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son épée, se placa à la tête de ses hommes et descendit la colline. Les Anglais commençaient à enlever les planches du pont. Voyant arriver les Américains, ils firent feu. Dès la première décharge Isaac Davis tomba; d’autres tombèrent près de lui. Le combat s'engagea. Le détachement anglais s'enfuit en désordre vers le centre du village et le pont resta au pouvoir des colons. Ceux-ci s'arrêtèrent, étonnés de l'acte qu'ils venaient d'accomplir.
À midi, les Anglais abandonnèrent le bourg. Le chemin de Boston serpentait à travers des broussailles sur le flanc de hauteurs boisées; les Américains se dispersèrent pour se porter par de grands détours vers les taillis et les haies par où allait passer l'ennemi. Alors commença la chasse à l'habit rouge. Derrière chaque buisson, chaque arbre, chaque pan de mur, chaque tas de pierres, des miliciens, le fusil à l'épaule, épiaient le passage des Anglais. Smith, chef du détachemeut, fit flanquer le corps prin- ‘pal, à droite et à gauche, de partis d'éclaireurs pour tenir les
‘risains à distance. Mais le feu incessant et bien dirigé de ces ‘ivrs mit le désordre dans les rangs. Les soldats, épuisés de fatigue, à court de munitions, se mirent à courir dans la direction de Boston, n'écoutant plus la voix de leurs officiers. « Les Américains les chassaient devant eux comme du bétail. » On atteignit ainsi Lexington. Heureusement Gage avait envoyé du renfort, Lord Percy arrivait de Boston avec douze cents hommes et deux canons. Il forma ses troupes en carré et recueillit les fugitifs. Les deux tiers de l'armée anglaise d'Amérique se trouvaient réunis là, et pourtant Percy ne pouvait songer qu'à hâter la retraite. Le nombre des minute men allait sans cesse croissant. Après une demi-heure de repos, l’ordre de marche fut donné et la retraite recommença. Sur tout le parcours les Anglais furieux brûlèrent les habitations. A West Cambridge, Joseph Warren et William Heath commandaient une troupe nombreuse de patriotes; les Anglais eurent à soutenir pendant quelques instants un combat très rude, Un peu après le coucher du soleil, ils rentraient enfin en ville par l'isthme de Charlestown. Les Américains avaient 19 tués et 34 blessés, La perte des Anglais en tués, blessés ou disparus était de 273.
Le jour précédent il n'y avait peut-être pas dans le Massachu-
setts deux cents personnes ayant la conviction que le sort des armes déciderait la querelle avec la métropole. Vingt-quatre heures plus tard le gouverneur de la province et l’armée du roi étaient assiégés dans Boston. Toute la nuit les gens des comtés voisins arrivèrent par milliers, sans poudre, sans artilierie, sans provisions; le bruit volait de village en village que l'armée de Boston avait fui devant quelques centaines de miliciens. Le surlendemain du combat de Lexington arrivèrent les gens du New- Hampshire, après une marche de vingt lieues. Leur chef, John Stark, prit position à Chelsea au nord de la ville. Le même jour parut à Cambridge, quartier général de Ward, commandant des milices du Massachusetts, le fermier Israël Putnam suivi des volontaires du Connecticut. Bénédict Arnold, de New-Haven, amena une compagnie dont il s'était fait le capitaine.
C'était plus une foule qu'une armée, cette masse confuse de gens de la campagne que le premier appel de la poudre avait portés d'instinet dans la même direction. Il y avait là une bigarrure étrange d'armes et de costumes; nuile organisation, nulle discipline. Le nombre des hommes présents varia bientôt de jour en jour. Parmi les volontaires de la première heure beaucoup reprirent le chemin de leur village pour chercher des vivres ou des vêtements ou s'occuper de leurs affaires personnelles, promettant d'ailleurs de revenir. Quelques semaines s'étaient à peine écoulées, il restait au plus trois mille hommes. Mais c'était le uoyau d'une arméc sérieuse, Peu à peu s'établit une espèce d'ordre. Le Congrès provincial, qui s'était réuni en hâte le 22 avril. décréla l'organisation d'un corps de troupes du Massachusetts, de 13 500 hommes, divisé en 27 régiments. Les autres colonies de la Nouvelle-Angleterre furent invitées à lover 16 500 hommes pour compléter une armée de 30 000 soldats réguliers, dont l’enrôlement devait avoir pour terme la fin de l'année. Le New-Hampshire décida de lever d'abord 2000 hommes dont 1 200 pour le blocus de Boston avec Falsom et John Stark, le Connecticut 6 000 hommes dont 2600 pour Boston avec Spenser et Putnam .
1. Israël Putnam avait quitté sa ferme en 1754 pour prendre du service contre les Indiens et les Français du Canada, En 4757 il fut pris par les Peaux-Rouges el aillit être brûlé vif, En 1763 il était colonel. La paix signée, il revint à sa ferme:
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Le Rhode-Island, lorsqu'il eut levé 1 500 hommes, en expédia aussitôt 1 000 avec Nathaniel Greene, plus tard l’un des meilleurs lieutenants de Washington. Les autorités provinciales nommaient les officiers supérieurs; les troupes choisirent elles-mêmes, au moins dans les premiers temps, leurs officiers subalternes. Quiconque enrôlait une compagnie de cinquante hommes recevait le grade de capitaine.
Les Anglais restaient enfermés dans Boston, découragés et souffrant du manque de vivres. Le général Gage offrit aux habitants de les laisser sortir de la ville, à la condition que les armes fussent déposées à Faneuil Hall. La proposition fut acceptée et le triste excde commença. Pendant plusieurs jours s’allongea, sur la route de Roxbury, le défilé des voitures emportant les familles et les meubles. Bientôt Gage se ravisa et garda comme otage ce qui restait de la population. Il fut heureux pour les Américains que le général ennemi eût si peu de résolution et ses soldats si peu d'entrain. Un officier hardi eût vite dispersé les assiégeants. Ceux-ci avaient six canons, mais pas de minutions; il fallut fouiller toute la province pour réunir quelques douzaines de barils de poudre. Les autres colonies n'étaient pas mieux fournies. Les chefs improvisés des troupes coloniales ne disposaient d'aucune ressource en magasins ou approvisionnements, et l'argent faisait défaut pour en organiser. Le Congrès provincial dut recourir de suite au papier-monnaie.
Impression produite en Europe.
On apprit à Londres à la fin de mai affaire de Lexington et de Concord. 11 y eut une impression de tristesse et de désappointement, Il avait toujours paru qu'on finirait par s'entendre; Maintenant la réalité c'était la guerre civile. Ces Américains qu'on allait avoir à combattre versaient leur sang pour la défense de leurs droits de sujets anglais. Le fils ainé de lord Chatham donna sa démission d'aide de camp de Carleton, gouverneur du Canada. c'est là que le trouva la nouvelle du eombat de Lexingtons il ne prit même pas
le temps de changer de vèlements, sauta à cheval et courut convoquer la milice qu'il dirigea sur Boston, I avait alors soixante ans.
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L'amiral Keppel se déclara prêt à combattre les ennemis anciens de l'Angleterre, mais demanda à ne pas être envoyé en Amérique. Lord Effingham, apprenant que son régiment était désigné pour partir, quitta le service. La cour lui fit mauvais visage, mais les corporations de Londres et de Dublin le félicitèrent. Lord North, qui désirait avec sincérité le rétablissement de l'harmonie, fut atterré. Il voulait abandonner le pouvoir; sa faiblesse de caractère le retint auprès du roi qui restait inflexible. La masse de la population était apathique, presque indifférente, partagée entre l'orgueil froissé et une certaine sympathie pour les rebelles décidés à se battre. Aucun entrain pour le service en Amérique. Le recrutement devint difficile; « le roi pouvait bien pour tuer des Américains, employer des nègres émancipés, des Indiens, des Canadiens, des Russes, des Allemands; il ne trouverait pas assez d'Anglais pour cette besogne ».
Le conseil des ministres tenu le 14 juin fut morose. La seule solution sage eût été de céder la place à Chatham qui aurait peutêtre opéré la réconciliation. L'administration continua de vivre au jour le jour, sans plan arrêté, dans l'attente des événements.
Cependant le roi inspira quelques idées à ses ministres. Il ne doutait pas que Gage n'eût déjà, par quelque coup d'éclat, pris la revanche de sa malheureuse aventure. Il fallait envoyer des armes à Dunmore pour aider au soulèvement prévu des esclaves de la Virginie. On pouveit compter sur les Highlanders de la Caroline du Nord. Guy Johnson, l'agent indien, se chargerait de soulever les Six Nations et de les jeter par derrière sur la Nouvelle- Angleterre. Pour le reste, on achèterait des bataillons au landgrave de Hesse; on demanderait à l’impératrice Catherine qu'elle voulût bien prêter à l'Angleterre en lutte avec ses sujets une partie de cette belle armée russe qui venait de vaincre l'empire ottoman. À Paris, les beaux esprits, les philosophes, les poliliciens de café, la noblesse comme la bourgeoisie, tout le monde prenait feu pour les Américains. Pourquoi voulait-on que ces braves gens se soumissent aux lois anglaises, puisqu'ils n'avaient pas de représentants dans le Parlement"? Peu de noms américains
4. M. de Vergennes jugeait les événements nouveaux en homme d'État prudent et sagace : « L'esprit de révolte, dit-il, en quelque lieu qu'il éclate, est un
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avaient jusqu'alors acquis une grande notoriété de ce côté de l'océan Atlantique. Celui de Franklin était le plus populaire; on le regardait comme l’homme destiné à prendre la direction des affaires dans le nouveau monde et à fonder l'indépendance de son pays.
La Virginie chasse le gouverneur royal. Im; : “ñ1nce de la ligne de l'Hudson et des lacs. Ethan Allen ; -nd Ticonderoga (10 mai).
Tandis que les hostilités éclataient dans le Massachusetts, plusieurs autres colonies entraient dans un état franchement révolutionnaire. La Virginie n’était nullement préparée pour une vuerre, Elle n’avait ni argent, ni armes, ni munitions. Le gouverneur fit enlever le peu de poudre que contenait le magasin de la colonie près de Williamsburg. Par la baie de Chesapeake et les eaux profondes du James, du Potomac et des autres rivières, elle était ouverte à toute attaque du côté de la mer. Elle n'en fut pas moins une des provinces les plus fermement résolues à repousser par la force les prétentions de l'Angleterre, L'Assemblée avait été prorogée le 2 février. Après une nouvelle prorogation pour le mois de mai, Peyton Randolph invita les comtés à élire des délégués pour une seconde Convention qui se réunit le 20 mars à Richmond, approuva les actes du Congrès de New-York et élut des délégués pour celui qui allait se réunir en mai à Philadelphie.
Patrick Henry proposa de mettre la colonie en état de défense. La motion, soutenue par Henry Lee, fut adoptée. Un comité d'exécution composé de Patrick Henry, Henry Lee, Washington et Jefferson, eut mission d'organiser dans chaque comté des compagnies de volontaires et une troupe de cavalerie, La Convention
fâcheux exemple, Les maladies morales, comme celles du système physique, peuvent devenir contagieuses. Prenons garde que l'indépendance, qui produit une explosion si terrible dans l'Amérique du Nord, ne se communique à d'autres points qui nous intéressent dans les deux hémisphères. » Il ne s'en préparait pas moins très activement à profiter de l'insurrection des colonies anglaises d'Amérique pour engager contre la Grande-Bretagne, le cas échéant, une lutte dont l'issue vengeàt la l'rance des hontes du traité de 1763,
recommandait en même temps la création de manufactures pour travailler la laine, le coton, le lin, le fer, l'acier, pour préparer du sel et fabriquer de la poudre.
La nouvelle du combat de Lexington arriva le 2 mai. Henry réunit aussitôt une compagnie de volontaires du comté de Hanover et marcha à sa tèle sur Williamsburg, recrutant en route de nouvelles compagnies. Le gouverneur Dunmore déclara Henry coupable de trahison et menaça de mettre la ville en cendres. Le 29 avril, à Fredericksburg, 600 hommes étaient prêts à partir. Un message de Washington et de Peyton Randolph les arrêta. Dunmore, voyant tout le pays se soulever pour soutenir les patriotes, comprit l'inutilité de la resistance, envoya sa famille à bord d'un navire de guerre en rade à l'entrée du fleuve et adressa à Henry une somme de trois cent trente livres sterling, représentant le prix de la poudre qu’il avait fait enlever ‘. Les provinces méridionales suivirent l'exemple que donnait la Virginie. Des délégués des comtés de la Caroline du Sud se réunirent en congrès, et décidèrent la formation de deux régiments d'infanterie et d’un régiment de chasseurs. La Géorgie, si insignifiante encore, et qui ne comptait que 17000 blancs avec un nombre à peu près égal d'esclaves noirs, commença à organiser une milice.
Franklin débarqua le 5 mai à Philadelphie, revenant d’Angleterre. Il fut immédiatement nommé délégué au Congrès général. Les patriotes réussirent en outre à faire adjoindre à la délégation de la province James Wilson, en remplacement de Galloway qui désapprouvait le mouvement révolutionnaire et entendait rester un sujet loyal de George IIT.
Dans la province de New-York, les opinions étaient toujours divisées. Cependant des délégués de la ville et des cantons ruraux se réunirent en Convention le 20 avril sous la présidence de Philip Livingston et réélurent pour le prochain Congrès la même délégation qui avait été envoyée au premier, diminuée d'Isaac Low, mais accrue de Philip Schuyler, George Clintca et Robert
1. Henry reçut, à l'occasion de ce premier succès, une adresse de félicitation de quelques jeunes patriotes du comté d'Orange. L'un des signataires était James Madison, le futur président des États-Unis, qui venait d'achever ses études au collège de Princeton,
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Livingston. La délégation avait charge, non de hâter une révolution, mais seulement de concerter avec les représentants des autres colonies « des mesures propres à assurer le maintien des droits de l'Amérique et le rétablissement de l'entente avec la Grande- Bretagne ».
De New-York à Montréal, le fleuve Hudson, les lacs George et Champlain et la rivière Sorel forment une ligne droite du sud au nord. Occuper la ville de New-York et son port, commander tout le cours de l'Hudson, tenir par les forteresses de Ticonderoga et de Crown Point (autour desquels s'étaient déjà livrés tant de sanglants combats) la navigation des deux lacs et les communications avec le Canada, isoler ainsi complètement la Nouvelle- Angleterre des autres colonies, et la réduire par cet isolement, tel était le plan du ministère anglais.
Un heureux coup de main des Green Mountain Boys! le déconcerla tout d’abord. Le 8 mai Ethan Allen, à la tête d'une cenlaine d'hommes du pays et de cinquante réguliers du Massachuselts, avec Bénédict Arnold et Seth Warner pour lieutenants, se mit en marche sur Ticonderoga. On arrive de nuit au pied de la vieille forteresse. À l'aube, Ethan Allen dit à ses hommes : « Il faut que nous renoncions à nous dire des hommes de cœur, ou bien nous devons ce matin mème nous emparer du fort. C'est une tentative désespérée, je ne vous l’impose pas. Que ceux qui veulent l'entreprendre lèvent leurs fusils! » Tous les fusils se lèvent. On se précipite vers la porte du fort. La sentinelle tire, mais le guichet étant ouvert, les Américains font irruption dans la cour et se jettent sur quelques soldats isolés. L'un d'eux, pour avoir la vie sauve, conduit le chef à l'appartement du commandant. Celui-ci, éveillé en sursaut, sort de sa chambre en chemise. « Rendez le fort à l'instant! dit Allen. — Au nom de quelle autorité? demande l'Anglais. — Au nom du grand Jchovah et du Congrès continental! » Le pauvre commandant, ahuri, se hâta de capituler.
1. Hommes des Montagnes Vertes, On donnait alors le nom de Green Mountain à celle partie occidentale du New-Hampshire qui, deux ans plus tard, devait s'ériger en Etat indépendant sous le nom de New-Connecticut, changèé ensuite en celui de Vermont, Les Green Mountain Boys étaient, pour la plupart, des émigrés du Connecticut établis dans la région voisine des lacs George et Champlain, sur la
ligne de partage des eaux de lP'Hudson et du Kennebec et du bassin du Saint- Laurent,
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Une bande de paysans venait d'enlever par surprise, en dix minutes, à la Grande-Bretagne, ce fort dont la capture lui avait coûté, dans la dernière guerre, plusieurs campagnes, des centaines de vies humaines et huit millions de livres sterling. La garnison élait si faible que les Américains eurent à peine cinquante prisonnicers; mais, ce que la disette actuelle de munitions rendait d'un prix inestimable, on trouva dans la place plus de cent pièces de canon et de la poudre. Le fort de Crown Point, situé plus au nord, n'élait occupé que par douze hommes, et se rendit, dès la première sommation, à un détachement conduit par Seth Warner. Arnold s'étant emparé d’un schooner à Skenesborough (aujourd'hui Whitehall) à l'extrémité du lac, s'embarqua avec un détachement sur sa prise, descendit le lac George, puis le lac Champlain, entra dans la rivière Sorel, surprit le fortiSaint-John, mais dut se retirer devant des forces supérieures qui s'avançaient de Montréal.
C'est le 10 mai qu’Allen prit Ticonderoga. Le mème jour à Philadelphie se réunit le Congrès continental, auquel allait incomber la lourde et glorieuse mission de fonder l'indépendance des colonies unies de l'Amérique du Nord.
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