‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 10 sur 84 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

WASfflNGTON ET LA CONFEDERATION,

Messieurs,

Le sujet de notre leçon d'aujourd'hui sera l'histoire du gouvernement de la révolution, c'est-à-dire du congrès de 1776 à 1781. C'est pendant cet intervalle qu'on rédigea les articles de confédération qui furent la charte de l'Amérique, depuis 1781 jusqu'en 1787.

Dès le commencement de la révolution , on avait songé à réunir les treize colonies en une même confédération. En 1775, Franklin avait présenté un projet qui se retrouve au fond de celui de 1781. En 1776, peu de jours avant la déclaration d'indépendance, on présenta un second projet assez semblable à celui de Franklin, et on en commença la discussion. Cette discussion se faisant portes fermées, nous avons peu de renseignements sur ce qui se passa à cette occasion. Cependant il en a été conservé quelque chose dans les papiers de Madison.

Dès le premier jour, se présenta la grave question qu'il fallait résoudre avant tout. Ferait-on une confédération, ou une union? En d'autres termes, des treize

colonies ferait-on un peuple, ou y aurait-il treize États ayant chacun ime souveraineté et des intérêts distincts? John Adams et Franklin soutinrent avec raison qu'il fallait faire de rAmérique une seule nation, et que ces distinctions d'État étaient des distinctions artificielles qui devaient disparaître avec la révolution. Non qu'ils voulussent détruire les États , ni affaiblir leurs libertés intérieures; mais, au-dessus de ces souverainetés locales, ils plaçaient la souveraineté du congrès. Les gens du Sud, — on voit déjà percer la question de l'esclavage, — furent plus ardents à défendre leur indépendance; un gouvernement central les gênait.

La querelle commença, dès les premiers jours, sur le point de savoir comment on serait représenté au congrès. Y aurait-il représentation par États ou représenr tation proportionnelle à la population ? Vous savez que cette question divisa toute l'Amérique jusqu'au dernier moment. On n'est sorti d'embarras, dans la constitution fédérale, que par une combinaison habile qui donne à la chambre des représentants un nombre de députés proportionnel à la population, tandis que le sénat se compose de deux sénateurs nommés par chaque État, sans égard à la grandeur du territoire. En d'autres termes, la souveraineté nationale est représentée par la chambre populaire, la souveraineté des États est protégée par l'organisation du sénat.

Dans cette discussion, Franklin insista pour que la représentation fût proportionnelle à la population . «Vous n'avez rien à craindre , disait-il aux petits États ; c'est une erreur de croire qu'un grand État puisse avoir

un autre intérêt que le reste de la nation. De pareilles unions ont toujours porté bonheur aux peuples qui les acceptent. Quand, sous le règne de la reine Anne, on voulut réunir l'Ecosse à l'Angleterre, les Écossais se plaignirent qu'on détruisit leur indépendance. La baleine, disait-on, allait avaler Jonas. C'est tout le con«

traire qui a eu lieu : les Ecossais sont partout,, vous les trouvez dans toutes les places, ce sont les hommes les plus actifs de la Grande-Bretagne ; c'est Jonas qui a avalé la baleine, c'est-à-dire l'Angleterre. » D'où vient ce succès des Écossais, qui sont un'peu les gascons de la Bretagne? Un Écossais voulut, un jour, l'expliquer à une dame anglaise : « Madame, lui dit-il, c'est que nous avons pris dans notre pays une précaution intelligente ; nous avons établi une douane aux frontières, nous ne laissons passer que les gens d*esprit. » — « Oh ! lui dit la dame, il y a bien un peu de contrebande. »

Cette discussion, qui eut lieu dès le mois d'août 1776, révéla au congrès des divisions intérieures; aussi, pour ne pas se heurter à des difficultés peut-être insurmontables, on prit le parti d'ajourner les articles de confédération. On laissa dormir la question. Des décisions sérieuses ne furent prises qu'en 1777, les articles dô confédération ne furent achevés qu'au mois de novembre 1778. Onze État^les acceptèrent sans discussion. Il y en eut deux, le Delav^are et le Maryland, qui les rejetèrent; si bien qu'il fallut attendre jusqu'en 1781 pour l'adoption définitive de cette charte de l'Amérique. Cette charte est du reste très-courte. On voit très-bieû qu'il s'agit d'une confédéi ation comme le monde en avait vu jus-

que-là : tout ce qu'on veut, c'est de constituer une r^ alliance de guerre et un pouvoir diplomatique qui re-

; présente l'Amérique au dehors ; il n'est pas encore ques-

' tion du gouvernement intérieur.

Le premier article déclare qu'on a voulu faire une ligue d'amitié pour défendre l'Amérique contre toute attaque à la souveraineté, à la religion, au commerce des États. Les colonies confédérées prennent le nom d'États^ Unis d'Amérique. Mais, dès le second article, on déclare que chaque État retient sa souveraineté, sa liberté, son indépendance, et que tout pouvoir, toute juridiction, tout droit, qui n'est pas expressément délégué à l'assemblée fédérale, reste par cela même aux États.

Ce pouvoir délégué était plus apparent que réel. Comme le disait Washington, la confédération n'était qu'une ombre sans corps et le congrès qu'u^e assemblée de parade; ses décisions n'avaient aucune. portée^ et n'étaient pas écoutées ^

Ainsi, c'est au congrès qu'il appartenait de déclarer la guerre, avec le concours de neuf États. La guerre déclarée, c'était au congrès qu'il appartenait de décider combien on lèverait de troupes ; mais quand il s'agissait de faire la levée de ces troupes, le pouvoir du congrès s'arrêtait : l'assemblée était obligée de s'adresser à chaque État particulier^ de demander à chacun d'eux son contingent, de l'inviter à former des régiments, à les solder, à les envoyer sur le théâtre de la guerre. Il

, en résultait que l'intérêt particulier des États l'emportait

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