CHAPITRE II
L'AMÉRIQUE DU NORD AVANT L’ARRIVÉE DES EUROPÉENS
Une conférence de Franklin en 1787 : origine des Peaux-Rouges; la civilisation précolombienne. — Shellheaps, mounds où fonuli. Les Moundbuilders. — Les Cliffdwellers: pueblos, — Mayas et Aztecs, La théorie Morgan : unité de structure sociale,
Une conférence de Franklin en 1787 :
Origine des Peaux-Rouges; la civilisation précolombienne.
Dans l'année où la Convention de Philadelphie élaborait et otail la constitution fédérale qui régit les États-Unis (1787), Benjamin Franklin, âgé alors de quatre-vingt-un ans et gouverneurprésident de l'État de Pennsylvanie, fut invité un jour à se rendre à Lancaster et à présider à la pose de la première pierre d'un collège qu'il venait d'y fonder pour les Allemands. Le vigoureux vieillard accepta l'invitation et fut accompagné à Lancaster par un de nos compatriotes, élabli en Amérique et consul de France à New-York, Hector Saint-John de Crèvecœur !, Le soir de la cérémonie, comme Franklin conversait avec les notables de la localité, on vint à parler des différentes nations indigènes qui habitaient le continent, de leur caractère, de leur aversion pour l'agriculture, ete. L'un des assistants dit à Franklin : « Gouver-
4, Gentilhomme français, nè à Caen en 1731, I til un premier séjour de Vingl-sept années en Amérique, de 1764 à 1781, el y retourna de 1787 à 1793, Il est connu par deu ouvrages intéressants : Letters from an american Farmer (Lettres d'un Cultivateur américain), publiées en anglais en 1782: Voyage dans la Haute Pensylranie, Paris, 1801,
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neur, d'où pensez-vous que soient venues ces nations? les considérez-vous comme aborigènes? avez-vous entendu parler des anciennes fortifications et des sépultures qui ont été récemment découvertes dans l’ouest? »
Franklin possédait à fond la question. Il la traita ex professo devant cet auditoire improvisé, et voici, d'après Crèvecœur!, le résumé de cette conférence familière :
Les nations des deux Florides et de la Basse Louisiane avaient dù venir, pensait Franklin, des montagnes du Mexique. Les Esquimaux du Labrador (les hommes les plus sauvages que l'on connaisse) devaient être au contraire originaires du nord de l'Europe, ainsi que l'indiquent leur teint clair et la couleur de leurs yeux. Quant aux autres nations, il est bien difficile de leur assigner avec précision telle ou telle origine, Sont-elles de race asiatique, tartare? ont-elles, dans des lemps reculés, traversé le détroit de Béring pour se répandre ensuite sur le continent? Celte hypothèse choque toutes les notions de probabilité. Comment pouvons-nous concevoir que des hommes presque nus, armés d’ares et de flèches, aient pu entreprendre un voyage de mille lieues à travers d'épaisses forèls et d'impénétrables marécages, avec des femmes et des enfants, sans autres moyens de subsistance que les produits de la chasse? quels pouvaient ètre les motifs d'une pareille migration? D'un autre côté il n'est pas plus satisfaisant de les supposer aborigènes d'une région inclémente et d'un sol stérile comme les grandes plaines du nord-ouest des États-Unis. Franklin estimait done plutôt que les climats chauds, qui abondent en fruits naturels, ont dû être le berceau de la race humaine, et que c'est du sein de ces régions favorisées que la portion « exubérante » des communautés primitives s'est graduellement répandue sur le reste du monde,
Maintenant pourquoi les nations du vieux monde ont-elles été civilisées depuis des milliers d'années, tandis que celles du nouveau restent plongées dans l'ignorance et la barbarie? Cet hémisphère n'est-il sorti qu'à une époque récente du sein des eaux? Ces questions et beaucoup d'autres du mème genre sont pour