‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 83 sur 147 · SU · texte numérisé non relu

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créanciers, ou vendues sur le marché au plus offrant. Ce n'est qu'après la révolution de 1688 que la légalité de ces transactions fut contestée. Les ministres de Guillaume IIT soutinrent que la loi anglaise reconnaissait aux propriétaires de ces provinces le droit de transmission héréditaire, mais non celui de transmission commerciale. D'ailleurs la succession et la multiplication des propriétaires provoquèrent tant d'inconvénients pour ceux-ci mêmes, que tôt ou tard ils s’estimèrent heureux de faire marché avec la couronne pour l'abandon de leurs fonctions politiques.

Le duc d'York avait hâte de faire argent de sa propriété. Sans attendre que le colonel Nichols, chargé de conquérir la province et nommé gouverneur par avance, se fût heureusement acquitté de sa mission, le duc vendit à deux des huit propriétaires de la Caroline, lord Berkeley et sir George Carteret (juin 1664), le pays limité par l'Hudson, l'océan Atlantique, le Delaware et le #l1° de latitude, Ce pays reçut le nom de New-Jersey en l'honneur de sir Carteret qui avait, dans la guerre civile, défendu contre le Long Parlement l’île de Jersey. Avec le territoire, le duc d'York cédait tous les droits, privilèges et pouvoirs de gouvernement que lui avait conférés la charte du 20 mars 1664.

L'attraction la plus forte, pour déterminer un courant d'émigration (l'exemple des provinces déjà colonisées le prouvait) était un ensemble de mesures libérales destinées à assurer aux futurs habitants la jouissance de droits civils et religieux. Les propriétaires de la province de Carolina se servaient de ce procédé. Les deux acquéreurs du New-Jersey résolurent également d'en faire

application. Spectacle curieux que celui de ces propriétaires de

pays déserts, érigés en souverains et en législateurs, produisant à l'envi les uns des autres des modèles d'institutions libérales pour des populations qui n'existaient pas encore, et offrant à leurs sujets futurs l'appât de garanties contre un exercice arbitraire de leurs propres pouvoirs!

Voici les conditions politiques et civiles qu'offraient lord Berkeley et sir George Carteret. Le gouvernement de la province se compose d'un gouverneur, d'un conseil de douze membres nom-

1. Le tracé de la frontière au nord était un peu différent de celui d'aujourd'hui

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més par le gouverneur, et d’une Assemblée de douze membres nommés par le peuple. Les propriétaires s'engagent à n’imposer et à ne laisser imposer aucune taxe de quelque nature qu'elle soit, sans l’assentiment de l’Assemblée générale constituée par le conseil et la Chambre des représentants. Aucune personne ne sera molestée ou punie pour différence d'opinion ou de pratique en matière religieuse. Pleine liberté de conscience et de culte est assurée aux colons, sous cette réserve que nul ne pourra troubler matériellement la paix civile de la province ou entraver la liberté d'autrui. Toute loi ou coutume d'Angleterre contraire à cette stipulation sera non avenue ‘. Les propriétaires se réservent l'exercice du pouvoir exécutif et la nomination des officiers judiciaires, avec le privilège de confirmer ou de rejeter les lois votées par l'Assemblée générale. Il est concédé à chaque immigrant une étendue de terre proportionnée au nombre de ses serviteurs engagés et de ses esclaves”. Les colons s'engageaient de leur côté à payer un demi-penny par acre pour ces terres, à partir de l'année 1670. Cette redevance, appelée quit-rent, devait être considérée :omme le revenu particulier des propriétaires; il était donc entendu que loutes les dépenses politiques seraient couvertes par des contrihulions générales. Toutes les terres seront achetées aux Indiens par le gouverneur et le conseil, et le prix en sera remboursé par les planteurs. Telles étaient les Laws of the concessions que les colons du New-Jersey regardèrent comme leur grande charte.

La région était déjà occupée sur quelques points. Des Hollandais s'étaient établis à Bergen, quelques familles de quakers au sud de la baie de Raritan. Des puritains de Long-Island avaient élu domicile sur les bords de cette rivière. Lorsque Nichols eut pris possession (1664) de New-Amsterdam qui comptait alors quinze cents habitants, il fut frappé des avantages du territoire situé à l'ouest de la rivière Hudson, de son climat salubre, de l'aspect racieux de ses collines boisées, de la fertilité du sol et du long

1. Ces stipulations ne provoquèrent aucune censure, aucun démenti, Les colons

qui <'embarquaient pour ‘New-Jersey étaient donc parfaitement autorisés à se croire placés hors de la juridiction du Parlement anglais, aussi bien pour limposilion des taxes que pour le règlement des affaires ecclésiastiques,

2, On avait droit à soixante-quinze acres pour chaque esclave importé, Le duc d'York, président de la compagnie africaine et patron du commerce des esclaves, avail tout intérêt à favoriser l'importation du bétail humain,

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développement de côtes qu'il présentait sur le fleuve et sur les baies de Newark et de Raritan. Il encouragea l'immigration vers cette région favorisée, et y accorda ou confirma de nombreuses concessions de terres sur les rives du Hackensack, sur la baie de Newark, entre l'embouchure du Raritan et Sandy-Hook. Tout ce pays avait reçu de lui le nom d’Albania. Ce fut pour ce gouverneur zélé une grande déception lorsqu'il dut remettre en août 1665 un bien dont il appréciait si hautement la valeur, à Philippe Carteret, neveu de sir George Carteret, chargé par son oncle et l'associé de celui-ci, lord Berkeley, de prendre possession de leur province et de la gouverner en leur nom. Philippe Carteret arrivait avec une trentaine d’émigrants; il s'établit en un point qu'il appela Elisabethtown, du nom de sa femme, et commença à régner paisiblement sur ce désert où surgissaient à peine quelques embryons de villages destinés à devenir un jour des villes prospères el riches. Le hameau baptisé Elisabethtown contenait quatre maisons lorsqu'il fut élevé à la dignité de capitale de la province. Des puritains de New-Haven vinrent en 1666 s'établir sur les rives du Passaic. D'Angleterre, les propriétaires envoyaient de temps en temps des colons et quelques provisions. En 1668 fut convoquée à Elisabethtown une première Assemblée de la province, et les actes législatifs de ce parlement villageois furent marqués fortement de l'empreinte de l'esprit puritain. La nouvelle communauté étail essentiellement agricole; la culture des céréales et l'élève des bestiaux donnèrent immédiatement de bons résultats. Il n’y avait rien à craindre des Indiens du voisinage, épuisés par de longues luttes contre les Hollandais, ou maintenus dans une attitude pacifique par l'alliance conclue entre New-York et les Cinq-Nations. Tout alla bien jusqu'en 1670, année où devait commencer le paiement de la redevance d'un demi-penny par acre. Les colons refusèrent résolument de payer cette redevance. Les puritains originaires de la Nouvelle-Angleterre, surtout ceux qui étaient venus s'installer avec des concessions de Nichols, prétendirent que le droit des Indiens (descendants directs de Noé, au même titre que les Européens, disaient-ils) sur le sol de New-Jersey primait celui des propriétaires, et qu'ayant payé leurs concessions aux premiers, ils ne devaient rien aux seconds, La querelle s'envenima. Les

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colons, plus jaloux de leur indépendance que reconnaissant s'INAMGAEUT ouvertement (1672) et organisèrent une ppp révolutionnaire qui déposa Carteret et le renvoya en Fes jte . Les Hollandais ayant repris passagèrement New-Amsterdam (1673), les établissements de ue

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FORYOLE sans gouvernement et ne s'en portèrent pas plus mal Cette seconde occupation du pays de l'Hudson par les Hollandais dura quinze mois. À la paix de 1674, les Hollandais évacubren! lle de Manhattan ‘. Après leur départ Charles IE confirma par

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rents.

Division en deux provinces (1675). Les Quakers. Plaidoyer « pro libertate »,

À cette époque, la colonie de New-Jersey fut divisée en deux provinces ayant chacune un gouvernement distinct. Lord Berkeley, découragé, avait trouvé à vendre sa part de propriété pour mille livres sterling à deux quakers, John Fenwick et Edward Billings. Nous parlerons plus loin de la secte des quakers avec quelque détail. Disons seulement ici qu'aux étrangetés, aux bizarreries qui avaient signalé les premiers temps d'existence et de développement de la religion des Amis, avait succédé une allure plus caline. Un grand nombre de négociants, de gens ayant leur fortune faite, désireux de l'employer à des actes de philanthropie, étaient entrés dans cette société si violemment persécutée en Amiérique et en Europe, et lui donnaient une respectabilité qui lui avait fait jusqu'alors défaut. George Fox, apôtre et fondateur de la secte, revenait en 1674 d’une tournée de missionnaire en Amérique. C'est probablement sur ses conseils que Fenwick et Billings traitèrent avec Berkeley, voulant assurer une place de refuge à leurs frères si maltraités par les pouvoirs publics. Les acquéreurs de la part de Berkeley ne s'entendirent pas avec Carteret, et d'un commun accord on prit pour arbitre William Penn qui

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NEW-JERSEY. 30ÿ commençait déjà à être considéré comme une sorte de leader civil de la secte. Penn obtint de Carteret que la province fût séparée du nord au sud en deux parties, dont l’une, le New-Jersey oriental (East New-Jersey), appartiendrait à Carteret, l’autre, le New-Jersey occidental (West New-Jersey), serait attribuée aux avants droit de Berkeley. Bientôt Billings dut abandonner ses droits de propriété à des créanciers; des érustees furent nommés (Penn était l'un d'eux) et la propriété du New-Jersey occidental fut divisée en cent parts, dont dix furent attribuées à Fenwick, et quatre-vingt-dix vendues (1676) au profit des créanciers de Billings.

Fenwick quitta l'Europe avec une compagnie de quakers qu'il établit sur les bords du fleuve Delaware, à Salem (1675). D'autres suivirent (1677) et fondèrent la ville de Burlington. Cette petite colonie du fleuve Delaware prit rapidement un aspect de prospérité. Penn et ses associés rédigèrent à l’usage des habitants qu'ils attiraient dans cet « asile de liberté » une constitution politique dont voici un aperçu : L'Assemblée générale est élue par le peuple au scrutin; le député élu reçoit de ses électeurs des instructions détaillées auxquelles il jure de se conformer. Il tient directement d'eux un salaire d'un shilling par jour, qui marque bien qu'il est le serviteur du peuple. Le pouvoir exécutif est exercé par dix commissaires nommés par l'Assemblée. Le peuple élit les juges de paix et les constables. Les juges sont nommés par l'Assemblée pour deux ans; ils ne font qu'assister le jury en qui seul réside le droit de juger. Le texte de la constitution fut répandu à profusion parmi les quakers d'Angleterre, en même temps qu'une circulaire contenant une Description of west of New-Jersey où se trouvaient refutées quelques exagérations ridicules qui avaient été propagées sur la richesse du sol et l'excellence du climat de l& colonie. La mème circulaire avertissait prudemment les quakers qu'ils ne devaient point émigrer « par simple humeur vagabonde et impaiente, ou pour tout autre motif inférieur », et qu'une fois rendus en Amérique ils ne devaient point compter pour la défense des principes du « quakerism » sur l'emploi de la force contre « le bras d'un oppresseur ».

Les quakers de Burlington s'entendirent fort bien avec les

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Indiens du voisinage ‘. Ils eurent moins à se louer des procédés d'Andros, gouverneur du New-York, qui les somma de reconnaitre la suprématie du duc d’York. Les avertissements de la circulaire n'étaient donc pas inutiles. Andros ayant la force de son côté, les quakers durent se soumettre; mais lorsqu'un agent du gouverneur vint s'établir à Newcastle sur le Delaware et commenca à percevoir une taxe sur les navires qui remontaient le fleuve, les habitants de Burlington protestèrent, et comme ils harcelaient le duc d'York de leurs plaintes, celui-ci consentit en 1680 à régler la querelle par voie d'arbitrage. Les quakers présentèrent à la commission un argument horriblement prolixe, comme toutes leurs productions liltéraires ou juridiques, mais dont certaines parties sont intéressantes au point de vue des questions qui devaient plus tard mettre aux prises toutes les colonies d'Amérique avec la métropole ?. Quelques passages donneront la physionomie générale de ce plaidoyer des quakers pro libertate sud : « Lord Berkeley nous a transmis par un acte formel ses pouvoirs de gouvernement: cela seul pouvait nous exciter à acheter sa part de propriétaire. Si nous ne pouvions assurer à notre peuple un gouvernement aisé, libre et sûr, par quoi un désert pouvait-il nous attirer? C’eul été une folie d’aventurer plusieurs millions de livres pour donner à une personne étrangère le droit de nous taxer à son gré... La constitution et le gouvernement d'Angleterre sont le fondement même de Ja constitution de New-Jersey. Or le roi d’Angleterre ne peut prendre une partie de leurs biens à ses sujels sans leur consentement. C’est là un droit primordial et national des Anglais confirmé par de nombreux statuts... Nous avons acheté le droit de coloniser ce pays en paix, avec tous nos privilèges d’Anglais, sans aucune diminution et plutôt avec quelque augmentation de ces libertés dont nous jouissions dans notre pays. Quant au sol, il n'appartenait ni au duc ni au roi, mais aux

4, « Nous sommes vos frères, leur dirent les chefs indiens, et nous vivrons

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| cher ensemble, Si un Anglais tombe endormi dans ce sentier, et qu'un Indien ru

i | passe près de lui, l'Indien dira : C’est un Anglais, il est endormi, laissons-le, Le : ( | sentier sera uni; on n’y rencontrera pas de tronçon d'arbre où le pied se heurte. (jui,

| i 2, Ce document, que l'on croit l'œuvre commune de trois ou quatre quakers, .

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€ même argument leur refus de Payer le quit-rent aux Propriétaires, Les quakers Concluaient ainsi :

«Si nous laissons S'élablir un tel Précédent, il n'y a plus de limite au Pouvoir de nous taxer, nS plus rien considérer comme Nous appartenant en Propre. Nous Sommes des fermiers qu’on peut arbitrairement évincer, lenants at &ll, non seulement pour le sol, mais Pour nos biens Personnels, Un te] régime a quelquefois détruit des SOuvernements, jamais élevé un à Ja véritable Puissance, tale donna raison aux quakers et le duc d bonne grâce, abandonnant toute pr -Jersey.

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En 1681 Jennin Jersey, réunit la première Assemblée législative république de quakers pour laquelle s'ouvrait une de développement calme et Pacifique.

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kers, parmi lesquels se trouvait encore William Penn. Il y avait dans East New-Jersey environ sept cents familles, soit trois mille cinq cents personnes disséminées en de nombreux établissements sur la côte, sans compter un ou deux milliers, dispersées dans l'intérieur. Les quakers de ce côté étaient en minorité. Aussi les douze acheteurs, pour fortifier leur position, s’associèrent-ils douze partners étrangers à la secte, dont quelques-uns de hauts et très influents personnages, le comte de Perth, chancelier d'Écosse, et lord Drummond de Gilston, secrétaire d'État d'Écosse. Les associés obtinrent une troisième charte du duc d’York et se présentèrent aux habitants avec une lettre de Charles IT recommandant à toute personne de la colonie d’obéir à leur autorité el aux lois.

L'un des associés était le savant Robert Barclay, quaker écossais, auteur de nombreux ouvrages pour la défense des principes de sa religion et qui fut le littérateur de la secte, comme Penn en fut longtemps l'agent politique à la cour des Stuarts. Ceux-ci goûtaient surtout dans Barclay l'avocat du principe de l'obéissance passive aux autorités établies. Il fut, lui aussi, un des familiers favoris du roi Charles IE et de son frère. Il est difficile de ne point trouver étrange, quelques heureux effets qui en aient pu résulter, cette association d'hommes comme Barclay et Penn, apôtres de la tolérance et de la philanthropie universelles, travaillant à l'organisation et au bonheur d'une société naissante, avec des personnages comme lord Perth et d'autres ennemis fanatiques des malheureux presbytériens d'Écosse.

Barclay fut nommé gouverneur à vie du New-Jersey oriental: mais il ne visita jamais sa province et se contenta de donner une certaine impulsion au courant d'émigration qui, à partir de 1683, emporta un grand nombre d'Écossais vers l'Amérique. Un pamphlet fut publié sur les avantages que présentait la colonie ! Barclay en était probablement l’auteur; il ne voulut point que la brochure parût sous son nom, son amitié avec lord Perth devant gèner son jugement sur les persécutions qui devaient ètre pré-

1, The Model of the government of the province of East New-Jersey in Hmeriet, par George Scot of Pitlochie.

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NEW-JERSEY. 309 sentées comme une cause principale d'émigration. Traqués avec fureur en Écosse, les Covenanters suivirent les conseils qui leur étaient donnés et passèrent en nombre dans East New- Jersey. Plusieurs nobles et riches Écossais se transportèrent eux-mêmes de 1683 à 1687 en Amérique, accompagnés de leurs serviteurs et emmenant à leurs frais de nombreuses familles de paysans.

Abandon de la charte (1702). New-Jersey province royale.

Jacques IF, monté sur le trône, avait formé le dessein d'annuler les chartes et constitutions des colonies d'Amérique. Malgré son amitié pour Barclay et l'influence de lord Perth, il engagea une action publique contre les deux provinces de Jersey, sous la prévention sérieuse ou fictive d'actes de contrebande et de violation des lois de navigation. Les propriétaires firent des remontrances, proposèrent des concessions, des compromis. Mais voyant Jacques IT résolu, ils se résignèrent à lui abandonner tous les droits de gouvernement qu'ils tenaient des anciennes patentes, à la condition qu'il daignât leur laisser les droits de propriété sur le sol de la province. L’exécution complète des desseins de Jacques IL fut interrompue par la révolution de 1688, et l'East New-Jersey resta pendant trois ou quatre années sous le gouvernement purement nominal de Barclay. La prospérité du pays se développait toute seule, sans l'appui officiel, par la force de la sobriété et de l'activité de ses habitants. Presque tous les propriétaires avaient vendu leurs intérêts à de nouveaux acheteurs; les parts et fractions de parts s'étaient multipliées à l'infini. Il risulla de cette division, des procès, des intrigues, des changements de fonctionnaires sans nombre. Le gouvernement de New-York voulut profiter de ce désordre pour étendre aux Jerseys (1697) une taxe que venait de voter l’Assemblée. Les habitants protestèrent et le cas fut soumis à deux jurisconsultes de la couronne qui décidèrent qu'aucune taxe ne pouvait être imposée au peuple des Jerseys autrement que par un acte du Parlement tiglais où des Assemblées locales des deux provinces. Au commencement du règne de la reine Anne (1702) fut rendu définitif

l'abandon de tous pouvoirs de gouvernement par les proprittaires des Jerseys à la couronne d'Angleterre *.

Les deux parties du New-Jersey furent dès lors réunies en une seule province, dont le gouvernement fut confié, en même temps que celui de New-York, à lord Cornbury. Le gouvernement provincial se composa d’un gouverneur, d’un conseil de douze membres nommés par la couronne et d'une Assemblée de vingtquatre membres élus pur le peuple. Il fallait pour être électeur posséder cent acres de terre ou cinquante livres sterling de biens personnels, et dix fois plus pour ètre éligible. Le gouverneur avait sur lés actes de l’Assemblée un droit de velo, soumis en outre à l'approbation de la couronne. Le gouverneur nommait les juges et les fonctionnaires et disposait de la force publique. L'Assemblée était tenue de voter des taxes peur les traitements du gouverneur, des autres fonctionnaires et des membres du conseil, et pour toutes les dépenses de la province ?. Les détenteurs des parts de propriété de New-Jersey étaient confirmés dans leurs droits aux quit-rents dont ils jouissaient précédemment. Personne en dehors de leurs agents ne pouvait acheter de terre aux Indiens. La liberté de conscience était assurée à toutes les sectes, sauf au catholicisme. Les quakers étaient éligibles à toutes les fonctions et dispensés de prèter serment.

L'accroissement de la population, qui avait été très rapide de 1683 à 1688, se ralentit ensuite. D'un côté la persécution contre les dissidents en Angleterre et en Écosse cessa à cette dernière date, de l’autre le courant d'émigration des quakers s'était détourné vers la Pennsylvanie. A la fin du xvur siècle, il y avait dans les deux Jerseys de 12 à 15 000 habitants *. Les quakers à l'ouest et les presbytériens à l'est composaient la grande majorité de la population. Chez les uns comme chez les autres continuèrent à régner

1. L'acte d'abandon porte que la reine Anne, tout en déclarant sa gracieuse acceptation des pouvoirs résignés en ses mains par les propriétaires, refuse expressément de reconnaitre que ces pouvoirs leur aient jamais légalement appartenu.

2. Les bills financiers devaient ètre libellés ainsi : « Les sommes volées sonl concédées à la couronne avec l’humble désir de l’Assemblée qu’elles soient appliquées au bénéfice de la province. »

3. Graham dit 20 000 dont 12000 dans East New-Jersey, mais Warden ne donne que 16 000 et Holmes 15000 pour l’année 1713.

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NEW-JERSEY. 311 les mêmes habitudes de frugalité et d'activité industrieuse. La principale, pour ne pas dire l’unique occupation, était l’agriculture ; les manières, les habitudes, les goûts des colons de New-Jersey rappelaient ceux des fermiers de la Nouvelle-Angleterre. Là se formait et croissait une race vigoureuse d'hommes adonnés à la culture du sol défriché et librement possédé, profondément attachés aux principes généraux qui avaient présidé à l’organisalion de leurs communautés. Malgré l'appui donné par la royauté anglaise au développement de l'esclavage dans les colonies, cette institulion ne poussa point de profondes racines dans le New-Jersey. Les quakers y devinrent eux-mêmes, comme dans la province voisine de Pennsylvanie, propriétaires d'esclaves; mais ils traitaient leurs nègres avec une grande douceur, et c’est du milieu de la société quakeresse que s’élèveront, avant mème la fin du xvmr siècle, les premières tentatives pour l'abolition de l'esclavage ou, du moins, pour l'interdiction d'importer des nègres esclaves en Amérique.

La ville la plus florissante en 1700 était Burlington sur le Delaware. La province exportait des produits agricoles, des pelleleries, un peu de tabac, de l'huile, etc. ; les échanges se faisaient avec les Indès occidentales, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal et les iles Canaries, Un «ct du parlement anglais (1699) interdit l'exportation, des colonies américaines, de tous objets manufacturés de lin ou de laine sous peine d’une amende de cinq cents livres et de la confiscation du navire. Pendant la première moitié du xvine siècle l’histoire du New-Jersey se confond avec celle du New-York; les deux provinces eurent les mèmes gouverneurs jusqu'en 1738.

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