Voir livre IV
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influents, voyant la gravité de la tournure que prenait l'affaire, interviennent. La Chambre des représentants décide d'appuyer le gouverneur, et le conseil ordonne la mise en liberté des officiers. Le gouverneur rentre en ville escorté par la milice. Knowles renvoie la plupart des hommes qu'il avait fait enlever et se retire avec l’escadre #,
Le Massachusetts, comme consolation de la restitution de Louisbourg à la France, à la paix d’Aix-la-Chapelle (1748), obtint de l'Angleterre par l'entremise de Hutchinson, le futur historien de la colonie, le remboursement des dépenses faites pour l'expédition qui avait abouti à la prise de cette place, près de 800 000 dollars. La province, par suite d'émissions successives pendant la guerre, était encombrée de billets de crédit pour une somme nominale de 2 millions de livres sterling, qui n'avaient plus qu'une valeur effective sept ou huit fois moindre. Cette situation souleva un mouvement vigoureux d'opinion contre le système du papiermonnaie. Il fut proposé de faire venir en monnaie d'argent le montant de l'indemnité de Louisbourg et de racheter d'un seul coup avec cette somme tout le papier à sa valeur courante. Le projet rencontra une violente opposition. On disait au peuple « Prenez garde! lorsqu'il n’y aura plus que de la monnaie d'argent, elle sera accaparée par les riches, et les pauvres gens n'en pourront rien avoir *! » Shirley appuya la proposition, qui finit par être votée dans la Cour générale (1750). L'accès de la colonie fut interdit au papier-monnaie des provinces voisines, et pendant les vingt-cinq années suivantes, le Massachusetts eut l'avantage de posséder un système de circulation métallique”. Le Massachusetts
1, Shirley, adressant au Board of Trade un rapport sur cette « insurrection », en attribua la cause au caractère des institutions de cette ville de vingt mille habi lants dont toutes les affaires sont administrèes par le populaire assemblé dans ses réunions communales ({own-meetings). Boston avait atteint en effet dès le milieu du xvue siècle le chiffre de vingt mille habitants, qui devait rester à peu près stationnaire pendant les cinquante années suivantes,
2 Argument qui ne semble pas avoir vieilli, On oppose encore volontiers, aux États-Unis, la monnaie du pauvre à celle du riche, Actuellement l’une est l'argent, l'autre est l'or.
3 Un des plus zélès partisans de la mesure avec Shirley avait été Thomas Hutchinson, depuis neuf ans député de Boston et récemment élu président de la Chambre des représentants. Son père, arrière-petit-fils de la fameuse Mrs Hutchinson, lui avait laissé une grande fortune, acquise dans le commerce. Graduate à Harvard, Thomas Hutchinson, après avoir essayé du commerce sans y réussir,
ne se contenta pas d'interdire la circulation, sur son territoire, des billets des autres colonies de la Nouvelle-Angleterre; il sollicita et obtint du Parlement en 1751 (où étaient alors ses scrupules constitutionnels?) un act défendant aux Assemblées du Connecticut, du Rhode-Island et du New-Hampshire d'émettre du papier-monnaie, sauf en cas de guerre ou d’invasion, et, en tout cas, de donner au papier le caractère de monnaie légale. Le Connecticut retira ses billets; Rhode-Island se montra plus réfractaire. Shirley, en froid avec l’Assemblée par suite d’une diminution de son traitement, laissa le sous-gouverneur à la tête des affaires et se rendit en Angleterre où il fut nommé membre de la commission des frontières instituée en vertu du dernier traité avec la France. Il revint en 1754 et reprit le poste de gouverneur et de commandant des troupes coloniales contre le Canada. Trois ans plus tard (1757) il fut remplacé par Thomas Pownall (frère du secrétaire du Board of Trade à Londres), qui s'était joint aux ennemis de Shirley et avait contribué par des intrigues en Angleterre à déterminer son rappel. A cette époque la gravité de la lutte engagée contre les Français du Canada emeva tout intérèt aux petits incidents de la vie intérieure de la colonie.
Le New-Hampshire; fixation de ses limites. Wentworth.
Le New-Hampshire fut séparé du Massachusetts en 1679 ct devint province royale. Le gouvernement se composa d'un président et d’un conseil nommés par la couronne, et d’une assemblée élue par le peuple. John Cutts, un habitant de Portsmouth, fut nommé président en 1680. Le premier acte de la province fut l'envoi d’une lettre de gratitude et de regret à la Cour générale de Boston, puis l'Assemblée vota un code de lois, d'après le statute-book du Massachusetts, mais qui fut rejeté en Angieterre « comme fanatique et absurde », Mason vint prendre place au conseil (1681), nommé par le roi. Peu satisfait de Cutts, il le fit remplacer par
se lourna du côté de la politique, inclinant vers le parti conservateur et gouvernemental. Il allait jouer un rôle considérable dans les incidents qui précédirent et préparèrent l'insurrection victorieuse des colonies,
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Cranfield, dont la province eut à supporter de 1682 à 1685 les caprices tyranniques et la rapacité. Cranfield se querella avec l'Assemblée, révoqua des membres du conseil, força les habitants à contracter des baux avec Mason dont il soutenait les prétentions à la propriété des terres (il avait comme traitement le cinquième du produit des baux), traduisit les récalcitrants devant des tribunaux formés des créatures de Mason et mit en vente, après jugement, des terres que personne ne voulut acheter. Il y eut des résistances et des émeutes qu'il réprima cruellement.
Les habitants exaspérés se cotisèrent pour envoyer un agent en Angleterre porter plainte au roi. Cranfield continua ses exploits, jeta en prison un ministre presbytérien qui refusait de lui donner la communion selon la liturgie et avec les formes de l'Eglise anglicane, suspendit des juges, leva des taxes sans le consentement de l'Assemblée. Mais ses percepteurs furent assaillis et battus. Luimème, abandonné en Angleterre, finit par quitter la province et chercha un refuge dans les Indes Occidentales, où il obtint une place de percepteur dans les Barbades.
Son successeur, Barefoote (sous-gouverneur), ne valail guère mieux, bien qu'il habitât depuis vingt-cinq ans la province. Puis la colonie fut réunie de nouveau pendant quelaues années au Massachusetts sous le gouvernement de Dudley. Elle redevint province royale en 1692 et fut gouvernée pendant sept ans par Usher. Elle eut ensuite de 1697 à 1741 les mêmes gouverneurs que le Massachusetts. Les deux questions pour les colons étaient : a lutte consante pour la vie contre les Indiens, et une autre lutte war la possession du sol contre les prétentions d'Allen, acquéreur des anciens droits de Mason à la propriété des terres.
Nulle partie de la Nouvelle-Angleterre ne souffrit autant que le New-Hampshire des ravages des Indiens. Quant à la longue revendication des terres contre les colons, elle s'évanouit d'elle-mème par la mort d’Allen, suivie bientôt de celle de son fils, qui ne laissait que des mineurs. Les habitants du New-Hampshire furent enfin mailres de leurs homes en 1715.
Usher gouvernait en sous-ordre comme lieutenant de Dudley. De mème Vaughan (1716) fut lieutenant de Shute et John Wentworth, lieutenant du gouverneur, quel qu'il fût, du Massachusetts
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à partir de 1718. John Wentworth était le petit-fils d'un des premiers colons établis dans la province; il avait toujours habité le New-Hampshire et s’y était enrichi par le commerce. Pendant treize années, il donna à ce pays un gouvernement paisible, régulier, Aussi, la paix aidant, la prospérité commença-t-elle à se produire, la population s’accrut, le commerce se développa. Une colonie de presbytériens irlandais vint fonder Londonderry, près du Merrimae, en apportant la culture du lin et de la pomme de terre. Dix ans après la paix d'Utrecht, qui avait mis fin à la guerre contre le Canada, le New-Hampshire eut à repousser de nouvelles attaques des Indiens du nord-est. Le jésuite Sébastien Rasles, nommé missionnaire résident chez les Norridgewocks (vallée supérieure du Kennebec), tint pendant vingt-cinq ans cette tribu fidèlement attachée aux Français. D'autres missionnaires jésuites s'étaient établis chez les Indiens de la vallée du Penobscot. Toutes ces tribus de l’est pouvaient réunir à peu près cinq cents guerriers. En 1712 Schute prépara une expédition secrète pour s'emparer de Rasles. Elle ne réussit pas. On ne put que piller l’église et la maison du missionnaire et saisir ses papiers. Les Indiens pour se venger brülèrent Brunswick sur l’Androscoggin. Dummer, successeur de Shute, continua les hostilités et fonda en 1724 le for! Dummer, sur le fleuve Connecticut, aujourd'hui Brattleboro, le plus ancien établissement anglais dans le Vermont. La mème année une seconde expédition surprit le village des Norridgewocks; le Père Rasles fut tué avec une trentaine d’Indiens, la chapelle pillée, profanée et bràlée, le village détruit. La paix fut rétablie avec les Penobscots et les Norridgewocks; les établissements du Maine et du New-Hampshire purent se développer librement.
Le Massachusetts réclamait la juridiction sur toute la rive droite du Merrimac. En 1727 il créa une série de townships entre le Merrimac et le Connecticut, l'un d'eux sur le Merrimac, Penacook (auj. Concord, capitale du New-Hampshire). Cette province protesta et la querelle ne fut terminée qu’en 1740 par une décision du roi en conseil, fixant les frontières entre le New-Hampshire et le Massachusetts, telles qu'elles sont actuellement établies, c'est-à-dire restituant à la première colonie le territoire contesté. Ainsi la
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mouth avec enthousiasme. Le New-Hampshire contenait une trentaine de townships avec un millier d'habitants environ pour chacun d'eux. Les progrès furent dès lors rapides, et la province put prendre une part active à la guerre contre les Français du Canada ; elle envoya 300 hommes au siège de Louisbourg (1745). De 1755 à 1762 elle donna, sans compter, de l'argent et surtout des hommes, de hardis rangers, familiers avec les ruses de la guerre indienne.
Après la paix de 1763, l'immigration accrut rapidement le nombre des habitants de la colonie, et celle-ci eut à soutenir de longs démèêlés avec la province de New-York pour la juridiction du territoire situé entre la rivière Connecticut et le lac Champlain. D'après la commission donnée par le gouvernement anglais à Wentworth, le New-Hampshire s’étendait à l'ouest jusqu'aux frontières des autres « provinces de Sa Majesté ». Or la province de New-York, en vertu de la charte de Charles IE, réclamait comme frontière orientale la rivière Connecticut. Elle avait abandonné cette revendication à l'égard de la province de Connecticut et ne la soutenait pas sérieusement à l'égard du Massachusetts. Wentworth, convaincu que sa province devait s'étendre aussi loin à l’ouest que les deux plus méridionales, n'hésita pas à constituer quinze cantons à l'occident de la rivière Connecticut, près des établissements récents du Massachusetts. L’un d'eux fut appelé Bennington (du nom de Benning Wentworth).
Ces concessions furent occupées promptement par des émigrants du Massachusetts et du Connecticut et formèrent plus td l'État de Vermont.
Rhode-Island et le Connecticut pratiquement indépendants.
La révolution de 1688 laissa aux deux colonies du Connecticut et du Rhode-[sland la libre jouissance de leurs chartes et la nomination de leurs propres gouverneurs. Fletcher qui gouvernait à New-York fit cependant, sur des ordres transmis de Londres, une tentative pour annexer le Connecticut à la province royale (1693). Il avait reçu une commission pour commander la milice des deux
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colonies voisines. Il vint à Hartford et fit donner lecture du document à la population rassemblée sur la place. Mais Wadsworth, capitaine d'une compagnie de miliciens, fit battre le tambour pour couvrir la voix du lecteur public. Fletcher se contenta de prendre nominalement possession de son commandement et se retira, laissant les fermiers du Connecticut libres de s’administrer à leur gré comme ils l'avaient fait jusqu'alors. Robert Treat était leur gouverneur depuis 1689. Il eut pour successeurs Fitz-John Winthrop (1697 à 1707), fils de Winthrop qui avait été un des principaux fondateurs de la colonie, Gurdon Saltonstall (1707-1724), ministre de New-London, petit-fils de sir Richard Saltonstall de la Compagnie de la baie de Massachusetts, Joseph Talcot (1724- 1741) et Jonathan Law (1741-1751).
Dans Rhode-Isiand, l'ancien gouvernement de la charte fut rétabli en 1690 après la chute d’Andros, gouverneur général de la Nouvelle-Angleterre. Andros fut d’ailleurs regretté dans cette petite colonie. Clarke, Williams, Coddington et tous les autres chefs des premiers temps étant morts, les querelles religieuses et politiques s'étaient assoupies; la nouvelle génération était plus anie de l'ordre et du repos que la précédente. Andros n'avait rencontré aucune résistance à Newport ou à Providence, et la soumission de la colonie fut complète. Jamais, depuis que les blanes s'étaient élablis dans ce petit pays, on n'y avait joui d'autant de calme. Pendant quelques années, de 1690 à 1697, le Rhode-Island eut quelque peine à trouver un gouverneur. Enfin en 1697 Samuel Cranston fut élu et ses administrés le réélurent chaque année pendant les trente années suivantes. Le Rhode- Island gardait cependant une détestable réputation. La baie de Narragansett était un vrai nid de pirates, et les commerçants de Newport violaient ouvertement les lois de navigation. Lord Bellamont, gouverneur du Massachusetts, fut chargé de faire une enquète, Il vint à Providence, examina la situation, et envoya en Anglelerre un rapport où il dit que les colons de cette plantation étaient « ignorants, corrompus, complices des pirates, et conebandiers endurcis ». Dudley chargé d’une enquête analogue, quelques années plus tard, écrivit que Rhode-lsland était un réceplacle de malfaiteurs et de pirates. Sous la pression de l'opi-
nion dans les autres colonies, Rhode-Island se décida à donner quelques centaines d'hommes pour la défense commune de la Nouvellè-Angleterre dans la guerre contre le Canada. Ce dévouement l’entraina dans un système d'émissions continues de papiermonnaie et plongea la colonie dans une détresse financière qui fut un fléau pour les colonies voisines, mème après la révolution et la guerre pour l'indépendance.
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