‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 123 sur 147 · e veh M · texte numérisé non relu

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paraissait devant Québec (1% novembre). Il avait quitté le 19 septembre les côtes du Massachusetts avec un détachement formé par Washington, pour envahir le Canada par le Maine et la vallée de la rivière Chaudière, et prendre à revers les forces de Carleton menacées de front par Montgomery sur le Sorel. Aventuricr cupide et ambitieux, mais qui rachetait bien des défauts par une bravoure éclatante, Arnold avait demandé un millier d'hommes pour tenter cette invasion du Canada. Ses principaux lieutenants étaient Meigs, Bigelow, Morgan, que suivaient ses riflemen de la Virginie prètés par Washington, Hendricks, Thayer, Dearborn. Aaron Burr, âgé de dix-neuf ans, servait près de lui comme aide de camp. Toute la troupe fut transportée le 20 septembre à l'embouchure du Kennebec et atteignit le lendemain le fort Western (Augusta). Jusqu'au 10 octobre on remonta le Kennebec à la rame, Il fallut plusieurs fois transporter bateaux et bagages sur les épaules autour des rapides. L'expédition inclina ensuite à l'ouest, à travers des fourrés épais, remplis de marécages, pour gagner le Dead River, affluent du Kennebec. Ce cours d'eau fut atteint le 15; on le remonta jusqu’à sa source. Depuis longtemps avaient disparu les dernières traces de culture et d'habitation humaines. Le 25 octobre, fut franchi le portage (ligne de collines basses séparant les eaux du Kennebec de celles du Saint-Laurent); le 1° novembre, on commença à descendre le cours de la Chaudière. L'hiver était venu, terrible pour cette bande d'hommes affamés, pieds nus, à peine couverts de loques misérables, couchant chaque nuit sur un sol glacé ou détrempé. Le froid faisait de nombreuses victimes: des bourrasques de neige faillirent ensevelir toute la troupe; les torrents étaient gonflés, la famine menaçait, bien qu'on cüt emporté des vivres pour quarante-cinq jours.

Le 2 novembre, ou rencontra des Franco-Canadiens, au confluent de la Chaudière et du Loup; une maison apparut, la premiere depuis un mois. Arnold, qui, par son entrain inaltérable, avait soutenu le moral de ses hommes à travers de si cruelles épreuves. se trouva enfin le 10 novembre à la pointe Lévi, sur la rive droite du Saint-Laurent, en face de Québec, comme Wolfe seize ans auparavant. Dans la nuit du 13, il fit traverser le fleuve à sa troupe au moyen d'une trentaine de canots ramassés sur le rivage.

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Le matin du 14, au point du jour, les Américains, au nombre de six à sept cents, campaient sur le plateau d'Abraham, devant la capilale du Canada, qui contenait cinq mille habitants et abritait dans ses fortes murailles une garnison de deux mille hommes. Arnold comptait sur un soulèvement de la population de Québec. Il fut décu dans cette attente, et comme ses hommes étaient brisés de fatigue et qu'il n'avait pas de canons, il se retira le 19 novembre à Pointe-aux-Trembles à huit lieu amont de Québec, pour attendre les ordres de Montgome puis sept jours maitre de Montréal. Carleton avait quitté M: eille de l’arrivée de Montgomery, avec une centaine : et de Canadiens. A l'embouchure du Sorel, il fut arrèlé par un détachement d'Américains, s’esquiva et arriva en fugitif le 19 à Québec. Il y organisa immédiatemeut la résistance et en peu de jours put disposer, pour tenir la campagne, de dix-sept cents hommes.

Montgomery voyait fondre tous les jours sa troupe déjà si réduite et composée d'éléments hétérogènes. Le terme des engagements élait arrivé pour la plupart des hommes. Le mal du pays les prit; rien ne put les retenir, ils partaient en masse. De deux mille hommes que Montgomery avait eus un moment autour de Saint-John, huit cents à peine lui restèrent bientôt pour contenir la partie conquise du Canada et marcher sur Québec. Le 3 décembre, ii rejoignit à Pointe-aux-Trembles les débris de la troupe d'Arnold. Le 5, les deux corps réunis, comptant ensemble moins de mille Américains avec une troupe auxiliaire de deux cents volontaires canadiens, parurent devant Québec et se préparèrent à assiéger celte place défendue par une garnison bien supérieure en nombre et par une forte artillerie.

Ce siège était une folie. Montgomery ne l'entreprit que par une résolution désespérée, personne dans les colonies ne se rendant comple de la faiblesse des ressources avec lesquelles il pouvait opérer. On voyait en lui le vainqueur de Carleton, le conquérant de la moitié du Canada; on ne lui aurait pas pardonné de reculer au moment où il semblait qu'un dernier effort allait lui donner Québec. Montgomery compta sur le hasard pour le tirer de la situation où l'avaient engagé ses propres succès. Impossible de songer à un investissement, à un siège régulier. Avec Arnold

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