‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 41 sur 147 · TT · texte numérisé non relu

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Charles [°° n’hésita pas à faire de nouvelles concessions dans les limites assignées originairement à la compagnie. Sans aucun souci des droits de la colonie de la rivière James et du privilège qu'il venait de concéder à Clayborne, il détacha en 1632 toute la partie de la Virginie située au nord du fleuve Potomac et la donna par une charte spéciale à un de ses favoris, lord Baltimore.

Sir George Calvert, élevé par l'amitié et la protection de Robert Cecil à une grande situation politique et à la faveur de Jacques I”, fut membre du Parlement et secrétaire d'État, Une querelle avec Buckingham l'amena à révéler qu'il appartenait à la religion catholique et il résigna ses fonctions. Le roi, qui l'avait en haute estime, lui conserva sa place dans le Conseil privé et le fit pair d'Irlande avec le titre de baron de Baltimore. Il avait été l'un des membres fondateurs de la compagnie de Londres, et tandis qu'il élait secrétaire d'État, il s'était fait donner une patente spéciale pour à pèche et la colonisation sur la côte méridionale de Terre- Neuve. Il dépensa de grosses sommes pour fonder un établissement sur sa concession, s'y rendit lui-même en 1628 avec sa famille en vue d’une installation permanente, mais il fut bientôt rebuté par la stérilité du sol et la rigueur du climat. Il rêvait cependant de créer en Amérique un lieu de refuge pour ses coreligionnaires persécutés en Angleterre et détestés de toutes les sectes protestantes. Attiré par la réputation de fertilité de la Virginie, il y vint faire une visite en quittant Terre-Neuve (1630). Les autorités de Jamestown l’accueillirent avec courtoisie; mais, sur sa déclaration qu'il désirait s'établir dans la colonie, elles exigèrent de lui la prestation du serment d'obédience à l'Eglise d'Angleterre, Il refusa naturellement et dut se retirer. Il parcourut les rivages de la baie de Chesapeake dont la beauté l’émerveilla, et, s'étant assuré que les Virginiens n'avaient encore aucune installation au nord du Potomac, il obtint de Charles I", comme nous l'avons dit, la concession de ce territoire, IL mourut quelque temps avant l'accomplissement de toutes les formalités relatives à l'octroi de la charte, mais la concession fut confirmée à son fils Cecilius (20 juin 1632).

Le premier lord Baltimore était un gentilhomme sage et dis- TL. 10

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cret, catholique modéré, courtisan complaisant, ami de la prérogative royale, très désireux d'augmenter sa fortune et peu disposé à s'embarrasser de scrupules. Il souhaitait certainement que la colonie qu'il voulait fonder fût peuplée de papistes anglais qui y trouveraient un asile sûr, mais il tenait surtout à un succès commercial et financier; or une œuvre exclusivement catholique eût eu peu de chances de prospérer. Il était d'une habile politique de la couvrir du programme alléchant de la tolérance religieuse. Cette préoccupation explique le caractère particulier de la charte obtenue et sans doute rédigée par George Baltimore lui-même, et toute l'histoire ultérieure du Maryland.

Le territoire concédé avait pour limites : à l’est le fleuve Delaware, au nord le quarantième degré de latitude, à l'ouest le méridien de la source du Potomac, au sud le cours du Potomac jusqu'à son embouchure et une ligne tirée de la pointe Watkin vers l'est jusqu’à l'Atlantique ‘. Il était donné à lord Baltimore en toute propriété, et devait former une baronnie anglaise dont le lord propriétaire était investi de droits régaliens. La seule réserve était le paiement annuel de deux flèches indiennes à la couronne en signe de reconnaissance du devoir d'allégeance. Le seigneur de la province devait en outre au roi le cinquième des métaux précieux qu'il découvrirait sur ses terres. Tous les droits et immunités de sujets anglais étaient garantis aux colons qui viendraient s'établir dans la baronnie. Le lord propriétaire avait le droit de faire des lois avec l'assentiment de la majorité des hommes libres ou de leurs représentants, pourvu que ces lois ne fussent pas en contradiction avec celles du royaume. Le roi s'engageait, lui et ses héritiers et successeurs, à ne jamais établir aucune taxe sur la province ?, Selon la formule habituelle, la concession avait pour

1. Ges limites embrassaient le Maryland actuel, l'État du Delaware, la partie méridionale de la Pennsylvanie et une faible portion du territoire de la Virginie

2, La charte ne définissait aucun des cas où l'intervention royale pourrait se produire dans la colonie et ne réglait pas davantage la procédure de cette inter: vention, Plus tard lexemption de toute taxe, concédée à la colonie, donna lieu à de longues et inextricables controverses, On prétendit en Angleterre que cette clause ne devait pas être interprétée dans le sens d'une exemption de toute taxation parlementaire, le roi ne pouvant renoncer à un privilège qui ne lui appartenait point. Il est à constater que lorsque fut concédée la charte de Pennsylvanie où se trouvait contenue également une clause relative à l'exemption des droits de douane, l'exercice de l'autorité du Parlement anglais fut expressément réservé,

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motif « un louable et pieux zèle pour la propagation de la religion chrétienne ». Le lord propriétaire a le droit de Sn emplois ecclésiastiques et d'ériger des églises (en Angleterre des gentilshommes catholiques ont pu exercer le droit À nanihation de ministres protestants à des cures de l'Église officielle jusqu'aux temps de Guillaume et de Marie). Une clause stipule que Îles droits réservés aux pronriélaires ne devront pas servir à nn préjudice à « la sainte vraie religion chrétienne », qui ne pouvait être en 1632 que l'Église établie, celle de Chatios 16 »

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de Laud, par opposition à celle de Rome ou de Calvin. La charte du Maryland ne formulait donc en réalité aucune softs ss d'autres sectes religieuses que pour l'Église Pkigiorre Mais la tolérance fut beaucoup plus dans la politique ds Baltimore que dans leur charte. Elle s'accordait avec leur intérêt bien entendu, | Cecilius envoya son frère Léonard Calvert avec vingt gentlemen et trois cents travailleurs vers les rivages de la haie de Chesa- L'expédition arriva à l'embouchure du Potomac ps “ee A RE see abandonner fut acheté La 3 Mary. Le pays fut appelé Maryland (Terra Mariw) ca l'honneur de la reine. Les indigènes furent traités

avec bienveillance. Les champs déjà préparés, prêts à produire de suite, furent acquis et répartis entre les colons. Ceux-ci étaient arrivés largement munis, par la prévoyante libéralité de Cecilius Baltimore, de toutes choses nécessaires à un établissement naissant. La proximité de la Virginie assurait un ravitaillement facile en vivres et en bétail. La famine n'était donc pas à redouter; les colons furent exempts de toutes les souffrances qui marquèrent les débuts des autres plantations. Le Maryland dans les premiers six mois fit plus de progrès que n'en avait fait la Virginie en six ans.

La petite troupe de Léonard Calvert était à peine installée à Saint-Mary qu’elle eut à repousser une attaque à main armée du Virginien Clayborne que nous avons vu s'établir (1631) dans l'île de Kent. Transformant une patente purement commerciale en une concession territoriale, Clayborne prétendit que ses droits étaient antérieurs à ceux de lord Baltimore et refusa de se soumettre à la juridiction nouvelle, soutenu par l'opinion publique en Virginie, où l'irritation était grande à cause du démembrement qu'un caprice de Charles [* imposait à la colonie. Il excita à la révolte les habitants de l'ile de Kent et leur envoya un petit bâtiment armé en guerre. Mais le batiment fut pris: quelques hommes succombèrent et les Marylandais restèrent maitres de l'ile (4635). L'Assemblée formée du corps entier des hommes libres (car la colonie naissante vivait encore sous un régime familial) lança contre Clayborne réfugié en Virginie une condamnation pour meurtre, piraterie et sédition, et confisqua tous ses biens. Le Virginien se rendit à Londres où, grâce à l'appui d'amis influents, il faillit obtenir gain de cause et intenta à lord Baltimore un procès qui dura plusieurs années. A la fin, toutefois, une sentence des lords commissaires des Plantations le débouta de toutes ses revendications et décida que le territoire contesté appartenait au Maryland, La colonie fut tranquille pour quelque temps.

Tout alla bien jusqu'en 1642, en dépit de quelques difficultés passagères entre les colons et le propriétaire, Celui-ci en 1641 voulut doter sa province d'un code de lois. Mais l’Assemblée des hommes libres refusa ce présent, revendiquant pour elle-même, el

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pour elle seule, toute initiative législatrice. Baltimore céda, contraint de se contenter du droit de veto dont il usa d’abord largement en rejetant toutes les lois élaborées et votées par l'Assemblée. Bientôt, cependant, les sentiments de conciliation prévalurent de part et d'autre et animèrent l'Assemblée réunie en 1639. Celle-ci ne se composait déjà plus, comme les deux précédentes, du corps entier des hommes libres. La population s'était beaucoup accrue, la liberté religieuse ayant attiré non seulement des catholiques mais aussi des puritains qui s’établirent principalement dans l’île de Kent. Il fallut recourir à l'élection de représen- {ants qui furent appelés Burgesses (délégués des Bourgs) comme dans la colonie voisine. Une sorte de Chambre haute.fut constituée la même année, composée de membres (conseillers) nommés par les propriétaires. Les deux Chambres siégèrent ensemble pendant quelques années. En 1650 elles commencèrent à tenir des séances séparées. Le gouvernement eut dès lors sa forme définilive fondée sur le système de la représentation : une Assemblée générale, composée du délégué du propriétaire, d'un Conseil nommé par celui-ci, et des Burgesses, élus par le peuple, c'est-àdire par tous les habitants chrétiens de la colonie, les esclaves seuls exceptés.

Le Maryland n'avait plus rien à redouter des revendications des Virginiens contre le démembrement de leur territoire, ceux-ci se gardant bien désormais d'émettre des prétentions qu'ils n’auraient pu faire triompher qu'en obtenant la restauration de l'ancienne charte de la compagnie de Londres. Or cette restauration, personne en Virginie ne la désirait depuis que la royauté anglaise avait décidé de laisser aux colons de la rivière James la pleine

jouissance de leurs libertés et reconnu implicitement la validité

de leur constitution.

L'acte de tolérance religieuse (1649).

Vers 1642 la colonie établie par Léonard Calvert était done complètement heureuse. Les habitants étaient d'accord avec le propriétaire; les immigrants arrivaient en grand nombre; la liberté du culte était absolue; le commerce prospérait; le sol, coupé de

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rivières et de baies, se prêtait à toutes les cultures, surtout à celle du tabac, à laquelle les Marylandais s'adonnaient déjà avec la même ardeur que leurs voisins de Virginie.

Les malheurs commencèrent par des hostilités avec les Indiens, C'était le même temps où Berkeley avait affaire aux bandes du vieil Opechancanough. La lutte dans le Maryland dura deux ans (1642-1644). Les tribus demandèrent enfin la paix. L'Assemblée vota des lois interdisant d'acquérir à vil prix et par des ruses grossières les terres des indigènes. Il fut en outre interdit de leur vendre des spiritueux, des armes et des munitions. Grâce à ces mesures et à la sage politique des gouverneurs, la paix conclue avec les Indiens dura fort longtemps.

Les événements d'Angleterre allaient maintenant avoir leur contre-coup sur le Maryland comme sur les autres colonies. La rupture entre le parlement et la royauté était complète; en 1612 la guerre civile commença. Clayborne, tout entier à ses projets de vengeance contre les Baltimore, avait joué si habilement auprès de Charles I" son rôle de courtisan que celui-ci finit par le nommer trésorier de la Virginie à vie. Mais dès le début de la guerre civile, Clayborne fit volte-face et se déclara un chaud prrtisan de la cause populaire. Lord Baltimore avait essayé, de son côté, de rester en bons termes avec les deux partis. Mais ses efforts furent compromis par un excès de zèle d'un de ses agents dans le Maryland qui fit saisir, au nom du roi, un navire appartenant à un parlementaire qui était aussi quelque peu pirate (1644). Les purilains jetèrent de hauts cris dans la colonie, où ils étaient déjà fort nombreux. Il en était venu de la Nouvelle-Angleterre, et tous ceux que la Virginie avait expulsés en 1643 avaient rejoint leurs coreligionnaires dans l'île de Kent.

Clayborne qui guettait l'occasion se hâta de la saisir. Il se rendit à Kent, organisa une pelite bande armée et l'envova à Saint-Mary avec le pirate dont on avait pris le bâtiment. Les catholiques étaient sans défense; ils se soumirent aussitôt el Calvert qui revenait d'Angleterre dut fuir en Virginie. Ainsi les mêmes passions s’agitaient des deux côtés de l'océan Atlantique. En Europe, les non-conformistes attaquaient l'Église établie et le roi. Sur les bords du Potomae, ils à taquaient le papisme et Bal-

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