par d’habiles manœuvres et par des concessions opportunes, à maintenir au moins nominalement l’autorité de la couronne.

Deux partis divisaient le Maryland. Le propriétaire était un enfant bâtard du dernier lord Baltimore; de grands intérèts se groupaient autour de ce rejeton des fondateurs de la colonie, et constituaient une faction compacte de tories déterminés. Mais ce parti se montra très avisé et garda pendant la première partie de la lutte une attitude de neutralité, n’affectant aucune hostilité contre les revendications américaines et acquiesçant à tout ce qu’il ne pouvait empêcher.

Dans la Pennsylvanie, le New-Jersey et le Maryland, à côté des assemblées législatives régulières, qui siégeaient sous l'autorité de la couronne, les Conventions populaires commencèrent à se réunir, convoquant les milices, ordonnant la levée de régiments pour l’armée de Boston, créant du papier-monnaie pour subvenir aux dépenses militaires. Sur un avis que se décida enfin à lui donner le Congrès continental, la province de Massachusetts procéda dans les formes ordinaires à l'élection d’une chambre des représentants et d’un Conseil, qui, aux termes de la charte, les postes de gouverneur et de lieutenant-gouverneur étant considérés comme vacants, fut investi du pouvoir exécutif. Ce système l'indépendance provisoire fonctionna jusqu'en 1780, époque où le Massachusetts se donna une constitution définitive.

La charte du Connecticut plaçait toutes les fonctions, y compris celle de gouverneur, aux mains des élus du peuple; il n'y avait donc rien à changer. Sous l’énergique gouvernement de Trumbull, cette petite république prit une part des plus actives à la révolution américaine et fournit notamment plusieurs généraux et nombre de soldats à l’armée de Boston. La situation était la mème dans le Rhode-Island que dans le Connecticut : rien à modifier dans la forme du gouvernement. Nathaniel Greene était un don précieux de cette colonie à l’armée américaine. Le Rhode-Island ne fut nullement refroidi dans son patriotisme par la crainte, très justifiée, que l'étendue de ses côles ne l'exposat à de terribles déprédations maritimes.

Le gouverneur du New-Iampshire, Wentworth, s'enferma en

juillet dans le fort de Portsmouth, puis se réfugia à Boston, après avoir vu sa maison pillée par la foule. Le gouvernement de la province fut abandonné ainsi au Congrès provincial et aux comités locaux.

Le Congrès provincial du New-Jersey enrôla deux bataillons réguliers et donna le commandement de l'un des deux à un membre du Conseil, dont le nom était Alexander, mais qui était appelé par courtoisie lord Stirling à cause de certaines prétentions, dont il se targuait, à une pairie écossaise. Là comme en Virginie, comme dans le Maryland et dans toutes les autres provinces, les seules ressources pécuniaires furent les émissions de papier-monnaie.

Martin, gouverneur de la Caroline du Nord, voyant se développer dans la province une association des patriotes, se retira dans un fort, à l'embouchure de Cape Fear River, puis à bord d’un vaisseau de guerre. Les tories, fort nombreux, furent désarmés et internés sur leurs plantations. La milice mobilisée fournit trois régiments réguliers (septembre 1775). Les patriotes de la Caroline du Sud avaient pour chef Henry Laurens. Le comité exécutif émit 600 000 dollars de papier-monnaice. Deux régiments furent levés sous le commandement de Gadsden et de Moultrie. Lord William Campbell arriva d'Angleterre en juillet comme gouverneur à Charleston. Il fut accueilli avec courtoisie, mais ne put réunir une assemblée loyaliste. Les patriotes poursuivirent leur œuvre ct forcèrent les tories des hauts comtés à promettre de rester neutres, En septembre Moultrie occupa le fort de Charleston ‘. Lord Campbell dut chercher un refuge sur un vaisseau de guerre. On forma un régiment d'artillerie, et des fortifications furent élevées pour la défense du port.

Une Convention se réunit en juillet à Savannah. La Géorgie avait été jusqu'alors « le chaîinon manquant ». L'association amiéricaine fut adoptée et des délégués nommés pour le Congrès. Un navire anglais chargé de poudre fut saisi à l'entrée de la rivière, el une partie du chargement envoyée au camp de Boston. Le gouverneur, Sir James Whright, ne put que lancer une vaine protestation.

1. Deux des compagnies qui exécutèrent cet heureux coup de main étaient commandées par Ch. Cotesworth Pinckney et Francis Marion.

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On a vu Dunmore, en Virginie, chercher un refuge sur un navire de guerre. Il commandait la rade par une petite escadre, le Mercury, le Kingfisher, le Olter et plusieurs autres bâtiments. En octobre il voulut s'emparer de Hampton, village situé à l'extrémité de la presqu'ile, entre les rivières James et York. Ses navires furent repoussés par un feu bien nourri des riflemen de la province. Le mois suivant il fortifia Great-Bridge (grand pont), à quelques milles au sud de Norfolk et de là lança une proclamation invitant les esclaves à se lever contre leurs maîtres. Aucun acte ne pouvait plus sûrement attacher à la cause révolutionnaire ceux des planteurs virginiens qui avaient jusque-là hésité. Sur un avis donné par le Congrès, la Virginie se donna aussitôt un gouvernement indépendant et régulier. L'invitation de lord Dunmore à la révolte n’eut aucun succès auprès des esclaves. Mais Norfolk devint le refuge de tous les loyalistes. Les patriotes abandonnèrent cette ville, la plus prospère de l’ancienne province (Old Dominion), aux Écossais, représentants des négociants de Glascow, maîtres du commerce de la région. Mais ce n'était pas sans espoir de retour. Le 28 novembre un corps de troupes sous les ordres de Woodford, ayant reçu mission de reprendre la ville, s’avança sur Great-Bridge, fit capituler le fort qui commandait la position et reprit en décembre possession de Norfolk. Dunmore, pour se venger, fit entrer ses bâtiments de guerre dans la rivière Elisabeth, les embossa contre les quais, et bombarda la ville, le le janvier 1776, depuis trois heures de l'après-midi jusqu'au milieu de la nuit. Des matelots allèrent mettre le feu aux maisons, toutes construites en bois. L'incendie ne s’arrèta qu'après trois jours, faute d’aliment. Norfolk était un monceau de ruines.

La réponse de la Virginie à cet acte de barbarie fut la levée de sept nouveaux régiments, dont un commandé par Hugh Mercer, et un autre (composé d’Allemands des vallées du Blue Ridge) par un ministre luthérien, Peter Muhlenburg.

Washington devant Boston (juin-septembre 1775).

Le 15 juin Washington avait été nommé commandant en chef. Le 17, pendant que l’on se battait à Bunker Hill, le Congrès

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nomma quatre majors généraux : Artemas Ward, du Massachuselts; Charles Lee, officier de fortune d’origine anglaise, qui s'élait acquis une réputation de talents militaires par diverses campagnes en Europe et qui était venu acheter des terres en Virginie; Philip Schuyler, un des plus riches propriétaires fonciers de la province de New-York, et le brave Israël Putnam, du Connecticut, un de ceux qui avaient, dès le lendemain de Lexington, entrainé des compagnies de volontaires devant Boston. Horalio Gates, officier de l’armée anglaise, qui avait récemment vendu sa commission pour s'établir en Virginie, fut fait adjudant général avec rang de brigadier. La nomination de Lee et de Gates, deux étrangers, rencontra une vive opposition au sein du Congrès, Mais Washington insista avec vivacité pour obtenir le concours de ces officiers expérimentés, ne prévoyant guère les embarras qu'ils devaient lui susciter un jour.

Le 21 arriva à Philadelphie la nouvelle du combat de Bunker Hill. Le Congrès acheva aussitôt l’organisation de l'état-major de l’armée par la nomination de huit brigadiers (généraux de brigade) : Seth Pomeroy, vétéran des anciennes guerres coloniales, affaibli par l’âge; Richard Montgomery, New-Yorkais d'origine irlandaise, ardent patriote, esprit éclairé, caractère sans tache, un des meilleurs officiers de l'armée; il avait servi au siège de Louisbourg, puis devant Québec avec Wolfe et devait mourir le dernier jour de 1775 devant cette mème ville; David Wooster du Connecticut, honnête, brave, mais qui avait déjà soixante-cinq ans; William Heath, du Massachusetts, et Joseph Spencer, du Connecticut, peu capables; John Thomas, du Massachusetts, médecin et excellent officier; John Sullivan, un avocat du New-Iampshire, actif, entreprenant, souvent brouillon; Nathaniel Greene, de Rhode-Island. Montgomery et Greene étaient très supérieurs à leurs collègues.

Le 23 juin Washington quitta Philadelphie avec une nonbreuse escorte de membres du Congrès, d'officiers de la milice el d'escadrons de cavalerie. Accompagné de Lee et de Schuyler, il fut reçu à New-York au son des cloches, et traversa la ville, en uniforme bleu, dans une voiture découverte attelée d'une paire de chevaux blancs; neuf compagnies d'infanterie formaient le cor-

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tège. Arrivé au quartier général de Cambridge, Washington prit officiellement le commandement en chef de l'armée continentale. Le 3 mai, son premier soin fut de demander des états détaillés de l'effectif et de l'armement des troupes, les disponibilités en vivres et en munitions; puis il inspecta les positions américaines et reconnut celles de l'ennemi. Le gros des troupes anglaises était établi à Bunker Hill sur l'emplacement du dernier combat; des batteries flottantes gardtient les embouchures des rivières Mystic et Charles. Le reste de l’armée occupait Boston et l'isthme qui relie cette place à Roxbury. Cette armée, mème après l’arrivée des renforts, ne comptait que sept à huit mille hommes, parfaitement exercés il est vrai, et bien pourvus de munitions et de matériel de guerre, une véritable troupe d'élite. La population civile de Boston était réduite à six mille habitants, affamés et exposés à tous les caprices d’une soldatesque furieuse de la résistance qui lui était opposée.

L'armée américaine était dispersée depuis Dorchester au sud de la baie de Massachusetts, jusqu’à l’est de la rivière Mystic; l'aile droite devant Roxbury, le centre à Cambridge avec une avant-garde à Prospect Hill à l'entrée de la presqu'ile de Charlestown; l'aile gauche jusqu’à Chelsea. Les états remis à Washington accusaient dix-sept mille hommes ; il n’y en avait en réalité que quatorze mille. Rien de plus pittoresque et de plus désordonné que ce camp: armes de tous modèles et de tous calibres, uniformes variés à l’infini; ici des tentes, là des cabanes de bois, de feuillage, ou de terre sèche, les unes nues et grossières, d'autres ornées avec une coquetteric raffinée; les mères, les femmes, les sœurs des soldats apportaient chaque jour des vivres. Il était difficile de demander à ces soldats, encombrés de leurs familles, le sentiment ou le respect de la discipline. Washington entreprit cependant cette tâche épineuse; il sut se montrer sévère dans la mesure où le comportaient les circonstances. Quelques exemples rigoureux produisirent une salutaire impression. Il réussit à tempérer, par la fréquence des exercices et des manœuvres, ainsi que par des recommandations minutieuses et répétées, la trop grande familiarité des relations qui unissaient jusque-là les soldats et les ofliciers de la Nouvelle-Angleterre. Après quelque temps, le

camp présenta, sinon la réalité, tout au moins l'aspect de la discipline.

Les troupes furent réparties en trois divisions commandées par Ward, Lee et Puinam. Une division comprenait deux brigades, un: brigade six régiments, le régiment étant l'équivalent du bataillon moderne, A la fin d’août arriva de Virginie un précieux renfort, quinze cents riflemen, troupe excellente, sobre, disciplinée, très apte à la guerre de partisans. Une des compagnies, qui avait pour capitaine Daniel Morgan, avait marché vingt et un jours pour venir de Winchester en Virginie à Cambridge.

Ce qui manquait le plus au camp, c'était les munitions. Washington avait constaté dès son arrivée qu'il y avait à peine dans les magasins de quoi donner une dizaine de cartouches à chaque soldat. Il s'attacha à tenir secrète ectle situation si périlleuse. Il était obligé de correspondre non seulement avec le Congrès, mais avec les assemblées des provinces, les comités, les magistrats des villes, pour obtenir quelques barils de poudre ou des tentes, du bois, des couvertures, des canons, des boulets. Il ne pouvait rien exiger, bien qu'aux yeux du public il fût investi d'une sorte de pouvoir absolu. Ce n'était qu'à force d'instances courtoises, de remontrances respectueuses, en usant en toutes circonstances d'une déférence infatigable à l'égard des autorités civiles, en ménageant les susceptibilités jalouses des gouvernements locaux, en importunant de ses messages quotidiens les provinces voisines, le New-York et jusqu'au New-Jersey et à la Pennsylvanie, qu'il pouvait tenir en haleine le zèle déjà bien refroidi des Assemblées pour la défense des libertés communes.

Washington espérait que les Anglais se résoudraient à évacuer Boston à l'entrée de l'automne. Quand il apprit qu'ils importaient beaucoup de bois pour l'hiver, il éprouva les plus vives angoisses. La plupart des soldats avaient été enrôlés pour quelques mois, généralement jusqu'à la fin de novembre, ceux du Massachusetts seuls jusqu'au 1‘ janvier, Comment remplacer ceux qui partiraient? Le Cong.ès n'avait rien prévu à cet égard. Le commundant en chef songea à tenter tout de suite quelque coup décisif sur Boston. En septembre, il réunit un conseil de guerre et proposa une allaque immédiate; le conseil, à l'unanimité, décida

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que, dans l’état de pénurie où se trouvaient les troupes, il était impossible de leur demander un pareil effort.

Les navires anglais continuant à infester les côtes de la Nouvelle-Angleterre, Washington loua des bâtiments, nomma des capitaines, improvisa des équipages en prenant des volontaires dans son camp et envoya cet embryon de flotte faire la chasse aux bâtiments de l'ennemi chargés de soldats ou de munitions. Le Congrès tardant à instituer des cours d'amirauté pour juger les prises, la législature du Massachusetts pourvut au plus pressé en instituant des tribunaux de ce genre pour la province.

Il est difficile de croire que les chefs de l’armée anglrise n’aient pas connu la vérité sur la pénurie de munitions dort souffrait le camp américain. On ne voit pas cependant qu'ils aient cherché à tirer avantage d’une circonstance si favorable. Ïl faut supposer qu'ils n’ajoutèrent pas foi aux bruits qui se colportaient à ce sujet. Il leur parut inadmissible que Washington tint une armée de quinze mille hommes autour de Boston et fit ériger des fortifications sur tous les points, s'il n'était en mesure de donner à ses soldats de quoi tirer sur les Anglais dans le cas où ceux-ci se seraient avisés de faire une sortie. Telle fut cependant bien réellement la situation ; la poudre fit longtemps encore défaut.

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