‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 32 sur 147 · ANGLAIS · texte numérisé non relu

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l'un et l'autre la route que parcourent aujourd'hui les grands paquebots transatlantiques. Gosnold suivit le rivage vers le sud, en contournant le cap Cod, entra dans la baie de Buzzard et explora le groupe d’iles dont font partie Martha’s Vineyard et Nantucket. Les regards des navigateurs élaient charmés de l'aspect gracieux que présentait cet archipel. Partout des fleurs et des fruits, surtout des vignes. Ils s’établirent dans une des îles nommée Cattyhunk par les Indiens ct qui reçut le nom d’Elisabeth. Mais ils étaient en trop petit nombre, vingt-six en tout, pour songer à fonder sérieument une colonie. On redoutait l'hostilité des Indiens, la famine, les rigueurs inconnues de l'hiver américain. Ils partirent bientôt et le retour ne prit que cinq semaines. Cette expédition, la plus heureuse peut-être qui eût été faite jusqu'alors, car on n'avait perdu personne, et Gosnold avait chargé son navire de racines de sassafras, denrée fort estimée à cette époque, avait duré quatre mois !.

L'année suivante (1603), des marchands de Bristol confièrent deux vaisseaux à Martin Pring qui explora loute la côte du Maine et releva les embouchures du Penobscot, du Kennebec, du Piscaaqua. Pring, après ce premier voyage qui réussit pleinement et d'où il rapportait un plein chargement de sassafras et de fourrures, retourna sur les rivages du Massachusetts les années suivantes, et commença un trafic régulier avec les indigènes. En 1606 il explora de nouveau la région maritime du nord que Weymouth élait venu visiter l’année précédente sur un bâtiment frété par le comte de Southampton et par lord Arundel de Wardour, Mais sur celle côte du Maine, depuis la rivière Sainte-Croix (limite actuelle des États-Unis au nord-est) jusqu'au Merrimac, qui sépare

1. Ce que raconta Gosnold, à son retour, des merveilles de la contrée qu'il venait de visiter, excita dans Londres une vive curiosité, dont on retrouve la trace dans une pièce longtemps populaire de Marston, Ben Johnson et Chapman, Eastward ho! jouée à Londres vers 1605. Dans une taverne de Billingsgate, trois meurtde-faim, Seagull, Spendall et Scapethrift, causent de la Virginie, Seagull s'adresse à l'un de ses compagnons : « Je te dis qu'on y trouve plus d’or que nous n'avons de cuivre en Angleterre; ces gens-là, vois-tu, ont leurs ma:mites en or pur; les chaînes qu'ils tendent dans leurs rues, c'est de l'or massif, Les fers de leurs prisonniers sont en or, Quant aux rubis et aux diamants, ils s'en vont, les jours de fête, Ch ramasser tant qu'ils veulent sur le bord de la mer pour ls coudre aux vélements ue leurs enfants, C'est un bien beau pays, tempéré, plein de toutes sortes de viandes excellentes; on y devient alderman comme on veut... »

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le New-Hampshire du Massachusetts, les Anglais avaient déjà des fut cl concurrents. lui-n lu Un gentilhomme de Bretagne, le marquis de la Roche, voulut de S reprendre (1598) l’œuvre de Roberval et fonder un établissement l'Acad français dans le nord de l’Amérique. Il n’y réussit point. Un cer- En tain nombre de pauvres gens, enlevés des prisons, furent débar- (appel qués dans une île stérile située au sud de l’Acadie (ile de Sable) entra et y périrent presque tous de froid et de faim. Après sept années à (plus il en restait encore douze; on les rapatria, et ils furent graciés, le F entra roi Henri IV estimant que leurs souffrances avaient été assez dans grandes pour balancer tous les comptes. En 1601 le marquis de la : du nd Roche mourut. Chauvin, officier de marine, hérita de la patente E résolu qui l’autorisait à explorer et à occuper le Canada et toute contrée moins j adjacente « non encore possédée par un prince chrétien ». Il mois | s’associa avec un marchand de Saint-Malo, Pontgravé, qui depuis il ape quelque temps faisait de fort bonnes affaires par l'achat de four- rivière rures à Tadousac, poste de commerce déjà établi à l'embouchure : blir s de la rivière Saguenay dans le Saint-Laurent. Chauvin mourut à gènes. À son tour cette même année el la concession pour la conquête du À sous | | Canada passa à M. de Chatte, gouverneur de Dieppe. De Chatte lixer e E et Pontgravé formèrent une compagnie de marchands pour éten- violent | dre les relations commerciales avec le Canada, c’est-à-dire avee privilè \ | cette partie de la rive méridionale du Saint-Laurent qui était située donc NW R:) en face de Tadousac. Pontgravé fit un voyage dans celte région, obtint 1 | accompagné d'un navigateur d'une piété extraordinaire unie à un Î rail é ‘4 grand courage, à une prudence consommée, à des qualités supé- | rent ! | rieures à la fois d'organisateur et d'apôtre, Samuel Champlain. localits il Ils remontèrent jusqu'à l'île de Hochelaga, où le village indien JS ue il qui avait donné l'hospitalité à Jacques Cartier n'existait plus. 5 A leur retour en France, ils apprirent que de Chatte était mort î Richa:

et qu'un calviniste, Pierre de Gast, sieur de Monts, gentilhomme de la chambre du roi, avait reçu de celui-ci le privilège de faire le commerce des fourrures et d'établir des colonies sur toute l'étendue des côtes américaines, depuis l'embouchure de l'Hudson jusqu'à l'ile du Cap-Breton, cette région étant appelée Acadie. De Monts forma une compagnie et quatre vaisseaux furent équipés. Avec l'un Pontgravé eut mission de surveiller la contrebande, le second

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PRISE DE POSSESSION DE L’AMÉRIQUE DU NORD. 105 fut chargé des achats de fourrures à Tadousac. De Monts prit lui-même le commandement des deux autres et partit assisté de Samuel Champlain et de Poutrincourt pour chercher dans l'Acadie un emplacement convenable, et y établir une colonie.

En 160%, de Monts arriva sur les côtes de la presqu’ile Acadie (appelée aujourd’hui Nouvelle-Écosse), doubla au sud le cap Sable, entra dans la baie de Fundy, débarqua Poutrincourt à Port-Royal (plus tard Annapolis), reconnut et nomma la rivière Saint-John, entra dans la baie de Passamaquoddy et s'établit avec Champlain dans une petite île à l'entrée d’une rivière que la colonie baptisa du nom de Sainte-Croix. L'hiver fut très pénible et de Monts résolut au printemps de 1605 de chercher un site où le climat füt moins rude; il longea la côte que Weymouth allait visiter quelques mois après lui et que Pring avait explorée deux ans auparavant; il aperçut le Penobscot, entra dans la baie de Casco et dans la rivière Saco, arriva au cap Cod où il aurait peut-être songé à s’établir s’il n'avait été détourné de ce dessein par l'hostilité des indisènes. Finalement il alla rejoindre le détachement qu'il avait laissé sous les ordres de Poutrincourt, à Port-Royal, et pensait à se fixer en ce point. Mais on apprit bientôt que, sur les réclamations violentes des pècheurs et marchands de pelleteries français, le privilège concédé à de Monts venait d’être retiré. On abandonna done même Port-Royal. L'hiver suivant toutefois, Poutrincourt obtint du roi la confirmation de la cession particulière qui lui avait été faite par de Monts, et l'établissement de Port-Royal fut réinstallé, définitivement cette fois (1607). C'était la plus ancienne localité européenne, après Tadousac, dans cette partie de l'Amérique du Nord.

Richard Hakluyt. Les Compagnies de Plymouth et de Londres (1607).

Les Anglais, de leur côté, ne restaient pas inactifs. La recherche passionnée du passage du Nord-Ouest, la rivalité commerciale entre l'Angleterre et l'Espagne, puis entre l'Angleterre et la Hollande, l'émulation excitée par les aventures merveilleuses des Conquistadores dans l'Amérique centrale, les séductions irrésis-

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tibles de cette carrière maritime où les talents du navigateur profitaient aux exploits du pirate, où la gloire des combats avait pour condiment les profits du commerce, avaient fait surgir cette génération d'hommes de mer qui a fondé la réputation de l'Angleterre comme puissance navale et commencé à faire de cette nation la maitresse des océans. Les Frobisher, les Drake, les Raleigh ont été les ancêtres des Nelson, des Cook et de tant d’autres. Mais Jacques [°° à son avènement (1603) avait négocié la paix avec l'Espagne. Donc plus d'expéditions de corsaires contre le commerce espagnol dans le golfe du Mexique, plus d'occasions de pillages, d’actes de piraterie à couvrir du prétexte de hauts faits guerriers. Les entreprises pacifiques du commerce et de la colonisation pouvaient seules désormais occuper ce personnel disponible, réduit à l'inaction. Sir Walter Raleigh n'était plus là pour diriger en personne le mouvement. Il avait été jeté à la Tour, impliqué dans un complot dont l'objet était de remplacer Jacques l‘sur le trône d'Angleterre par Arabella Stuart. Son influence n'en continua pas moins à s'exercer par les nombreux amis qu'il avait su se créer et qui partageaient ses aspirations enthousiastes à la conquête du Nouveau Monde par la colonisation. Ses échecs successifs et l'insignifiance des résultats donnés par des voyages isolés comme ceux de Gosnold, de Pring, de Weymouth, démontraient cependant que la fondation d’une colonie était une entreprise dépassant les forces et les ressources d’un seul homme ou d'un groupe trop restreint. Il fallait profiter des exemples récents donnés par le gouvernement français dans l’organisation de compagnies pour le commerce et pour l'occupation du Canada et de l’'Acadie. Les gouvernements anglais et hollandais entrèrent en mème temps dans cette voie. Dans l’un et l’autre pays venait d'être fondée (1600 et 1602) une puissante compagnie des Indes Orientales, investie du privilège du commerce avec les régions de l'Extrème-Orient par le cap de Bonne-Espérance. Le mème système devait ètre appliqué pour les Indes Occidentales. Il était temps de clore la période d'exploration et de faire un effort décisif pour la prise de possession du continent américain.

Les navigateurs du xvi° siècle, Espagnols, Portugais, Francais et Anglais, avaient pour la plupart écrit, dans un langage simple

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et pittoresque, des relations de leurs aventures et créé ainsi une branche nouvelle de littérature qui ne manquait à coup sûr ni l'intérêt ni de caractère. Un doyen de Westminster, homme savant et lettré, ami de Raleigh, très versé dans toutes les connaissances qui se rattachaient à la cosmographie et à la géographie, Richard Hakluyt (1553-1618), entreprit de recueillir et de coordonner ces récits de navigation. Il en a laissé en effet une collection précieuse, source principale pour cette époque particulière des annales de la Grande-Bretagne. Il s'était lié avec la plupart des navigateurs et avec les riches négociants qui commanditaient les voyages de commerce; il était en correspondance régulière avec eux. Ses conseils étaient fort recherchés toutes les fois qu'il s'agissait d'organiser une nouvelle entreprise; il avait été un des promoteurs les plus actifs des expéditions les plus récentes en Amérique. Il fut aussi un des fondateurs de la grande association à laquelle Jacques [* concéda en 1606 par lettres patentes toutes les côtes du Continent américain du 34° au 45° degré de latitude nord, c'est-à-dire du cap Fear à la baie de Passamaquoddy !.

Celte association fut elle-mème divisée en deux compagnies. L'une, composée de personnes nobles, de gentlemen et de marchands de Londres sous le nom de « Compagnie de Londres » ou première compagnie de Virginie, avait le droit d'établir une colonie dans la partie méridionale du territoire concédé par la patente générale, soit du cap Fear à l'embouchure du fleuve Connecticut. La seconde, composée également de personnes nobles, de gentlemen et de marchands, habitant plusieurs villes de l'Angleterre occidenlale, notamment Plymouth et Bristol, reçut le nom de seconde compagnie de Virginie ou « Compagnie de Plymouth ». Elle était autorisée à fonder un établissement dans la partie nord du territoire concédé, depuis l'embouchure du Potomac jusqu'à la baie le Passamaquoddy. Aussitôt que l’une des deux sociétés aurait oceupé un point quelconque de la région qui lui était réservée (on remarquera qu'au centre une région élait commune aux deux

1. La limite septentrionale de cette concession y faisait entrer la plus grande partie de lAcadie; le 45e degré {qui est la latitude de Bordeaux) passe en effet un peu au sud du cap Canso, mais au nord du point où s'éleva plus tard Halifax, et de Port-Royal que Poutrincourt venait de fonder.

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compagnies et devait par conséquent appartenir à celle qui aurait la première exercé effectivement son droit d'occupation), la seconde ne pourrait plus rien fonder à moins de cent milles de distance de ce point. Aucune limite n'était assignée du côté de l'ouest. Dans le sens de la latitude, chacune des deux compagnies avait le droit d'étendre sa juridiction jusqu’à l'extrémité des terres encore inconnues par où l’océan Pacifique pouvait être atteint.

Les personnes nommées dans la charte de la Virginie comme fondateurs de la compagnie de Londres étaient : sir Thomas Gates, sir George Somers, Richard Hakluyt, et Edward-Maria Wingfield. Le mème document indique comme fondateurs de la compagnie de Plymouth : Thomas Hanham, Raleigh Gilbert, fils de Humphrey Gilbert, William Parker et George Popham. Parmi les associés de ces derniers figuraient au premier rang sir John Gilbert, frère aîné de Raleigh Gilbert, sir John Popham, frère aîné de George Popham et lord grand juge du royaume, et sir Ferdinando Gorges, gouverneur de Plymouth et l’un des membres les plus actifs de la compagnie.

Weymouth en 1605 avait amené en Angleterre quelques Indiens enlevés sur la côte du Maine. Sir Ferdinando Gorges en prit trois pour en faire des pilotes et des interprètes dans la première expédition préparée par la nouvelle compagnie de Plymouth. Deux bâtiments partirent en 4607 avec ces Indiens et une centaine de colons sous les ordres de Raleigh Gilbert et de George Popham; un fort fut bâti dans une petite île à l'embouchure du Kennebec. L'hiver parut très long et très rigoureux aux colons, qui eurent en outre la mauvaise chance de perdre par l'incendie leur magasin de provisions. Au printemps, un navire vint pour ravitailler la colonie, mais il apportait en mème temps la nouvelle de la mort des deux principaux pairons de la compagnie, le frère de Raleigh Gilbert et celui de George Popham. Il y avait des héritages à recueillir. Les chefs s’en allant, personne ne voulut rester; l'établissement fut abandonné (1608). Une tentative faite en 1610 dans l'île de Terre-Neuve ne réussit pas mieux. Sous la direction de sir Francis Popham, fils de l’ancien lord grand juge, des voyages

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furent organisés, cependant, avec la pèche pour objet exclusif. Ce fut là toute l'œuvre de la compagnie de Plymouth pendant les vingt-cinq premières années de son existence.

Le capitaine John Smith. Débuts de la colonie de Jamestown en Virginie (1607-1609).

La compagnie de Londres fut plus active. Elle réussit à s'assurer les services d’un brillant soldat de fortune, John Smith'. Un ministre d'une grande piété et d’un courage froid et persévérant, Robert Hunt, promit son concours. La compagnie avait, aux termes de la charte, pour principale mission « l'avancement de la gloire divine par la conversion des Indiens et des sauvages à la vraie foi et à la vie civilisée ». Le trésorier de la compagnie était sir Thomas Smith, négociant de Londres, un de ceux, avec Hakluyt, auxquels sir Walter Ralcigh avait cédé ses droits en 1589. Il fut décidé que toute somme de douze liv. st. versée à la compagnie donnerait droit à cent acres de terre ?. Afin d'attirer les émigrants, cent acres furent assurées à toute personne qui se rendrait elle-mème en Virginie ou qui paicrait le transport d'une autre personne. On espérait ainsi, non seulement favoriser l’émigration personnelle, mais l'envoi en Virginie de travailleurs engageant leurs services pour un temps déterminé. Les concessions de terre étaient sujettes à une légère redevance annuelle nommée quit-rent. Les préparatifs pour un premier envoi de colons prirent toute la seconde moitié de l’année 1606. Le 19 décembre, trois navires, dont le plus gros n'excédait pas cent tonnes, mirent à la voile en quête d’un port en

1, John Smith avait commencé sa carrière d'aventures en combattant dans les Pays-Bas pour la cause de l'indépendance batave contre les Espagnols. On le voit passer en France, puis en Italie et en Egypte. Il va s'enrôler sous la bannière des Hongrois pour combattre les ennemis de la chrétienté. Ses exploits contre les Tures lui valent Pamitié de Sigismond Bathori, prince de Transylvanie (1602). Dans une escarmouche en Valachie, il est blessé et laissé pour mort sur le champ de bataille. Les infidèles le ramassent et le ramènent à Constantinople où il est mis en vente sur le marché comme esclave. Envoyé dans une forteresse en Crimée et soumis aux durs travaux des serfs encore sauvages, il tue son surveillant, réussit à s'évader, traverse la Russie méridionale et la Transylvanie, puis, désabusé de l'Orient, songe à rentrer en Angleterre, I y rentre en effet, mais après un détour au Maroc où l'avaient appelé des rumeurs de guerre civile. En 1606 enfin il se lie à Londres avec les promoteurs de la compagnie de Virginie et l'Angleterre lui doit sa première colonie sur le nouveau continent,

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Virginie pour y débarquer cent cinq personnes résolues à s’établir à demeure dans le pays. Parmi ces cent cinq émigrants on comptait deux douzaines d'ouvriers et d'artisans dont quatre charpentiers, des soldats et des servants, et quarante-huit « gentlemen », sorte de gens que l’on pouvait supposer peu enclins à se plier au dur labeur de bâtir des maisons et de défricher le sol. Les personnes notables étaient, outre Newport, qui commandait les navires, Wingfield, un des fondateurs de la compagnie, négociant de Londres, Gosnold, dont un précédent voyage a été signalé, Hunt, le chapelain de l’expédition, et John Smith, qui devait être l’Ame de la colonie dans ses premières années comme il en fut ensuite l'historien.

Newport ne connaissait que la route traditionnelle par les îles Canaries et les Indes Occidentales. Les colons occupèrent les longs mois du voyage en querelles et en intrigues. Wingfield fit mettre aux fers John Smith dont il craignait l'influence et l'ambition. On finit par atteindre la côte virginienne. Le hasard heureux d’une tempète fit passer les navires au delà de l'emplacement de l’ancien poste de Raleigh et les jeta dans la magnifique baie de Chesapeake. Les noms des deux fils du roi furent donnés aux promontoires qui forment l'entrée de la baie, cap Henri et cap Charles. On jeta l'ancre à Old Point Comfort, devant un large estuaire, et quelques semaines furent employées à explorer les alentours. Le 13 mai 1607 fut choisi un emplacement à cinquante milles de l'embouchure d'un fleuve qu'on appela James River en l'honneur du roi. Un fort fut construit dans une petite presqu'île sur la rive septentrionale et reçut le nom de Jamestown (ville de Jacques). Le conseil chargé d'administrer la colonie se composait de sept membres, entre autres Wingfield, Newport, Gosnold et Smith. Wingfield fut élu président; Newport et Smith remontèrent la rivière et allèrent saluer, en sa résidence, près des chutes (auj. Richmond), le chef d’une confédération composée d'une quarantaine de petites tribus, l’Indien Powhatan, que les colons décorèrent du nom d’empereur de Virginie et dont la capitale se composait de dix à douze « wigwams ». On évalue à vingt mille âmes environ toute la population indienne du pays à cette époque, entre la baie de Chesapeake et le Blue Ridge, première chaîne des monts Allegha-

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Aprés le départ de Newport pour l'Angleterre (juin 1607) le découragement s'empara des habitants de Jamestown. Les vivres apportés d'Europe s'épuisaient ; la chaleur était insupportable et ne permettait aucun effort physique; la fièvre vint achever l’œuvre du désespoir. Avant la fin de l'été cinquante émigrants, la moitié de la colonie, avaient succombé, parmi eux Gosnold, le plus zélé

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promoteur de l’entreprise. Wingfield, le président, s’appropriait le peu qui restait de provisions et songeait à abandonner ses compagnons d'infortune pour gagner les Indes Occidentales. On dut le déposer.

Smith resta seul maître désormais à Jamestown. Les choses prirent de suite un meilleur aspect. Les Indiens qui étaient hostiles furent tenus en respect. Les colons cessèrent de s’accabler réciproquement de récriminations et d'injures ; les magasins de vivres furent ravitaillés par quelques heureuses expéditions, les indigènes ayant récolté leur maïs. La chasse pourvut au reste. Quand

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Au commencement de 1608 Newport revint d'Angleterre avec des provisions et cent vingt émigrants, Malheureusement ces recrues étaient des « gentlemen » désœuvrés, semblables à ceux du premier voyage. La compagnie, dont les associés réclamaient un premier dividende, avait envoyé aussi des experts en métaux précieux pour découvrir de l'or, et des orfèvres pour le travailler, Ces braves gens aperçurent quelques grains de mica jaune dans un ruisseau près de Jamestown, et déclarèrent que c'était de la poussière d'or, Une folie s'empara de toutes les têtes; il ne fut plus question que de creuser, fouiller et laver, Newport, assez pauvre intelligence, voulait absolument arriver à la mer du Sud en remontant le James au-dessus des rapides et remporter un chargement

1. Sur la légende de Pocahontas voir : Charles Deane, Notice présentée à la Société historique du Massachuselts en 18593; The North American Review, janvier 1867; Doyle, les Colonies anglaises en Amérique,

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