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timore, l'ami du roi. Clayborne eut l’habileté de fuire de la haine religieuse l'instrument de ses visées et de ses rancunes personuelles. Il réussit en se faisant le Cromwell des Tètes rondes de l'ile de Kent.
Clayborne et Ingle le pirate s'étaient présentés aux catholiques comme des commissaires du-Parlement. Ils tinrent le pouvoir un an, mais ce gouvernement fut à la fois tyrannique et grotesque. Ingle reprit son navire, l'emplit de marchandises et partit. Les catholiques n'eurent plus qu'à élever la voix et Clayborne dut suivre l'exemple de son associé. Calvert, qui avait réuni quelques forces en Virginie, rentra à Saint-Mary. Il mourut l'année suivante (1647).
A Londres, lord Cecilius Baltimore suivait d’un regard anxieux les progrès croissants de la cause du Parlement. Lorsqu'il put en prévoir le succès définitif, il chercha un moyen de rendre le gouvernement d'un lord, catholique romain, sur une colonie anglaise, acceptable pour le parti puritain arrivant au pouvoir. Au lieu de nommer un gouverneur catholique en remplacement de Calvert, il choisit un protestant de Virginie, William Stone, presque un presbytérien, partisan du Long Parlement. Il nomma aussi un secrétaire et des conseillers protestants. Stone reçut pour commission expresse de ne se mêler en rien. d'affaires religieuses. Il eut en outre à prononcer le serment suivant : « Je ne molesterai ni directement, ni indirectement, pour cause de religion, aucune personne faisant profession de croire en Jésus-Christ », serment qui devait être, Baltimore l’espérait, une sauvegarde pour les catholiques. L'Assemblée fut réunie (1649); elle se composait du gouverneur, du conseil protestant et d'une chambre catholique. Elle vota l'acte célèbre par lequel la tolérance était instituée dans le Maryland pour toutes les opinions religieuses (T'oleration Act) : « Considérant que la contrainte exercée sur les consciences a produit de funestes conséquences dans tous les pays où elle a été pratiquée, aucune personne faisant profession de croire en Jésus-Christ ‘ ne sera molestée au sujet de sa foi, ni ne se verra
1. La loi excluait done de la tolérance les athées — il est vrai que l'athéisme n'existait pas encore, — les juifs, les mahométans, etc. I en coûtait cinq livres de parler irrespectueusement de la sainte Vierge ou des apôtres; le blasphème contre Dieu était puni de mort,
refuser le libre exercice de son mode particulier d'honorer Dieu ».
Il est permis de croire que les catholiques songeaient au moins autant à eux-mêmes qu'aux autres sectes lorsqu'ils votèrent cette loi de liberté religieuse. Ils redoutaient avec raison l'intolérance dont les puritains ou les épiscopaliens feraient preuve le jour où ils auraient la majorité dans le pays, et l'événement prouva très vite la justesse de cette prévision.
La loi fit merveille, en ce temps où les puritains persécutaient leurs frères de l'Église épiscopale dans la Nouvelle-Angleterre et où les épiscopaliens de la Virginie ne se montraient pas moins rigoureux contre leurs frères puritains. Les persécutés arrivèrent de tous côtés sur cette terre bénie où chacun était libre de son culte. En 1650 les puritains, de plus en plus nombreux, fondèrent
sur le continent en face de l'ile de Kent, qu'ils avaient déjà peuplée, la petite ville de Providence (plus tard Annapolis). Dès cette même année ils dominèrent dans la chambre des Burgesses, dont ils élurent le président. Ils votèrent aussitôt des lois somptuaires auxquelles lord Baltimore se garda bien d’opposer son veto. Ce dernier semblait accepter la suprématie du Parlement. Charles I, de son exil, le croyant traître à sa cause, le destituait du gouvernement du Maryland et désignait, pour le remplacer, sir Villiam Davenant. La conduite vraiment trop discrète et trop politique de lord Baltimore ne sauva ni ses propres intérêts ni ceux de ses coreligionnaires. Les libertés des catholiques dun Maryland étaient menacées de tous les côtés à la fois, par le puritanisme, par le Parlement de la métropole, enfin par les ressentiments opiniâtres de Clayborne.
Les puritains prennent l'ascendant (1655). Gouvernement de Charles Calvert (1662-1676), John Coode (1689).
En 1651 le Parlement nomma des commissaires chargés de se rendre en Amérique avec une flotte pour « réduire » les colonies. Clayborne était un de ces commissaires. Il arriva à Saint-Mary en 1652 et exigea la soumission du gouverneur et du Conseil aux ordres du Parlement. Stone tergiversa, consentit à proclamer
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MARYLAND. 153 Cromwell lemdl Protecteur, mais continua à gouverner dans l'intérèt de lord Baltimore. En #654 les catholiques, fatigués de cette politique » double face, se décidèrent à la résistance ouverte, et Stone prit parti pour eux. Il chassa les puritains du Conseil, et dénonça dans une proclamation les gens de Providence comme des factieux et des rebelles. Des deux côtés on courut aux armes et Clayborne se mit à la tête des puritains. Un engagement eut lieu près de Providence (1655); les catholiques y furent mis en pleine déroute. Une Assemblée fut aussitôt réunie, dont les catholiques furent exclus; on abrogea le statut de tolérance, et les puritains purent se livrer à leur passion de persécution contre les papistes, les épiscopaliens et les quakers'. Les fanatiques, à Londres, célébrèrent ce grand triomphe du parti dans un pamphlet : la chute de Babylone au Maryland. Mais Cromwell ne donna qu'un appui modéré aux commissaires vainqueurs, et lord Baltimore agit de telle sorte auprès du Protecteur qu'il sut conserver sa patente. Il engagea des négociations avis les puritains de Providence; en 1658 un a: cor fut conclu, uue amnistie proclamée et Fendall, un agent du propriétaire reconnu déjà à Saint-Mary par les catholiques, accepté comme gouverneur par toute la colonie. Fendall, ambitieux, faible et vulgaire, n'eut pas plus tôt pris possession du pouvoir, qu’il remit entre les mains de l'Assemblée l'autorité qu'il tenait de lord Baltimore et consentit à recevoir des Burgesses une nouvelle commission de gouverneur. L'Assemblée, à son instigation, prononça la dissolution du Conseil et usurpa tout le pouvoir législatif.
En 1660, après la restauration de Charles IF, Philippe Calvert, frère de Léonard, armé var le propriétaire d'une commission de gouverneur et d’une léitrs du roi commandant à ses fonctionnaires et sujets du Maryland d'aider Calvert dans le rétablissement des droits de lord Baltimore, se présenta à Saint-Mary et à Providence et fit sans peine accepter son autorité. Fendall, accusé de haute trahison et condamné, en fut quitte pour une amende
1. L'Assemblée décida « to contirm the freedom of conscience provided the liberty Were not extended to popery, prelacy dr licentiousness of opinion ». La liberté religieuse élait maintenue, sauf pour les papistes, les épiscopaliens et généralement lous ceux qui professaient des opinions dévergondées!
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assez légère et la perte de ses droits politiques. Une amnistie générale fut proclamée et la paix enfin rétablie avec la tolérance religieuse.
Philippe Calvert gouverna deux ans et eut pour successeur son neveu Charles, le fils ainé du lord propriétaire, dont l'administration intelligente et honnète dura quatorze années (1662- 1676) pendant lesquelles le Maryland n'eut pour ainsi dire pas d'histoire et n’en fut que plus heureux : à l’intérieur, des actes législatifs de l’Assemblée ayant pour objet le commerce, la monnaie, la protection des libertés individuelles, l’agriculture et l'industrie; à l'extérieur, quelques conflits promptement réglés avec les Hollandais de la baie du Delaware. La surproduction du tabac et l’avilissement de prix qui en fut la conséquence !, l'application plus rigoureuse de l’Acte de Navigation de 1651, la disette de blé, causèrent de temps à autre des préoccupations. Le cours général de la prospérité n'en fut pas sérieusement ralenti. La population s'accrut par l'immigration d'étrangers, de quakers surtout. Le Maryland comptait 12 000 habitants en 1660 et 16 000 cinq ans plus lard. L'Assemblée était en pleine possession de tous ses pouvoirs de législation et de taxation, Charles Calvert ne suscitant aucune difficulté et son père ayant même renoncé à l'exercice du droit de veto. Diverses lois réglèrent le mode de paiement des redevances foncières dues au propriétaire. En mème temps, par un act of gratitude, l'Assemblée établit un droit de deux shillings par hogshead de tabac exporté ?, dont moitié pour la défense de la colonie, le reste constituant un revenu annuel pour lord Baltimore (167%).
Celui-ci mourut en 1676. Charles Calvert succéda à son titre et à ses droits. Il confirma le statut de tolérance et revisa de concert avec les Burgesses toutes les lois antérieures, A la fin de la session, comme il avait annoncé l'intention de se rendre en Angleterre, l'Assemblée à l'unanimité vota en sa faveur le don de tout le stock de tabac qui se trouvait alors dans les magasins publics. La popularité du nouveau lord Baltimore était extrème en ce moment, mais son départ allait être le signal du réveil des
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anciennes dissensions. Comme vingt ans auparavant, une minorité dans la colonie, en sympathie avec le parti dominant en Angleterre, chercha à s'emparer du contrôle des affaires religieuses et à renouveler dans un intérêt égoïste une politique d’intolérance. Mais maintenant celle minorité était composée de protestants de l'Église établie et non plus de puritains.
ën arrivant en Angleterre (1677) lord Baltimore fut assailli de plaintes portées contre sa femille par les prélats d'Angleterre. Ceux-ci déclaraient que la vraie religion, l'Église officielle anglicane, était déplorablement négligée dans le Maryland, et que tandis que les prêtres catholiques y étaient enrichis par de magnifiques dotations, les ministres protestants s’y trouvaient privés de tout soutien. Ils demandaient donc l'appui de l'État pour l'Église élablie, Baltimore répliqua en objectant le statut de 1649 et dit qu'on n’obtiendrait jamais de l’Assemblée le vote d’une loi obliveant une société religieuse quelconque à soutenir les ministres d'un autre culte. Il démontra qu'il s'était toujours efforcé de répartir les places aussi également que possible entre catholiques et protestants, qu'il avait même abandonné presque entièrement à ceux-ci le commandement de la milice et la garde des arsenaux de la province. Les ministres, désireux avant tout d'échapper à l'imputation dangereuse de papisme, décidèrent qu'à l'avenir toutes les fonctions gouvernementales au Maryland seraient confiées à des protestants. Baltimore eut encore à se défendre contre l'accusation, assez fondée d'ailleurs, de rendre difficile aux officiers de la douane royale la perception des droits de sortie imposés depuis 1661 par l'Acte de Navigation. On donna tort au lord propriétaire et le roi se montra fort irrité. L'accusé eût pu rappeler à son souverain qu'en prétendant tirer un revenu douanier du Maryland, il violait une clause formelle de la charte royale de 1632; mais il se garda bien d'en souffler mot,
Vers la même époque (1685) la région qui compose aujourd'hui l'État de Delaware fut détachée du territoire du Maryland, Une conférence avait eu lieu entre lord Baltimore et William Penn au sujel des frontières du Maryland et de la colonie récemment fondée de Pennsylvanie, Aucun accord n'avait pu s'établir. Penn réclamait pour la Pennsylvanie toute la péninsule située entre les baies
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de Chesapeake et de Delawarë; il avait l'appui du comité des Plantations. Ce territoire, disait-il, avait été colonisé par des Hollandais et des Suédois avant que le Maryland fût fondé ; or le Maryland, d’après sa charte de concession, ne pouvait comprendre des terres habitées par d’autres hommes que des indigènes. William Penn usa de sa faveur auprès du duc d’York et obtint, grâce à lui, du conseil privé un décret divisant la région contestée en deux parts égales dont l’une fut assignée à Penn et l’autre à lord Baltimore.
L'avènement du catholique Jacques IT (1685) n'apporta à Baltimore aucun dédommagement pour les épreuves qu'il venait de traverser. Bien au contraire, le nouveau roi prétendit lever une nouvelle taxe d'importation sur le tabac venant du Maryland, Jacques IT, d’ailleurs, était décidé à supprimer dans les colonies les gouvernements de propriétaire; l'existence de ces juridictions indépendantes lui paraissait incompatible avec sa prérogative. Instruit de ce projet, lord Baltimore se rendit de nouveau en Angleterre et s'efforça de démontrer à son souverain que ni son père ni lui n'avaient commis un seul acte pouvant entrainer la déchéance d'une patente qu'ils avaient chèrement achetée, en ajoutant à leurs risques et à leurs frais une grande et florissante pro: vince à l'empire britannique. En dépit de cet éloquent plaidoyer, l'attorney général lança en 1687, sur l'ordre du roi, un bill de suppression contre la charte du Maryland; mais la révolution de 1688 éclata avant le prononcé du jugement. Lorsque la nouvelle parvint au Maryland (1689) de l'invasion de l'Angleterre par le prince d'Orange et de la chute de Jacques IT, les représentants du propriétaire crurent prudent de prendre quelques mesures militaires. On les accusa aussitôt d'ourdir un complot papiste et de préparer avec les Indiens le massacre de tous les protestants, Une insurrection éclata sous la conduite de John Coode, ancien complice de Fendall, chef de l'association pour la défense de la religion protestante. Les agents de lord Baltimore tentèrent de résister par la force; mais les catholiques refusèrent de prendre les armes, el les chefs des insurgés, avec l'approbation du roi Guillaume, s'emparèrent paisiblement du pouvoir.
Lord Baltimore fut sommé en Angleterre de répondre devant le
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