‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 122 sur 147 · ION DU CANADA · texte numérisé non relu

ION DU CANADA

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D47 vingt mille hommes de troupes russes. L’'impératrice répondit (oetobre 1775) par un refus net et légèrement ironique. Le roi ne fut pas plus heureux du côté des États-Généraux de Hollande qui refusèrent de lui prèter la brigade écossaise (composée principalement de Wallons et de déserteurs). Il se tourna du côté des petits princes allemands, accepta immédiatement l'offre que lui fit le prince héréditaire de Hesse-Cassel de son régiment de cinq cents hommes, obtint encore un régiment du prince de Waldeck et entama des négociations avec les princes de Wurtemberg, de Bade, de Darmstadt, de Saxe-Gotha, et avec le duc de Brunswick. Ordre fut donné de tenir prêts à partir de Cork en Irlande, au mois de décembre, cinq régiments d'infanterie, une batterie

d'artillerie et de nombreux effets d'équipement, avec une force navale destinée à réduire la capitale de la Caroline du Sud, Charleston, lombée au pouvoir des insurgés, Les troupes de terre faisant partie de ce convoi devaient opérer dans les deux Carolines après avoir rallié les forces que Clinton détacherait de l'armée du nord pour le même dessein.

Un collègue de lord North, le duc de Grafton, eut le courage de dire au roi : « Vos ministres vous ont trompé, sire, el vous trompent encore. Quand vos forces seraient doubles, double serait le désastre, » Mais le roi resta inflexible : « Le Parlement me soutiendra, c'est pour sa cause que je combats » Graflon donna sa démission de gardien du sceau privé, A l'ouverture du Parlement, le 26 octobre, le roi dit que les Américains étaient en révolte ouverte et rèvaient de fonder un empire indépendant, qu'il était résolu à réprimer celte rebellion, qu'il avait reçu les offres les plus amicales d'assistance de diverses cours étrangères. Il envoyait ses troupes électorales du Hanovre tenir garnison à Port-Mahon et à Gibraltar, dégageant ainsi des régiments

anglais que l'on embarquerait pour l'Amérique, L'armée et la marine devaient ètre augmentées pour parer à loute éventualité, Des commissaires seraient en outre envoyés de l'autre côté de l'océan Atlantique pour accorder des pardons et recevoir ia soumission de celles des colonies qui se repentiraient de leur révolle. Une assez forte majorité vola l'adresse en réponse au diseours du trône et rejela une proposition du due de Richmond tendant à

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prendre pour base des négociations avec les colonies la pétition du Congrès apportée par Richard Penn. Immédiatement après ces votes Grafton fut remplacé au sceau privé par Dartmouth, qui eut pour successeur aux colonies lord George Sackville Germain.

Ce dernier activa les préparatifs militaires contre l'Amérique. Une convention fut conclue avec le duc de Brunswick, dont le fils Ferdinand avait épousé une sœur de George IIT. Le duc fournissait quatre mille hommes pour lesquels le roi s'engageait à payer trente-cinq dollars par tête, deux mois avant le départ, plus une annuité de 64500 couronnes d'Allemagne pendant la durée du service et le double de cette somme pendant deux années après le retour des troupes. Les quatre mille hommes devaient être prèts à partir le printemps suivant; ils arrivèrent en mai 1776 devant Québec. Le landgrave de Hesse, Frédéric IE, grand admirateur de Voltaire el amateur passionné des modes françaises, affecta un désir extraordinaire de contribuer à la punition des rebelles d'Amérique, Ii vendit ses sujets sans aucun scrupule et réussit à faire payer très cher son concours. Le corps hessois, composé de douze mille hommes et commandé par les généraux Heister et Knyphausen, devait ètre prèt à partir en février, Il débarqua au mois de juillet 1776 à New-York. Les Brunswickois avaient pour commandant le colonel Von Riedesel qui devait servir en Amérique avec le rang de major général, Les conventions relatives à ces engagements de troupes allemandes furent soumises au Parlement anglais et approuvées en février 1776.

Blocus de Boston. Bombardement. Départ des Anglais (20 mars 1776).

Lorsque le Congrès continental, après cinq semaines d'ajour nement, reprit ses travaux le 5 septembre 1775, il reçut du quar lier général de Cambridge une lettre dans laquelle Washington tracait un tableau des plus sombres de l'état de l'armée : combustible, abris, vêtements, provisions, munitions, tout manquait; il

y avait déjà d'importants arriérés de solde, Dans deux mois, la

plus grande partie des soldats, arrivant au terme de leur engagement, allaient abandonner le camp. Le commandant en chef pou-

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vait se voir tout à coup sans troupes, obligé de lever le blocus. Le Congrès chargea un comité, composé de Franklin, Harrison et Lynch, de se rendre à Cambridge pour conférer avec Washington et les autorités provinciales de la Nouvelle-Angleterre sur les moyens de réorganiser l'armée. Le Comité arriva au camp le 15 octobre. Un projet fut élaboré pour la formation d’une armée de vingt-trois mille hommes. Les engagements devaient se contracter pour l'année 1776 et les engagés fournir eux-mêmes leurs armes.

Comme la solde n'était réglée qu’en billets de crédit qui commençaient à subir une dépréciation, les enrôlements ne s’effectuèrent qu'avec une grande lenteur. L'inaction forcée de l'armée devant Boston avait refroidi l'enthousiasme, mème des gens du Massachusetts. L'heure critique du départ des contingents dont le temps de service était arrivé sonna enfin; Washington vit s'éloigner des régiments entiers; on pouvait craindre une désertion générale. Usant alors du pouvoir que lui reconnaissaient les assemblées révolutionnaires des provinces, il convoqua trois mille hommes de la milice du Massachusetts et deux mille du New-Hampshire.

Cet appel fut entendu, et les cinq mille hommes ne tardèrent pas à se présenter. Washington, surpris de cet empressement qu'il n'avait pas espéré, put, grâce à la présence temporaire de ces troupes, procéder sans inquiétude nouvelle à la formation d'une armée pour l'année qui allait crmmencer. « Le 1% janvier 1776, la bannière américaine aux trois couleurs, aux treize bandes alternées de rouge et de blanc (les étoiles n’y figurèrent pas tout d'abord), avec les croix réunies, rouge et blanche, de Saint-George et de Saint-Andrew, fut déployée sur la nouvelle armée continentale autour de Boston, »

Bien que celte armée ne eomplât guère que dix mille hommes, dont moitié de milice et le reste en grande majorité de nouvelles recrues, Washington, autorisé par le Congrès à attaquer de vive force le- Anglais dans Boston, « dût cette attaque entrainer la destruction de la ville », commença à prendre ses mesures pour profiter de la première occasion favorable qui se présenterait, Le concours de la milice des quatre colonies de la Nouvelle-Angle-

terre le rassurait sur le point capital, la possibilité d'avoir à un jour donné le nombre d’hommes suffisant. Les munitions commencçant à arriver, il se préoccupa de constituer la réserve de poudre nécessaire. Lorsqu'il eut en magasin de quoi assurer pour sept jours le service de toutes ses batteries, il résolut de faire

occuper de nuit les hauteurs de Dorchester qui dominent l'entrée de Boston par terre du côté du sud, et il prit pour date de cette opération la veille de l'anniversaire du « massacre de Boston ».

Sir William Howe, commandant en chef de l’armée anglaise, avait l'intention d'évacuer Boston en avril ou mai pour transporter son quartier général à New-York. L'hiver étant relativement doux, la navigation n'avait pas été interrompue et les vivres arrivaient en abondance d'Angleterre, d'Irlande et des Antilles,

Bien décidés à ne prendre l'offensive que lorsque les renforts attendus au cours de 1776 seraient arrivés, les généraux anglais croyaient n'avoir absolument rien à craindre du ramassis de soldats mal vèlus, mal nourris, mal payés et mal armés qui s’obstinaient à monter la garde autour de Boston. Howe fut done fort étonné lorsque, dans la nuit du 2 au 3 mars, les batteries américaines commencèrent à bomi: :der sérieusement la ville; les canons anglais ripostèrent avec vivacité et la canonnade se prolongea pendant trois nuils de suile sans que l'état-major anglais comprit ce que pouvait signifier cette dépense extraordinaire de poudre américaine,

L'explication arriva dans la matinée du 5, lorsque Howe fut avisé que les hauteurs de Dorchester étaient couronné:s de redoutes élevées pendant la nuit, L'entreprise de Washington avait réussi, Un millier d'hommes, à la faveur du bruit de l'artillerie, avaient pu se glisser sans être entendus jusqu'au sommet des deux collines, suivis de trois cents voitures et fourgons qui transportèrent, loute la nuti, fascines, madriers, sacs et matériaux de tout senre, Le matin, les fortilications étaient assez avancées pour braver le feu de l'ennemi,

Howe n'avait le choix qu'entre deux partis : déloger les Amvricains par une attaque de vive force, ou évacuer immédiatement la ville, Les officiers, aussi bien que les soldats anglais, ne se souciaient guère de recommencer Bunker Häill, Une tentative

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fut faite cependant, mais une tempète dispersa les bateaux qui portaient les troupes et rejeta celles-ci sur Boston. Washington avait arrêté le feu de ses batteries, pour ménager ses munitions dont il n’avait plus qu’un faible approvisionnement; mais il resserrait de plus en plus ses lignes, et Howe reconnut que, s’il tardait trop, il pouvait se trouver pris au piège. L'ordre fut donné dans la matinée du 16 d’embarquer en hâte les huit mille hommes de troupes et quelques centaines de loyalistes affolés de terreur dans ce passage soudain d'une sécurité trompeuse à une réalité si redoutable. Avant le milieu du jour, tout fut terminé; les citoyens de Boston massés sur les quais virent avec joie disparaître à l'horizon les cent vingt navires emportant l’armée anglaise à toute voile dans la direction du nord-est, vers Halifax, la capitale de la Nouvelle-Écosse.

Les Anglais, dans la précipitation de leur fuite, avaient laissé à Boston deux cent cinquante pièces de canon, et vingt-cinq mille boisseaux de blé, outre de grandes quantités d'effets de campement et d'hahillement. Quelques jours plus tard, un bâtiment anglais entra dans le port, ignorant le départ de l’armée, et ce fut une heureuse aubaine pour les troupes américaines. Le navire contenait an chargement de carabines, de baïonneltes, d'essieux et de matériel d'artillerie et une quantité de poudre sept fois plus forte que celle avec laquelle Washington avait commencé le bombardement de Boston. Le 20 mars, l'armée américaine fil son entrée dums la ville. Les Bostoniens, exilés depuis près d’un an, rentrèrent en-pessession de leurs demeures. La capitale de la Nouvelle- Angleterre eut bientôt repris son aspect accoutumé el ses anciens usages. Washington assista, au temple, à la lecture du jeudi, cérémome usitée depuis les temps de Winthrop et de Wilson. Le 29, les deux branches de la législature lui présentèrent une adresse de remerciment, et le félieitèrent du respect constant qu'il avait témoigné pour leur constitution civile,

Expédition du Canada (octobre 1775). Arnold et Montgomery. Blocus de Québec (décembre 1775-mai 1776). Retraite des Américains.

Tandis que Washington délivrait la Nouvelle-Angleterre et rendait sa capitale au Massachusetts, les Américains étaient obligés d’évacuer le Canada qu’une audacieuse entreprise leur avait presque livré au début de l'hiver.

Le Congrès avait hésité quelque temps à autoriser cette exptdition, qui lui paraissait téméraire et pouvait d'autre part compromettre le succès de ses tentatives de réconciliation avec la métropole. Les gens du Vermont qui avaient pris Ticonderoga et Crown-Point tenaient encore ces deux forts en juin 1775. Carleton ayant déclaré rebelles les Américains de la frontière canadienne, et appelé les paysans français des rives du Saint-Laurent à servir sous la noblesse coloniale ralliée à la couronne d'Angleterre, le Congrès se décida à ordonner la formation d’une armée du Nord, qu'il plaça sous le cominandement de Philip Schuyler. Celui-ci se rendit à Ticonderoga, en juillet, et y trouva quelques centaines d'hommes, sans vivres, presque sans munitions et parfaitement indisciplinés. I se mit à l'œuvre pour faire de ces grossiers éléments une troupe sérieuse.

Heureusement l'incurie anglaise laissait aux Américains le loisir de préparer l'expédition projetée. Un émissaire, envoyé au Canada, rapporta en août que le nombre des réguliers anglais ne dépassait pas sept cents dont trois cents à Saint-John sur la rivière Sorel ‘, et que la population des campagnes restait sourde à l'appel de Carleton. Montgomerv, l'un des brigadiers récemment nommés par le Congrès, fut envoyé à Ticonderoga pour servir de lieutenant à Philip Schuyler ?, Arrivé à Ticonderoga le 17 août, il hâta les préparatifs de l'expédition, et vint s'établir le # septembre

1. Cours d’eau par lequel les lacs George et Champlain déversent leurs eaux dans le Saint-Laurent.

2, L'Irlandais Montgomery avait servi très jeune dans l’armée britannique. contre les Français du Canada. Après la paix de Paris, il vendit sa commission cl se fixa à New-York. En 1775, il épousa une fille de Robert Livingston, s'établit dans un grand domaine rural à Rhinebeck, fut nommé en avril 1775 délégué à une Con: vention de New-York par le comté de Dutchess et entra en juin dans Pétat-major de l’armée continentale,

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ÉVACUATION DE BOSTON. — EXPÉDITION DU CANADA. à Isle-aux-Noix, au nord du lac Champlain, avec les troupes réunies par la province de New-York ou prètées par Washington, et que Schuyler dirigeait d’Albany vers la frontière, après les avoir tant bien que mal équipées et disciplinées. Le 6, on marcha sur Saint-John. Mais Schuyler, trompé par de faux avis et craignant un piège, ramena précipitamment l'armée à Isle-aux-Noix. Malade de la fièvre, ne pouvant quitter le lit, il se décida à retourner à Ticonderoga, laissant au brave Irlandais, son lieutenant, « la conduite, les périls et la gloire de la campagne ». Montgomery revint devant Saint-John qu'il dut se contenter de bloquer, n'ayant point d'artillerie. Un détachement conduit par Ethan Allen, le héros de Ticonderoga, s’aventura jusque dans l’île de Montréal et fut dispersé ou pris. Allen fut envoyé, chargé de fers, en Angleterre. Un important succès vint compenser ce premier échec. La population de Chambly, petite place canadienne située en aval de Saint-John, se déclara pour les Américains et livra le fort, qui dominait le village, à Montgomery, le 18 octobre. On y trouva dix-sept canons et six tonnes de poudre. Un drapeau anglais, le premier trophée, fut envoyé au Congrès; les prisonniers faits à Chambly furent dirigés sur le Connecticut. Montgomery avec les pièces capturées put établir des batieries et ouvrir le feu sur Saint-John. Cependant Carleton était parvenu à réunir sept ou huit cents hommes réguliers, Canadiens et Indiens; voulant délivrer Saint-John, il tenta le passage de l'ile de Montréal à Longueil sur la rive droite du Saint-Laurent. Montgomery avait posté en cet endroit Seth Warner avec trois cents Green Mountain Boys et un régiment de New-York. La petite armée de Carleton fut repoussée en désordre et rejetée dans l’île.

Le 3 novembre, le fort Saint-Jobhn capitula après cinquante jours de siège. La garnison, cinq cents réguliers et cent Canadiens, obüint les honneurs de la guerre, Montgomery, malgré le mauvais temps, le froid et l'état affreux des chemins, se dirigea à marches forcées vers Montréal, qui n'était encore qu'un village de deux à trois mille habitants, sans fortifications, et en prit possession le 12 novembre. Le général Prescott et cent cinquante hommes furent faits prisonniers. Carleton était en fuite vers Québec.

Deux jours après l'entrée de Montgomery à Montréal, Arnoid

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