CHAPITRE V
Verazzani (1524). Jacques Cartier et la Nouvelle-France (1534-1542). — Coligny, Jean Ribault et Laudonnière (1562-1564). Le drame du fort Caroline. De Gourgues (1565-1568).
Veragzani (1524). — Jacques Cartier et la Nouvelle-France (1534-1542).
Les Espagnols fondaient leur prétention générale à la possession de toute l'Amérique sur la découverte de Colomb, sur une bulle pontificale et sur un traité de partage avec le Portugal plaçant le Brésil hors de la règle commune. Leur titre particulier sur la Floride, c’est-à-dire sur une étendue illimitée de la côte de l'Atlantique, sur toute la côte nord du golfe du Mexique et sur la plus grande partie du territoire méridional des États-Unis, s'appuyait sur les explorations et découvertes de Ponce de Léon, de Narvaez et de Soto, de même que les voyages des Cabot en 1497- 1498 constituèrent le titre originaire anglais sur toute la région côtière qui s'étend de l'extréme nord au golfe du Mexique ‘. Quant aux revendications de la France sur le même continent ou du
1. Un Portugais, Cortereal, longea (en l'an 1500) toute l'étendue des rivages américains du 30° au 50° degré de latitude et mourut dans un combat contre des naturels qu'il voulait enlever pour les vendre comme esclaves à Lisbonne, Baneroft dit que le mot Labrador fut donné, en souvenir de sa tentative criminelle, à la région qui em avait été le théâtre. Les aventuriers du Portugal ne firent aucune autre visite au mord de l'Amérique. Leur attention était portée d’un autr? côté; Cabral venait de découvrir le Brésil,
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moins sur la partie située à l’ouest des monts Alleghanys (vallées des grands lacs et du Saint-Laurent, du Mississipi et de ses affluents), elles furent fondées non sur l'exploration de Verazzani, qui avait été devancée par celle des Cabot, mais sur la découverte lu golfe et du fleuve Saint-Laurent et sur l'occupation de l'ile d'Orléans par Jacques Cartier et Roberval.
Christophe Colomb était Génois, Amerigo Vespucci Florentin. John Cabot était né à Gènes, son fils Sébastian à Venise. L'Italie fournissait ainsi des navigateurs, et non les moins illustres, à tous les peuples d'Europe q'1 s’occupaient d'entreprises maritimes, à l'Espagne, au Portugal, à l'Angleterre. Ce fut encore un capitaine de navire florentin, Verazzani, qui fit le premier voyage d'exploration des côtes d'Amérique préparé en France aux frais du gouvernement royal. François [* chargea Verazzani d'explorer les côtes septentrionales du Nouveau Monde, déjà visitées depuis vingt ans par des marins bretons, normands et basques, et de lui adresser une relation sur les résultats de son voyage. Le rapport du navigateur à François I‘ est la plus ancienne description originale des rivages et de la population aborigène des États-Unis actuels. Le capitaine florentin partit en 1524 avec une flotte qui devait croiser sur les côtes d'Espagne. Il la quitta à l'ile de Madère avec une seule caravelle, le Dauphin, et arriva après une pénible traversée de cinquante jours au 34° degré de latitude (Wilmington, Caroline du Nord). Pendant cinquante lieues vers le sud il chercha vainement une anse pour v jeter l'ancre. Virant de bord, il longea la côte jusqu'à l'entrée de la baie de New-York et, plus loin encore, parvint à la baie le Narragansett. Il séjourna quinze jours dans le havre de Newport. Les yeux des matelots, hallucinés par la folie de l'époque, trouvaient au sol des refle's indiquant la présence de l'or, Les naturels étaient très doux, d'une simplicité extrème,
I n'en fut plus de mème à mesure que l'on se rapprocha du 30", terme de l'exploration. Les sauvages de ce côté se monlrèrent hostiles, Il est probable qu'ils avaient été déjà victimes de quelque perfidie et que des blancs étaient venus pratiquer chez eux l'industrie lucrative de l'enlèvement, Verazzani rentra en France en juillet, On ne sait ce qu'il devint après deux autres
voyages, dont le dernier est resté problématique. La bataille de Pavie et ses suites enlevaient à François [°° toui loisir de s'occuper des choses du Nouveau Monde !.
Neuf ans plus tard (153%), Chabot, amiral de France, qui s'intéressait aux pècheurs de l’île de Terre-Neuve et aux régions où leur industrie avait chance de se développer, chargea un marin de Saint-Malo, Jacques Cartier, d'explorer les côtes américaines voisines du grand banc. Cartier partit avec deux bâtiments, fit le tour de Terre-Neuve, dont on ne savait jusque-là si elle était une île ou une péninsule, découvrit et nomma la baie des Chaleurs et celle de Gaspe, en prit possession au nom du roi en plantant une croix surmontée des armes françaises sur la pointe du promontoire, et entra dans le large estuaire du fleuve Hochelaga (Saint-Laurent), mais se hâta de rentrer avant l'hiver à Saint-Malo. Il avait fait la traversée d'Europe à Terre-Neuve en vingt jours; le retour en prit trente à peine. On ne pouvait imaginer un voyage plus rapide et plus heureux. La renommée de ce succès mit la Nouvelle-France à la mode parmi les courtis&us. Le roi fit préparer une seconde expédition, et quelques jeunes gentilshommes s'embarquèrent avec Cartier. Celui-ci
emmenait sur trois navires une compagnie de colons. Le départ eut lieu en grande pompe. On passa au nord de l'île Anticosti le jour de saint Laurent et Cartier donna ce nom au golfe ainsi qu'au fleuve qui vient s'y déverser, Remontant ce cours d’eau large comme un bras de mer, il 2rriva à une île chargée de vignes (ile de Bacchus ou d'Orléans). Les navires jetèrent l'ancre au pied du promontoire où devait s'élever un jour Québec. Cartier remonta le fleuve dans une barque jusqu'à l'île de Hochelaga, où résidait un chef huron. Au milieu de l'ile se trouvait une haute colline, qui recut le nom de Mont Réal. Il contempla du sommet une immense élenduc de forêts, d'eaux et de plaines, qui est devenue la riche et prospère province du haut Canada. Il s’en revint passer l'hiver dans l'ile Bacchus, où ses hommes eurent à souffrir beaucoup du froid, des privations, du scorbut et aussi du
1. Hakluyt parle de trois voyages de Verazzani, d'autres témoignages n'en
mentionnent que deux, D’après Bancroft, Verazzani alla se reposer à Rome des faligues de sa carrière maritime,
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