‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 58 sur 147 · RHODE-ISLAND ET CONNECTICUT · texte numérisé non relu

RHODE-ISLAND ET CONNECTICUT

de Hartford, la ville la plus importante du Connecticut. Les propriétaires anglais de la vallée, se décidant enfin à prendre possession, envoyèrent (1635) Winthrop le jeune avec deux autres commissaires, pour élever un fort à l'embouchure du fleuve et en faire le noyau d’un établissement commercial. Le fort fut appelé Savhrook; mais la vallée était occupée. Il y avait à peine cinq ans que la future race yankee jetait ses premières racines sur le sol américain et déjà se manifestaient sa faculté et son besoin d'expansion. Un ex-gouverneur de la Baie, John Haynes, et deux ministres, Hooker et Stone, s'étaient transportés, avec deux congrégations entières, des côtes orientales sur les rives du Connecticut. L'exode s'accomplit en deux fois, au milieu des souffrances les plus pénibles. Ces pèlerins se comparaient au peuple de Dieu conduit par Moïse à travers le désert, et les riches prairies arrosées par le Connecticut élaient pour eux la terre promise. Les premiers arrivés occupèrent la station des gens de New-Plymouth, et l’appelèrent Windsor. Les autres s'établirent à Good Hope (Hartford), quelques-uns à Springfield, à Wethersfeld; deux ans plus tard (1638) ces villages élisaient des délégués qui se réunirent à Hartford pour constituer un gouvernement. Mais avant de songer à se donner des lois, les colons à peine installés avaient dù défendre leur vie menacée par des indigènes.

La tribu des Pequods habitait la vallée de la Thames (Conneclicut oriental); elle comptait environ sept cents guerriers et avait toujours été hostile aux blancs. Ils tuèrent plus de trente colons dans l'hiver de 1636 à 1637 et cherchèrent ensuite à entrainer les Narragansetts et les Mohegans dans un complot général contre les envahisseurs des terres indiennes‘. Roger Williams, heureuse-

1. La Nouvelle-Angleterre en 1637 était habitée par les tribus indiennes suivantes : sur la rivière Connecticut quelques bandes soumises à la domination des Pequods; — ceux-ci sur les rives de la Thames : — à l'angle nord-est du Connecticut, les Mohegans ; — à l’ouest de la baie et à l’est des Pequods, les Narragansetts; — à l'est de la baie, pays de New-Plymouth, les Wampanoags ou Pocanokets — Autour de la baie de Boston, pas d'Indiens, les tribus avaient été détruites par une épidémie terrible de variole avant l’arrivée des Anglais. En arrière, dans la région plus montagneuse et sur le Connecticut : les Nipmucks et les Wachusetts, — Dans les vallées du Merrimac et du Piscataqua, la confédération des Pawtuckets, — au delà du Kennebec, les Abenakis. Toutes ces tribus appartenaient à la famille algonquine, On peut évaluer leur nombre à 16 ou 20 000 à l’ouest du Piscataqua et autant à l’est, La tribu des Pequods était peu nombreuse; elle fut entièrement anéantie par la destruction ou la capture d’un millier d'individus.

ment en grande faveur auprès des Narragansetts, et qui venail de fonder Providence sur leur territoire, surprit le secret de la conspiration et se rendit, au péril de sa vie, devant les chefs de la tribu. Il réussit à les détourner du dessein où l'on voulait les engager. Après trois jours d’hésitation, l’éloquence de Williams l'emporta sur les instances des Pequods; les Narragansetts déclari. rent leur intention de rester les fidèles alliés des Anglais, ce qui peut-être sauva la colonie. Une centaine d'hommes du Connecticut et du Massachusetts, commandés par John Mason, surprirent les Pequods dans leur propre forteresse, sur la rivière Mystic, emportèrent d'assaut les retranchements et incendièrent le campement, 600 Indiens, hommes, femmes ou enfants, périrent. L'œuvre de destruction fut achevée en une heure et ne coûta que deux morts aux blancs. Les restes de la tribu furent impitoyablement poursuivis et massacrés; le chef fut tué par les Mohawks chez qui il avait été chercher un refuge. Tout ce qui ne fut pas tué fut vendu en esclavage ou adopté dans les tribus voisines. Il ne resta plus un être humain pour porter à l'avenir le nom de Pequod. L'énergie dont les colons du Connecticut firent preuve dans cette première guerre indienne frappa les sauvages de terreur et assura le repos à la Nouvelle-Angleterre pendant près de quarante ans, jusqu’à la guerre de Philippe. Les puritains, établis à l’ouest des deux premières colonies, eurent alors le loisir de s'occuper de leurs institutions politiques (1639). Ils adoptèrent la constitution du Massachusetts sauf sur un point, capital il est vrai. Le droit de suffrage appartenait à tous les citoyens des townships sous la seule condition d'un serment d’allégeance à la communauté civile, Aucune qualification religieuse n'était requise. Chaque township était représenté dans la législature proportionnellement à sa population. De la juridiction de l'Angleterre la constitution ne faisait point mention. Les magistrats étaient élus annuellement par le peuple, ainsi que le gouverneur, qui devait être membre d’une église, Comme dans le Massachusetts, on sépara bientôt la législature en deux Chambres, dont la moins nombreuse fut appelée le Conseil; et la réunion du gouverneur, du conseil et de l'assemblée forma la « Cour générale », De 1639 à 1655 3, Haynes et Ed, Hopkins furent élus alternativement gouverneurs, Après

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RHODE-ISLAND ET CONNECTICUT. 193 eux J. Winthrop le jeune gouverna la colonie, sauf pendant deux interruptions d'une année chacune, jusqu’en 1676.

John Davenport, un pasteur, et deux marchands puritains de Londres, Théophilus Eaton et Edward Hopkins, étaient arrivés d'Angleterre: à Boston au moment où les querelles religieuses faisaient rage entre les partisans d'Anne Hutchinson et les churchmen orthodoxes, Dégoûtés de tout ce bruit, ils cherchèrent une retraite plus tranquille. Hopkins, on vient de le voir, trouva un refuge honorable à Hartford. Davenport et Eaton allèrent avec quelques fidèles fonder (1638), à peu de distance à l’ouest du fleuve Connecticut, un petit établissement nommé New-Haven, où régna l'esprit du calvinisme le plus austère. Le gouvernement civil fut modelé sur les principes de l'Ancien Testament. L'Écriture fut la règle unique pour tous les devoirs, la loi suprême du pays. Seuls les membres d’une église furent électeurs. Le pouvoir d'admettre de nouveaux membres était confié à un comité de sept personnes élu par le corps des colons. Eaton fut choisi pour premier gouverneur et réélu pendant vingt ans.

Ainsi la région du Connecticut possédait en 1640 deux colonies puritaines. Celle de Hartford ne tarda pas à absorber le petit poste de Saybrook à l'embouchure et Winthrop fonda en 1658 New- London sur la côte près de la rivière Pequod ou Thames. La colonie de New-Haven envoya successivement des rejetons sur le littoral, Milford, Guilford, plus à l’ouest encore dans la direction des Hollandais, Stamford et Greenwich, un autre à l'extrémité orientale de Long Island (1643).

En 1642 le gouvernement du Massachusetts confia à deux « mathématiciens » la mission de marquer sur le terrain, d’après la charte, la frontière de la colonie. On adopta une ligne horizontale passant à trois milles au sud du point le plus méridional du cours suivi par la rivière Charles. Le tracé détermina par erreur une petite déviation au sud-ouest qui ne fut corrigée au profit de la colonie de Connecticut qu'un siècle plus tard.

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