NEW-PLYMOUTH
chercher un refuge en Virginie où, pensaient-ils, ils ne seraient pas sur une terre étrangère, tout en n'ayant plus à craindre la persëcution pour leurs croyances. Ils sollicitèrent une patente du roi. Jacques donna de bonnes paroles et encouragea le projet sans toutefois concéder la charte demandée. La congrégation s'adressa alors à un groupe de marchands de Londres qui fit les avances nécessaires pour équiper deux navires et forma avec les futurs colons une association pour l'exploitation en commun de la colonie à fonder.
L'intention des Pèlerins était de se rendre à l'embouchure du fleuve Hudson; ils se seraient trouvés dans la juridiction de la compagnie de Londres et soumis à ses lois. Mais le navire Way- Flower, qui n'emporta dans un premier voyage qu'une moitié de la congrégation, déposa ces émigrants sur les rivages du cap Cod où il était arrivé par erreur. L'ancienne compagnie de Plymouth était en dissolution quand les Pèlerins s'étaient embarqués et la nouvelle compagnie n'avait pas encore obtenu la patente que le roi allait lui concéder pour la colonisation de la Nouvelle-Angleterre. Les émigrants n'avaient aucune charte. Ils se trouvaient en fait soustraits à toute autorité politique, et c’est pourquoi, dans l'intérèt du bon ordre et du maintien de l'harmonie entre eux, ils se réunirent dans la cabine du navire avant de débarquer, et s'engagèrent, par un acte écrit, à obéir à toutes décisions, lois et ordonnances qu'ils pourraient prendre en commun‘. C'était un acte de bon sens, de prudence et de bonne police; mais il y a vraiment quelque exagération à transformer, comme l'ont fait les historiens des États-Unis, cet acte si simple, si conforme à la
1, « Au nom de Dieu, amen. Nous, dont les noms suivent, sujets loyaux de notre redouté souverain le roi Jacques, ayant entrepris pour la gloire de Dieu, la propagation de la foi chrétienne, et l'honneur de notre roi et de notre pays, un voyage à l'effet de fonder la première colonie dans la partie septentrionale de la Virginie, convenons entre nous par le présent acte, solennellement et mutuellement, en présence de Dieu et en présence les uns des autres, de nous constituer en un corps civil et politique pour établir parmi nous l'ordre et la sécurité et accomplir les fins que nous nous sommes proposées, faire en vertu de cet acte des lois fondées sur la justice et l'égalité, voter des ordonnances et constitutions, el créer des fonctions, de temps à autre, selon qu'il nous paraitra convenable pour le bien général de la colonie, Auxquels lois et actes nous promettons soumission el obéissance, » Ce document porte #1 signatures, La troupe des Pilgrims comprenait en tout 102 personnes, hommes, femmes et enfants, Les hommes étaient presque tous des petits fermiers, ou des ouvriers agricoles.
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situation de ces quarante émigrants, isolés du monde entier et ne connaissant d'autre chef que leur pasteur resté en Hollande, en une manifestation éclatante de l'esprit de liberté qui allait animer et transformer le monde moderne, en une inspiration de génie où se trouvaient contenues en germe toutes les libres institutions de l'Amérique et les plus pures formes du gouvernement populaire !.
Les Pilgrims ne voyaient pas si loin. Ils avaient prétendu se mettre en garde contre les velléités d’indiscipline qu'ils avaient pu remarquer chez quelques-uns d’entre eux. Ils ne demandaient désormais qu’à vivre paisiblement, à entretenir le moins de relations possible avec le dehors, sauf avec leurs frères d'Angleterre qui continueraient à défendre la vraie foi dans l’ancienne patrie, comme ils espéraient bien de leur côté la glorifier dans la nouvelle.
Les plus dures épreuves étaient réservées à ces pionniers si humbles, et si aventureux. La traversée avait duré 65 jours, et lorsqu'ils arrivèrent en vue de la côte (11 novembre), l'hiver s'annonçait déjà très rude. L'exploration du rivage et la recherche d'un emplacement favorable firent perdre encore un mois. Le 22 décembre seulement, the Forefathers Day (jour des ancètres), leur choix s'étant fixé sur la baie de New-Plymouth, au fond de la rade, ils débarquèrent sur le rocher que la postérité des Pèlerins entoure aujourd'hui encore d'un pieux respect, et que l’on montre aux touristes ?.
Pendant le premier hiver la moitié de la troupe, presque, périt de froid, de faim, de consomption. En mars 1621 ils n'étaient plus que soixante, et sur ce nombre quelques-uns seuls encore valides. À la fin de l'année, trente-cinq nouveaux émigrants arrivèrent,
4. « C’est là qu'est née la liberté populaire constitutionnelle, Le moyen äge avait connu bien des chartes et des constitutions, mais c'étaient de simples contrats stipulant des immunités, des affranchissements partiels, des lettres patentes de noblesse, des concessions de privilèges municipaux, des limitations du pouvoir souverain en faveur des institutions féodales. Dans la cabine de la May-Flouer l'humanité a « recouvré ses droits » et institué un gouvernement sur la base de « lois égales » pour « le bien général, » (Bancroft.)
2, A Boston et à New-Plymouth on célèbre chaque année, sous les auspices de la
Pilgrim Society, le souvenir du débarquement (Landing). Depuis deux siècles et :
demi, au jour consacré, d’éloquents discours ont été prononcés par les Winslow, les Webster, les Everett, les Adams, les Seward et tant d’autres, en l'honneur de la liberté chrétienne et de la vraie civilisation dont les Pèlerins avaient apporté le germe dans la Nouvelle-Angleterre,
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NEW-PLYMOUTH. 165 mais sans provisions. Le peu de vivres qu'envoyaient les associés de Londres arrivaient rarement à destination. Le danger de la famine ne disparut qu'en 1623, après que le régime de la vie et du travail en commun eut été remplacé par celui de la propriété individuelle. Il fut d’abord décidé que chaque habitant cultiverait une parcelle de terre pour ses besoins personnels et la subsistance de sa famille. En 1624, ce droit de culture fut transformé en un droit absolu de propriété. Bientôt les Indiens n'eurent plus à apporter du maïs à la colonie, et furent assurés de trouver eux-mêmes à New-Plymouth leur approvisionnement de grains en échange du produit de leur chasse. Les relations avec les indigènes furent au début très cordiales. Un Peau-Rouge qui avait appris quelques mots d'anglais des pècheurs de Monhiggon leur servit d’interprète auprès du chef d'une tribu voisine, Massasoit, avec lequel la colonie conclut un traité d'alliance. Un autre chef plus redoutable que le premier, et son ennemi, Canonicus, de la tribu des Narragansetts (sur les rivages de la baie de ce nom), fut intimidé par une fière et spirituelle réponse du gouverneur Bradford à un message hautain de ce souverain barbare.
Un peu plus tard, un aventurier, Weston, établi sur les côtes de la future baie de Boston avec quelques colons, plus turbulents que ceux de New-Plymouth, faillit par ses mauvais procédés à l'égard des indigènes entrainer la ruine de la colonie. C'était l’époque où la Virginie était engagée dans une lutte acharnée avec les Indiens après le célèbre massacre. Les tribus de la Nouvelle- Angleterre complotèrent à leur tour l’extermination des blancs. Massasoit révéla le projetet Standish, un brave soldat, le chef militaire de la colonie, réussit à surprendre les principaux conjurés. La plupart furent tués: d'autres s’enfuirent et les colons de Plymouth eurent désormais la paix.
Les associés de Londres ne cessaient de se plaindre du peu de profit que leur apportait leur traité avec les gens de New-Plymouth. Huit des principaux colons, afin de délivrer la petite communauté de toutes dettes et redevances, prirent à leur charge tous les engagements moyennant la concession du trafic avec les Indiens pour six années. La société commerciale fut dissoute et l'actif foncier réparti entre les intéressés en 1628.
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