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CHAPITRE XXI

Fletcher, Bellamont. Cornbury. La province prospère et satisfaite sous le gouvernement de Hunter (1710-1720). — Burnet. Coshy. Le complot nègre (1741). — Clinton et l'opposition (1743-1753). — Etat de la province, Population. L'aristocratie.

Fletcher. Bellamont. Cornbury. La province prospère et satisfaite sous le gouvernement de Hunter (1710-1720).

Après la révolution de 1688 qui mit Guillaume d'Orange sur le trône des Stuarts, la colonie de New-York reçut les institutions définitives qui devaient la régir comme province royale jusqu'à la révolution. Elles furent apportées par le nouveau gouverneur Benjamin Fletcher et se résument ainsi : une Assemblée élue par la population, le gouverneur et les membres du conseil nommés par le roi, le traitement du gouverneur et des autres fonctionnaires prélevé sur les revenus de la colonie, les lois votées par l'Assemblée et sanctionnées par le gouverneur, soumises ensuite à l'approbation de la couronne; l'usage du livre des prières communes (Book of Common Prayers) déclaré obligatoire.

Intelligent mais dépravé, Fletcher peut ètre considéré comme le type le plus achevé du genre de hauts fonctionnaires que la mélropole n'envoya que trop souvent pour gouverner ses colonies au xvin* siècle, Préoccupé avant tout de s'enrichir, il s'enlendeit avec les pirates qui infestaient les côtes, leur vendant des licences et partageant leur butin. La contrebande était fort

active à New-York et ceux qui la pratiquaient savaient à quel prix ils pouvaient acheter la connivence du gouverneur. La métropole, édifiée sur ses exactions, le remplaça (1698) par le comte de Bellamont, nommé en même temps gouverneur du Massachusetts et du New-Hampshire. Le nouveau représentant de la couronne était un honnête homme. Il réussit, partiellement au moins, à réprimer la contrebande, à remettre un peu d'ordre dans la perception du revenu et à supprimer la piraterie. Il s'efforça d’apaiser les querelles acharnées des Leisleriens et des anti-Leisleriens, fit réhabiliter Leisler et honorer sa mémoire par des funérailles publiques. Le parti populaire acclama l'habile gouverneur, mais celui-ci mourut subitement (1701). Les anciens adversaires de Leisler sous la direction de Bayard et de Livingston voulurent profiter de cet événement pour ressaisir le pouvoir. Ils échouèrent ; l'Assemblée chassa Livingston du conseil et confisqua ses biens; Bayard fut traduit devant une commission spéciale sous prévention de trahison. Déclaré coupable, il allait être exécuté lorsqu'arriva (1702) le successeur de Bellamont. Edward Hyde, lord Cornbury, fils aîné du comte de Clarendon et cousin de la reine, était criblé de dettes. Pour le sauver de ses créanciers on lui donna le gouvernement d'une colonie. Ses inslincts aristocratiques le jetèrent dans les bras des anti-Leisleriens; Bayard fut délivré et le juge qui l'avait condamné dut prendre la fuite. Lord Cornbury avait amené avec lui un avocat anglais, légiste capable et gentleman honnète et de bonnes manières, mais qui avait aussi à réparer les brèches faites à sa fortune. On fit de lui le chief-justice du New-Jersey, du New-Yorket de Pennsylvanie et le juge d'amirauté de New-York. Cornbury avait de pressants besoins d'argent; un de ses premiers actes fut de détourner 1500 liv. st, que l'Assemblée avait votées pour des fortifications. L'Assemblée, étonnée, se hâta de nommer un trésorier pour contrôler les dépenses et prévenir de nouveaux abus. Déçu de ce côté, le gouverneur vendit à vil prix d'énormes concessions de terres inoccupées et contribua ainsi à constituer dans la province une aristocratie foncière au grand détriment de l'agriculture et de l'immigration, les colons se souciant peu de servir comme valets ou tenanciers, Entre autres instructions le gouverneur

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Son successeur, de 1710 à 1720, fut un officier de fortune écossais, Hunter, à qui ses goûts et ses aptitudes littéraires avaient valu l'amitié de Swift et d'Addison, ses manières élégantes la main d'une pairesse, et ce mariage le gouvernement de New- York. L'Assemblée, convoquée dès son arrivée, refusa de voter le budget des dépenses coloniales pour plus d'une année. Elle se souvenait de Fletcher et de Cornbury et ne se souciait pas de laisser le nouveau fonctionnaire mettre la main sur ses finances. En vain Hunter menaça les délégués du courroux de la reine, lit intervenir le Board of Trade et parla de solliciter un bill du Parlement pour l'imposition de taxes dans la colonie. L'Assemblée resta inébranlable. Renonçant alors aux procédés comminatoires, Hunter cajola le parti leislerien, travailla très habilement les élections en 1715 et sut se composer dans la nouvelle Chambre une majorité qui vota un revenu pour cinq années. La paix était faite et Hunter put se flatter de gouverner enfin cette « ingouvernable province ».

Pendant que la guerre de la succession d'Espagne ameutait

1, La reine Anne fit don à la nouvelle église anglicane de New-York d'une ferme située au milieu de l'ile de Manhattan, Ce domaine, après avoir appartenu à la

compagnie hollandaise des Indes Occidentales, s'était appelé la ferme du due, puis du roi, puis de la reine, Elle rapportait trente livres, au temps de Cornbury. Les terrains, aujourd'hui couverts d'immeubles au centre de la ville de New-York,

ont constitué des revenus considérables à l’ancienne église devenue Trinity Church,

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toutes les puissances européennes coalisées contre le roi de France et son petit-fils Philippe V, la province de New-York n'eut pas trop à souffrir. On accusait même les Hollandais d'Albany de connivence avec l'ennemi. Ils achetaient, disait-on, aux Indiens le produit de leurs pillages, leur vendant des armes et de la poudre, et livraient passage sur leur territoire aux partis de guerre venant du Canada. Le major Schuyler cependant, chargé de la défense de la frontière, ne méritait pas ces reproches. Il donna au contraire souvent d’utiles avertissements aux gens du Massachusetts. IL y eut un congrès de gouverneurs, et 4 000 hommes furent levés pour marcher sous le commandement de Nicholson contre Montréal, tandis que les forces navales anglaises sous l’amiral Walker et le général Hill remonteraient le Saint- Laurent. Cette grande expédition échoua piteusement, la flotte dut se retirer et les troupes de Nicholson battirent vivement en retraite. En Angleterre, un des ministres déclara que toute l'entreprise n'avait été machinée par deux de ses collègues que pour mettre vingt mille livres sterling dans leurs poches. A New- York le désappointement fut extrème, la population prit peur: le bruit se répandit que les nègres complotaient d'incendier la ville: dix-neuf de ces malheureux furent mis à mort.

La ville de New-York comptait alors 5800 habitants; il y avait dans loute la province de 30 à 31000 habitants, dont 4000 noirs. L’effort fait dans la dernière guerre avait été considérable pour une si faible population. Il fallait payer les frais de l'entreprise. Une première fois l'Assemblée avait créé pour 10 000 livres sterling de papier-monnaie; le premier pas franchi, les délégués cédèrent aux tentations faciles de la planche aux assignats; on créa 28 000 livres de billets pour régler d'anciens engagements de la province. Une troisième émission eul pour objet des présents à faire aux Indiens et des fortifications à construire, Hunter qui avait obtenu de l'Assemblée le vote du revenu pour cinq ans se garda bien de la contrarier dans ses débauches financières; il n’hésita pas un instant à autoriser une quatrième émission, scandaleuse celle-là, car il s'agissait de payer à des membres du conseil et de l'Assemblée, à leurs amis et à leurs partisans, des indemnités pour de prélendus services qu'auraient

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NEW-YO:K. 291 rendus leurs pères trente années auparavant, au temps de Leisler. Le grand jury de New-York déclara frauduleuse cette émission. Mais l’Assemblée fit mettre les jurés en prison, et quand arriva le veto royal obtenu par les négociants de Londres dont la déprécialion constante du papier de New-York lésait les intérèts, les billets étaient déjà en circulation.

Hunter s'était ingénieusement tiré de ces difficultés et conserva jusqu'au bout des relations amicales avec l’Assemblée, malgré sa création d’une cour de chancellerie, mesure qui provoqua une opposition persistante jusqu'au jour où la révolution vint résoudre toutes les difficultés entre les colonies et la mère patrie. Il s'était d’ailleurs entendu à merveille avec l'Assemblée de la province de New-Jersey dont il était aussi gouverneur. Nommé au gouvernement de la Jamaïque dont le climat convenait mieux à sa santé, il quitta New-York (1720) laissant la province prospère et satisfaite.

Burnet. Cosby. Le complot nègre (1741).

William Burnet, fils du célèbre évèque de Salisbury, Gilbert Burnct, sollicita la succession de Hunter. Il s'agissait pour lui de refaire sa fortune très atteinte par le krach de l'entreprise des mers du sud (South Sea bubble), Une fois nommé, il tint à honneur de remplir dignement sa mission. Très supérieur au point de vue moral à la plupart des gouverneurs royaux, il n'agit ni en aventurier indifférent au sort des intérêts qui lui sont confiés, ni en proconsul rapace qui ne songe qu'à remplir ses poches. Le Board of Trade lui avait donné pour instructions d'étendre, avec précaution mais aussi loin que possible, les établissements anglais du côté à: l'ouest, les commissaires chargés de fixer, conformément au traité d'Utrecht, les frontières françaises et anglaises en Amérique élant à cette époque réunis à Paris. Burnet établit un comploir à l'embouchure de la rivière Genesee sur le lac Ontario; il obtint des Cinq-Nations la cession d'une bande de territoire de soixante milles en largeur sur les rives des lacs Ontario et Érié jusqu'à Cayuga (Cleveland, État d'Ohio); il construisil, en partie

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à ses frais, un petit fort à Oswego. C'était la première fois que les couleurs anglaises flottaient sur les grands lacs occidentaux.

Burnet était hautain et emporté. Avec la volonté de bien faire, il ne sut se créer que des ennemis. Ses entreprises dans l'ouest mécontentèrent les négociants d'Albany, gènés dans leurs habitudes et menacés dans leur monopole commercial. Il ne gagna pas le peuple, qu'irritait le maintien de là cour de chancellerie. Il ne sut pas ménager la vanité des Schuyler, des Philipps, des De Lancey, chefs des grandes familles aristocratiques de la province. Bien que soutenu par deux immigrants écossais de grand talent, Alexander et Colden, l’un avocat, l'autre médecin, tous deux membres du conseil, Burnet perdit le contrôle de l'Assemblée qui siégeait depuis onze ans. Il en prononça la dissolution en 1727, mais la nouvelle Chambre ne lui fut pas moins hostile. Sa position était devenue très difficile, lorsqu'il fut transféré dans le Massachusetts où l'attendaient des luttes plus vives encore. La colonie de New-York avait fait dans ces quinze années de grands progrès. La population de la ville avait passé de 5 800 à 8 600, et celle de la province de 30 000 à 50 000, dont environ 7 200 noirs.

New-York eut ensuite pour gouverneur un gentilhomme de la chambre de George IT, John Montgomery, de 1727 à 1732, puis un colonel en demi-solde, William Cosby, sous lequel un procès de presse retentissant marqua la poussée, au premier rang des forces sociales, de deux professions jusque-là peu cultivées dans les colonies et appelées à jouer bientôt un rôle prépondérant dans les destinées de l'Amérique. C'est vers le milieu du xvint sivele que les écrivains politiques et les avocats commencent à diriger le mouvement d'opposition libérale contre les prétentions de la mère patrie.

A peine arrivé dans son gouvernement, Cosby écrivait au Board of Trade : « L'exemple des gens de Boston a infecté New- York au point que les délégués sont beaucoup plus difliciles à manier que je ne l'aurais imaginé. » Cependant, avec l'appui de De Lancey et de Clarke, dont le premier était né dans la province, le second venu d'Angleterre à New-York trente années auparavant, il obtint de l'ancienne Assemblée un vote fixant de nouveau le revenu pour cinq années. Mais il ne tarda pas à se

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NEW-YORK. 293 brouiller avec plusieurs membres du conseil jusqu'alors partisans de l'autorité royale, Van Dam, le président, Morris, le « chiefjustice », Alexander, secrétaire de la province, Smith, légiste distingué, arrivé dans la colonie avec Alexander et Colden. Il révoqua Morris de ses fonctions de grand-juge et le remplaça par De Lancey; Van Dam et plusieurs autres conseillers furent suspendus (1732) : « [Il était nécessaire, écrit-il au Board of Trade, d'insister sur la prérogative du roi dans un temps où à Boston on résiste ouvertement à son autorité. J'ai cru devoir faire quelques exemples afin de détourner les autres conseillers de se faire les avocats des principes bostoniens. » La New-York Gazette, fondée en 1725, défendit l'autorité. Le Weekly Journal, récemment créé par John Peter Zenger, publia des articles des conseillers révoqués critiquant la conduite du gouverneur, sa présence aux délibérations du conseil consacrées à l'imposition des taxes, et le vote du revenu pour cinq ans par l’Assemblée. Cosby fit brüler le journal par le shériff, jeta en prison l’éditeur et le poursuivit pour diffamation, et fit rayer du barreau Smith et Alexander, défenseurs de Zenger.

Celui-ci trouva cependant un nouveau défenseur, Andrew Hamilton, quaker, président de l'Assemblée de Pennsylvanie, avocat très renommé pour son expérience et son érudition légales; les applaudissements du public éclatèrent lorsque le jury prononca un verdict d’acquittement. La corporation de New-York conféra le droit de cité à l'heureux avocat.

Cosby étant mort subitement (1735), Clarke, le plus ancien conseiller en exercice, eut le pouvoir. Mais Van Dam réclama ce poste, alléguant que son expulsion du conseil n'avait pas été ralifiée en Angleterre. Les deux compétiteurs assumèrent en mème temps l'autorité, et bientôt les partis furent si animés l’un contre l'autre qu'ils en seraient venus aux coups sans l'intervention des deux compagnies de troupes anglaises qui tenaient

* garnison à New-York. Des ordres de la cour confirmèrent les

prétentions de Clarke. Smith et Alexander furent réintégrés au barreau, Une nouvelle Assemblée fut convoquée, qui refusa de voler des subsides pour plus d'une année et commença une longue série de querelles avec le représentant du gouvernement anglais.

En 1741, quelques incendics s'étant produits coup sur coup à New-York, la population (10000 habitants environ, dont 1500 nègres) fut saisie d’une terreur subite, et crut, sur la dénonciation d'une indented servant (qui y gagna sa libération et 100 liv. st.) à l'existence d'un complot nègre pour la destruction de la ville et le massacre des blancs. Les plus vils témoignages furent acceptés, entraînant de nombreuses arrestations de noirs libres ou esclaves. Les huit avocats qui composaient alors le barreau de New-York chargèrent à l'envi ces malheureux, et le chief-justice De Lancev rivalisa de zèle avec les avocats. Tous les prévenus furent condamnés, d'autant que plusieurs, pour sauver leur vie, avaient avoué le prétendu complot ct s'étaient faits dénonciateurs. Treize des condamnés furent brülés vifs, dix-huit furent pendus, soixante et onze déportés.

Cette folie passée, l'attention revint aux démêèlés traditionnels entre le gouverneur et l'Assemblée. Clarke adressa un long mémoire aux délégués pour leur démontrer, par raisons péremptoires, combien s'étaient développés leurs empiétements sur son autorité : comment ils avaient commencé par demander un trésorier à eux, d’abord pour la gestion des crédits extraordinaires, puis pour celle du revenu ordinaire; comment ils avaient refusé de voter des crédits en bloc, prétendant ne voter que des sommes affectées à des objets particuliers; comment ils avaient assumé la prétention de fixer les traitements des fonctionnaires royaux de façon à les rendre dépendants de l’Assemblée; comment enfin ils en étaient venus à ne plus vouloir voter de taxes que pour une année. Il leur demandait en terminant de voter un revenu permanent, seul moyen, leur dit-il, de dissiper les soupçons qui commencaient à surgir en Angleterre, que « les colonies pourraient bien avoir le dessein de rejeter toute dépendance ».

L'Assemblée répondit par un mémoire également long, que c'était la mauvaise gestion des deniers publics et les procédés arbitraires des fonctionnaires qui l'avaient amenée à prendre son attitude actuelle et que d'ailleurs personne dans la province ne songeait à l'indépendance. Clarke, voulant continuer la lutte, fit appel en Angleterre à Newcastle, alors secrétaire d'État pour le département du Sud, et dans les attributions duquel rentraient

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NEW-YORK. 295 les relations avec les colonies. Mais Newcastle aimait le calme; il laissa Clarke se débattre avec les délégués, et le gouverneur se résigna au vote, par l'Assemblée, de crédits conditionnels et temporaires. Il partit bientôt toutefois, usé par cette lutte continuelle (1743), et céda la place à George Clinton.

Clinton et l'opposition (1743-1753).

George Clinton, second fils de l'amiral anglais comte de Lincoln et père du général Clinton de la guerre de la révolution, fut gouverneur de 1743 à 1753, et la rumeur publique prétendit qu'il rentra en Angleterre avec une très grosse fortune, fruit de dix années de gouvernement. De Lancey, chief-justice et leader du parti libéral, exerça d'abord un certain ascendant sur Clinton, auquel il persuada de confirmer toutes les concessions faites à l'Assemblée par Clarke son prédécesseur. Lorsque en outre l'Assemblée lui envoya un bill de dépenses où les traitements étaient alloués non plus aux fonctions, mais aux personnes qui les occupaient, Clinton accepta cette procédure, par ignorance. Bientôt il se brouilla avec De Lancey, que remplaça Colden comme confident et familier du gouverneur. De Lancey se jeta aussitôt dans l'opposition populaire. Clinton écrivit alors au gouvernement anglais qu'une faction insolente, malicieuse, criminelle, ne cessait d'empiéter sur la prérogative royale. Le Board of Trade et le secrétaire d'État, par insouciance des choses d'Amérique, ne donnèrent aucune attention à ces plaintes souvent répétées. Clinton, après deux années d'efforts inutiles, se soumit, ne pouvant se passer de fonds pour lui-mème et pour les autres fonclionnaires.

Quand éclata la guerre avec les Français (1744), Clinton ne put obtenir de l’Assemblée les sommes nécessaires pour la défense de la colonie. L'Assemblée avait peur que les dépenses ne profitassent plus aux autres provinces qu'au New-York. De plus, bien des colons étaient d'avis de conserver la neutralité. Les négociants d'Albany trouvaient que leur commerce de fourrures et de rhum était bien autrement important que le service du roi ou mème la sécurité générale des colonies.

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Pour l'expédition contre Louisbourg (1745), l'Assemblée, en réponse à l'appel fait par Shirley du Massachusetts, ne voulut accorder aucun contingent d'hommes, mais seulement, et encore à grand'peine, un subside de trois mille livres. La chambre fut dissoute; celle qui lui succéda ne vota que cinq mille livres de plus. L'année suivante une expédition fut décidée contre le: Canada, le rendez-vous des contingents coloniaux fixé à Albany, et Clinton nommé commandant en chef. On ne fit rien. Les Indiens alliés se dispersèrent. Les troupes coloniales restèrent oisives, l’automne et l'hiver, à Albany, sans solde, mal nourries. L'Assemblée refusait tout crédit, et le conseil soutenait l’Assemblée, Les troupes se mutinèrent. Plus que jamais Clinton se plaignit, dans ses lettres au Board of Trade, des sentiments factieux et républicains de la milice et de la population de New-York. Il ajoutait, non sans raison, que ces sentiments étaient encouragés par l'indifférence extraordinaire que montrait le gouvernement anglais à l'égard d’une telle situation et par le peu d’appui qu'il donnait à ses représentants en Amérique.

État de la province. Population. L’aristocratie.

De 1731 à 1749 la population de la province s'était élevée du chiffre de 50 000 à celui de 63 000, dont 10 à 11 000 noirs. Cette population était très mélangée. Les habitants d'origine hollandaise y étaient encore cependant en majorité, surtout à Albany et dans les établissements des rives de l'Hudson. Cependant vers la fin du xvn' siècle étaient arrivés des presbytériens d'Irlande et des protestants de France, puis de 1700 à 1750 des contingents de plus en plus forts de Highlanders d'Écosse, d'émigrés de la Nouvelle-Angleterre, enfin d'Allemands des bords du Rhin. Trois mille protestants, qui avaient fui en Angleterre lors de l'invasion du Palatinat par Louis XIV, passèrent en Amérique (1710 et s’établirent sur le cours supérieur de la rivière Mohawk (Schoharie Creek). La mème région donna asile, de 1734 à 1740, à plusieurs centaines de familles hollandaises, puis à une compagnie nombreuse d'Écossais-Irlandais conduite par John Lin-

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Les anciennes concessions de terres d’une si vaste étendue, faites sous les gouverneurs hollandais, d'autres sur le même principe accordées par les gouverneurs royaux à leurs amis et partisans dans le conseil et dans l’Assemblée, opposaient de sérieux obstacles au peuplement rapide de la province. Ces terres étaient tenues à des prix que de nouveaux colons ne voulaient pas payer, ou étaient grevées de quit-rents et autres charges féodales toujours impopulaires en Amérique. La colonisation ne s'étendait pas au delà de Manhattan, de Staten-Island et du voisinage immédiat du fleuve Hudson. Presque toute la région à l’ouest de la rivière, inexplorée, très peu connue, servait encore de terrain de chasse aux Cinq-Nations.

Jusqu'ici, on s'était fort peu occupé d'instruction publique à New-York. De Lancey parmi les juges, et Smith parmi les avocats élaient seuls représentants d'une culture intellectuelle sérieuse. Aucun autre membre du conseil ou de l’Assemblée n'avait fait son éducation dans un établissement d'instruction supérieure. En 1749 fut fondé le King's College (appelé plus tard Columbia) avec le produit d'une loterie autorisée à cet effet.

Les épiscopaliens s’emparèrent d'abord de l'administration du collège malgré les efforts des presbytériens, soutenus par les luthériens et les calvinistes. De là une nouvelle organisation de partis qui dura jusqu'à la révolution. Les épiscopaliens ou anglicans avaient pour chef De Lancey, chief-justice et membre du conseil, La tendance générale de ce parti le portait à soutenir le gouvernement. Les chefs des presbytériens étaient Smith, John Morin Scott et les Livingston, Philip et William, petits-fils de Livingston qui avait fondé le manoir auquel il donna son nom.

L Parmi l’un des premiers arrivés dans la vallée, se trouvait William Johnson, neveu de l'amiral Warren qui, par son mariage avec une De Lancey de New-York, avait acquis un vaste domaine sur la rivière Mohawk à l’ouest d'Albany. William Johnson administrait ce domaine pour son oncle; il avait cultivé l'amitié des Mohawks ses voisins et faisait avec eux un commerce lucratif. I prit pour femme où mailresse la sœur d’un chef devenu fameux depuis, Joseph Brant, et reconnut plusieurs de ses enfants, de demi-sang indien. Doué d’une grande force physique, longtemps familiarisé avec les usages des Indiens, il acquit sur les indigènes une influence considérable,

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L'un était négociant, l'autre avocat; tous deux devaient se distinguer bientôt comme leaders du parti révolutionnaire dans la colonie.

Après le départ de Clinton, De Lancey nommé sous-gouver. neur eut à son tour quelque peine à s'entendre avec l’Assemblée, En 1755 la population s'élevait à 96 000 habitants. En six années, elle venait de s’accroitre de 34 000, soit de plus de 50 pour 100.

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