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CHAPITRE IV

Les conquérants espagnols : Cortez (1519-1521). Pizarro (1526-1534). — Recherche de l'EL Dorado. Hernandez de Soto (1539-1542), — Saint-Augustine (1564) et Santa Fè (1581).

Les conquérants espagnols. Cortez (1519-1521). Pigarro (1526-1534).

L'exploration et l'occupation des Indes Occidentales (Antilles) occupèrent pendant vingt années les navigateurs espagnols (1492- 1512). Presque tous avaient fait leurs premières armes dans la guerre engagée par Ferdinand contre les Maures pour la conquèle du royaume de Grenade. Ils y avaient pris le goût des aventures, en même temps qu'un zèle ardent pour la propagation du christianisme, par la persuasion, si possible, par la force si la persuasion échouait, Encore le plus souvent négligeaient-ils l'application du procédé intermédiaire, À ces premiers mobiles qui poussaient tant de fils de l'Espagne à braver les dangers, les fatigues, les souffrances qui les attendaient au delà des mers, s’ajoutèrent l'ardeur du gain, la passion de l'or, la soif du pillage. La plupart de ces desperadoes qui se ruaient sur le Nouveau Monde donnèrent maintes pr'uves d’une horrible cruauté, Quelques-un: d'entre eux, parmi les plus célèbres, furent de vrais bandits; même ceux dont l'âme était le plus capable de sentiments d'hon-

neur et de piété, ne connurent point l'humanité, la sympathie pour

les souffrances de leurs semblables.

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Colomb avait fondé en 1493, dans l'ile Hispaniola (Saint-Domingue) le premier établissement européen du Nouveau Monde. Bientôt après, les trois autres grandes îles, Porto-Rico, la Jamaïque et Cuba, furent occupées. Les malheureux indigènes, répartis comme esclaves entre les colons, étaient employés par leurs maitres à chercher la poussière d'or dans les fleuves ou à cultiver la canne à sucre apportée des Canaries et du sud de l'Espagne. De grandes fortunes fu:ent rapidement faites et les aventuriers affluèrent. Les indigènes disparaissaient, dévimés par l'impitoyable oppression des blancs.

Quand toutes les Antilles furent cccupées, on commença à prendre les premières conquêtes comine un point de départ, une base d'opérations, pour des conquêtes nouvelles. En 1513 Vasco Nunez de Balboa traversa l'isthme de Darien et aperçut le premier l'océan Pacifique, qu'il appela « mer du Sud ». En 1520 Magellan traversa le détroit auquel il donna son nom; son équipage (car il mourut lui-même en route) compléta le premier voyage de circumnavigation du globe. La divulgation du résultat de celte expédition acheva de dissiper les erreurs dans lesquelles avait persisté l'ancien monde au sujet de la position et de la nature des terres découvertes par Colomb et par ses successeurs, et de démontrer que c'est bien d’un monde nouveau, d'un continent immense, complètement isolé et éloigné de l'Asie comme de l'Europe, que l'existence avait été révélée en 1492,

Cortez commença la conquête du Mexique en 1519, et Pizarre cells du Pérou en 1526.

En 1518 Velasquez, gouverneur d'Hispauiola, envoya un jeune officier de trente-trois ans, Hernando Cortez, avec 550 Espagnols et 300 Indiens, à la recherche d'une flottille égarée sur les rivages du continent. Cortez entendit parler d'un grand empire et de sa capitale, Mexico. Les habitants étaient païens et le pays rempli d'or, Il oublia ses instructions et résolut d'employer sa petite troupe à conquérir ce grand empire, à christianiser ses habitants, à leur laire reconnaître le roi d'Espagne pour maitre, et à gagner d'immenses richesses, La conquête du Mexique, effectuée en deux années avec six cents hommes, sans autorisation et même en violation des ordres donnés, fut un exploit merveilleux, Cortez eut à

vaincre des difficultés que beaucoup d'autres eussent jugées insur- #4 montables. Il n’inspirait aucun enthousiasme spécial à ses soldats, 1

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et il avait en eux si peu de confiance qu'il commenca par incendier sa flottille pour leur enlever tout moyen et toute envie de déserter. Il eut à soumettre sur le chemin de Mexico de nombreuses tribus dont quelques-unes douées de véritables qualités guerrières,

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ses troupes aux siennes. L’effroi inspiré aux indigènes par les à mé

chevaux et par les armes à feu explique en partie ce succès inouï, D si

| mais ce qui l'explique surtout, c'est que Cortez fut à la fois un L: Indier

| brave soldat et un très habile capitaine. Il est vrai qu'il faut DE | tem compte des mœurs de l’époque et du caractère commun à à jour «

A fous ces aventuriers espagnols, pour ne porter qu'un jugement

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indigènes le christianisme et la reconnaissance de la domination D lautor du roi d'Espagne, il les protégea contre les exactions des Espa- k repous

gmols; il sut contenir ses compagnons d'armes, enivrés de leur 4 débarq

magnitique victoire et réclamant tous leur part de butin. à naviga

Cortez n'avait mis que deux ans à conquérir le Mexique. Fran- À ins s

CU cois Pizarro employa huit années à soumettre le Pérou, Pizarro peu pl À valait presque Cortez pour l'audace et l'habileté ; il lui était très DE de Vas

| inférieur au point de vue moral. Lorsqu'il commença son entre- $ Gomez prise, il n'eut, pour entrainer ses compagnons, qu'à leur citer Î de l'oc

| l'exemple de Cortez et de sa troupe héroïque. Il reçut fréquem- ! que l'e

| ment des renforts et des provisions. La conquête faite, il échoua plantul complètement dans la tâche où Cortez avait réussi, celle d'édifier ; impost | un nouveau gouvernement à la place de celui qu'il avait détruit. lucle d h fl | En réalité Pizarro était de la race des gens de sac et de corde, Il 4 labeur | finit assassiné par quelques-uns de ses compagnons. Après lui. D Indien

| les colons établis au Pérou se querellèrent et le pays fut pour un out u

| temps livré à un effroyable régime de conspirations et de guerres 1 pour si

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cesseurs d'Alexandre avaient donné un exemple du mème genre. à Hisp

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Recherche de l'El Dorado. Hernandez de Soto (1539-1542).

L'exploration et la conquète des régions situées sur le continent, au nord des grandes iles du golfe du Mexique, avaient été tentées plusieurs années avant que füt connue l'existence des civilisations brillantes du Mexique et du Pérou. En 1512 Juan Ponce de Léon, un des compagnons de Colomb, conquérant et premier vouverneur de Porto-Rico, l'imagination enflammée par les récits merveilleux des romans de chevalerie, cherchait, dans le dédale des îles Bahama, une fontaine dont les eaux, assuraient les Indiens, avaient la vertu de rendre la jeunesse. Il ne trouva pas la source miraculeuse, mais il débarqua, le dimanche des Rameaux, jour des Pâques fleuries (Pasqua de Flores), sur un point de la presqu'île qui termine au sud-est le territoire des États-Unis actuels, au point où fut fondée bientôt après Saint-Augustine. I donna au pays le nom de Floride qui lui est resté. Quelques années plus tard, revenant d'Espagne avec une commission qui l'autorisait à conquérir, lui aussi, un empire, il vit ses équipages repoussés et décimés par les indigènes à la première tentative de débarquement. Cet accueil le fit renoncer à ses projets. Un autre navigateur, Vasquez de Aüllon, ne fut pas plus heureux (1525) dans ses efforts pour s'emparer d'une partie de la côte située un peu plus au nord et qu'il avait nommée Chicora, Les expéditions de Vasquez de Aiïllon et d'autres du mème genre, comme celle de Gomez, un compagnon de Magellan, sur divers points de la côte de l'océan Atlantique au nord de la Floride, n'eurent d'autre but que l'enlèvement d'indigènes pour combler fes vides faits dans les plantations d'Hispaniola et des autres îles par le travail écrasant imposé aux Indiens. Le missionnaire Las Casas, indigné du speclacle de cette extermination d'une race par l'effroyable usure du labeur incessant sous le fouet, suggéra l'idée de remplacer les Indiens par des noirs africains, L'idée fut adoptée et trouva partout une grande faveur, Ce philanthrope vécut assez longt:mps pour se repentir du conseil qu'il avait donné,

Le même Pantilo de Narvaez qui avait été chargé de ramener à Hispaniola, les fers aux pieds et aux mains, le conquérant du

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Mexique, et qui avait été battu et fait prisonnier par lui, débarqua avec 300 hommes, en 1528, à l’ouest de la Floride sur le continent, près de la baie d'Appallachee. Voulant explorer l'intérieur du

pays, il parvint à travers d'épaisses forêts de pins, un fouillis

inextricable de végétation, des marécages et des rizières profondes, à la baie de Pensacola. On construisit des barques et l'on suivit la côte jusqu'au Mississipi. Une tempête dispersa ces coquilles de noix. Narvaez fut emporté au large et ne reparut plus. Ses compagnons, jetés cà et là sur les côtes ou sur les îles, y périrent de faim ou de maladie, Quatre d’entre eux cependant réussirent à gagner la confiance des Indiens en se faisant passer pour devins el médecins et partagèrent pendant huit ans la vie misérable de ces sauvages, puis ils atteignirent Mexico après d'étranges aventures, ayant traversé la Louisiane, le Texas et tout le nord du Mexique par la Sonora jusqu'au Pacifique. Ces aventures ont été racontées par l'un des quatre explorateurs, Alvar Nunez Cabeca de Vaca, dans un récit intéressant mais où abondent les exagérations fanlastiques et les inventions grossières.

La plus étonnante de ces expéditions espagnoles sur le territoire des futurs États-Unis est celle de Ferdinando où Hernandez de Soto, Cel aventurier, ancien compagnon de Pizarro, s'était brillamment distingué au Pérou, De retour en Espagne il avait gagné la faveur de Charles-Quint et obtenu le gouvernement de Cuba avec un pouvoir absolu sur toute la partie du continent an-éricain appelée vaguement Floride, De Solo avait l'imagination remplie des récits fabuleux qui trouvaient crédit à cette époque, relatant les richesses inouïes de certaines populations au fond de la contrée mystérieuse située au nord des possessions espagnoles, I suflisait de percer l'enceinte de forèts vierges, de maré ages et de détritus sauvages qui en protégeait l'accès, pour arriver au pays de Por et des pierres précieuses, pour trouver plus de butin que n'en avaient donné le Mexique et le Pérou, Lorsque de Soto laissa entendre en Espagne awil était résolu à entreprendre l'aventure, on vint en foule s'enrôler sous sa bannière, Des gens vendirent leurs terres pour s'équiper et le suivre, Il choisit six cents hommes et fit voile, en conquérant, pour Cuba, La mème

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EXPLORATIONS ESPAGNOLES. 19 lards s'attacher à l'expédition. Lorsque de Soto débarqua sur la côte de la Floride, dans la baie de Tampa, 1539, il avait avec lui un millier de combattants et trois cents chevaux. Douze prêtres accompagnaient celte petite armée; des fêtes religieuses furent célébrées en grande pompe au milieu des forêts vierges. Alors commença une marche extraordinaire à travers des régions inconnues. Le seul mobile qui poussait une telle troupe et son chef à braver tant de périls, était l'espoir de trouver un peuple riche dont le pillage permettrait à tous ceux qui pourraient jamais atteindre de nouveau l'Espagne, d'y rentrer accablés sous le poids de leurs richesses !

Le hasard des indications vagues ou sciemment trompeuses des Indiens parait avoir seul guidé de Soto dans ce voyage épique. De la Floride, l’armée remonta vers le nord à travers toute la Géorgie, inclina à l'ouest, et traversa la partie septentrionale de l'Alabama en contournant l'extrémité de la chaîne des Alleghanys. On atteignit la rivière Alabama et on en suivit le cours jusqu'à l'embouchure. Près de Mobile un terrible combat dut être livré aux Indiens, 2500 de ceux-ci périrent, mais la victoire coûtait à de Soto 18 morts, 150 blessés et près de 80 chevaux. L'expédition s'enfonça de nouveau dans le nord et traversa le pays habité alors par les Chickasaws. Elle faillit y périr. Les Indiens ayant réussi à mettre le feu au campement des Espagnols, ceux-ci perdirent tout, armes, vêtements, provisions; les chevaux et les pores furent brûlés, les soldats durent se couvrir de peaux de bêtes. Sept jours après cette catastrophe, deux ans après le débarquement dans la baie de Tampa, de Soto arriva au Mississipi. Le premier des Européens, il contempla les eaux bourbeuses de l'énorme cours

d'eau qui vivifie l'immense plaine centrale des Etats-Unis.

L'armée franchit le fleuve, s'avanea vers le nord jusqu'à la région du bas Missouri, reprit la direction du sud, et entra dans l'Aïkansas, hiverna dans le pays montueux où le Washita prend sa source, au nord de Ja sivière Rouge, puis au printemps descendit le cours du Washita jusqu'au Mississipi (1542). De Soto, accablé d'inquié-

1, La source originale pour l'expédition de Solo est le récit du témoin oculaire

portugais, gentilhomme d'Elvas (one of the company), publié en 1557 pour la première fois, puis reproduit on 1609 en anglais par Hakluyt.

tudes, voyant mourir autour de lui chevaux et gens, n'inspirant plus aux natifs cette terreur qui était pour sa troupe le principal élément de sécurité, déçu dans toutes ses espérances de découvertes, de conquêtes et de richesses, tomba dans une mélancolie profonde, fut pris d'une fièvre maligne et mourut. Ses compagnons voulurent cacher la mort du grand chef aux Indiens, et le corps de Soto fut jeté silencieusement dans la nuit au milieu du courant du fleuve, Moscoso, le nouveau gouverneur, désigné par de Soto lui-mème, n'avait qu'un désir, retourner le plus tôt possible dans un lieu où il pourrait jouir d'un sommeil paisible. Après avoir encore longtemps erré dans l'ousst, les survivants de l’expédition résolurent de construire des navires pour regagner la mer par le fleuve. Ils parvinrent non sans peine à mettre à l’eau sept brigantins non pontés, frèles barques que le moindre choc eût brisées, s’y entassèrent, et, après trois mois de navigation sur le Mississipi et dans le golfe du Mexique, arrivèrent en 1543, au nombre de trois cent onze, à un établissement espagnol récemment fondé au Mexique, Tampico, sur la rivière Panuco.

Saint-Augustine (1564) et Santa Fé (1581).

Pendant que de Soto errait à l'ouest du Mississipi, une troupe de 350 Espagnols et de 800 Indiens réunie par les ordres du viceroi du Mexique, Mendoza, avait longé, partant de Culiacan, les côtes du golfe de Californie, remonté le Rio Colorado, puis le Rio Gila jusqu'à sa source, franchi la Sierra Madre et arrivait au Rio Grande del Norte. Vasquez Coronado, chef de l'expédition, remonta la rivière el s'enfonça au nord dans le désert, peut-être jusqu'au quarantième degré, Aux plaines amdes succéüaient les rudes montagnes ‘4 Colorado, On n'avait rencontré que quelques misérables villages indiens : rien « conquérir, rien à piller, La triste issue de l'expédition de Soto et les résultats négatifs de celle de Coronado dégoûtèrent définitivement de la Floride les amateurs d'aventures, Ils cessèrent de chercher PET Dorado dans l'An rique du Nord et poursuivirent désormais leur chimère sur le: rives de l'Orénoque, Mais le zèle religieux élait plus difficile à

décourager. Un moine dominieain, Louis Cancello, obtint du gou

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vernement espagnol l'autorisation de se rendre dans le pays pour v tenter la conversion pacilique des infidèles. Un navire fut équipé ct consacré solennellement à celte œuvre pieuse. Louis Cancello levait emmener et rendre à leurs tribus des Indiens qui avaient té enlevés comme esclaves. À peine débarqué, il fut massacré par les natifs avec deux autres moines.

Le gouvernement espagnol ne songea à prendre pie@ solidement dans la Floride que lorsque l'amiral de Coligny, en France, eut obtenu de Charles IX des lettres patentes pour établir ure colonie calviniste sur un point de la côte d'Amérique. En 1562 Coligny envoya une expédition qui éleva un fort sur le territoire actuel de la Caroline du Sud. Le chapitre qui suit celui-ci raconte la triste issue de cette tentative d'établissement, A la nouvelle que des huguenots voulaient prendre possession d'une terre revendiquée par l'Espagne comme faisant partie de la région comprise sous la dénomination générale de Floride, Philippe IF envoya une flotte commandée par Pedro Melendez de Avilez dont la double mission comportait la destruction de l'établissement huguenot et la colonisation effective de la Floride. Melendez arriva en Amérique, en vue du rivage qu'il cherchait, le jour de Saint-Augustin. [ donna ce nom au point où il débarqua (1564) et au fort qu'il y éleva, devenu depuis la ville de Saint-Augustine, le premier établissement européen permanent dans les limites actuelles des Etats-Umis

En 1586, un frère franeiscain, Augustin Ruyz, résolut d'explorer les régions-de l'intérieur du continent situées au nord du Mexique, raversa tout le pays du sud au nord, atteignit le Rio Granue vers le milieu de son cours et le remonta jusque près de sa source. L'année suivante (1581), Antonio de Espejio, avec un corps de soldats et d'Indiens, compléta l'exploration, donna au pays le nom de Nouveas-Mexique et fonda Santa F6, la plus ancienne ville des Etats-Unis apres Saint-Augustine.

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